I. Lofire de Clialard : .^^adri(l, iG noveinl)re
et a Wagram est devenu superbe. J'espère aujourd'hui n'avoir qu'à me louer de mon acquisition.
Le portefeuille que j'avais oublié a Brive chez M. Ecrou m'est parvenu ici par la poste. Mon congé de semestre seul m'était utile, tout le reste pouvait être mis de côté, c'eût été des frais de port épargnés.
L'on met la plus grande activité à faire confectionner en tout point notre nouvel uniforme. L'habillement s'avance : les cuirasses et les casques nous arrivent a mesure qu'on les forge. Au i" mai le plus essentiel sera terminé et alors nous pourrons paraître avec notre brillant costume. Les dépenses que chaque officiera à faire pour s'équiper sont énormes : elles monteront a près de deux mille francs, somme excessive dans des moments de détresse tels qu'aujourd'hui. Dans ma première lettre je vous donnerai le détail de ces dépenses. L'on nous fait espérer une indemnité de la part du Gouvernement, nous n'osons y compter. Le régiment fera les premières avances et ensuite chacun s'acquittera comme il le pourra.
Quelques jours après ma rentrée, le colonel n'a plus voulu nous laisser prendre nos repas dans les auberges. En conséquence, il nous a pris chez lui. Nous en sommes mieux à tous égards, nous ignorons encore ce qu'il en coûtera par mois.
... Le courrier qui nous a annoncé les couches heureuses de l'Impératrice est venu ici de Paris en 22 heures. Puisse le jeune roi de Rome nous être un gage de paix !....
ViLLExNEL'VE.
3 lieues en avant de Widzy, roule de Dunaburg, duché de Lithuanie, 11 juillet 181 2.
A tous mes amis du Chalard,
Ce n'est point pour vous rendre compte de nos faits militaires que je prends la plume, c'est uniquement pour vous tranquilliser sur mon compte et vous dire que ma santé se soutient assez bien malgré tout ce que nous avons à souffrir dans cette campagne. La tendre amitié que j'ai pour vous tous me fait prendre le parti de vous taire des détails qui ne pourraient que vous affliger.
Notre division n'a encore rien fait, quoique deux fois elle se soit trouvée en présence. Les Russes se retirent et abandonnent épouvantés les plus belles positions. On dit actuellement qu'ils se fortifient derrière la Dwina el que c'est là qu'ils nous attendent. Tiendront-ils là
mieux qu'ils n'ont fait jusqu'ici? Videbitiir infrà. ChalarcI, à qui j'ai écrit deux mots en passant à Thorn, a dû vous donner de mes nouvelles. Puisse celle-ci vous trouver tous bien portants.
Villeneuve.
Depuis le II, nous nous sommes avancés de huit lieues de la Dwina en nous dirigeant à droite de Breslau sans voir l'ennemi qui, dit-on, n'est pas loin. Écrivez-moi souvent. Dans le grand éloignement où je suis, les lettres de mes amis sont ma seule consolation. Adieu.
Gautier, chirurgien aide-major des grenadiers à cheval de la garde impériale, était à Vilna le i6 juillet 1812. Son père aura beaucoup de plaisir à te voir.
Mikoulnio, le 4 août 18 12.
Mon cher Receveur,
Plus l'immense distance qui nous sépare s'accroît, plus ma pensée se porte vers le pays qui m'a vu naître. Ma plus douce consolation serait aujourd'hui de recevoir souvent de vos nouvelles. J'engage tous mes frères et sœurs, je t'engage toi-même à ne pas me refuser cette marque d'amitié. De mon côté, tant que les circonstances me le pei-mettront, je serai exact à vous donner en quatre lignes des nouvelles de mon existence. Toujours en route et toujours couché à la belle étoile, quelque temps qu'il fasse, je n'ai plus l'occasion de vous écrire de longues lettres. Celle-ci vous apprendra que, grâce à Dieu, ma santé va assez bien : je n'aurai qu'à bénir la Providence si elle se maintient ainsi tout le temps que durera la campagne. Les Russes continuent à se retirer et notre armée à les poursuivre. Plusieurs actions ont eu déjà lieu, mais de peu de conséquence ; nous en désirons une de décisive, parce qu'il y a cent à parier qu'elle sera en notre faveur. Nous sommes aujourd'hui entre la Dwina et le Dnieper, à quinze lieues de Smolensko, ville sur laquelle on paraît se diriger....
Il se bruite qu'on va donner du repos à l'armée. Il est bien nécessaire, ne fût-ce que pour faire rejoindre les traînards.
ILLENEUVE.
Grande Armée, 4* division, grosse cavalerie, 3« corps.
Mojaisk, du iG seplcnihre 1812.
Mon très cher Père,
Je vous apprends avec plaisir que ma Ijonne étoile ne m'a pas ahaiiilonné tkms la sanglante journée du 7 du courant où tant de mes frères d'armes ont perdu la vie. Un coup de sabre que j'ai reçu sur la figure m'a légèrement mis hors de combat. Ma blessure est assez violente, mais pas dangereuse ; elle commence a se cicatriser et sous peu j'espère rejoindre le régiment que j'ai quitté le 8. C'est alors que je t'enverrai plus de détails et te raconterai des choses touchantes
Villeneuve.
La sanglante bataille de la Moskowa faillit lui être l'atalc. Blessé une première fois à Ratisbonne, le 28 avril 1809, Villeneuve reçoit encore deux coups de sabre sur la figure et son cheval est tué sous lui. Pour ne pas alarmer inutilement les siens, il se contente de les informer qu'il a été seulement « légèrement mis hors de combat ».
A partir de ce moment, il n'écrit plus, ou plutôt aucune de ses lettres ne parvient à destination.
Dès que l'affreuse nouvelle du désastre est connue, Chalard, sans grande illusion toutefois, cherche à rassurer sa famille sur le sort de ses deux frères :
« Les détails du 29* Bulletin, écrit-il de Bayonne en date du 28 décembre 181 2, n'auront pas manqué d'exciter vos justes regrets : outre ceux que doit ressentir tout bon Français, nous en avons de bien propres à nous affliger. Que sont devenus nos deux chers frères ? Le hasard le plus extraordinaire peut seul avoir préservé l'un de partager le sort de son imprudent général et nous serions trop heureux si, dans celte dernière supposition, son malheur se réduisait à être tombé sain et sauf entre les mains de l'ennemi; l'espoir de son retour nous resterait encore.
« Que préjuger sur le sort de l'aîné? Vulnérable de toute part, il peut certainement avoir succombé sous les coups de ses adversaires ou èlre devenu leur prisonnier. Mais une âme bien Irempée, un tempérament robuste et une forte constitution pourraient l'avoir rendu supérieur aux circonstances critiques, lui avoir fait
braver les cléments et surmonter, comme à tant d'autres, les fatigues et privations infinies auxquT^lles il a dû se trouver en butte pendant plusieurs jours : j'attends avec la plus vive impatience des renseignements sur le compte de l'un et de l'autre. Mais, hélas ! je les crains autant que je les désire. Ne manquez pas de me faire part de ceux qui vous parviendraient. »
Osnabruck, le 3o avril i8i3.
Mon cher Algay,
Je vois avec plaisir que je ne suis pas entièrement oublié de la famille. Un officier arrive de Hanovre et m'apporte deux lettres qui me donnent de vos chères nouvelles.
... Je suis à concevoir pourquoi vos lettres restent si longtemps en route tandis que j'en reçois de Lunéville et de Goche('??) qui n'ont pas plus de huit jours de date. J'aime à vous persuader que je ne vous suis ' point devenu indifférent et que dans ce cas les mois ou les six semaines ne se passent guère sans que quelqu'un de vous ne m'écrive quelques lignes. Je dois croire que vos lettres se perdent dans le trajet. C'est un malheur pour moi, puisque c'est moi seul qui en souffre. Il m'arrive parfois, j'en conviens, d'être un peu négligent, mais le plus souvent les circonstances m'y forcent. J'attends souvent pour m'entretenir avec vous un moment favorable, un moment de tranquillité et de repos, mais qui m'échappe lorsque je crois le tenir.
. C'est de Lunebourg, le ii mars dernier, que je vous ai écrit ma dernière lettre. Depuis ce temps-la je n'ai fait que voyager d'un cantonnement à un autre, ne demeurant jamais plus de quatre jours dans le même endroit. Notre mouvement rétrograde depuis Hambourg s'est effectué très lentement. J'ai cru pendant quelque temps qu'insensiblement nous nous rapprçchions du Rhin et que nous pourrions bien le repasser. Mais aujourd'hui nous sommes instruits que le dépôt général des remontes est définitivement fixé à Osnabruck et qu'il ne quittera cette ville que pour retourner dans Hanovre. Il e.st comme assuré que, ' dans les premiers jours de mai, je partirai avec un détachement pour me porter sur les bords de l'Elbe et rejoindre le régiment que j'ai quitté depuis le 21 janvier. Toutes les mesures que l'on prend semblent annoncer que la campagne qui va s'ouvrir sera moins malheureuse qup celle de 1812. Je le désire de tout mon cœur et je l'espère, mais de quelle manière que les choses aillent j'aurai soin de vous écrire le plus souvent qu'il me sera pos.sible. Si vous voulez me faire plaisir, c'est de ne point laisser mes lettres sans réponse. Aucun de vous ne peut se faire une idée juste d • la satisfaction que j'éprouve lorsque je reçois
une lettre de la famille. Je vois alors que l'on pense à moi et que l'on m'aime encore. Il n'en faut pas davantage pour contenter mon esprit et mon cœur. Je ne cache pas que depuis quelque temps l'un et l'autre sont tourmentés d'une rude manière.
... Je n'ai aucune nouvelle de notre pauvre prisonnier.
Villeneuve.
Gerbersdorf près Gurlitz, le 8 septembre i8i3.
Si cette lettre te parvient, mon cher Algay, tu sauras que je continue à me bien porter malgré tout ce que nous avons eu à souffrir depuis la reprise des hostilités. Depuis le i6 du mois passé, nous n'avons eu de repos ni nuit ni jour. Le régiment s'est trouvé à quelques affaires où il n'a fait que payer de sa présence. Deux fois cependant il a repoussé les Cosaques avec succès et presque sans pertes. Je compte pour peu deux ou trois hommes tués et une vingtaine de blessés. Je ne te dirai rien de nos affaires, je laisse ce soin aux feuilles publiques.» D'ailleurs peut-on s'expliquer tant qu'il n'y arien de décisif? Napoléon a paru pendant vingt-quatre heures dans notre corps d'ai^mée ; sa présence, qui ranime tout, avait produit un très bon effet sur nos jeunes soldats ; son absence nous peine tous d'une manière sensible. Notre corps d'armée a pris position derrière la Neisse. Le manque de subsistances nous forcera bientôt à la quitter. Je sais que les généraux Sou- "ham et Delmas' sont avec nous : l'occasion de leur parler ne s'est pas encore présentée.
Ghalard ne m'a pas écrit depuis son départ de l'armée d'Espagne ; j'ignorerais encore son mouvement si une lettre de Bordeaux ne m'en avait instruit en me disant qu'il avait passé huit jours dans la famille, tu m'as donc confirmé ce que je savais déjà. Pourquoi notre dragon gax"de-t-il ainsi le silence. Peut-être a-t-il envie de me surprendre. Je ne m'attends guère à ce bonheur-là tant que je serai détaché de l'armée principale. Si j'en ai le temps, je lui écrirai dans la journée. Si vous avez occasion d'écrire à Saint-Pétersbourg, donnez de mes nouvelles à Valette, je suis charmé de le savoir en si heureuse position dans les circonstances actuelles.
M. Lamaze^ de Pazayac, par une lettre du i3 mars dernier, me demande des nouvelles de son fils, aide-major : je pense que le jeune homme aura profité de l'armistice pour tirer d'inquiétude ses parents. Salue de ma part M. Lamaze et son épouse. J'ai vu avant-hier
1. Deux généraux limousins : Souliam, de Lubcrsac, et Delinas, d'Argentat.