‹ Les dames du Plessis-Rouge; pièce en cinq actes et six tableauxChapitre 13 sur 139 · M A R G E CLE · texte numérisé non relu

M A R G E CLE

Je m'en rapporte à elle pour se précipiter à votre rescousse dans toute mesure qui pourra contribuer à m'enlever une distraction ou un plaisir.

HENRI

Marcelle ! Assez parlé sur ce ton de ma raère. ma n ce CLE.

Vous me défendez maintenant de parler de votre mère, votre mère qui me déteste !

C'est faux, ma mère vous aime.

MA RCELLE.

Allons donc !

HENRI

Elle s'était opposée longtemps à notre mariage, celaest vrai, mais une fois qu'elle eut donné son consentement, elle s'est expliquée loyalement et noblement avec vous, elle vous a déclaré qu'elle abdiquait toute rancune, elle vous a prouvé qu'elle vous considérait comme sa fille.

MA RCELLE.

Comme sa fille. Ah! oui, comme sa fille, pour s'arroger des droits éternels sur ma personne, et m'imposer-son despotisme féroce.

h :nli.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que vous m'accordez la primeur de ce genre de récriminations. Avouez donc simplement que la seule raison pour laquelle vous n'aimez pas ma mère, c'est qu'elle est ma mère, et que moi, vous ne m'aimez pas.

M A l! CELLE.

Je ne vous aime pas,cela'est vrai, vous ai-jc jamais dé-

16 F, ES li \.\1 ES DU PLESSIS-ROUGE

claré que je vous aimais ? Est-ce un mariage d'amour que nous avons contracté '

11 EN Kl.

Hélas, je sais bien que de votre part ce n'était qu'un mariage de raison, pour ne [tas dire d'intérêt.

Et de la vôtre ! Vous cherchiez simplement une femme qui consentit à vivre avec votre mère, et presque toute l'année à la campagne...

Oui, mais quand je l'ai eu trouvée cette femme, je me suis mis à l'adorer, tandis que vous... J'ai d'abord en la naïveté de croire que l'amour viendrait aussi petit à petit de votre côté ; puis je me suis raccroché à cette plus modeste espérance, qu'une solide et sincère affection pourrait le remplacer et m'en donner l'illusion pour notre bonheur à tous deux.

MARC E LLE

Et comment vouliez-vous qu'il vînt cet amour? Quelle marque de dévouement et d'affection sincère m'avez-vous jamais offerte ? Que vous ayez éprouvé ou que vous soyez'mème encore capable d'éprouverquelque plaisir et quelque vanité à la possession de ma personne, peçmettez-moi de ne pas en être démesurément flattée; sous ce rapport-là, madame Merlinet est aussi aimée par le bon docteur que moi par vous, davantage même certainement ; il lui a fait trois enfants, et ce témoignage de vos tendresses nous manque encore. Mais votre attachement ne s'est jamais manifesté à moi que sous sa forme égoïste et la moins désintéressée. Vous n'avez cherché qu'à m'entourer du bien-être et du bonheur dont vous vouliez jouir vous même, sans vous préoccuper un instant de mes besoins, de mes goûts, de mes désirs personnels. En dehors de cela, une jalousie ridicule, excitée par votre mère, dont la méfiance et la suspicion se sont témoignées de-

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