‹ Les damnés de Java (volume 2)Chapitre 8 sur 10 · CHAPITRE YINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE YINGT-QUATRIÈME

La belle veuve conduisait, ou, pour mieux dire entraînait Vandrusen vers le chantier de défrichement, et semblait ne pas entendre les plaintes du jeune colon.

2!8 LES WAMNÉS

— J'aimerais mieux, disait-il dans son monologue, rencontrer deux tigres que Raymond et Paul. Oh! madame, si tout a l'heure vous aviez vu la figure du comte, vous ne l'auriez j)as reconnu. Il m'a rappelé une lêle horrible que j'ai vue sur un tableau, dans la cathédrale d'Anvers. Paul est ici , caché dans quelque coin, et, s'il me voit vous donner le bras, il peut me tuer dans un accès de jalousie. Certes, on ne peut pas accuser Van drusen de lâcheté ; je suis descendu le premier daus ce désert, j'y ai bâti la première hutte en livrant bataille toutes les nuits aux monstres fauves qui défendaient leurs droits. Il ne faut pas être

poltron pour faire ce métier de solitaire : eh bien ! je regrette ce beau temps. On ne choisit pas son genre de courage : j'ai peur de ces deux bons amis qui veulent m'assassiner comme traître. Ces deux fous furieux ne me pardonnerontjamais mon crime... Je n'avais pas le droit de

divulguer leur secret Les fous ont

quelquefois raison.

A toutes ces lamentations, la qomtesse Aurore ne répondait rien ; elle marchait à un but, et la fermeté de son pas, et l'ardente fixité de son regard , annonçaient une suprême et invincible résolution.

En arrivant aux premiers arbres du chantier, elle quitta le bras de Vandrusen, pour se laisser entourer par la sauvage famille de ses colons, qui venaient leur offrir leurs premiers hommages du jour. Elle trouva pour tous quelques-unes de ces paroles affectueuses qui étaient la récompense et rencouragement d'un pénible travail, et ensuite elle leur dit :

— Maintenant, mes amis, je serai toujours au milieu de vous ; je ne vous quitterai plus, el je reprends, dès aujourd'hui, mes anciennes habitudes.

Des cris de joie accueillirent ces pa-

DE JAVA Hli

rôles, et chacun se remit au travail avec uue nouvelle ardeur.

Aurore regarda autour d'elle et témoigna une certaine inquiétude , en n'apercevant ni Paul, ni Raymond.

. Elle réfléchit un instant, et dit à Yandrusen :

— Je vous prie de vous mettre au travail, selon votre habitude, au milieu de ces braves gens; et dites à Miûiau de

chercher aux environs le comte de Glacières et de le conduire auprès de moi.

La jeune veuve s'assit sur une natte, au pied d'un arbre, et se donna une contenance en détachant les fleurs sauvages qui pendaient aux lianes pour en faire un bouquet ; elle paraissait concentrer toute son attentioii sur ce travail minutieux.

Minian était un excellent limier, il finit par trouver le comte, qui écrivait une lettre dans la salle basse de l'habitation.

et lui annonça, par une pantomime très claire, le sujel de son message.

Raymond serra vivement la lettre commencée en la froissant avec vivacité, et se leva pour suivre Minian.

Aurore aperçut de loin le comte a travers les arbres, et redoubla d'-attentioa dans le choix des nuances de ses fleurs ; on eût dit que l'unique pensée de sa vie était dans cette distraction enfantine.

A deux pas d'Aurore le comte se découvril, s'inclina et toussa légèrement.

La jeune veuve souleva une aile de son chapeau de paille, et dit d'une voix naturelle :

— Ah ! vous voila, monsieur lecomle !

je vous ai fait appeler... veuillez bien vous asseoir... je n'ai pas d'autre siège à vous offrir.

— J'ai obéi, madame, k votre ordre, dit Raymond en s'asseyant et avec un trouble assez bien dissimulé.

— A mon invitation, voulez-vous dire, reprit Auforc en souriant.

— Soit, madame, a votre invilalion.

— Êtes-vous disposé, monsieur le comte, à causer sérieusement?

— Oui, madame, plus que jamais.

— Me permellez-vous d'achever ce bouquet pour ma fille Augusta?

— Ce bouquet sera charmant, madame; quel dommage que ces fleurs

n'aient pas de nom !

226 LES damne's

^ On leur en donnera : en botanique, les parrains ne manquent jamais ; il n'y a pas de cadeaux a faire aux fafamilles.

Le comte profita de l'occasion pour moduler un léger éclat de rire, qui avait très peu de notes fausses.

— Me voila rassuré, dit-il, je crains les causeries sérieuses, et je vois que madame la comtesse a voulu m'effrayer.

J'en suis quitte pour la peur.

— Oh ! dit Aurore nonchalamment, les

causeries deviennent ce qu'elles peuvent On commence par les fleurs, on finit par les épines.

— J'aimerais mieux l'inverse, dit le comte.

— Vous avez raison, c'est le chemin du ciel.

— Il n'est pas sur la carte de l'Inde, celui-là, dit Raymond en soupirant.

— C'est une omission de géographe,

reprit la comtesse ; on peut la réparer.

Raymond éprouva un vif sen liment de joie, et il augura très bien de ce début.

-^ Comte Raymond, reprit la comtesse en cueillant une fleur sur sa tête, vous qui connaissez l'histoire, quels sont les grands hommes qui vous ont le plus intéressé?

— A propos de quoi, madame, vous?...

— Qu'importe 1 a-propos ! interrompit Aurore ; répondez, je vous prie.

— Alexandre.... César.... Annibai...

Charleraagne... Louis XIV... En voulez-

vous encore, madame ?

— Pourquoi pas, monsieur, si vous en trouvez.

— Henri IV.... Louis IX... Charles- Quint...

— Voila tout, comte Raymond?

— Mais... madame... voulez-vous Scipion encore?

— Je veux bieo, monsieur...

— Le vainqueur d*Annibal?

— Non, monsieur, le vainqueur de lui-même... Vous avez failli l'oublier, celui-là, comte Raymond ?

— C'est vrai, madame, ^t c'est d'autant plus extraordinaire, que j'ai une superbe gravure...

— A Versailles ?

-— Oui, madame, en mon hôtel, rue du Réservoir; une gravure de Lejay, place Dauphine...

— Et qui représente un acte héroïque de vertu de Scipion ?...

— Oui, madame, Scipion rendant une femme a son mari... Je connais un gentilhomme qui a voulu faire, la même chose...

— Oui a voulu rendre a son mari une femme prisonnière?

— Au contraire, madame, c'était le gentilhomme qui était esclave; mais cela n'ôle rien au petit mérite de l'action.

— Et ce gentilhomme , dites-moi , comte Raymond , est-il disposé a recommencer la même action, malgré son petit mérite?

— Ah ! dit le comte très ému et ne sa-

chant où l'entrelien le conduisait, ah!

aujourd'hui la chose serait impossihle.

La feoinie de Scipion est veuve.

— Mais une veuve se remarie toujours, monsieur le comte.

— C'est ce que j'ai toujours pensé, madame.

Eh bien ! voilà le sacrifice exigé.

— Madame, dit Raymond, en bégayant

d'effroi, je n'ai pas bien compris... faitesmoi la grâce de vous expliquer plus clairement.

-n Comte Raymond, vous m'avez très bien comprise, mais je veux vous ôter w tout prétexte d'indécision... Mon veuvage est fini... et je me marie; est-ce clair maintenant ?

La figure du comte devint cadavéreuse, et il appuya ses mains sur sa natte. Le nuage de la mort passait devant ses yeu3^.

1)E JAVA ^So

La comtesse observa, par un coup d'oeil rapide corame l'éclair, et, feignant de n'avoir rien vu, elle poursuivit avec calme, toujours en travaillant à ses fleurs :

— Oui, c'est un parti résolu, monsieur le comte. J'ai accepté cette œuvre de colonisation que la Providence a confiée à mes faibles mains, et il me faut un appui, une protection. La femme isolée est toujours faible... Il faut toujours en revenir à 1 éternelle et juste comparaison du lierre et de l'ormeau...

Que pensez-vous de mon projet, ou, pour

mieux dire, de ma résolution, monsieur le comte?... Vous vous taisez?...

Raymond avait devant les. yeux un tourbillon d'étincelles, et il entendait retentir à ses oreilles un ouragan de feu.

— Je connais votre affection pour moi, reprit Aurore; je sais que votre titre, votre jeunesse, votre dévoûment, vous donnaient le droit de me donner votre amour ; mais je m'aliène le cœur de tous ces pauvres gens, si je prends un mari

dans un rang élevé; je veux descendre pour leur faire voir iju'iis peuvent tous s'élever par le travail et l'éducation.

Comte Raymond, je vous demande un sacrifice, et voire noble cœur ne me le refusera pas.

Raymond déchira sa poitrine avec ses ongles pour se galvaniser et dit :

— Madame, demandez-moi le sacrifice de ma vie, je vous obéirai; le sacrifice de mon amour est impossible. Jamais je ne pourrai voir ce trésor de grâces de-

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venir le bien d'un autre. La seule idée que ce mariage va s'accomplir brûle ma raison, brise ma tête, déchire mon cœur. Le jour de vos noces sera le jour de ma mort. Je n'aurai pas besoin détourner des mains violentes. Le désespoir sera ma seule arme de suicide. Oh ! madame! vous voir reparaître devant moi avec un nouveau nom, 1^ nom d'un maître, jamais! Je crierais plutôt, comme le damné de Josaphat : Montagne^ engloutis-moi l

La jeune créole éprouvait sans doute, en ce moment,-une de ces émotions foudroyantes que la force humaine ne peut

soutenir, mais les femmes sont nées pour traverser des luttes intestines bien plus terribles que nos duels bruyants, et la nature leur a donné des secrets de résistance qu'aucun maître d'escrime n'enseigna jamais.

Aurore dénoua nonchalamment les rubans de son chapeau de paille et fît dérouler ses larges tresses de cheveux noirs sur ses épaules nues ; elle quitta son travail de fleurs, appuya sa tête contre les feuilles de velours amassées au tronc de l'arbre devant lequel elle était assise, et, croisant les bras au-dessous du sein, elle dit avec un calme inimitable :

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— Monsieur le comte, veuillez bien me pardonner la bonne opinion que j'avais d'un gentilhomme. Ce sera ma dernière erreur.

En disant ces mots, elle ferma les yeux, et, dans celtç teinte douce qui descendait de la voûte épaisse des arbres, elle se fit ressembler a la divine amazone que Corrége créa et endormit pour l'admiration d'une éternité.

Raymond la contempla quelques instants et dit :

— Puisque madame la comtesse a tout dit, je me retire.

Et il se leva péniblement avec une lenteur calculée pour donner le temps à Aurore de le rappeler, si le dernier mot n'était pas un congé définitif.

Aurore ouvrit les yeux et dit avec un remarquable ton d'insouciance :

^ — Seulement, j'aurais voulu connaître rintention que monsieur le comte emportait avec lui en se retirant.

— L'iutentioD de n'apporter aucua obstacle au mariage de madame la comtesse.

— Ah ! je vous remercie, reprit Aurore eu souriaol; je voudrais bien savoir quel genre d'obstacle vous pouvez apporter à mon mariage 1... Oui, excusez ma distraction, monsieur le comte... vous avez raison... vous pourriez envoyer un cartel... faire une insulte grave... cela s'est vu... vous vous taisez, comte Raymond ?...

— Madame, un gentilhomme n'insulte

jamais.

DE JAYA

— Je reliens cette bonne parole, monsieur le comte, et je vois avec plaisir que vous revenez à des sentiments meilleurs.

— Je suis toujours le même, madame.

— Oui, toujours le même, je le sais, mais plus calme et moins alarmant.

— Madame, l'avenir ne sera cruel que pour moij

— Non, dit Aurore avec douceur, non, monsieur le x3omte ; notre volonté fait notre avenir. Vous vous habituerez à...

— Jamais ! interrompît vivement Raymond.

Et il se retirait d'un pas rapide, sans saluer la comtesse, inconvenance fort excusable en pareille occasion, mais les belles manières du gentilhomme fonctionnèrent à l'insu de l'amoureux désespéré, il se retourna, et, s'inclinant avec respect, il dit :

— Madame la comtesse, je serai voire serviteur bieu dévoué jusqu'à la morl.

— Un instant, monsieur le comte, dit Aurore avec un sourire irrésistible ; un instant... J'ai un petit service à vous demander.

— Pariez, madame j je suis à vos ordres, mais pas pour longtemps ; profilez de vos dernières heures d'autorité souveraine.

Une pâleur alïreuse servait comme de

masque au visage de Raymond. Aurore feignit de ne pas comprendre le sens des dernières paroles.

— Si votre promenade, dit-elle , vous conduit du côté de l'habitation, présentez-vous à la porte de mon petit jardin, appelez mademoiselle Augusta, et remettez-lui ceci de la part de sa bonne mère Aurore.

El elle donna le bouquet de fleurs sauvages au comte Raymond, qui ne comprit rion à cet incident étrange, après un entrelien si désolé.

— Vous direz aussi à mademoiselle Augusta, ma fille, ajouta Aurore, que je passerai deux ou trois heures encore avec nos amis pour leur donner, dans leur travail si rude, le seul aide qui soit en mon pouvoir, un éloge ou un encouragement... Adieu! comte Raymond...

Nous nous reverrons bientôt, n'est-ce pas ?

Raymond salua de nouveau, et, tout en marchant avec des'pieds d'automate vers f habitation, il répétait à chaque pas cette phrase :

— Celte femme me rendrait fou!...

heureusement, elle me lue!

Il fallait pourtant obéir et remplir le message, tant absurde qu'il parût. ^

Arrivé devant la haie vive du jardin, le coDite aperçut à tra\^ers les feuilles les deux sœurs Davidson assises et travaillant à l'aiguille, comme si leur pain du jour dépendait d'un salaire gagné. Il suivit ponctuellement ses instructions, et appela l'aînée des sœurs avec une voix atteinte d'une émotion incurable.

Augusla tressaillit et vit un beau jeune homme qui agitait un grand bouquet audessus de la haie du jardin.

Bientôt elle reconnut le comte, et elle se pencha vers sa sœur, comme pour lui demander un conseil.

Le conseil donné fut bon. Les deux sœurs se levèrent, et, sans quitter leur, ouvrage, elles prirent la direction de la porte du jardin, mais avec une lenteur timide, pour n'être accusées ni d'impolitesse, ni d'empressement.

Quand la distance le permit, le comte Raymond prit l'accent d'un messager ofliciel et dit i

— Mademoiselle Augustà Davidson , j'ai l'honneur d'êlre chargé par madame la comtesse de vous remettre ce bouquet.

— Clière maman ! dit Augusta en battant des mains; elle pensa toujours à nous î

— A toi ! dit Maria en faisant une minauderie charmante ; mais elle m'a oublié, moi I... Il n'y a pas deux bouquets, monsieur le comte ?

— Non, mademoiselle; veuillez bien

m'excuser; je m'acquilte d'une commission.

Il allait se retirer; mais les deux jeunes JBlles, fort innocemment charmées de trouver une occasion de parlera un comte et de faire une courte diversion a leurs ennuis de recluses, ne laissèrent pas tomber l'entretien à son début.

— C'est maman qui a fait ce joli bouquet, dit Aui^usta, n'est-ce pas, monsieur le comte ?

— Oui, mademoiselle, il a été fait devaut moi.

— Oh ! je reconnais bien le bon goût de maman Aurore ; il est impossible de mieux distribuer les nuances et les couleurs. Quel dommage de voir ces belles fleurs se flétrir si yite!... Allez-vous rejoindre maman Aurore, monsieur le comte?

— Oui, mademoiselle... c'esl-k-dire, je ne crois pas... j'ai une lettre à terminer.

— Vous écrivez à France?

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— Non , mademoiselle ; à France , c'est-à-dire, oui... j'annonce à mes amis la grande nouvelle...

— Ah ! il y a une grande nouvelle ?

— La nouvelle du jour... vous la connaissez mieux que moi, mademoiselle...

le mariage...

— Oh! contez -nous celaj monsieur le comte; nous sommes si curieuses; excusez-nous , on ne nous dit jamais rien.

Le comte s'arrêta en s'accusant d'avoir commis une indiscrétion ; mais il était trop tard ; une étincelle maladroite avait incendié la tête de deux jeunes filles accablées d'ennui, et se réveillant en sursaut au mot mariage, ce mot magique au désert comme dans les cités.

— Monsieur le comte, dit Augusta avec une vivacité charmante, peut-on vous offrir quelque chose... vous paraissez souffrant... la chaleur est si forte aujourd'hui I... Nous avons toute sorte de rafraîchissements...

— Je n'ai besoin de rien, mademoi-

selle, interrompit le comte, et je vous remercie de votre obligeance.

— Mais ce mariage ? ce mariage ? reprit Augusta en étendant ses deux bras sur la haie et en joignant ses deux mains... qui donc se marie? Ce n'est ni moi, ni ma sœur, à coup sûr ; on nous aurait averties... Il y a bien encore deux jeunes Malaises.,, mais vous n'annonceriez pas leur mariage dans une lettre... Maman Aurore seule... oui, son veuvage

est fini et elle m'a dit l'autre jour

qu'elle prendrait un parti après le deuil... Maria, notre mère se marie ! je l'avais

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deviné ! Celle nouvelle m'aurait fait beaucoup de peine hier encore , mais elle me réjouit aujourd'hui I

— Mesdemoiselles, dit le comte d'un ton suppliant^ je vous en prie, au nom du ciel, gardez le plus profond secret sur cette nouvelle. J'ai commis une imprudence ; je vous croyais instruites de tout; la comtesse Aurore vous annoncera elleniême son mariage ce soir, et alors agissez de manière k ne pas lui faire connaître mon indiscrétion étourdie....

"De grâce, mesdemoiselles, rendez-moi ce service, vous me promettez...

— Ne craignez rien, monsieur le comte, dit Augusta ; nous attendrons la nouYcUe sans parler.

Maria fit la même promesse.

— Au reste, reprit Auguste, cela ne nous étonne point... n'est-ce pas, ma sœur?... Nous avons toujours dit depuis notre départ de Kalima : La comtesse Aurore épousera M. Paul. C'est sûr. 11 faut vous dire, monsieur le comte, que M. Paul est un véritable ami, un frère... Et quel bon cœur !... Si vous aviez vu le

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soin qu'il a pris de madame la comtesse dans notre trajet de Kalima pendant la nuit I — N'est-ce pas ma sœur ?

— Oh ! dit Maria, ses yeux n'ont pas quitté son palanquin un instant ; il écoutait le moindre bruit ; il marchait en tête pour sonder le terrain ; il épingjait les feuilles de lataniers du côté où soufflait le vent. Un frère n'aurait pas eu les mêmes attentions.

— C'est vrai ! reprit Augusta ; aussi un mariage avec un autre m'aurait affligéj

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je ne sais pourquoi, mais avec M. Paul, ^ c'est bien différent! Et ce matin, en écoutant notre mère nous parler de ce jeune homme avec enthousiasme, j'ai dit en moi-mêine : Voilà un mari ! Ainsi monsieur le comte, n'ayez aucun regret de votre indiscrétion, nous savions a peu près tout.

— Oui, bégaya le comte a l'état de moribond, je vois... que... vous saviez... à peu près tout.

Une vapeur sombre couvrit ses yeux ;

le soleil perdit son éclat ; des teiotes fanèbres se répaudirent partout; Raymond habitait un monde désolé, peuplé de spectres lugubres, et il entendait, dans le lointain, des cris de joie, l'extase d'une fêle, les paroles joyeuses de deux jeunes époux qui se regardent et suppriment l'univers dans le ravissement de leur amour.

— Les voici! dit Augusta en baissant la voix.

Rayoûond se retourna en entendant

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ces deux mots si sioiples , que le moment reudait formidable, et il vit ou crut voir la comtesse Aurore marchant vers le jardin dans la compagnie de Paul et de Vandrusen.

si le gouffre de Curtius se fût ouvert devant Raymond, il lui aurait rendu en ce moment un service signalé. La fable antique devenait histoire moderne.

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