‹ Les Dadas, ou les Effets de la trahisonChapitre 12 sur 36 · CHAPITRE VH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VH

Complication attirée par des chevaux.

— Qu’avez-vous à me dire? mes chersenfants, dit le pasteur à Kilian, à Leberecht et à Fritz, un jour que ceux-ci, après avoir apporté le produit de leur chasse, restaient devant le révérend M. Gerlach, très-embarrassés et se regardant l’un l’autre.

— Monsieur le pasteur.... commença Fritz ; mais il s’arrêta en tournant son chapeau dans ses mains.

— Monsieur... murmura Kilian; mais il ne put achever et regarda attentivement ses ongles-

— Eh bien , qu’est-ce que c’est ? demanda M. Gerlach. Depuis quand suis-je devenu si terrible ?

— Nous aurions une prière à vous faire, monsieur le pasteur, reprit Fritz. Nous voudrions... Il se tut.

— Mon père prétend, dit Kilian, que ces beaux chevaux qui sont dans votre écurie deviendront vicieux, parce qu’ilsn’ont rien àfaire.

— Et nous voulions vous demander la permission de les monter, acheva Fritz.

— Vous? demanda Gerlach étonné. Savezvous donc monter à cheval ?

— Cela n’est pas difficile, répliqua Kilian.

On se met dessus , on étend les jambes et on se tient à la bride. Voilà tout.

— Et le cheval s’emporte, vous jette à terre, et vous vous cassez le cou, dit Gerlach.

COMPLICATION

— Le cheval (lu meunier m’a déjà jeté trois fois à terre, raconta Fritz : je me suis relevé, j’ai secoué la poussière et j'ai couru après le cheval ; mais il ne m’attrapera pas une quatrième fois, il aura beau se cabrer.

— Mes enfants, je ne puis réellement vous permettre ce que vous désirez, répondit le pasteur. C’est une chose trop dangereuse, je le sais par expérience. Vos parents auraient le droit de me faire des reproches, si je vous permettais de monter les hongrois fougueux de mon Fils.

— Mon père ne se plaindra pas, dit Fritz en souriant ; il m’a répondu lorsque je lui ai parlé de mon projet, que je pouvais vous en demander la permission ; que la mauvaise herbe ne périssait pas.

— Ainsi, ton père en a connaissance?

— Certainement! sans cela il m’arrangerait bien.

— Je l’ai dit à mon père aussi, ajouta Kilian ; il ne s’y est pas opposé non plus. Il dit que j’apprendrai ainsi à soigner les chevaux.

— Ne voudrais-tu pas monter aussi à che-

val? demanda le pasteur à Lebereeht qui était resté pendant tout ce temps la tète baissée et sans mot dire.

Lebereeht secoua tristement sa grosse tête.

— N’as-tu donc aucun dada? continua le pasteur; c’cst-à-dire ne désires-tu rien? Tu ferais exception à la règle.

— Je voudrais être le lévrier du roi, dit Leberecht de sa voix caverneuse.

— Non pas! répliqua le pasteur attristé, ne parle pas si déraisonnablement, mon enfant.

Déjà comme homme et encore bien plus comme chrétien, tu dépasses en valeur tous les chiens du monde, quoique Ceux-ci reposent sur des coussins moelleux, logent dans de magnifiques appartements et se nourrissent de rôtis et autres délicatesses de ce genre. À quoi servirent au grand Nabuchodonozor son immense royaume, toute sa puissance et ses richesses, sa table somptueuse, le nombre de ses domestiques? N’était-il pas couché dans la rosée des champs, et ne mangeait-il pas de l’herbe comme un bœuf, lorsqu’il eut perdu le don le plus précieux de

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l’homme, la raison? Et tu voudrais être un chien, n'avoir pas d'intelligence? O Leberechl ! tu es ingrat envers ton Créateur qui t’a ainsi favorisé et t’a donné la raison.

— Ce n’est pas cela que je voulais dire, répondit Lebereclit au sermon, tout en pleurant. Je désirerais seulement n’ètre plus battu par mon père, et avoir à manger convenablement. Je voudrais ne pas voir ma mère obligée de se donner aussi tant de peine et toujours près de pleurer. Je voudrais voir à ma petite Véronique une robe neuve et empêcher mon père de boire tant d’eau-de-vie.

— A la bonne heure ! dit M. Gerlach, ce souhait vaut mieux que l’autre. Je me suis efforcé de déshabituer ton père de boire, mais je n’ai pas réussi. Il faudra quelqu’un de plus puissant que moi, et cela viendra, je l’espère. En attendant, prends patience jusqu’à ce que le bon Dieu vous aide. Si tu l’aimes bien, le malheur que tu éprouves aujourd’hui tournera à votre avantage. Quant à vous, mes amis, continua-t-il en s’adressant à Kilian el à Fritz .

vous pouvez dire à vos pères, que je veux bien leur prêter les deux chevaux. S’ils vous laissent monter dessus cela n’est pas mon affaire, et s’il arrive un accident à l’un de vous, je n’aurai jamais rien à me reprocher.

Les garçons s’en allèrent; et, en effet, Kilian et Fritz parvinrent à persuader leurs pères d’aller chez le pasteur lui dire qu’ils leur permettaient de monter ses deux chevaux hongrois.

Dès le lendemain on vit les deux enfants, à cheval, traverser le village, tout contents comme on peut bien se l’imaginer. En outre, ils épargnèrent à la servante du pasteur, la peine de leur donner à manger, de les panser et de les conduire à l’abreuvoir; ils s’acquittèrent avec beaucoup de talent de ces soins.

Mais M. Gerlach s’aperçut que son dada souffrait beaucoup par suite du dada des deux jeunes garçons, car ces derniers ne s’acquittaient plus aussi bien de leur chasse aux insectes. Ce ne fut que Leberecht qui continua à chercher soigneusement des scarabées pour le pasteur.

D’ailleurs les chevaux devaient encore causer

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plus d’un désagrément à M. Gerlach. Les deux magnifiques hongrois ne pouvaient pas manquer d’attirer les regards de tous les amateurs de chevaux du village, et parmi ceux-là étaient aussi le baron et son veneur Cappel. Ce dernier avait évité, depuis l’enterrement de sa mère et la mort violente du dernier veneur, de se trouver avec le pasteur; mais il saisit une occasion de s’approcher de lui, et cela justement au moment où Kilian et Fritz ramenaient les deux chevaux dans la cour du presbytère.

— Ce ne sont pas là des chevaux, dit-il au pasteur lorsque les deux garçons descendirent, pour la charrue ou une voiture de paysan, et c'est un plaisir assez coûteux que de garder deux chevaux de selle, dans ces temps où les fourrages sont si chers. Vous devriez vendre ces deux bêtes : je connais quelqu’un qui vous les achèterait volontiers. Dailleurs ces gamins abîment les chevaux.

— Les chevaux ne m’appartiennent pas, répliqua Gerlach ; ils sont à mon neveu. Et il s’étonnait en lui-même de ce que le chasseur du

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