D'Algay avait été nommé capitaine le 9 août
Point du tout. Arrivés dans cette ville, l'on nous a renvoyés sur la rive gauche du Weser, dans un pays de bruyères et de marais. L'état-major du régiment est à Membourg, ma compagnie en est à sept lieues et à trois milles d'Osnabruck. Les villages que j'occupe sont très bons et très rapprochés ; les autres capitaines n'ont point cet avantage. J'ai en outre celui d'avoir un peu de société : j'ai trouvé ici et dans mon voisinage cinq personnes qui parlent français et qui me prêtent des livres. C'est M. le bailli f, ses deux adjoints et deux jeunes dames qui sont du babil tout à fait aimable; une humeur gaie et toujours égale, et quelques talents d'agrément leur tiennent lieu de beauté. Leur maman, qui paraît prendre quelque intérêt à mon sort, me sollicite souvent de prendre un logement dans sa maison. Je sais que j'y serais mieux que chez mon hôte. Mais je ne peux profiter, de son offre, parce qu'alors je serais trop éloigné de ma troupe. Eh! bien, cette famille est juive; à voir la propreté et l'élégance de leurs appartements, on ne s'en douterait jamais. Les maisons de ce pays ne ressemblent en rien a celles des autres provinces que j'ai parcourues, Ici, le paysan, assis à côté de son feu, voit en même temps sa famille, ses bœufs, ses chevaux, ses moutons et ses poules, etc., etc. Jusque-la il n'y a rien que de bon, mais ce qui choque tout étranger, c'est que la maison est sans cheminée. La fumée, après avoir parcouru et rempli tout l'intérieur, jusqu'au grenier à foin, s'écliappe enfin, partie a travers le toit, partie par les portes. Cette fumée noircit non seulement la maison, mais encore elle affecte la vue. Presque toi^s les habitants ont les yeux rouges ; du reste, ils sont bien haiiillés, c'est le seul rapport qu'ils aient avec les Hongrois, dont les maisons sont plus vastes, mais blanchies tous les ans en dedans et en dehors. Le paysan de Hongrie, réuni le dimanche, ressemblerait à un régiment de hussards s'il ne portait un chapeau rond et la chemise hors de la culotte. Ce dei^nier usage paraît un peu bizarre.
Ma santé va bien : j'espère que les beaux jours qui vont renaître lui rendront tout ce qu'elle a perdu en octobre dernier. Nous ne savons encore rien de positif relativement à notre nouvel uniforme. On parle d'habits blancs ou rouges. Nous désirerions presque tous conserver le bleu. Quoique cuirassés, nous garderons toujours le nom de carabiniers dont nous sommes jaloux. Je suis comme assuré que, quoique surnuméraire, je ne sortirai point du régiment, le nombre des officiers à la suite étant le même dans tous les régiments de grosse cavalerie. Les deux compagnies supprimées ayant été fondues dans les autres, les rendent aujourd'hui très fortes; la mienne, qui est la deuxième, est forte de cent vingt-six hommes, presque tous présents. Le pays de Hanovre étant réuni a la Westphalie, nous sommes aujourd'hui à la solde du roi Jérôme; on nous fait espérer que ce ne sera pas pour longtemps....
... Depuis le commencement de notre révoUition, il s'est fait bien des traités de paix, tous portant en tête : Il y aura, à l avenir, paix, amitié
et bonne intelligence, etc. Et tous ces traités, dictés sans doute par la mauvaise foi, n'ont eu qu'un effet momentané : de nouveaux malheurs s'en sont suivis. Enfin, voici une paix bien solide et bien cimentée. L'Autriche, après avoir été bien châtiée, va en ressentir toutes les douceurs ; ses bons habitants pourront désormais cultiver leurs champs avec sécurité, le fruit de leur travail ne leur sera plus enlevé par toutes les calamités qu'entraîne la guerre ; en un mot, ils seront heureux, mais ils ne le seront pas seuls, leur bonheur refluera sur tous les Etats voisins, tant les bienfaits d'une paix franche sont inappréciables ! Il en est des particuliers comme des Etats, la réunion de deux fait souvent la joie de vingt. Ce seul motif bien pesé devrait rendre les sacrifices bien moins coûteux. Pourquoi en est-il autrement ?
Villeneuve.
A son retour en France, Villeneuve regagne Luné ville, dépôt des carabiniers. 11 n'y reste que le temps de se faire accorder un trimestre de congé ' qu'il passe en famille ; par suite de prolongation, le capitaine d'AIgay ne rejoint son corps que le 20 février
Lunéville, le a8 mars 1811.
Mon très cher Père,
Parti de Brive le l\ février, je suis arrivé a Paris le 8 au soir ; j'en suis reparti le 17 pour Lunéville et le 20 j'ai rejoint le régiment. J'ai fait tout ce trajet sans accident et en bonne santé. Les cinq jours que j'ai passés dans la capitale ont été si pluvieux et j'avais tant de courses a faire que, malgré ma bonne volonté, je n'ai pu voir une seconde fois les personnes qui m'intéressaient le. plus. D'un autre côté, le colonel me faisait engager à rentrer le plus tôt possible, crainte que je ne perde mes appointements. Un plus long retard pouvant me devenir préjudiciable, j'ai levé l'ancre et me suis rendu à mon poste. A mon arrivée, tout s'est arrangé comme je le désirais.
... Mon domestique n'était plus à Lunéville lorsque j'y suis arrivé. Il m'avait quitté pour retourner en Prusse, sa patrie, surveillé de près par mon lieutenant. Il n'a emporté que des effets de médiocre valeur. Mes chevaux sont en très bon état ; celui qui a été blessé à llatisbonne