‹ Les damnés de JavaChapitre 15 sur 18 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

Ayant reçu sa bonne pari des amicales démonstrations de Surcouf, Paul se mit un peu à l'écart, car il crut deviner que l'illustre marin avait des confidences intimes à faire à la belle créole,

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Surcouf et Aurore avaieiil, en effet, bien des choses à se dire, et leurs demandes se croisaient vivement sans attendre les réponses. La suite de cette histoire nous révélera ce rapide entretien. Pour le moment il nous suffira de dire que Aurore, dominée par Surcouf, consentit à rentrer chez Davidson.

Surcouf appela Paul, et lui dit :

■ — Ce soir, je n'ai aucun motif pour me dérober a la vue de cette bonne famille hollandaise ; tout est prêt pour mon départ. J'ai trouvé chez Davidson de l'argent et des ressources. Mon petit brick est paré. J'espère bien rattraper

mon Malaca. Il m'a fallu agir avec bien

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de la prudence cl du myslèrc. Voilà ma dernière nuit; demain, au lever du soleil, je voguerai vers le délroit de Carimala. Maintenant, je vais arranjçer vos affaires dans celte famille de puritains ; atlendoz-moi.

Surcouf se dirigea vers l'iiabi talion, du pas siir d'un iionime qui va réussir.

Ce marin brelon était alors dans toute la force de l'âge; sa flgure, brunie par le soleil de l'équateur, était empreinte du double caractère de l'audace et de la douceur ; il paraissait jouir de cette constitution indomptable sans laquelle il n'y a point de héros, en mer surtout.

L'homme supi'ricur et no pour com-

mander aux autres se révélait en lui, dans les gestes, le maintien, le regard. L'océan indien ne connaissait pas de plus grand nom que le nom de Surcouf, nom illustré par des actions fabuleuses, dont le récit charmait les sauvages et les pirates eux-mêmes, dans les veillées de l'archipel malaisien.

Il fallait bien peu de mots pour réhabiliter Paul et Aurore dans l'esprit deDavidson. Surcouf était vénéré comme un oracle. Les deux sœurs hollandaises, indulgentes comme toutes les femmes, se rendirent aisément aux bonnes raisons justificatives transmises par leur père.

Elles ne demandaient pas mieux que de

se réconcilier avec une femme charmante, qu'elles avaient éloignée par soumission filiale, et qu'elles estimaient toujours. On fit donc aux deux réhabilités l'accueil le plus chaleureux, le plus sympathique ; et la soirée eût élé complélement heureuse, si elle n'avait pas eu le triste lendemain que Surcouf annonçait déjà, en prononçant le mot de séparation et de départ.

Pendant le repas du soir, Paul faisait les plus beaux projets du monde; il avait enfin trouvé l'oasis après la brûlante marche du désert. A force de travail, de zèle et d'inlellii^encè, il pouvait se promellrc de devenir bientôt l'associé de

Davidson, espèce de forluue très facile à faire dans Unde, car, pour les travaux de défrichement et de plantation, les qualités du colon sont préférables à l'argent. Paul était riche de ce côté. Après ce rêve si réalisable, l'amour reprenait ses droils. A«roF*e décidément était une deces ve»ves comme on en trouvait alors dans l'Inde ;iine d^ ces malheurc'uses femmes ruinées par la guerre, et qui ont des droits de succession et d'hérilag'e a faire valoir sur les comptoirs de l'équateur. Un pirate, un bandit, un démon de la Malaisie, Banlam, s'était acharné a la poursuite d'Aurore, chose très commune aussi à cette époque, mais dans l'habi-

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talion hollandaise de Kalima, on n'avait plus rien à rodouler de ce bandit. Surcouf d'ailleurs availjuré de luj reprendre son Mahica, ol Surcouf ne jurait jamais en vain. Paul, de rêve en rêve, arrivait à la conclusion ordinaire des amitiés de femme, au mariage; et pour achever sa réhabilitation, il avait résolu de se confier au planteur hollandais et lui demander les conseils de son expérience. On se fait d'ailleurs toujours un ami de l'homme qij'on choisit pour conseiller.

Douces illusions, mensonges de l'âme, vous êtes un des fléaux de l'humanité.

Paul se complaisait dans le mirage de cetavcnir,(iui sonnait sa première heure,

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el il regardait Aurore, assise entre les deux sœurs hollandaises , Augusta et Maria, désormais ses deux amies et ses deux compagnes au désert.

Par moment. Aurore dirigeait un regard furtif et peut-être involontaire du côté de Paul. Que de fautes innocentes les femmes commettent a leur insu I Les meilleures, les moins coquettes, les plus rigides dans leurs devoirs, ont un secret penchant qui les attire vers l'homme qui les aime bien et dont elles repoussent très sincèrement l'amour.

Cette distraction enfantine amène souvent des malheurs sérieux.

Davidson elSurcouf causaient ensem-

ble en fumant le Jioiika sur une natte, et Paul jouait le rôle d'un troisième interlocuteur muet; il approuvait d'un si^me de tête ou d'un geste expressif toutes les choses qu'il n'entendait pas. En approuvant toujours on évite les ennuis de la contradiction, et Paul ne voulait pas perdre un de ces regards qui arrivaient à lui par intervalles de l'autre extrémité du salon.

Lorsque Surcouf arrêtait sa phrase, en le regardant, Paul se hâtait de répondre par un oui bref, ou un certainement résolu, ce qui comblait de joie Surcouf ; mais Paul ne remarquait pas cette joie et n'entendait pas le brave marin, il re-

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gardait toujours son admirable civole qui jouait avec ses deux amies et confondait en riant ses longueslresses.de cheveux noirs dans leurs belles boucles d'or.

Surcoufse leva brusquement comme on fait après une conversation épuisée, et serrant la main de Paul, il lui dit :

— A demain I c'est convenu, une heure avant le lever du soleil.

— Avant le lever du soleil, répondit le jeune homme comme un écho.

Surcoût s'approcha des trois femmes, et Paul ne nianqua pas de le suivre.

— Eh bien! dit-il, j'ai accepté, pour cette nuil, l'hospilalilé de Davidson ;

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mais je suis ohligo de vous faire mes adieux ce soir.

Les (rois femmes se levèrent, en passant de la gaîlé à la tristesse, et elles tendirent leurs mains à Surcouf.

— Oh! dit le marin en riant, quand on part pour se b;)tlre, on a un privili'^ge... Vous permettez, Davidson ?

Et il embrassa les deux sœurs et Aurore; puis s*adressant a Paul, il lui dit :

- Vous avez la même priviléi^o, luon cher Paul; allons... allons... il a pt ur... embrassez donc, comme moi .. est-il timide, ce loup de mer!

Paul ne comprenait rien a cette scène; il embrassa les deux sœurs à tout hasard.

— Vous oubliez madame? reprit Surcouf en rianl.

— Mais, M. Paul ne part pas, lui ! dit Aurore ; il n'a point de privilège.

— Comment! il ne part pas! dit Surcouf ; voulez-vous que je laisse Achille k Scjros, avec les femmes, lorsque nos amis de Samarang nous appellent peutêtre ! lorsque mon Malaca est au pouvoir des pirates ! lorsque les moussons nous amènent les galions de la Compagnie !

lorsque la France de l'Inde n'a plus que le pavillon de Surcouf pour protecteur!

Vous ne connaissez donc point mon brave Paul ! il vient d'accepter a présent, la, et avec beaucoup de chaleur, le grade de

second, à bord du Breton^ cl nous met- Ions à la voile demain avaul le lever du soleil.

Le ton décisif de Surcouf ne laissait aucun doute à Paul ; il venait donc de s'engager a bord du Breton, sans le savoir, et dans une longue distraction causée par la présence d'Aurore. C'était un coup de foudre ; mais le sentiment du devoir triompha. Il accepta énergiquement une position glorieuse faite à son insu, et sa lèvre effleura la joue fraîche et ronde que la belle Aurore lui présentait par ordre de Surcouf.

^- Mesdames, dit le noble Breton, nous vous donnerons bientôt de nos

nouvelles ; altendez-les avec palience, el priez Dieu pour la France el ses marins.

Paul se laissa machinalement entraîner par Surcouf; il marchait au hasard et appelait k son aide toute son énergie, pour ne rien trahir des secrets de son cœur dafis ce moment suprême.

Sous un hangar ouvert aux brises du golfe, t't appelé la Rizière y était le large lit de repos des voyageurs : une paille douce et qui ne faisait pas regretter l'édredon.

— Nous serons mieux ici pour faire notre nuit, dit Surcouf, et nous ne troublerons le repos de personne.

Cola (lil, Siircouf, à la veille de [)arhr pour une de ces expédilions merveilleuses, sans exemple dans l'histoire, ôla sa veste, se coucha sur la paille, fil le signe de la croix et s'endor rit comme dans sa maison de campagne de Sainl- Malo.

Paul ne s'endormit pas, il prêtait l'oreille à tous les bruits qui annoncent la fin des veillées et le commencement de de ce silence morne dont s'environne la nuit pour donner le sommeil aux hommes et aux animaux.

Au moment jugé favorable, Paul sortit de la Rizière, sur la pointe de ses pieds nus, et rencontra sur la terrasse Aslhon

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et ses deux amis, qui étaient à leur poste de sentinelles; les trois gardiens donnèrent le salut amical d'usage au jeune colon, mais ils ne le suivirent pas; leur devoir passait avant tout.

Paul regarda le baluslre en bois de santal, en saillie devant la fenêtre d'Aurore, et prêtant l'oreille, il entendit ce gazouillement délicieux que modulent les jeunes femmes lorsqu'elles parlent toutes à la fois.

Craignant de voir la fenêtre s'ouvrir, il s'éloigna en amortissant le bruit de ses pas sur les grandes herbes, et le hasard ou une pensée le conduisit à la limite sacrée des arbres, aux bains de

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Diane. Une sensalion n.ysléricuse faisait battre son cœur, et il osait à peine ouvrir les yeux sur ce petit golfe, ou dormait une eau tranquille sur un sable d'argent.

Deux larges escaliers de granit truste, comme deux dolmens, lient la terre à la mer, et ne sont jamais couverts par les vagues, car, dans les jours de tempête furieuse, la colère de la haute mer expire beaucoup plus loin, et semble respecter Tasile saint.

Toutes les splendeurs du ciel de l'Inde enchantaient cette nuit; le rivage était couronné d'arbres gigantesques dont les cimes se perdaient dans les ombres lu-

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miiieusos ; les brises suaves lîioiiljienl du golfe, et donnaient au corps embrasé une exquise sensation, qui est aussi le bain de l'âme. Paul était sous l'obsession de ce délire, fièvre continuelle des aliénés, et qui leur fait chercher un remède dans la fraîcheur des eaux vives. Il s'abandonna, comme un agonisant condamné, aux caresses de celle mer divine, qui semble pouvoir guérir tous les maux de la terre, mais il regagna bientôt le rivage, comme un sacrilège nocturne subitement assailli par des remords.

Sur la limite des arbres, il s'arrêta, el, entr'ouvrant avec précaution le rideau

des feuillos basses, il vil ou crul voir une femme accoudée- au balcon d'une fenêtre. Un nuage passait en ce moment sur les constellations du Zénith, et donnait une ombre vaporeuse k la façade de l'habitallon hollandaise. Mais lorsque des gerbes splendides retombèrent des étoiles, comme une cataracte de rayons, la forme du kiosque prit un nom terrestre, trop connu de Paul.

— C'est elle, dit'il avec la voix intérieure, car ses lèvres n'auraient pas eu la force de s'ouvrir.

Paul n'était pas doué de cet amourpropre robuste, assez commun chez les hommes, et qui les abuse si souvenldans

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leurs passions ou leurs caprices; mais il crut pouvoir interprétera son avantage celle veillée du balcon, et l'allribuer, sans fatuité vulgaire, a une pensée d'amour. L'amitié ne veille pas, aux heures du sommeil.

L'amitié des femmes veille, et peut tromper encore, et très innocemment.

Aurore avait dissimulé son émotion devant Surcouf, mais son cœur s'était brisé, en faisant des adieux peut-être éternels à ce noble jeune homme, son meilleur ami, et elle avait résolu de prolonger sa veille, à l'insu des deux sœurs, pour écouler le bruit du dernier pas de Paul sur ce domaine hospitalier.

Les heures s'écoulaient, et de légères teinles d'opale se monlraienl à l'horizon de l'est, à travers l'almosphère ardente dès constellations. On entendait une rumeur confuse du côté du port et des préludes de chants sur les arbres.

La jeune créole gardait toujours sa position au kiosque, et Paul, n'ayant qu'un seul chemin à traverser pour rejoindre Surcouf, le chemin de la façade, n osait sortir de sa retraile de peur d'offenser Aurore, en lui révélant sa course indiscrète et même sacrilège, de sa nuit.

Une voix forte, quoique retenue, prononça le nom de Paul.

Le jeuoe homme avait tressailli. Il avait reconnu la voix de Surcouf.

Il y avait urgence; il fallait prendre un parti, sous peine de passer pour un lâche ou d'être regardé comtiie déserteur.

Celte pensée arracha Paul de sa retraite et lit taire toutes les considérations.

Il sortit brusqui ment du massif d'arbres, et au même instant il entendit un cri étouffé tombé du kiosque, et le grincement d'une fenêtre qui se fermait avec précaution.

— Elle m'aime, dit-il, elle me pardonnera une faute de l'amour.

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Et couranl à Surcouf, il lui serra les iiiwin> cl bégaya un prélexlc qui (ni admis, car Iheure ne peruiollail pas les discussion:^.

— Allons! dil Surcouf, cl monlranl le ciel il ajouta :

— Voilà un nuage qui s'elïile en pointe vers le nord, lanl niieux! Au lever du soleil nous aurons une bonne brise du sud.

Heureux Surcouf, pensait Paul, il pense aux nuages, au vent du sud, au Malaca^ aux abordages, aux colons de Samarang, a son pays! El moi! moi! je pense U une femme !

— J'ai parfailomenl dormi dans celle

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rizière, reprit Surcouf avec gaîlé ; et vous, Paul, coQîinent avez-vous passé la nuit?

— Moi, dit Paul en se donnant de l'assurance, moi... une excellente nuit...

Quatre heures de sommeil mesufïisenl ..

Nous dormions très peu à La Ciotat.

— Vous allez voir ma mouche, reprit Surcouf en se frottant les mains, un brick en miniature ! qui file quatorze nœuds, comme l'oiseau des lropi()[ues. Davidson est mon arniatf ur... mais secret, à cause de la Hollande, de l'Angleterre, du Sultan, do Mysore, du Grand-Mogol, que sais je, moi! il a peur de tout. Nous n'en

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dirons rien a personne, n'est-ce pas, l'ami Paul?

— Oh ! vous mêliez ce secret dans un puits, dit le jeune colon ; je suis un puits pour les secrets.

— Et moi ! dit Surcouf, je suis Breton, il n'y a pas d'exemple d'un Breton qui ait divulgué un secret.

Les deux hommes marchaient rapidement vers le port de Ka lima.

— Surcouf, reprit Paul d'un ton léger, je pense k ces trois femmes qui vont s'ennuyer, comme trois grives en cage, mademoiselle Augusla, mademoiselle Maria et... l'autre.

— Bah ! dit Surcouf, elles parleront... ;i 15

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je leur ai promis Irois présents de Cli^^jp,

coiJime dans Zemir et Azor; ejlps clmit feront lo trio de Grétrj dans la ^elle et

lt^^%'u ÇgAaû^W est uj;i |)i,r^lç, m^j dit, u'est-ce pas, Paul ?

-:- Un coquin, un scélérat, un forban, un démon ; quand on ne l'appelle que pirate maudit, on le flatte.

— Oui, Paul ;^eh bien ! je lui dois quelque reconnaissance, moi ; je veux bien lui reprendre mou Malaca, mais je ne

: voudrais pas le tuer.

— Reprenez votre Malaca, dit Paul, moi, je me cliîRrge du reste.

— Voila mon Breton I s'écria joyeusement Surcouf ; on ne peut pas se trom-

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per : il est seul flans le pelit ï)ort... Vous le voyez, Paul ?

— OuijSurcijuf.

— Il bal pavillon danois a misaine^ re-

prilSurcouf; mais a une encablure du

porl j'arbore le pavillon françiis, et je le

'1 rv-y salue de vingt coups de canoi», à la barbe

des pirates.

Le Breton était, en effet, un joli petit navire, découpé en oiseau de mer. Vingtquatre hommes le montaient; ilsappar* tenaient à diverses nations, mais le grand nom de Surcouf les ralliait tous dans un sentiment commun de bjnne fraternité.

]1 y avait là surtout un intrépide marin provençal, nommé Wordeille, uq ami de

Surcouf, et dont la gloire aussi a été fort grande parmi les corsaires. Mordeille était d'une taille au - dessous de la ■moyenne et très exigu de corps.

— Jamais un boulet, disait-il, ne trouvera chez moi une place pour me tuer.

Surcouf lui avait promis le commandement du Breton j après la prise du Malaca. En 1815, Mordeille se retira du service; il avait été décoré par Napoléon.

Celui qui a écrit ce roman, ou pour mieux dire celle histoire, a été honoré de l'amitié de Mordeille, dans les années de son adolescence, et une mémoire, qui n'a jamais rien oublié, a gardé bien des

réclls, bien des histoires, très nécessaires h cet ouvrage aujourd'hui.

Surcouf el Paul montèrent à bord du Breton^ où Mordeille les reçut avec les plus vives démonstrations d'amitié.

— Tout est-il prêt? demanda Surcouf.

— On attend le dernier coup de sifflet, dit Mordeille.

L'épuipage était rangé sur deux lignes, à bâbord et à tribord.

Surcouf leur fit cette proclamation concise (il ne faut pas trop parler aux marins, disait Nelson) (1) :

(1) La plus belle des proclamations a été faite par I^elson à bord du Victory, je l'ai lu sur le monument élevé dans la bourse de Liverpooi; — Englandmpccl$

« La lerre pardonne, la mer ne par- » donne jamais. 11 faut toujours vaincre » sur mer. Vous vaincrez ! »

Les marins du Breton gardèrent le silence, mais on entendit un frémissementd'ài*més sur les deux rangs.

te navire dérapa; le soleil se levait avec la brise du sud annoncée par Surcou f.

Paul regardait fuif la teri*e et tenait

ses regards attachés sur les arbres lôîatâins du domaine de Davidson. Quelque^ larmes furtives descëfidaienf étlr Sèâ joues, et un frisson mortel agitait son

èvèry man to do his duty. « L'Angleterre attend qtie chacun fera sou devoir. »

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corps cl glaçait son épidémie aux feux du soleil de l'équaleur.

Uq coup de canon retentit sur le navire; on arborait le pavillon de la France sur l'océan ennemi. C'est toujours un moment d'émotion sublime. Ce pavillon semble dire k tous : La France est toujours Ta où je suis!

Paul regarda le pavillon, et, s'approchant de Surcoût, il lui dit :

— J'ai laissé mes armes chez Davidson ; j'attends celles que vous allez me donner.

Surcouf montra l'escalier de l'entrepont, et dit en riant à Paul :

— Voilk la rue de l'arsenal. Descendez et choisissez.

Paul ne regarda plus l'horizon de Kalima, et descendit.

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