CHAPITRE VINGTIÈME
Il est bon de signaler d'abord ici un de ces contrastes si fréquents dans la vie des peuples ou des familles, et qui pourtant n'ont jamais fait avancer d'un pas l'expérience des hommes. L'histoire, qui
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donne un si fori retentissement aux grands désastres accomplis, n'enregistre jamais les humbles calamités domestiques. Le roman doit remplir cette lacune. Tout le monde connaît ce qui s'est passé à Conslanlinoplele 28 mai I4B5, lorsque, sous le canon de Mahomet II, les hommes conlroversaient sur les hérésies d'Arius, d'Eutichès et des Iconoclastes, pendant que les femmes priaient Dieu dans les églises ; mais nous ignorons tant de simples histoires de familles, qui, toute proportion gardée, offrent les mêmes exemples d'aberration et de sagesse, donnés par le sexe faible et le sexe fort ! Ainsi, nous venons de voir de jeunes
colons civilisés s'agiler, dans le délire de leurs passions, sur une terre sauvage menacée par les hommes et les bêtes fauves ; écoutons ce que disaient les femmes dans le même moment.
Vandrusen venait de quitter la comtesse Aurore, et, selon son usage, il lui avait parlé sans franchir la petite haie vive qui entourait le jardin à hauleur d'appui.
Augusla et sa sœur avaient entendu l'enlretien, et, après le départ de Van-
5â ^ l-ES DAMNÉS
drusen, l'aînée des Davidson dit a Au-
rore :
— Il a une excellente idée, M. Vandrusen ; et mon pauvre père l'aurait approuvé, lui qui connaissait si bien l'agriculture.
— Viens à l'ombre, Augusta, lui dit la jeune veuve, et lu causeras mieux de cette belle science, toi qui l'as étudiée à bonne école.
— Il est vrai de dire, remarqua Maria,
DE JAVA bù
que noire pauvre père demandait parfois des conseils à ma sœur.
Les trois femmes s'assirent sous un berceau qui élait leur maison de jour, ou le Pavillon d'Ève^ comme l'appelait Augusia : une retraite délicieuse et digne du nom donné par sa blonde et belle marraine. D'énormes massifs de grandes capucines du Pérou, chargées de lleurs rouges, offraient aux trois jeunes recluses un abri sûr contre les ardeurs du soleil, en ménageant à l'intérieur une nuit douce. La source d'eau vive jaillissait du roc devant le pavillon, remplissait un
large bassin émaillé de fleurs de nénuphar, bordé d'iris de marécages, et se conliuuaiten ruisseau rapide sur la pente du jardin, à l'ombre d'une voûte de lalaniers.
— Ainsi, tu approuves le projet de Vandrusen, ma belle Augusta ? dit Aurore en reprenant son ouvrage.
— Oui, mère ; j'approuve aussi le défrichement du marécage ; il faut de grandes provisions de riz, avant tout ; c'est le pain de l'Inde; mais il ne faut pas négliger le reste.
— Sans cloute, remarqua Aurore.
— L'exposition de l'est est excellente pour le projet de M. Vandrusen, reprit Augusla, fière d'être approuvée ; il n' y a que les Hollandais pour avoir de bonnes idées. Les autres peuples ne coiiiprennent pas la colonisation.
— Tu oublies donc que notre mère est Française? interrompit Maria.
— Continue, Augusta, dit Aurore en souriant.
— Au reste, reprit Augusta, c'était l'opinion de notre père, qui disait toujours à M. Surcoût : — Les Français sont les premiers peuples du monde pour s'emparer d'un pays, et les derniers pour le coloniser.
— Et que disait M. Surcouf ? demanda Aurore.
— M. Surcouf riait aux éclats et n'avait pas l'air d'être de l'avis de mon père. l
— Je le crois bien, remarqua Aurore,
M. Surcouf esldeux fois Français, il est Breton.
— Pour revenir donc à M. Vandrusen, reprit Augusta, il veut négliger, pour le moment, les plantations qui ne donnent que des produits éloignés, comme les indigotiers, les camphriers, les canneliers ; il veut subvenir aux besoins urgents delà colonie.
— C'est bien ipensé ! remarqua Aurore.
— Ainsi, reprit Augusta, nous pou-
vons avoir, à la lune de juillet prochain, un vaste champ de colocasies en plein rapport ; c'est le chou des Caraïbes ; il a été importé dans l'Inde par le comte d'Estaing. Les pauvres colons trouvent ce plat excellent.
— Alors il faut leur en donner, dit Aurore.
— Nous en avions à Kalima, poursuivit la jeune fille; mais...
— Oh! ne parlons pas de Kalima, chère fille ! interrompit Aurore.
— Pardon, mère ! dit Augusla en embrassant la belle créole... il faut cultiver aussi le dolic indien : c'est une espèce de légumes dont les pauvres sont friands ; le sézame, qui vient partout ici, et le ramtill (1)...
— Ah! dit Aurore en souriant, voilà un nom que j'entends pour la première fois.
— Ma sœur, remarqua Maria, a la tête pleine de ces noms indiens.
(1) Plante iodienne oléagineuse, classée sous un nom assez singulier : gnizoUa olei/era. Ce nom a été probablement donné par l'ancêtre d'un ancien ministre, émigré dans l'Inde après la révocation de l'édil de Nantes.
— Mais tout ie monde connaît le ramlill ! reprit Auiiusta étonnée.
— Excepté nous, dirent Aurore et Maria en duo.
— Eh bien ! poursuivit la savante Augusta, le ram-lill est une plante indienne qui donne de l'huile. Les parias et les damnés la connaissent, et comme ils ont peu de cire pour y voir clair la nuit, ils se servent d'huile de ram-till.
Augusta — dit Aurore avec une so-
DE JAVA (il
lennilé adoucie par le sourire, — décidémeDt, je veux te mettre à la tête de la colonie.
— Non, plaisanterie a part, reprit Augusta,je pourrai donner peut-être quel ques bons conseils à M. Vandrusen.
— Oui, chère enfani, dit Aurore en écartant de larges tresses de cheveux d'or pour baiser le front d'Augusta.
— Il faut songer aussi à une plantation d'Yapana, reprit la jeune fille.
— Ah! celte fois, dit Aurore, voilà un nom (le connaissance : l'Yapana est un remède souverain.
— Mon pauvre père, reprit Augusta, nous affirmait que l'Yapana guérissait tout ; c'est le remède du bon Dieu.
— Tout, remarqua Aurore, c'est un peu trop; il faut laisser quelque chose à faire aux médecins.
— Mais, bonne mère, dit Augusta, de-
mandez à Minian, le chef des damnés ; il vous dira qu'il connaît les secrets de vingt plantes qui guérissent tout. Ces sauvages de l'Inde sont médecins, et ils ne se trompent jamais.
— C'est vrai, remarqua Aurore.
— Tenez, chère maman, savez-vous le nom de cette plante qui croît sous mes pieds?
— C'est une espèce de fougère, ma
mie.
— C'est l'Eleuslne... Eh bien ! les sauvages ont découvert que la feuille grêle de celle plante, bouillie avec la racine du tulipier jaune, guérit la piqûre mortelle du cobra-capel, le plus petit et le plus terrible des serpents.
— Tu as raison, Augusla, c'est que les sauvages raisonnent iijieux que les hommes civilisés. Ils ont confiance en Dieu. Voici leurraisonneûienl : Puisque l'Inde, disent-ils, donnent la vie au cobra-capc'l, l'Inde doil mellre à côté du mal le remède. Cherchons le remède, et alors, au lieu de se disputer, de guerroyer, d<3
parler sans raison et de perdre le temps comme font les hommes civilisés , ils cherchent et ils trouvent.
— Eh bien î moi, dit Augusla, si j'étais libre de mes pas, je mellrais mon plaisir à étudier toutes les plantes de l'Inde; ces plantes qui ont un air inutile et de si belles feuilles de velours. Non, il est impossible que Dieu ait mis au monde ce luxç de végétation jiour nous embarrasser les pieds dans nos promenades. Ces plantes ont un secret; mais elles ne le disent pas; c'est à l'étude a le décou-
vrir.
— Angiista, dit Aurore avec mystère, tu ne seras pas toujours esclave comme une pensionnaire au couvent... un jour tu s'^ras maîtresse de tes pas.
— Que dites-vous, bonne mère ! s'écria la jeune fille en reculant d'effroi, vous songez à nous quitter?
— Moi, vous quitter, meS|fillesI dit Aurore très émue ; jamais !
— Oh ! que j'ai eu peur! dit Auguste.
— Enfant! reprit Aurore, crois-tu que je te quitterais si tu épousais M. Vaudruseu, je suppose?
— Vous voulez me marier à M. Van-
drusen?dit Augusla avec une timidité
charmante.
— Je ne veux pas l'imposer un mari, je n'en ai pas le droit ; je ne suis que ta mère d'adoption..,.. Mais, enQn, nous sommes dans une colonie naissante, où un mariage est plus aisé a faire que dans les villes.... J'ai prononcé le nom de
M. Vandrusen parce qu'il est Hollandais ; c'est un compatriote... Il fut l'ami de ton pauvre père... on pourrait rencontrer un plus mauvais choix... C'est une idée qui m'est venue en t'écoutant parler agriculture. M. Vandrusen a créé cette colonie, et il a de profondes connaissances, qu'il sait faire valoir pour le bien de tous, comme nous le voyons chaque jour.
C'est un jeune homme sage, honnête, actif, laborieux, je ne lui connais pas un défaut. Si celui-là ne rend pas une femme heureuse, il faut désespérer du bonheur à deux.
— Eli bien ! alors, pourquoi ne l'é-
pouscz-voiis pas, vous, bonne mère?
Aurore ne s'aKendait pas a celle brusque interrogalion ; elle embrouilla ses Iressiiies de paille, prit un air sérieux, le changea en sourire, et dit, en bégayant sur les premiers mots :
— Moi... chère fille... moi... j'ai des devoirs... moi... je suis veuve...
— Après le deuil, j'entends, interrompit Augusla ; votre deuil finit dans huit jours... et on dit que vous le prolongez d'une quinzaine au moins.
— Qui dit cela?
70 LES DAMKi5S
— Aglaé...iious ne parlons qu'à elle.
Aglaé connaît les coutumes de ce pays, elle a servi deux veuves...
— Indiennes?
— Françaises, puisque les Indiennes se brûlent sur un bûcher... Depuis cinquante ans, il n'y a que des veuves françaises dans l'Inde, à cause de celte abominable guerre. Que voulez-vous que fassent de pauvres veuves? Elles se remarient après le deuil : il n'y a pas d'autre métier pour elles.
— Ail ! dit Aurore en menaçant Augusla du bout du doigt — ah ! ruademoiselle, vous causez donc veuvage avec Aglaé?
— Pardon, mère ! cela ne m'est arrivé qu'une fois, et voici en quelle occasion... C'était avant-hier; Aglaé était en train de coudre un ruban noir sur le corsage d'une de vos robes, et elle dit : — Madame la comtesse porte son deuil trop longtemps. Ma première maîtresse, madame de Saint-Saulieu, à Batavia, n'a porté le sien que huit mois, et quinze jours après, elle a épousé, en secondes noces, un riche Anglais de Chéribon.
72 LES UAMÎ^ÉS
— Augusta, ma fille — dit Aurore d'un ton sérieux — |ne parlons pas de ces tristes choses...
— Oui, vous avez raison, interrompit la jeune tille; ne sommes-nous pas heurcuseS; toutes les trois, ici, dans ce petit jardin ! ne changeons pas de condition. Moi, je ne désire rien, et toi, Maria, bonne sœur, désires-tu quelque chose ?
— Moi, dit Maria ; je désire pour demain ce que j'ai aujourd'hui.
— Très bien! mii sœur; pourquoi
cliani^er quand on esl bien ? notre existence est si douce, si tranquille ! Hélas ! nous avons beaucoup souffert ! mais ensuite le bonheur est venu; nos yeux avaient épuisé toutes leurs larmes. Cette petite maison couverte de fleurs, ce jardin plein d'ombre, cette source d'eau si fraîche, tout cela est a nous, et je ne le changerais pas contre les jardins et les palais du riche Palmer. Le malin, nous avons un réveil délicieux ; les oiseaux et la fontaine chantent; à midi, nous avons une ombre charmante et un travail léger; le soir, nous voyons lever les étoiles de Dieu, et nos voix et nos mains s'unissent pour bénir le Ciel qui nous
envoie la suave fraîcheur de la nuit.
Toule notre journée est remplie par un bonheur calme que rien ne peut troubler, car de bons et nombreux amis nous entourent et nous gardent. Si j'avais à choisir une vie, c'est celle-fa que je choisirais. Dieu me l'a donnée, je la garde entre ma mère et ma sœur.
Aurore et Maria embrassèrent la jeune fille. Maria fit une promesse, Aurore se tut ; mais, au milieu de ces doux épanchemonts d'amitié, ce silence ne fut pas remarqué.
— - Cependant, ma chère fille, dit Au-
rore, fu ne peux passer toute ta vie avec ta sœur el moi dans ce jardin.
— Mais, reprit Augusta, je comptais bien passer toute ma vie auprès de mon pauvre père pour l'aider dans son travail. Si vous saviez comme nous étions fières de l'écouter, ma sœur et moi, lorsqu'il nous racontait tout ce que les femmes hollandaises ont fait de beau dans l'Inde ! Vous connaissez notre histoire, bonne mère, n'est-ce pas?
— Ce n'est pas la mienne, dit Aurore,
en souriant ; ce n'est pas l'îiislolre de mon pays ; je ne la connais alors qu'imparfaitement.
— Oh î mon pauvre père la connaissait bien, lui ! reprit fièrement Augusta; les femmes hollandaises ont suivi leurs pères pendant une guerre de soixante ans, lorsqu'ils ont chassé les Portugais de l'Inde, en ne leur laissant que Goa, Diu etMacan. Les femmes hollandaises ont colonisé Batavia et Soutabaïa ; et, en 1787, on les a vues se mettre courageusement à l'œuvre, à Botany-Bay, pour
défricher la Nouvelle-Hollande , cette
grande île qui ne fait que de naître, comme disait mon père, et qui, dans un siècle , sera la cinquième partie du monde (1).
— Mais, ma chère enfant, dit Aurore, ces femmes tiollandaises n'étaient pas de jeunes filles comme toi ; elles se mariaient et souvent avec des Anglais, comme on l'a vu, en 1787, a Batavia. Sans les ma-' riages et les croisements de races, il n'y a point de colonisation possible! Veuxtu bien comprendre cela ?
(I) Fa Nouvelle- Iloiiaiido n'a pns alleiulu un s'ècli', elle c-l aujourJ'Iiiii Ion le rouriiiiiéc de poris ang'ais e( Ue comptoirs. Soisaole'liuil ans ont sum.
— Elle revient toujours a son idée, cette bonne mère ! elle veut me marier
malgré moi.
— Non, ma chère enfant; Dieu me garde de contrarier ta vocation ! mais je veux l'habituer à cette idée de mariage, parce qu'un jour viendra infailliblement où tu iras à Chéribon ou a Sourabaïa pour répondre oui, devant un missionnaire catholique, au pied d'un autel.
— Et avec M. Vandrusen ? demanda
Augusta en riant.
— Avec M. Vandrusen ou avec un autre, ma chère. C'est ta destinée. Écoule, Augusta, ma fille ; tant que nous serons entourées de sauvages, nous serons respectées, servies, aimées comme nous le sommes; aucun de ces damnés de la bande de Strimm, ou de Minian De troublera notre repos ; mais les hommes civilisés arriveront bientôt, et alors nous ne serons plus qu'aimées; il faudra prendre un parti...
— Et vous, mère, vous prendrez un parti également ?
— Il le faudra bien! ma fille.
— Et ma sœur Maria ?
— Ta sœur Maria prendra un parti comme loi.
— Oli! moi, je ne veux pas changer d'état, dit tioiidemeut la jeune lille; d'ailleurs, je n'ai que quinze ans.
— Ah ! voila une belle excuse ! dit Aurore; elle n'a que quinze ans ! je me suis mariée a seize, moi ! et les jeunes fdles Bengalis se marient à douze ! Tu es
DE JAVA Si
vieille, ma chère Maria... Mais voilà notre Aglaé qui nous fait des signes... Allons prendre le thé .
Les trois jeunes femmes enlacèrent leurs bras nus autour de leurs épaules, et marchèrent lentement vers leur petite maison, en jouant du bout du pied avec les fleurs sauvages qui s'élevaient au-dessus du niveau des gazons. Ce jeu enfantin servait à dissimuler une pensée grave, qui, la veille, n'existait pas.
Non loin de là, comme contraste encore, quatre hommes réglaient tranq[uillementle programme d'un fratricide!...
CHvPITRE VINGT-UNIÈnE
Ce jour-là, Âlban Révest ne ût pas une longue pêche ; trop préoccupé de la mystérieuse insulte que Paul venait de faire au comte Raymond, il leva sa ligne de bonne heure pour rejoindre son cousin
et provoquer des explications sur son inexplicable conduile.
Paul crut alors que le moment était venu de tout-dire, et raconta en peu de mots, mais sans rien omettre, l'histoire de son amour, avec tous les incidents qui la rattachait à la comtesse Aurore et a Raymond.
Le bon sens des marins de la Provence éclata au grand jour après ce récit.
il '
Mon cousin, dit, AJban, tu étais ua
honnête et sage garçon, et un coup de soleil t'a rendu fou. Ne te fâche pas, écoute... entre nous, on peut tou t se dire, nous nous connaissons. Comment toi, Paul, un pauvre diable de marin, fils de mon oncle Tanneron, marchand voilier a la Ciotat, tu as eu la vantardise de te faire aimer par une dame noble comme l'ex -reine, et qui aurait tabouret à là cour, s'il y avait encore une coiir ! Toi, Paul, mon cousin ! allons ! je te dis que tu es fou !
— Aîban, dit Paul, tu n*as jamais mieux parlé. Oui, j'ai reçu un coup de soleil au cœur ; je suis fou.
88 LES DAaiNÉS
— A préseût, poursuivit Alban, puisque tu es raisonnable et que tu reconnais ta faute, je te dirai qu'il y avait pour toi chance de réussir. La Révolution nous a tous égalisés; tu as fait ton chemin dans la marine ; tu as de beaux états de service ; tu t'es donné a toi-même une bonne éducation ; lu ne manques pas d'esprit ; tu parles aussi bien qu'un Ponantais ; tu as des yeux remplis de soleil, mais les femmes nobles n'ont pas encore signé la constilulion de l'an III; et malgré tous tes avantages elles ne te donneront jamais un rendez-vous de nuit, dans leur jardin, comme au «oble comte Raymond.
— Les femmes nobles put raison, dit Paul avec une tranquillité surprenante.
— Ah! dit Alban de l'air d'un homme qui s'étonne de ne pas être [contrarié, il paraît que tu as pris ton parti! Tu es calme comme l'eau d'une citerne. Quelle différence avec ce matin ! Après deux heures, je ne te reconnais plus. Le mistral est devenu éventail. C'est la messe basse après le faux-bourdon... Cousin, est-ce que tu aurais du regret d'avoir... ?
— Tais-loi ! interrompit vivement Paul ;
î)0 LÉS DAMNÉS
j'ai su ce que je faisais, et je ne regrette pas ce que j'ai fait.
— Tant pis î cousin ; on aurait pu arranger la chose...
— Oui, dit Paul en souriant ; mais j'ai voulu rendre l'arrangement impossible, et j'ai réussi.
Je ne te croyais pas tant de venin
au cœur, mon brave Paul.
— Alban, tu ne comprends rien à ces affaires...
— Tant mieux pour raoil Que le bon Dieu me laisse dans mon ignorance ! Je suis un pauvre marin, et je garde ma place; je ne veux pas monter plus haut que le bastingage. Si je vois passer devant moi une belle femme, au nez aristocrate, j'incline mon front comme devant une relique, et je dis : Ora pro nobis; je l'adore et je ne l'aime pas; il ne me viendra jamais l'idée de caresser une ' étoile, et mon appétit n'a jamais convoité la chair de faisan...
— Assez, maudit bavard ! interrompit Paul; il parlerait jusqu'à demain! lu prêcties devant un converti! Faut-il le dire cent fois que tu as raison ?
— Alors pourquoi veux-lu te battre contre le ci-devant noble ? Laisse-lui sa maîtresse, laisse-lui sa femme, et bonne nuit ! tout est fini. Nous assistons à la noce et tu es le parrain du premier enfant.
Paul croisa les bras, tourna sur ses talons et prononça des paroles sourdes
qu'Alban n'entendit pas.
— Oui, reprit Alban, j'ai tort de parler, puisque tu es décidé à te battre; j'ai tort de t'allumer le sang; tu as besoin de tout ton calme, de tout ton sangfroid ; je ne te dirai plus rien .
Un instant après, Vandrusen arriva, et, serrant la main de Paul, il lui dit, les larmes aux yeux :
— Avant tout, mon devoir est de f-ire unadernière tentative de réconciliation, et...
— Voila l'autre ! interrompit Paul ;
94^ LES UAMN£S
mais une réconciliation est-elle possible? Non, cher Vandrusen. Demandez a Révest; il assistait, lui, à cette scène; il a tout vu, tout entendu; l'insulte a été sanglante, irréparable, et le comte Raymond le sait bien. Vous êtes son témoin, Vandrusen : ayez donc soin de son honneur.
— Vraiment ! dit Vandrusen ei^ mettant son front sur ses mains, vraiment, je m'y perds I
— Finissons, dit Paul brusquement,
DE JAYà 95
el donuez-nous vos dernières paroles, Vaiidrusen.
Vaadrusen soupira profondément, et rendit compte à Paul de toutes les propositions de duel faites par Raymond.
Un éclair de joie brilla sur le visage du jeune homme.
— C'est très bien I dit-il ; on ne peut se battre que de celle, manière : le comte va au-devant de mes intentions; j'accepte tout.
— Que Dieu me pardonne ! dit Yandrusen, je prête la main k une chose infâme !
Et il fit le signe qui veut dire :
— Venez, suivez-moi.
Les trois hommes se dirigèrent vers les massifs d'arbres sombres qui sontcomme le péristyle végétal de la vallée de la mort. Le comte Raymond, qui s'était assis pour attendre, se leva, et salua, sans
affectation polie, son adversaire et le témoio Âlban.
On prit les armes et les munitions déposées dans les herbes, et on se mit en marche vers Test, sans proférer une parole.
Après une marche de deux milles <nviron, Vandrusen s'arrêta et dit :
— ïl est inuitile d'aller plus loin.
U8 LES IJA^MNÉS
Raymond Ot un signe d'assentiment.
Paul regarda autour de lui et dit avec UD certain embarras :
— Ce terrain est mauvais ; il y a trop d'arbres. . . et d'ailleurs nous soraFiies trop rapprochés de l'habitation ; il faut aller plus loin... jusqu'à la vallée... vous savez, Vandrusen, la vallée de l'Éléphant.
— Où vous voudrez, dit Raymond d'un ton leste.
Et il se remit en marche le premier, toujours dans la direction de l'est.
La végétation cessa bientôt, et le terrain volcanique se déroula jusqu'à l'horizon; en gardant son aspect lugubre, même dans l'irradiation éblouissante du soleil.
Raymond n'avait jamais vu ce côté de Java, et, posant sa main droite en auvent sur ses yeux, il examinait le site avecun vif senlimentdecuriosité, comme un voyageur lancé sur le chemin des dé-
couvertes et préparant sa description pour récrire le lendemain.
Paul s'agenouilla un instant, fit une courte prière, baisa son scapulaire et se releva la sérénité au front.
On tira au sort pour le choix des carabines ; il y en avait quatre. Vandrusen compta douze balles, et les déposa luimême dans une poche vide de la veste de Paul.
Alban fil la même chose pour \0 comte Raymond.
DE JAVA 10 ï
On plaça les comballants à une très petite portée de carabine, et, sur leur demande, on leur laissa la faculté d'avancer de cinquante pas. Il était aussi convenu que deux coups de carabine ne pouvaient pas éclater simultanément, chacun devant faire feu à son tour.
Le sort fut consulté pour l'avantage du premier coup, et il favorisa Paul.
Alban, muet à son grand regret depuis une heure, ne put alors s'empêcher de dire à l'oreille de Vandrusen ces paroles :
LES DAM>i.'S
— Un De prof .mais pour le comte Rav muad !
Vandruseii répondit.par un coup d'oeil oblique et donna raison à l'horoscope funèbre d'Alban.
Les deux témoins se placèrent à droite et k gauche, mais à une grande distance de la ligne que devaient parcourir les balles du combat.
Raymond paraissait toujours fort pré-
occupé de l'éfraug^e paysage que la nature de Java expose sur ce désert, peuplé par un seul arbre, le sinistre boonupas.
Paul chargea tranquillement son arme, fit dix pas en avant, et les échos répétèrent à l'infini la détonation de sa carabine.
Le comte s'inclina comme pour remercier d'une maladresse, et, gardant sa place, il fit feu à son tour.
Paul s'inclina aussi, mais trèsprofon-
104 LES DAMISÉS
démoui, avec une apparence d'irritalioii railleuse ; ce qui provoqua de la pari du coQite celle remarque épi grain ma lique :
— Ah î je n'ai jamais vu de tigres noirs, moi!
Et il appuya beaucoup sur le mot vu.
Alban, sur sa ligne lointaine de témoin , croisait les bras, haussait les épaules et regardait le ciel. Il ne comprenait pas celte première balle perdue.
Le combat fui repris aussilôl, cl quatre balles (le Paul, riiifaillible chasseur, eurent le sort de la première et se fondirent dans l'air comme par enchantement.
Raymond n'était pas plus heureux dans son tir; une seule de ses balles atteignit une pointe de roc, à dix pas de Paul, et fit reconnaître son vol par un petit nuage de poussière qui scintilla au soleil.
A la cinquième balle de Paul, le comte laissa tomber sa carabine, croisa les bras et dit :
— Je demande une trêve.
i06 LES DAxAINÉS
Quoique les deux combaltanls et les deux iémoius fussent placés à d'assez grandes distances les uns des autres, on entendait distinctement leurs voix, comme si elles eussent retenti sous une immense ellipse de marbre ou de cristal.
A ce mot de trêve, Vandrusen et Alban accoururent tout joyeux , et Raymond marcha vers Paul avec le sourire aux lèvres.
Paul, immobile à sa place, n'avait pas
quitté sa carabine, et paraissait ne nen
comprendre à cet incident non prévu.
— J'ai entendu, dit-il, prosîoncer ce mol de trêve, mais je n'ai rien accordé, moi.
— Mais nous accordons, nous, dit Vaudrusen d'un ton d'autorité.
^ Les conditions du duel, s'écria Paul en frappant le sol avec la crosse de sa carabine, les conditions du d«el sont violées! C'est indigne! M. le comte a gardé sa place sans avancer d'un pas, et il demande une tiève avant l'épuise^Jment des balles; je suis dans mon droit, je réclame mes conditions.
t08 LES DAMNÉS
Raymond écoulail el riait d'un rire charmant.
— Vous trouvez çà plaisant? reprit Paul, vous riez de ce que je dis, monsieur le comte ?
— Oui, Paul, répoudil Raymond ; je trouve cela très original, el je me permets d*en rire. .. Voulez-vous rire comme moi, messieurs? ajouta-t-il en se tournant vers les témoins. — Eh bien ! usez de votre droit de témoins, fouillez la poche de votre ami Paul.
A ce mot, le jeune homme recula et posa vivement la main sur la poche de sa veste comme pour la défendre contre les mains de Vandrusen .
— Vous n'avez pas le droit de vous opposer à une visite, dit Raymond en souriant, si je l'exige, moi, et si mon témoin et le vôtre ne s'y opposent pas.
— Moi, je ne m'opj)ose k rien, dit Alban, pourvu que tout soit Oni ; mais je ne comprends rien a tout ce que je vois et à tout ce que j'entends.
Vandrusen fit un signe qui exprimait la même pensée.
— S'il faut que je parle, dit Raymond, je parlerai... ^lessieurs, vous assistez à un combat impossible ; la parlie n'est pas égale. Toutes les chances favorables ne sont que d un côté.,, du mien.
Paul balbutia quelques paroles inin-
telligibles.
— Voulez-vous que je parle plus clai
I>E JAVA" m
remejit, ajouta Raymond... Paul n'est pas venu à un duel, mais à un suicide...
— Oui, oui, vous avez raison ! s'écria Vandrusen, qui gardait bon souvenir de la première course à la Vallée de la Mort,
— Et la preuve, reprit le comte, c'est que toutes les balles, les douze balles, sont encore là.
Et Raymond désigna de la main la poche droite de la veste de Paul.
i 12 LES DAMNÉS
— Il faut voir cela ! il faut le voir! s'écrièrent à la fois Alban et Vandrusen.
Paul, interdit et privé de ses forces morales, se défendit mollement, et Vandrusen retira les douze balles délatrices au grand complet.
— Par exemple ! dit Alban, voila une chose que je voudrais bien pouvoir raconter à quelqu'un!
— Après le second coup, dit Raymond,
n'entendant rien siffler à mes oreilles, je me suis déjà douté de quelque supercherie ; mais au cinquième, j'ai dit : — Paul veut se faire tuer, c'est trop éviden i. Arrêtons- nous.
De grosses larmes coulaient sur les joues de Paul ; on devinait qu'une explosion était imminente.
— Eh bien ! dit-il, vous autres, les habiles, trouvez-moi un moyen de sortir de la.
— Donnez-moi le bras, dit Alban, ot
rentrons à la case ; ce n'est pas difficile, le moyen est trouvé.
— Bon enfant ! reprit Paul avec un sourire affreux, voilà comment il arrange les affaires, lui ! ...^
— Quant a moi, dit Raymond, je ne réclame plus rien.
•— Pardi ! monsieur le comte! s'écria Paul, vous êtes généreux comme le nabab qui donne uu caillou des Maldives à
DE JAYA lis
un pauvre ! Âh ! vous ne réclamez plus rien !
— La chose est claire, dit Raymond ; nous pouvons parler haut ici; Pairi, vous m'avez insulté dans un moment de désespoir pour vous faire tuer. Eh bien ! votre noble ruse est découverte, je ne me regarde plus comme insulté, et je bénis Dieu qui a égaré mes quatre premières balles. Peste! je ne recommencerai plus ! l'assassinat n'est pas dans mes mœurs !
— Et que vais-je faire, a présent, moi,
de la vie que vous me donnez? dit Paul en dévorant ses larmes. Voyons, vous qui savez tout, donnez-moi un conseil.
Déjà une fois j'ai cherché la mort dans ce désert oîi nous sommes, et Vandrusen mVn a arraché de vive force et je lui ai juré de vivre. Puis, me souvenant de ma promesse, j'ai inventé pour moi un nouveau genre de mort violente, lorsque la dernière nuit m*a prouvé qu'il n'y avait plus d'espoir, et...
— Un momeiil! interrompit le comte au comble de l'émolion, la dernière nuit vous a donc ôlé toute espérance?
DE JAVA i\l
— La dernière, comle Raymond, et vous le savez bien.
— Je le sais, diles-vous ; non, je ne le sais pas... je l'ai deviné quand je n'ai rien entendu siffler à mes oreilles en cinq coups de carabine. Je me suis dit alors : — Il y a eu un congé dans ce rendez-vous en apparence si coupable.,.
Paul ouvrit des 3'eux démesurés qui semblaient vouloir sortir de leurs orbiles de feu.
— Pourquoi me regardez-vous ainsi ?
reprit Raymond ; nous sommes tous gens de discrétion ici, et la bonne réputation d'une femme n'est plus en jeu, puisqu'elle ne vous a reçu la nuit devant deux autres femmes que pour vous congédier et...
— Oh ! ceci est trop fort ! s'écria Paul. Une femme m'a reçu... moi... la nuit dernière... Ah ! monsieur le comte, nous allons recommencer; il nous reste des balles, et cette fois, tant pis!
— Paul, nous parlons peut-être sans nous comprendre.
— Non, interrompit Paul, je vous comprends très bien ; j'ai appris le français en servant depuis l'âge de douze ans avec des Ponantais dans l'Inde ; vous me dites que la nuit dernière j'ai parlé à madame Dcspremonts dans son jardin...
— Parbleu ! je vous ai vu, dit le comte en riant.
Paul bondit comme un lion blessé d'une balle au poitrail.
— Vous m'avez vu ! s'écria-t-il avec
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une voix de rêve éiouiïanl, vous m'avez vu !... Oh ! rendez-moi mes balles, reprenons DOS armes et battons-nous à mort !
— Je le veux bien, dit le comte avec calme, vous me donnez un démenti.
Vandrusen et Alban sautèrent sur les armes et confisquèrent les balles.
— Par tous les saints du 1" novembre î s'écria Révest, vous ne recommencerez plus!
— Un moment, mes amis! dit Paul, en affectant le calme ; vous allez voir s'il n'y a pas de quoi faire monter au front le sang des pieds... M. le comte me soutient qu'il m'a vu dans le jardin d'Aurore, la nuit dernière... et c'est lui, c'est lui qui était là, au rendez-vous ! Je l'ai vu ! vu! avec ces deux yeux qui voient très clair, même la nuit.
Ce fut le comte qui bondit cette fois, et qui arrêta un démenti prêt à jaillir de ses lèvres. Il revint bientôt à son calme habituel, et dit avec une solennité imposante :
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— Mes amis, vous c »nnaissez le comte de Clavières, et vous croyez à la loyauté de sa parole ?...
Vandrusen et Albao s'inclinèrent avec respect en signe d'assentiment.
— Eh bien ! poursuivit Raymond, je vous jure, a la face de ce soleil qui représente Dieu, je vous jure que je n'ai pas parlé à la comtesse Despremonts depuis plus de deux mois! Je vous jure que la nuit dernière je n'étais pas dans son jardin !
— Nous VOUS croyons, dirent ensenble Alban el Vandrusen.
— Je vous crois, dit Paul, en prenant la main de Raymond, mais croyez aussi a mou serment ; je vous jure que je n'y étais pas.
Il y eut un moment de silence; les yeux interrogeaient les visages. Vandrusen demanda des explications nouvelles, qui obligèrent Raymond el Paul à s'accuser du délit d'espionnage; mais il fut admis, comme résultat d'enquête, que les
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deux rivaux s'élaient tenus à Técart toute la nuit, à une certaine dislance du jardin, et qu'un troisième et mystérieux visiteur nocturne avait eu un long entrelien avec la comtesse, mais en présence des sœurs Davidson.
Quel était cet heureux troisième ! on ouvrit un champ aux conjectures et on ne découvrit rien.
— Mais au moins, dit Vandrusen à Paul, cette leçon vous rendra-t-elle plus sage ? Vous êtes dupe de vos yeux; vous
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croyez voir le comte Raymond clans le jardin delà comtesse ; votre tête s'égare ; vous faites une insulte odieuse à un ami dans la folie du désespoir, et après, tout s'explique ; c'est un troisième qui a rais le pied dans le jardin sacré... vous voilà tous deux confus et bons amis.
— Monsieur 'le comte, dit Paul avec mélancolie, cela ne doit pas vous étonner, car cela explique tout... Alban, et vous, Vandrusen, gardons le plus profond secret sur cette affreuse nuit
Comte Raymond, quand vous avez vu celle femme refuser l'amour de deux
hoûnnes qui lui avaient rendu de si grands services , quand nous avons échoué, vous et moi, devant elle, c'est qu'il devait y avoir un troisième. Un bon hasard nous a poussés la nuit dernière, tous les deux, pour nous montrer la perfidie d'une femme et son ingratitude.
Elle nous aurait fait vivre ainsi vingt ans, vous d'un côté, moi de l'autre, comme deux statues de pagode, à genoux, et la contemplant du coin de l'œil, et un troisième se serait moqué de nous... Que pensez-vous de cela, monsieur le comte ?
Raymond paraissait anéanti; mais il
était trop gentilhomme pour joindre hautement ses soupçons injurieux k ceux de Paul; il n'approuvait ni du geste, ni de la voix ; il regardait la terre et le ciel.
— Comte Raymond, reprit Paul, me permettez- vous de vous soumettre une idée?
— Soumettez, soumettez, dit Raymond sans trop songer à ce qu'il disait en ce moment.
— Nous quillous, vous et uioi, la co
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lonie aujourd'hui même, et nous partitirons pour France, à la première occasion...
Vandrusen poussa un cri, et, se frappant le front, interrompit la phrase de Paul.
— Ah ! dit-il , voici le moment , je crois, Raymond... il me semble que vous pouvez lire... la...
— Que voulez-vous que je lise? demanda Raymond d'une voix d'agonie.
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— Mais, reprit Vandrusen, ce que vous n'avez pas voulu lire ce malia pour ne pas vous ôler votre saiigfroid... la lettre de la comtesse...
— Il y a une lettre! s'écria Paul.
— Oui, oui, dit Raymond tressaillant; une lettre de congé... seulement, ce malin, je croyais que le congé me venait à cause de vous, Paul, et maintenant il nous arrive à tous deux, a cause d'un troisième... d'un inconnu... Je ne veux pas lire cette lettre, partons...
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— Oui, partons, et ne nous quittons plus, dit Paul en liant étroitement soa bras au bras du comte.
— Mais permettez-moi de la lire, dit Vandrusen.
— Faites ce que vous voudrez, répondit Raymond ; quant à moi, je ne désire rien savoir ; j'en sais trop.
— Nous en savons trop, dit Paul.
Paul se soatail presque heureux en se;
voyaal au niveau du malheur de Raymond.
A^andrusen avait ouvert la lettre, et, faisant un vif mouvement de surprise, il dit :
— Comte Raymond de Clavières, mon amitié vous impose l'obligation de lire cette lettre... lisez...
Paul, très ému par le ton qui accompagnait les paroles de Vandrusen, voulut entraîner le comte; mais la lettrtj était déjà entre les mains du comte Raymond.