ACTE PREMIER
MARGELLE
Ne criez donc pas si fort, la voiture passe sous la terrasse. (On entend en effjt le roulement de la voiture, et la voix du colonel qui crie : Salut à la balle madame Richard. Marce'le s'approche de la balustrade.) Bonjour, messieurs, bonjour. (Redescendant,
àHanri.) Je ne sais pas pourquoi vous êtes si sévère pour ces pauvres messieurs. Imbéciles est dur. Je ne dis pas que ce brave colonel soit un aigle ; mais c'est un excellent homme, et il a l'excuse de son grade. Quant à messieurs Batelot et de Lieussure, ce sont des jeunes gens très bien élevés, aimables et gais, qui ne manquent pas d'esprit, quand le colonel leur laisse placer un mot.
HENRI
Et monsieur de Chasseny, vous ne me faites pas l'éloge de monsieur de Chasseny ?
MARCELLE
M. de Chasseny est l'homme le plus charmant que j'aie rencontré depuis que j'habite ce pays.
HENRI
Vous ne dissimulez guère la sympathie qu'il vous inspire. Votre au revoir était diantrement affectueux.
MA I1GELLE
Certainement. Comment ne pas mettre un peu de cordialité dans les adieux que l'on adresse à une personne qu'on ne reverra sans doute jamais ? :>I. de Chasseny quitte demain Nevers. Il a demandé à être envoyé au Dahomey.
HENRI
Ah ! il s'en va, ce monsieur de Chasseny, tant mieux !
11 vous déplaisait donc bien ?
il [•: nui.
Oui. Peut-être encore plus que les autres.
■ i a RGEL LE.
Vous Ato- d'une humeur <harmante ce soir, mon cher. El c'est à cause de cette malheureuse visite...
HENRI
Oui. ca m'ennuie à la fin de voir ma maison devenir un rendez-vous d'officiers de cavalerie; et je ne comprends pas que, maigre les observations que, je vous ai faites déjà, vous mettiez cette persistance à encourager des visites qui me sont formellement désagréables.
M A [;i:KI,LE.
Mais pardon, mon cher, est-ce moi qui ai été chercher Messieurs dans leur caserne! Le colonel était reçu chez votre mère, il me semble, bien avant mon mariage, et vous-même étiez lié...
Inutile de plaisanter. Vous savez bien que c'est de votre faute et contre mon gré si les relations, de simplement courtoises qu'elles étaient, ont pris une tournure familière dont on commence à parler dans le pays.
M A RGELLE.
Hé ! Suis-je bien coupable d'être gracieuse avec les gens qui sont prévenants pour moi, de sourire aux personnes qui me sourient et m'apportent leur bonne humeur ? Je ne suis pas si gâtée par les gens qui m'entourent.
HENRI
Ah ! vous allez encore vous en prendre à ma mère.
M ARCF.LLE.
Mon cher ami, ne parlons pas de votre mère, ce n'est pas moi qui ai prononcé son nom. Elle est à Vichy jusqu'à demain. Laissons l'y tranquille, s'il vous plait, tant qu'elle y restera.
HENRI
Oui, elle revient demain heureusement, ma mère, et avec elle je saurai mettre ordre aux choses.