I. Cette ville s'était rendue le a février
Besançon, 3o messidor an 12.
Mon très chei' Frère,
. . . . Je vous annonce aussi avec quelque plaisir que j'ai enfin obtenu mou brevet de lieutenant : mon colonel ' me l'a remis dimanche dernier, et c'est à lui que je suis redevable de mon avancement. La manière dont il s'est employé pour moi fait voir qu'il m'est sincèrement attaché, et ce n'est pas la seule occasion où il m'en a donné des marques. Quoique j'aie cherché à lui témoigner la reconnaissance qu'un bon cœur doit ressentir pour ses généreux procédés, il me semble que je n'ai pas fait assez. Je voudrais vous prier de m'aider et ce serait de lui écrire directement que je vous ai donné connaissance du bien qu'il m'a fait, de celui qu'il désire encore me faire, et que sur cela vous ne pouvez rester indifférent. Si vous avez la complaisance d'agréer cette idée et la bonté d'y répondre, j'en serai bien enchanté. Votre sensibilité ne sera pas mal placée, j'espère, et ne pourra que produire un bon effet.
J'ai reçu avant-hier une lettre de Villeneuve, qui connaissait déjà
mon avancement
Gabriel (Valette).
De Reggio, ce 2 décembre 1809.
. . . . Je continue à aller mon train, tantôt bien, tantôt mal, comme ou le trouve dans l'état militaire. Reggio, où je suis, depuis deux mois. Monsieur le commandant de la place, n'est pas sans agréments
Villeneuve m'écrit qu'il vient d'être nommé capitaine; il peut se vanter d'avoir un bon poste pour le renom. Je pense que la signature de la paix l'aura reporté en France ou sur ses frontières. Je n'ai aucune nouvelle de Chalard depuis le mois de juillet dernier. Comme, depuis cette époque, il y a eu des affaires assez sérieuses en Espagne, je suis
inquiet sur son compte Le voisinage de la Sicile donne toujours un
peu de dérangements aux troupes qui gardent le littoral. On sait que l'ennemi a du monde, et il ne convient pas de se laisser surprendre. Les Anglais en veulent aux Sept Iles : déjà plusieurs sont en leur pouvoir, mais Corfou tient bon et on ne pense pas qu'il doive se rendre encolle. Les brigands des Calabres et dans d'autres provinces n'ont pas làciié pied, mais la troupe ne les redoute nullement quand elle est
I. Louis-Antoine Vasl-Vile Goguet, né le 26 février 17O4, à Épenaucourt (Somme). Entré au service dans le régiment des dragons de la reine (5") le 3 septembre 1780, il fut nommé colonel de la 22'' demi-brigade légère le lO vendémiaire an Vlil et en conserva le commajidcment jusiiu'au 0 août 1811, époque à laquelle il fut nommé général. Retraité par la Restauration, le général Goguet mourut le 9 août 1821.
réunie. M. Cavaignac', commandant les deux Galabres, est attendu ici : il parcourt ses terres. C'est un écuj'er et favori de Sa Majesté^ qui fait beaucoup de poussière.
Le séjour de Reggio me plaît assez, parce que j'ai de quoi m'occuper in utile et dulci. Cependant ce pays est bien malheureux : le séjour alternatif des Français et de nos ennemis l'a rendu triste et pauvre au dernier point. Je ne sais quand nous pourrons prendre les uns et les autres une face riante. Je crois beaucoup que nous serons tous bien ridés quand cela viendra, mais au reste je ne pensais pas que vous êtes plus jeune et plus vigoureux que nous militaires, et que vous devez vous attendre à voir bien des choses qui ne sont pas faites pour nous. Je ne me fâche pas pour cela, croyez-le.
Valette.
De Scilla 5, ce 6 novembre 1810.
Mon cher Frère,
Lorsque je reçus votre dernière, nous en étions à l'expédition de Sicile. Pendant deux grands mois, et au milieu de fortes chaleurs, on nous a tenu un pied dans le sabot ; c'est-k-dire qu'on nous faisait embarquer et débarquer journellement et, pendant ce manège, on a échangé sur le canal plus de cinquante mille coups de canon qui n'ont pas fait grand mal. Enfin, Sa Majesté, fatiguée de nous répéter qu'il fallait aller en Sicile, etc., a repris le chemin de sa capitale et nous dit alors qu'Elle n'était venue que pour faire des menaces... Les barques qu'on avait réunies suivirent son mouvement. Cette parade finie, nous nous attendions aussi à quitter les Calabres. Le 22^+, plus que tout autre, devait s'y attendre, et je croyais vous donner quelque indice sur notre destination. Nous nous sommes mis en marche pour passer à Fouille, mais on nous a fait revenir sur nos pas. Je ne puis vous dire combien nous sommes dégoûtés et fatigués. La quantité de troupe et de marins qu'il y a sur ce littoral n'a rien laissé dans le pays: on manque de tout, les communications avec Naples sont comme nulles, tant par terre que par mer. Figurez-vous combien nous devons payer cher notre entretien, et cela ne peut qu'empirer. D'ici à Reggio,
1. Cavaifjnac (Jacques-]Marin), baron de la Restauration, né à Goiu"don (Lot), le II février 1774» nommé général après Austerlitz. Écuyer du roi Joseph, il demeura à Naples après le départ de ce prince. En 1809, il fut élevé par Murât au grade de lieutenant général dans l'armée napolitaine. (C'était un parent ou allié des d'Algay.)
2. Le roi Murât. Appelé au trône d'Espagne, Joseph avait quitté Naples le 8 juillet