J. N. Fervel, Camparjnes dans les Pyrénées orientales
3. Lettre du i3 ventôse an V, datée de Scaréna (Italie). t\. Propriété de famille, située à Issandon.
5. Constituée de l'ancienne ao^, de la demi-brigade des Aurois, du ler bataillon de la demi-brigade du .lura et Aà l'Hérault, de la demi-brigade de la Sartlie, du 2e bataillon de volontaires du Panthéon (Paris), du i" bataillon de Saint-Amand (Nord) et du bataillon de Jemmapes.
Si le temps me le permettait, je vous ferais part en raccourci des belles choses que nous avons vues, soit dans notre route, soit a Bavonne. En partant de Montauban, nous avons passé par Beaumont, Mauvesin, Auch, Mirande, Rabastens, Tarbes, Pau, Orthez, Peyreliorade et Bavonne. Auch, Tarbes et Pau sont de belles villes, nous avons eu bien de la peine de n'y pas avoir séjour. Avant-hier le port offrait un beau coup d'oeil : tous les vaisseaux avaient arboré leurs pavillons et ceux des puissances alliées. Nous avons vu la mer qui est à une lieue d'ici. Dans cet intervalle, nous avons cherché le général Sahuguet que nous avons rencontré le 9 au soir à la promenade. Nous lui avons remis la lettre dont Saint-Pardoux nous avait chargés. Il nous a fait tout l'accueil qu'on peut attendre d'un parent et d'un véritable ami : il nous a paru dans l'intention de faire tout ce qui dépendrait de lui pour nous rendre service. Après l'aveu que nous lui avons fait de notre renvoi à la citadelle, il nous a d'abord proposé de nous ramener avec lui du côté de Bagnères où nous serions mieux qu'ici et du reste, disait-il, plus à portée pour revenir chez nous au cas de paix dont il ne paraissait pas douter. Nous l'avons revu le i4 et il a été décidé que nous et tous nos camarades irons en garnison du côté de Saint-Gaudens. Les ordres ne sont pas encore expédiés ; nous les attendons de jour à autre. La paix avec le roi d'Espagne dont on a appris la nouvelle ne changera en rien notre destination, à ce que nous a dit hier Sahuguet ^ Ainsi, nous partirons d'ici avant trois jours : vous recevrez de nos nouvelles d'abord après notre arrivée. Nous nous portons bien : la connaissance que nous avons acquise des êtres et des usages de cette maison a diminué de beaucoup la rigueur et la sévérité qui semblent y régner.
... Diverses circonstances nous ont dérangé dans nos projets. La principale était l'incertitude de notre destination future. A notre arrivée, nous avons été consignés à la citadelle, d'où l'on ne sort qu'avec la permission du commandeur et la compagnie d'un caporal : .sujets à l'appel le matin et le soir, on est sans occupation le reste de la journée qui ne peut qu'être ennuyeuse. Ce genre de vie et la mine rébarljative de notre commandant dont on ne dit pas tout le bien possible, nous avaient tellement déplu les deux premiers jours que pour nous y soustraire nous serions partis avec plaisir pour les avant-postes du côté de l'Espagne.
... En nous quittant, il nous a dit de faire nos réflexions et de lui en faire part. Beaucoup de gens du pays et d'anciens camarades qui ont déjà fait la guerre et a qui nous avons fait part de nos intentions, nous ont dit qu'ils s'estimaient fort heureux d'être ici et que nous
I. Un autre compatriote, le général Jean-Joseph-François-Léonard Darmazit de La Roche-Sahuguet, mort à Tabago en i8o3.
ferions mal de quitter s'il était en notre pouvoir d'y demeurer. Nous l'aurions pu, car on nous avait déjà mis au nombre de ceux qu'on avait choisis pour demeurer au dépôt. Mais les démonstrations d'amitié que nous a fait Sahuguet lui ont acquis notre confiance à un tel point que nous ne ferons que ce qu'il voudra. Ses avis sont des ordres pour nous.
... On ne nous envoie pas aux arrêts pour n'avoir pas fini notre étape qui consiste en une livre et demie de pain et une demi-livre de viande'. Il faut que nous y ajoutions tous les jours soit du pain, du fromage, du vin ou autres choses qui toutes coûtent de plus qu'à Brive, presque les deux tiers en sus : les autres marchandises sont sur le même pied, mais jusqu'ici nous n'avons rien acheté, si vous voyez Saint-Pardoux, nous vous prions de le remercier et de lui dire que ses lettres ont produit tout l'effet qu'on pouvait. Arrivés à notre destination, nous ne manquerons pas de lui dire, pour l'en instruire nou.s-mêmes et lui en témoigner notre reconnaissance. Je sors
pour aller à Bayonne.
Villeneuve et Chalard.
Tarbes, le 27 nivôse an 4^, année républicaine.
Nous avons reçu il y a quinze jours, mon cher Chalard, ta dernière lettre en date du 6 du courant; sous tous les rapports, elle nous a fait un sensible plaisir puisque, par elle, nous avions appris que tu es arrivé sans accident, qu'une bonne santé était le partage de tous et que tout le monde te fait l'accueil le plus gracieux...
... Depuis notre dernière lettre notre situation n'a pas changé en aucune manière : nous continuons Dieu merci a jouir de la meilleure santé ; du reste, même genre de vie, mêmes exercices : jamais nous n'avons été plus tranquilles, par conséquent plus désœuvrés.
Nous avons fait connaissance avec un grand nombre de nos officiers : il y en a de très honnêtes et qui sont bien disposés à nous rendre service. Reynes^ et Rigal, l'un notre comman lant et l'autre notre capitaine, se distinguent parmi tous. La demi-brigade, depuis ton départ, a pour ainsi dire triplé et tous les jours il nous vient du monde : nous attendons tous les jours ceux de la Corrèze qui appartiennent à
1. Etape. — Ce sont les provisions de bouche et de fourrages que l'on distribue aux troupes quand elles vont d'une province à une autre et dans les différentes marches qu'elles sont obligées de faire. (Gaigne A. T., Nouveau dictionnaire militaire. Paris, an X.)
2. Revues (Calixle), né à Rabastens (Tarn), chef de bataillon de la demi-brigade des Aurois, le 12 prairial an III. Nommé chef de bataillon de la 7* demi-brigade, à Malte, par le général Vaubois.
notre corps. Prévost a nous prévenus ces jours passés qu'aussitôt que les trois bataillons seraient complets, nous partirions pour Toulouse. Je crois cette époque un peu éloignée, notre départ n'aura vraisemblablement lieu qu'après le carnaval. Nous sommes habitués dans cette ville : tu sens, je pense, avec quel regret nous la quitterons sous bien des rapports, tu sais combien elle nous est chère. Mais ne présumons pas sur l'avenir, peut-être sommes-nous la pour un plus long temps que nous ne croyons.
Nous avons reçu cette semaine une lettre du général Sahuguet. D'après ce qu'il nous mande, il paraît qu'il s'occupe sérieusement de nous : il n'attend que le moment de pouvoir nous placer selon nos dé.sirs. Nous comptons sur lui et nous sommes parfaitement tranquilles, nous ne tarderons pas à lui écrire pour lui en témoigner toute notre reconnaissance.
... On exécute ici avec vigueur le décret contre les déserteurs, les gendarmes sont à leur poursuite : tous les jours ils en arrêtent un bon nombre ; on nous a dit aujourd'hui qu'on enverrait un détachement de trois cents hommes de notre brigade dans la vallée d'Aure pour obliger les déserteurs à rejoindre. Pascalou a obtenu un congé du ministre de la guerre et partira au premier jour pour Bordeaux...
ViLLExNEUVE.
Tarbes, le 22 pluviôse an If, année républicaine.
Mon cher Chalard,
... Encore rien ne transpire concernant la détermination qu'on prendra par rapport à notre demi-brigade. Quand partira-t-elle ? A quelle armée l'enverra-t-on ? Voila ce que nous ignorons parfaitement. Une chose certaine pourtant, c'est que tout cela aura lieu le moins que nous y penserons.
Tout cela ne laisse pas de nous donner quelque inquiétude. Nous avons eu force joie d'apprendre que Lafon t'avait accordé conjointement avec Delord une prolongation de convalescence.
Lorsque ces deux citoyens ne pourront plus te rendre service, accroche-toi à Sahuguet et ne le quitte pas un instant. C'est ce que tu as de mieux a faire, ne nous viens joindre qu'a la dernière extrémité.
Le carnaval et le mauvais temps avaient un peu ralenti les poursuites contre les déserteurs, mais, actuellement, on va les pousser de plus belle, on a formé un dépôt au collège...
... Nous avons vu avant-hier Maillard-Patave, il était venu en qualité de chef d'escadrons faire la revue de la gendarmerie nationale...
Villeneuve.
Toulouse, le 2 germinal an 4 (2 avril). Mon cher Chalard, ...Nous avons présenté nos hommages au général Sol'. Il aime beaucoup Sahuguet et ne le considère pas moins : s'il peut nous être utile dans quelque occasion je crois qu'il s'y prêtera volontiers, mais, dans ce moment, il est absolument sans moyens pour cela. Il nous a promis sa protection, nous ne négligerons rien pour la mériter et pour le faire rappeler de nous. Lorsque tu verras Sahuguet, témoignelui toute notre reconnaissance...
Il paraît donc décidé, mon cher Chalard, que tu vas t'éloigner de nous au premier jour et prendre une route diamétralement opposée à celle que nous tiendrons avant peu. Je ne te parlerai pas des douleurs amères que nous cause la seule idée de ton départ : il est plus facile de les sentir que de les dépeindre. Mais ne nous alarmons ni les uns ni les autres, prenons courage, ayons toute confiance en la Providence et espérons que l'heureuse étoile qui nous a guidés jusqu'à ce moment nous réunira ti)us un jour dans les bras de ce bon père pour qui notre absence est un supplice continuel et auquel nous coûtons tant de peines et tant de chagrins.
Tu ne seras pas peu étonné, lorsque tu sauras que nous sommes devenus juges militaires, nous jugeons au nombre de neuf. Nous avons acquitté il y a quelques jours l'imprimeur d'une feuille intitulée V Anti-Terroriste : il se nomme Brouthet. La salle du tribunal, le grand Consistoire, était ce jour-la pleine comme l'œuf. Le jugement déplut aux meneurs.
L'on a célébré avant-hier la fête de la Jeunesse sur la place de la Commune. Il faisait beau temps ; nous y étions plus de dix mille hommes de toutes armes. Le peuple était immen.se. On y chanta plusieurs chansons civiques; plusieurs orateurs s'y firent entendre, entre autres Desbarraux, officier municipal, qui dit en s'adressant à un groupe de deux cents jeunes filles vertueuses : Sexe charmant que la padeur honore, conservez-vous chastes et innocentes ; une phrase si bien appliquée ne manque pas d'être universellement applaudie.
Il y a quelque temps, tu me fis une que.stion à laquelle tu me pressais de répondre, tu t'en rappelles, sans doute. Tout va mieux ; le beau temps a succédé à l'orage. Tu m'entends, je n'en dis pas davantage.
VlLLENEt^'E.
I. Sol-Bauclair (Pierre), né à Saverdun (Ariëge), i4 février 1754, entra à vingt ans (i^f scplembre 1774) dans le corps du génie comme lieutenant. 11 était qénéral de brigade du 3 nivôse an H. '
Réformé pour incivisme eu l'an IV, il ne fut rappelé à l'activité que le 8 pluviôse au XI et devint commandant d'armes à Dunker [ue ; deux ans après, le général Sol passa à Bayonne et y occupa les mêmes fonctions jusqu'à sa mort (1" avril i8i4).
Toulouse, le i*'' prairial an 4 C^^ ^^^ ^79^)-
... Depuis longtemps vous nous engagez à vous faire part de l'état de nos finances; aujourd'hui je vais vous satisfaire, et vous donner un détail exact à cet égard. Nous avons encore quelques louis pour pourvoir à nos besoins journaliers, mais cela ne suffît pas. Depuis près de trois mois nous sommes chez les Desmoiselles Piquepé sans leur avoir rien donné. Nous y sommes à toute pension comme Algay autrefois. Mademoiselle Piquepé n'a point voulu faire de prix avec nous sous prétexte que nous serions toujours d'accord. Avec ça, je suis persuadé qu'il nous en coûtera au moins quarante livres à chacun par mois, vous voyez que cela va un peu loin : nous en sommes bien mortifiés. Du côté de notre étape et de notre paie nous n'avons aucune ressource : l'une et l'autre suffisant à peine pour faire faire notre service qui devient de jour en jour plus difficile. Nous n'avons que deux sols de solde par jour et le pain pour deux jours ne se vend que quatre sols. Voyez comment la patrie traite ses défenseurs...
Villeneuve.
Auch, le 3 fructidor an 4*-
... Il y a environ quinze jours que nous avons essuyé un petit malheur : dans la nuit du. i G au 17 du mois dernier, un voleur s'introduisit dans le bureau du quartier-maître, enfonça la caisse militaire où il ne trouva que peu de chose : comptant faire meilleure capture, il enfonça une armoire où se trouvait une partie de nos effets et les enleva. Il y avait la montre de Valette, trois chemises, quatre cravates, quatre mouchoirs de poche, deux bonnets de nuit et une culotte. L'on a fait des recherches pour découvrir le voleur, mais elles ont été infructueuses. Le volontaire qui faisait sentinelle à la porte est fortement soupçonné d'en être l'auteur. Ce qui engage à le croire, c'est que depuis cette époque il a été surpris à voler d'autres objets. Dans ce moment il est en prison : je l'ai fait interroger pour tâcher d'en tirer quelque chose : il a répondu fort sèchement à toutes les questions qui lui ont été faites que sa conscience ne lui reprochait rien à cet égard. Cette aventure ne laisse pas que de nous mettre un peu dans l'embarras.
Nous sommes encore tranquilles dans notre garnison, cependant tout
me porte à croire que nous ne le serons pas longtemps, attendu que
tous les corps de troupes qui sont dans cette division ont reçu l'ordre
de partir pour l'armée d'Italie. Je sais d'ailleurs et de bonne part que
Prévost a demandé de partir le plus tôt possible : quoi qu'il arrive,
nous aurons soin de vous en instruire...
Villeneuve.
Villeneuve ne vous a pas fait part d'un petit changement qui vous importe fort peu mais que vous apprendrez pourtant. Taverre, quartier-maître, vient d'être remplacé par son prédécesseur qui avait été destitué à cause d'absence il y a un an. Quelques protections auprès du ministre l'ont fait remettre en place. Je serai seul avec lui, et, quoiqu'il soit d'une classe proscrite, il a trouvé les moyens de se gagner l'estime de ceux qui le fréquentent. En un mot, c'est un prêtre du nouveau régime. Je crois qu'il va nous loger dans la maison la plus riche d'Auch. A une autre fois des détails...
Gabriel (Valette).
Nous allons suivre maintenant le plus jeune des Algay, fourrier à la 7* demi-brigade passée en Italie, mais il revient bientôt au dépôt en Provence.
Scarena, le i3 ventôse, 5^ aimée républicaine.
... Ma plus grande douleur est de me voir éloigné de ma famille, seul et à la veille de m'enfoncer dans l'Italie. C'est vers la demeure du Pape qu'on veut nous envoyer, s'il ne s'empresse de faire circuler quelques millions qu'on vient de lui imposer pour la seconde fois. Nous avons même grand besoin qu'il vienne à notre secours car depuis plus de deux mois la troupe n'a pas été payée. Aussi, comptons-nous sur lui ou, pour mieux dire, sur la valeur des Français. Dès que toute l'Italie sera soumise, j'espère qu'il nous sera permis de regagner nos foyers. Que ce jour est le bien désiré !...
Auch, le g germinal, 6« année républicaine.
... J'ai failli à aller à Toulon hier ; je m'étais déjà tout disposé pour ce voyage et ce n'est que par un arrangement inattendu que je suis resté ici, à mon grand plaisir, avec le quartier-maître, chargé de quelques compagnies qui forment la garnison de cette ville. Tantôt on nous embarque pour l'expédition d'Angleterre, tantôt on nous renvoie à l'armée du Gapitole et, néanmoins, nous restons toujours ici. Et peutêtre n'en sera-t-il pas autrement? Ainsi soit-il.
... J'ignore bien quand luira pour moi le jour qui me rapprochera de mon pays et de ma famille. Si nous avançons dans l'intérieur, je tâcherai d'attraper quelque permission, car si pour cela il fallait attendre que le Temple de Janus fût fermé, mes cheveux commenceraient à blanchir. En attendant, je ne souffre pas, je jouis d'un traitement mesquin, à la vérité, mais avec de l'économie il peut me suffire, jouissant, du reste, d'une douce tranquillité...
Valette.
Marseille, le i6 thermidor an 6.
Mon cher Villeneuve,
Je suis enchanté d'apprendre que toute la famille continue de jouir d'une bonne santé. C'est toujours avec transport que je saisis ces heureuses nouvelles, comme les seules qui puissent me consoler dans mon éloignement et dans une séparation qui dure trop longtemps. Suis-je condamné à murmurer sans cesse contre ma destinée et lors([u'un rayon d'espoir vient flatter mon imagination d'un bonheur qui fait toute mon envie faut-il qu'il s'évanouisse un instant après ? Telle est ma situation.
J'attendais mon congé, je vous l'avais dit, et celui qui pouvait me l'obtenir vient d'être destitué ; et il est déjà parti pour Paris où l'on présume qu'il ne lui sera pas difficile de se justifier. Vous voyez que je veux parler du chef de notre demi-brigade ^
Berger, ancien chef de celle de la Sarthe^, l'a remplacé provisoirement. Son corps qui, vous vous en rappelez, était notre première destination, a été fondu dans celui-ci à l'armée d'Italie. On a reçu encore aujourd'hui la destitution de quelques autres officiers du corps qui s'étaient fait connaître par le commandement de différentes places dans le département et leur modération est un crime qu'on ne veut leur pardonner.
Enfin, me voilà enfoncé de nouveau dans le labyrinthe sans savoir quand et comment je pourrai en sortir sans danger, destiné à être le jouet du caprice de la fortune et livré à des inquiétudes qui ne font que se renouveler. Mon sort n'a cependant pas changé, il est aussi doux que je puisse le désirer dans le poste que j'occupe. Mais il n'est pas moins vrai que je brûle d'en sortir, bien persuadé qu'il ne me sera pas difficile de trouver beaucoup mieux après.
Quoiqu'on parle continuellement de dépaiH, nous sommes encore à Marseille et la seconde expédition dont nous devions faire partie est un
1. Lucotte (Edme-Aimé), né dans la Côte-d'Or, le 3o octobre 1770, s'était enrôlé dans le 8^ bataillon de son département en juillet 1798 et devint chef de bataillon le 7 brumaire an III. Placé à la tète de la 60* demi-brigade, il fut destitué pour avoir refusé de faire feu sur les habitants de Lyon, révoltés contre les commissaires de la Convention nationale.
Réintégré dans son grade le 18 thermidor an VI, il reçut le commandement de la 7* demi-brigade légère avec lacjuelle il fit la campagne d'Italie sous le général Bonaparte. Revenu à Marseille, il fut destitué le 18 messidor an VI par le Directoire, pour avoir pris la défense d'un marin, nommé Laure, injustement condamné à mort, mais bientôt après réintégré de nouveau dans son grade.
Lucotte est mort le 8 juillet 1825, lieutenant général, chevalier de Saint-Louis et baron de l'Empire.
2. Berger (Joseph-Jacques), né le 11 mars 1760, à Beaumont (Sarthe), prit du service le 17 septembre 1791, fui chef de brigade le 29 lloréal an III et breveté le 18 floréal an V.
projet qui n'est rien moins que certain. Nous savons que le 3' bataillon est en station a Malte : je crois que notre réunion tardera longtemps a s'effectuer...
Vaxette .
Marseille, le aS frimaire an 8.
Mon très cher Père,
... Vous avez dû recevoir une seconde lettre que je vous al adressée au commencement de ce mois. Celle-là vous aura appris pourquoi et comment j'ai resté dans Marseille. La tranquillité et le bien-être dont j'y jouis font que je persiste a vous dire que je me félicite de ma réussite, que je voudrais que la position de mes frères Villeneuve et Chalard ne fût pas plus alarmante. Mais leur présence dans cette Vendée, au milieu de brigands, qu'ils doivent combattre sans cesse, ne m'offre que des images sinistres sur leur compte.
J'espère que je ne tarderai pas à en savoir quelque chose d'euxmêmes puisque vous leur avez donné mon adresse. Je ne leur ai point écrit encore : changeant de cantonnement peut-être chaque jour, je ne saurais où les prendre.
Tout comme vous, j'avais cru a l'arrivée de Sahuguet pour venir prendre le commandement de la 8' division militaire. L'espérance que j'en avais a fait que je n'ai point poursuivi jusqu'à présent certain projet relatif à ma situation. Je voulais lui demander une sous-lleutenance que j'obtiendrai peut-être dans quelque temps.
Quant à la place de commissaire des guerres dont le nombre avait été extraordlnalrement multiplié dans le temps que les Fraiirais occuperaient toute l'Italie, je ne veux point y songer, il en est tant sans emploi : et je crois que des protections ne suffisent pas pour obtenir ces places, car on dit qu'elles se paient chèrement.
Au reste, je me trouve fort bien dans ce moment, et je voudrais, avant de rien entreprendre, aller respirer quelques semaines le bon air du Chalard. Je ne sais quel parti je prendrai ; mon cœur me porte bien pour ce dernier, mais les circonstances, qui depuis longtemps sont la boussole qui nous dirige, en décideront.
... Le commandant de la place est de Meymac, c'est le cltoven Trelsch, général de brigade'. Je le vois quelques fois ainsi que plu-
I. Treisch des Farges (Pierre-Jean), né à Meymac (Corrèze), le 5 avril 1754, fut successivement chiruniien de marine, avocat, notaire à Meymac, avant que d'être cln par ses concitoyens lieulenanl-colonel en i""" du 3" bataillon des volontaires de la Gorrt;zc, orçjanisc le 12 août 171J2. Un an apri;s (28 août), Treiscli était nommé général de brigade.
Is'ous le retrouvons commandant de place à Marseille en 1800. Mais, atteint par a
sieurs autres Limousins qui sont ici disséminés. Marseille est assez tranquille mais l'état déplorable où se trouve dans ce moment cette malheureuse armée d'Italie fait que les habitants sont trop accablés et de contributions et de réquisitions pour pouvoir lui porter quelques secours d'urgence...
Gabriel (Valette).
Marseille, le 28 pluviôse an 8".
Mon très cher Père,
... J'ai abandonné depuis quelque temps ce greffe du conseil de guerre. Tous les avantages que j'en tirais, les agréments qu'ils me procuraient dans cette ville, l'amitié, la confiance dont je jouissais auprès du digne officier avec lequel je travaillais, rien n'a pu m'y retenir davantage , mon unique désir depuis longtemps est de pouvoir me retirer dans la famille et j'ai senti que pour parvenir à ce but il fallait prendre un autre chemin. Je vous ai écrit que je pouvais avoir une place de sous-lieutenant, mais, comme je ne connaissais pas le corps dans lequel on voulait me faire entrer et qu'il était fort éloigné d'ici, j'ai préféré et pour plusieurs motifs une place de sergent-major dans la 22^ légère, en garnison à Brignolles. Plusieurs sous-officiers de la 7*, avant mon arrivée de Rome, avaient passé dans ce corps comme officiers et n'ont pas manqué de m'engager à les joindre, J'ai longtemps balancé et j'ai cédé enfin aux conseils de quelques amis qui prennent ici à moi le plus vif intérêt. Il y a quinze jours je partis d'ici pour joindre ce corps et la manière dont je m'y suis trouvé tout le temps que j'y suis resté me porte à me féliciter du parti que j'ai pris. La demi-brigade de ce numéro est en Egypte et comme sans doute on compte peu sur son retour, on la renouvelle. On a déjà formé le 3'^ bataillon. Vous devez imaginer que l'avancement va être rapide : enfin, j'ai tout lieu d'y espérer beaucoup mieux que ce qu'on me promettait ailleurs. Dès que j'aurai réussi dans mes projets, je puis assurer que vous ne tarderez pas à me voir auprès de vous. Alors je pourrai jouir d'une faveur dont jouissent tant d'autres et sans crainte d'être sujet à de nouvelles inquiétudes. Sans doute il m'eut été facile d'aller au Ghalard : mais, n'y aller que pour un mois ou deux c'est se préparer de nouvelles peines. Je suis ici depuis avant-hier : je suis venu pour y passer avec
disgrâce, il revint dans ses foyers et dut reprendre l'étude paternelle de Meymac. Treisch ne pardonna jamais à Napoléon de lui avoir supprimé son traitement, car, au retour des Bourbons, envo}"^ en surveillance à Saint-Émilion, il écrivit une protestation au préfet de la Gironde ayant soin de se donner comme « ex-yénéral réduit à l'état de notaire sous le régne de Bonaparte ».
des amis quelques jours Je plaisir et je partirai après-demaia pour BrignoUes.
Il est bien dur d'être toujours eu but aux caprices des événements, et l'expérience m'a appris que je dois profiter des occasions lorsqu'elles me deviennent favorables. Aussi suis-je bien résolu à y mettre autant de zèle, que j'ai mis jusqu'ici d'insouciance. Mais qui aurait prévu cette chaîne de malheurs?
En voilà déjà trop sur mon compte.
... Mes frères doivent vous donner des nouvelles étendues sur le malheureux pays qu'ils habitent. Je présume quelquefois que cette campagne leur procurera de l'avancement...
... On use ici de toutes les ressources imaginables pour améliorer et renforcer l'armée d'Italie, mais elle n'en reste pas moins sans solde et souvent sans vivres. La misère qui règne ne peut être imaginée. Je ne sais quel sera le résultat de cette misère à la campagne prochaine.
Gabriel.
P.-S. — Algay, sergent-major au 3*= bataillon de la 22^ légère, à BrignoUes (département du Var).
Torloue ', le 20 messidor an 8.
Mon cher Algay,
Je ne serais pas pardonnable d'avoir retardé jusqu'à ce moment à vous donner de mes nouvelles, si je ne savais que depuis quelques jours vous devez en avoir reçu.
Les affaires qui se sont passées eu Italie ont été trop sérieuses pour ne pas vous inspirer grande inquiétude sur notre sort. Mais Chalard que j'ai eu le plaisir de voir ici il y a une quinzaine de jours et Villeneuve qui, à cette époque, était à Milan et qui était instruit que j'étais déjà dans Tortone, venaient de vous écrire. Chalard a pu vous parler savamment de cette terrible bataille de Marengo. Son régiment avec un autre fuirent les seuls qui soutinrent une retraite qui faillit à causer la ruine de l'armée. Aussi tous les deux ont-ils souffert beaucoup, mais notre frère a eu le bonheur de ne pas être atteint : 11 en a été quitte pour sop chapeau que la mitraille lui avait mis en pièces. Sa destination était pour Lodi. L'inorganisation de postes fait que je ne puis leur
I. A a5 kilomètres d'Alexandrie, sur I.i Serivia. Celte ville nous apparti:il défmilivcment, après la bataille de Marenfjo et devint le clief-licu d'un arrondissement du di'- |)artemcnt de Jlarenyo.
donner ni avoir d'eux aucune nouvelle. 11 faut même que j'envoie cette lettre à Milan où à Alexandrie pour y être jetée au bureau delà poste.
... Notre bataillon n'a pas donné dans la dernière bataille : nous étions sur les bords du Pô, devant Valenza d'oii l'ennemi tirait continuellement sur nous, pour empêcher d'établir un pont par où il semblait qu'on voulait nous faire passer pour nous joindre à l'armée dont nous étions très proches. Nous en étions là lorsque la nouvelle de la victoire la plus glorieuse et la moins attendue a levé toutes les difficultés. En effet, deux jours après, nous nous sommes mis en marche pour nous rendre dans notre place. Nous avons passé par Alexandrie et avons traversé le champ de bataille, qui nous a présenté un spectacle d'horreur que je ne connaissais pas encore.
J'ai vu passer ici toute l'armée autrichienne regagnant la ligne qui lui a été assignée. Leur défaite ne leur a rien fait perdre de leur orgueil, car, lorsque les Français leur parlaient de paix qu'ils désirent, ils paraissaient ne soupirer encore que pour la guerre. Au reste, si leur aveuglement les porte à se battre de nouveau, comme tout nous le fait croire dans ce moment, l'empereur pourrait bien y trouver la punition de sa chimérique espérance.
J'ai vu aussi une partie de la légion de Bussy, composée des émigrés français : je n'ai pu y reconnaître un Limousin. Plusieurs ont causé beaucoup avec les officiers français ; ils ne sont pas les plus contents. Il est bien malheureux que l'espérance delà paix que nous avons eue se dissipe si promptement avec l'idée que j'ai eue pendant longtemps de vous aller embrasser.
En attendant, nous nous reposons ici et nous dédommageons un peu des peines et des privations que nous avons éprouvées dans les routes et dans les camps. On croit que, quoi qu'il puisse arriver, nous sommes destinés à tenir la garnison de cette forteresse. Sitôt que j'aurai reçu des lettres de mes frères, je mettrai la plume à la main. Je ne doute pas qu'ils ne soient tous les deux à Lodi. Ils ont bien de la peine dans leur métier et je voudrais de bien bon cœur les alléger. J'y ai fait mon possible et je le ferai encore.
Vous voilà aussi dans les autorités constituées. L'idée que j'ai qu'on ne veut plus confier ces emplois aux hommes qui en ont tant abusé est le seul point qui m'en fait réjouir...
Gabriel (Valette).
P.-S. — Il J a aujourd'hui cinq ans que je suis parti de Brive et que je me suis séparé de vous. Cinq ans... qui l'eût jamais prévu ?
Adressez-moi les lettres au quartier général de l'armée d'Italie ou bien a Tortone '. Nous ne savons comment la donner.