‹ Les Dadas, ou les Effets de la trahisonChapitre 26 sur 36 · NARRATION CONFORME A UN FAIT ARRIVÉ · texte numérisé non relu

NARRATION CONFORME A UN FAIT ARRIVÉ

Le Fils de Dieu en disant des enfants « que leurs anges voient toujours la face de son Père céleste » dit, comme toujours, une chose parfaitement juste et vraie. Car si l'on considère à quels dangers innombrables la vie d’un frêle enfant est exposée par des parents imprudents, par leurs frères et sœurs, ou par des bonnes peu soigneuses et peu attentives, il paraît presque

miraculeux que le nombre des enfants victi-

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mes de ces légèretés ne soit pas beaucoup plus

grand. Quelle est la mère dont l’enfant n’a pas échappé une fois au moins à un péril imminent, sans qu’elle ait contribué en rien à le sauver? Si l’on voulait et si l’on pouvait enregistrer tous ces cas souvent merveilleux, on en ferait un volume qui ne le céderait point pour son étendue à la Bible, et qui servirait de confirmation à son dogme des anges. Il est vrai que l’action puissante des anges est aussi invisible que celle de leur Seigneur céleste, mais elle n’en est pas moins éclatante. Et pourquoi douter d’une vérité qui nous est donnée pour notre consolation? Ne croit-on pas volontiers à un homme, quand il nous annonce quelque chose d’agréable ?

L’auteur de cette histoire est lui-mème père de famille; et en cette qualité, malgré le soin le plus attentif qu’il porte à la conservation de ses enfants, il a plusieurs fois eu l’occasion de bénir la Providence divine, qui les a sauvés des

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dangers les plus manifestes. Mais il y a quelque chose de miraculeux dans le fait suivant qu’il va raconter avec simplicité et vérité, pour que les cœurs paternels se sentent portés à remercier le protecteur invisible des enfants.

A six lieues de Dresde, dans le royaume de Saxe, est située la petite ville de Stolpen avec son fort mal entretenu. Ce dernier est construit sur une base, inébranlable comme la maison de l'homme sage dans la parabole de notre Sauveur. 11 repose sur un rocher de basalte bleu noir semblable à un faisceau de tuyaux d’orgue gigantesques, lequel annonce la toute-puissance majestueuse de Dieu, qui sut donner à l’argile molle la dureté du diamant aussi bien qu’il fait ramper le vermisseau dans la poussière. A une distance d’environ une heure de ce phénomène de la nature, se trouve le village de Seligstadt, qui portait déjà ce nom avant que le comte de Zinzendorf eût assigné Hernhut en résidence aux frères moraves. Du reste, comme

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il est question de danses dans la narration qui va être racontée, on voit que les habitants de Seligstadt n’appartiennent point à la communauté des Hernhutes.

C’était un dimanche, le 6 mars 1836. Le service divin de l’après-midi était fini, et un calme silencieux s’était reposé sur le village. Ce pays est riche de ces oiseaux aux plumes desquelles nousdevonsnoslivresetnoslitsmoelleux. Les travaux de l’esprit, il est vrai, n’occupent guère Seligstadt, mais en revanche on y fait un grand commerce de duvet pour lits. Or comme tout travail est plus facile et avance bien plus quand on le fait en commun, les jeunes villageoises se réunissent ordinairement pour ébarber des plumes, pour faire de la dentelle ou pour filer. A cet effet, quantité de jeunes filles étaient venues passer une partie de la journée chez un paysan aisé. Le travail d’ébarber des plumes met une serrure aux bouches de ceux qui y participent ; aussi est-ce

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là une pénible épreuve de patience qui mérite récompense pour les travailleuses. Cette satisfaction , les ébarbeuses de plumes se la donnent ordinairement elles-mêmes ; car après le travail, elles se laissent ordinairement aller aux tourbillons d’une petite danse improvisée, comme pour donner carrière à la joie qu’elles étaient obligées tantôt de comprimer.

C’était aussi le cas à Seligstadt. A peine les montagnes de duvet eurent-elles disparu de la table de travail et furent-elles renfermées dans des enveloppes de toile, que bientôt l’archet aux poils tendus racla sur quatre boyaux desséchés et donna le signal pour le début d’une danse joyeuse. Et comme d’ordinaire les citadins venus à la campagne ne se présentent pas à la moisson même, mais bien au festin qui suit la moisson, ainsi les alertes villageois accoururent bientôt lorsque le violon commença à percer l’air de ses sons aigus.

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