Sa nomination est du 8 mai
L'ennemi ayant attaqué par surprise toute la ligne de nos avantpostes, notre division est partie en toute hâte le G du courant et le même jour s'est portée deux lieues en avant de Saalfeid. Le lendemain, elle a dépassé Morungen et, le 7, nous nous sommes trouvés en présence de l'ennemi, qui campait sur la rive droite de la Passarge, une position très avantageuse. Le village de Deppen ayant été enlevé à la baïonnette, l'armée russe profita de la nuit pour se retirer. Quoique poursuivie l'épée dans les reins, elle a effectué sa retraite avec le plus grand ordre.
Notre division s'est trouvée au.x; trois affaires qui ont eu lieu le 9 devant Guttstadt, le 10 près Heilsberg et le i^ à Friedland. Ces trois villes sont situées le long de l'Ail.
L'affaire de Friedland peut être réputée pour une grande bataille: Dans les trois journées, le régiment a été constamment sous la mitraille, les boulets et les obus ; aussi avons-nous beaucoup de braves camarades à regretter. Nous comptons cinq officiers tués ', deux prisonniers de guerre, quatre blessés dont un très dangereusement. Le nombre des carabiniers tués ou morts des suites de leurs blessures peut se monter à une cinquantaine. Le canon nous a enlevé au moins cent trente chevaux.
Dans ces différents chocs, votre ami n'a point quitté son poste et a été assez heureux pour en sortir sain et sauf.
Arrivé sur le Niémen, l'ennemi a demandé une suspension d'armes qui, assure-t-on, sera suivie de la paix. C'est le vœu de tous ceux qui composent l'armée.
... Ghalard ne m'a point écrit depuis un mois ; il me tarde bien de savoir s'il a été heureux dans sa campagne avec le général JMasséna. Les grenadiers à cheval de la Garde sont campés à une demi-lieue de nous. Si je peux m'absenter, je m'informerai du fils de M. Froidefond et vous en donnerai des nouvelles dans ma première lettre.
Dans tous les pays que nous avons parcourus, la récolte est faite presque en entier; je suis a concevoir comment pourront exister les malheureux paysans, dont les maisons sont ou pillées ou brûlées. Ce sont des maux inséparables de la guerre. Malgré tout ce que nous avons eu à souffrir depuis notre départ des environs de Mariembourg, je continue à me bien porter ; je commence à m'habituer à coucher à la belle étoile. Voici un fait que vous aurez de la peine à croire. Notre division, partie d'Eylau le i3 à 11 heures du soir, n'a mis pied à terre pour faire manger les chevaux qu'à 3 heures du matin le 10, lendemain de la bataille.
I. Pointe, chef d'escadron; nuillamn-', capilaiiio ; Clément de Uis, lieuteiinnt ; Chambrotle et l'criçjuon, sous-lieuteuanls.
Du 21 juin.
11 vient d'être signé des préliminaires de paix. Tout ceci est de bon augure. Nous allons nous porter en arrière...
Villeneuve.
Gœrtzké, le i3 juillet i8o8.
Mon très cher Père,
... Notre brigade de carabiniers vient de faire un mouvement sur elle-même. Ce déplacement m'a porté des portes de Magdebourg dans le voisinage de la ville de Brandebourg. Je suis du nombre de ceux qui n'ont point gagné au change. Mes nouveaux hôtes sont pleins de bontés pour moi ; mais ils sont bien loin de jouir de l'aisance de mon gros baillif de Britzké. Ce qui rendra mon séjour ici assez agréable, c'est qu'on y -parle français, avantage que j'ai trouvé rarement. Je commence a comprendre la langue allemande, mais elle m'est trop peu familière ; ma science se borne à savoir demander toutes les choses qui peuvent m'être nécessaires. Vous ne sauriez croire combien il est pénible de jouer des scènes de sourd et muet.
Villeneuve.
Kirchdorf, le i" décembre 1809.
Vous serez sans doute surpris, mes chers amis, de ce que j'ai tant différé a vous donner de mes nouvelles ; vous ne le serez plus lorsque vous saurez que je viens d'essuyer une longue et forte maladie qui m'a retenu deux mois au lit. C'était d'abord une fièvre tierce, puis une fièvre quotidienne qui est devenue nerveuse avec redoublement. Ce que m'a fait souffrir ma maladie est incalculable : des douleurs dans tous les membres, l'insomnie et l'ennui produit par le manque de société m'ont laissé des impatiences violentes qui m'ont fait peutêtre plus de mal que le mal lui-même. Plusieurs vésicatoires m'ont enlevé successivement les douleurs dont je souffrais. Le dernier venait de produire son effet, lorsque nous avons reçu l'ordre d'évacuer la Hongrie le 11 novembre. Quoique étique et n'ayant aucune force, je n'ai pas hésité à me mettre en route le lendemain dans une mauvaise voiture, mal fermée. Malgré ce que j'ai eu à souffrir pendant le voyage, le changement d'air m'a été favorable. C'est le 21 que nous sommes arrivés dans les montagnes de la Haute-Autriche. Le hasard m'a fourni un assez bon logement; je n'ai qu'à me louer de la complaisance de
mes nouveaux hôtes : ils tâchent de me contenter en tout ce qui est à leur disposition. C'est chez eux qu'a commencé ma convalescence. Hier, pour ma première sortie, j'ai fait visite au colonel ', chez qui j'ai dîné. Je dois mon existence au bon bouillon que m'a fourni sa cuisinière pendant ma maladie : aujourd'hui il me mande d'aller dîner chez lui tous lesjours. Pour ne pas abuser de son honnêteté, je me l^ornerai à y aller trois ou quatre fois par semaine. L'appétit va très bien, mais mon estomac est encore faible. Mes jambes enflent tous les soirs ; le médecin, pour me tranquilliser, m'a dit que cette enflure ne provenait que de faiblesse et qu'elle disparaîtrait à mesure que je prendrai des forces. Mais en voilà assez sur ma maladie, heureux si je ne vous ai pas ennuyés. J'espère qu'à la première occasion je n'aurai qu'à vous mander mon entier rétablissement : ce sera sans doute vers le premier de-l'an; alors vraisemblablement nous aurons changé de province. Nous ignorons notre destination, mais notre vœu le plus ardent est de ne point prendre la route de l'Espagne. Ne devant pas revenir en France, le séjour de l'Allemagne nous est mille fois préférable. Sous quinze à vingt jours, nous nous attendons à faire un mouvement.
Du 8 décembre.
C'est à dix-huit lieues de Kirchdorf que je viens continuer ma lettre et vjous dire que de jour en jour ma santé se rétablit. Je suis ici dans le dépôt que j'ai quitté en mai dernier^. Ne pouvant encore monter à cheval, j'ai pris le devant dans une bonne voiture. Le régiment doit se mettre en route vers le i4 du courant. Nous ignorons toujours le lieu de notre destination. Mon commissionnaire pour Passau devant partir de suite, je n'ai que le temps de vous souhaiter à tous une parfaite santé...
V^ILLENEUVE.
Leiiifôrde, le 8 avril i8io.
... Les papiers publics et la lettre que j'ai écrite à mon frère, à mon passage à Ratisbonne, ont dû vous apprendre que nous étions en route pour le Hanovre. Ce long voyage, fait par la plus ri joureuse saison, nous a donné à souffrir. Cependant nous avons atteint notre destination à bon port dans les premiers jours de mars. Nous croyions en partant avoir, comme l'an passé, Hanovre et ses environs pour cantonnements.
1. La Roche (François), baron de l'Empire du ii juin iSio, né à RuITec .') janvier 1775. Cjlonel du i'"' de carabiniers du i4 mai 1807 au 28 septembre i8i3; général de brigade; mort à Ruil'ec le 22 février 1828.