‹ Les damnés de JavaChapitre 9 sur 18 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

Une Irisle réflexion, mais bien rapide aussi, traversa le front du jeune homme et n'y laissa point de trace, car la pauvre femme l'emportait sur tous les autres intérêts de cette affreuse nuit.*

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si Bantamclsa troupe sont ici, pensal-il, c'est que le comte Raymond, Vanr drusen, Strimm et tous mes amis sont morls.

La chose paraissait fort admissible en

un pareil inoment.

Paul versa quelques larmes et les essuya promptement, car il avait plus que jamais besoin de tout son courage et de toule la sûreté de son coup d'œil.

Pourtant les bruits inférieurs avaient cessé ; aucune tentative de reconstruction n'était faite au bas de l'escalier; Asthon reprenait son calme et semblait écouter un murmure insensible qui s'éteignait dans le loinlain.

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Le soleil se leva soudainement comme un ami allendu qui éclaire la chambre (l'une hôtellerie avec un flambeau; le premier rayon de l'aslre déchira ce voile de terreur qui couvrait le désert, et donna

le signal d'un concert immense formé de

toutes les voix des oiseaux de l'Inde. La vie succédait à la mort.

Elle dormait toujours sur son lit de feuilles, la belle créole, et Paul n'osait pas la réveiller, (juoique la souffrance d'un horrible rêve fût peinte sur son visage. La clarté du jour inondait la salle haute en ce moment, et Paul comptait sur le soloil qui réveille en effleurant d'un rayon les yeux fermés.

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Eq allendaût il reprit sa pose contemplative, et ses yeux s'éteignaient de langueur. Le madras, noué autour de la tête d'Aurore avait disparu, et de magniflques tresses de cheveux noirs, déroulées en désordre, servaient comme d'oreiller d'ébène à la jeune femme endormie : le sari indien, sobre d'étoffe, rendait justice aux charmes de la créole française, et deux bras d'ivoire se détachaient mollement étendus sur un fond de feuilles flétries indignes de sa beauté.

Vertu sainte, tu es plus qu'un nom, quoi qu'en ait dit le dernier des Romains à Philippes !

Paul prit à deux mains la cime d'un

arbuste qui voilait le soleil levant à la petile porte de la terrasse, la courba, et dirigea une gerbe de rayons sur lesyeux^ de la jeune femme, qui se réveilla en sursaut.

Elle rajusta promptemenl le désordre de sa toilette, et se leva, en jetant autour d'elle des regards effarés.

Paul regardait du côté de la plateforme et attendait un premier mot pour se retourner...

— Noble jeune homme ! dit la créole en se parlant haut à elle-même, il a veillé pour moi toute la nuit!... et ce pauvre Aslhon aussi! ajouta-t-elle en caressant le chien, qui semblait, dans son regard

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le plus doux, la féliciter d'avoir échappé

aux dangers de la nuit.

Elle tendit la main à Paul, qui la baisa respectueusement, et, d'une voix éteinte, elle s'excusa de son sommeil comme d'une faute.

— Oh! dit le jeune homme à voix très basse, nous avons dormi tous les trois ; mais Asthon, lui, dormait éveillé, selon son usage, et, s'il y avait eu un danger, il m'aurait averti. La nuit a été bonne...

— Oui, bonne pour nous, interrompit Aurore sur le même ton, mais les autres... les autres...

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Dos larmes moiiilIcTonl ses joues, et Paul regarda le ciel eu soupiraul.

— El inaiuleuanl, Paul, deuianda la jeune femme, quel est volie projet?

Celle inlerro<^alion fit tressaillir le jeune homme : il n'avait point de projet. Celle ruine d'un temple lui paraissait plus belle que l'habilation d'un nabab : il ne désirait rien ; il n'avait qu'à perdre en trouvant mieux. La jalousie, celle passion fal;ile qui brise même l'amitié, lui montrait dans l'avenir, ou le comte Raymond, s'il n'était pas mort, ou tout autre rival préféré, ou le terrible Surcouf, toujours soupçonné d'être l'amant de la belle créole. Dans celte vie d'anachorète

qu'il entrevoyait son amour n'avait plus rien a craindre. Les regards, les sourires, les paroles de la femme, ne seraient que pour lui. Ce rêve lui paraissait une chose très raisonnable, mais l'illusion dura peu.

Aurore venait de deviner la pensée de Paul à ses hésitations.

— Mon cher compagnon, lui dit-elle ; cette ruine est inhabitable, et, dussé-je m'exposer seule à toute sorte de périls, je \v\\\ en sortir et gagner le village de Rai i ma.

— Six heures de marche ! dit Paul, et quels chemins !

Dr jw.v ro

— Eh bien ! nous avons douze heures de soleil pour les faire.

— !\ïonsieur Surcouf est à Kalima? demanda Paul d'un Ion nonchalant.

— Surcouf ! reprit Aurore étonnée, aije parlé de Surcouf?

— Non, dit Paul embarrassé, non, c'est moi... qui... j'ai toujours cru... excusez-moi, je vous prie... j'ai toujours cru parler à madame Surcouf... ou à sa prétendue...

Un sourire triste, qui, en toute autre occasion, serait devenu un éclat de gaîté folle, éclaira un instant le visage pâle de la jeune créole, et elle répondit :

— Non, mon cher Paul, non, je ne

suis ni la fcinnir, ni la piélendue de Surcou f.

En ccrlaiîis rnomeiitS;, lorsque la re-

connaissance ou tout autre sentiment gé-

néreux les anime, les femmes ont le tort de mettre dans leur voix une mélodie et une douceur dont elles ne soupçonnent pas l'influence, et dont les hommes s'enivrent dans l'élourderie de leur amourpropre ou de leur amour.

Celle innocente perfidie porta le der-

•nier coup a la raison du jeune homme.

La confidence produisit aussi son effet.

Elle n'est pas la femme et la maîtresse de

Surcouf ! donc, elle n'est la femme ni la

maîirpsse de personne. Telle est la logique des amoureux.

— Nous irons à Kalima, dit Paul, en dissimulant l'exi-ès de sa joie ; mais auparavant, vous me permettrez d'aller reconnaître les environs pour bien m'assurer...

— El, puisque nous n'avons rien vu cette nuit, interrompit Aurore, les chemins sont sûrs.

— Oui, Aurore, dit Paul en hasardant pour la seconde fois ce nom isolé, dans sa familiarité expansive. Oui, nous n'avons rien vu cetle*nuit... Vous avez raison.^ mais pour plus de sûreté... croyezmoi... je serai promplemcnl de retour...

et en m'altondant, prenez un peu de force... Asthon doit avoir faim, pauvre bête ! Ayez soin d'Aslhon.

Et il gagna précipitamment Tescalier, le descendit jusqu'aux, marches brisées, franchit d'un bond l'espace vide, et examina le terrain pour y découvrir quelques indices sur les événements de la nuit.

Ce fut seulement dans la partie de la forêt qui expire au sommet de la montagne que Paul découvrit des traces d'un passage récent. Les lambeaux du crêpe chinois avaient presque tous disparu ; le velours des herbes gardait les vestiges de plusieurs pieds de grandeur différente, et

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on distinguait bien au grand jour, par intervalles, des grains de cendre de tabac. Mais une autre découverte acheva de rassurer Paul, en lui prouvant que les ennemis s'étaient lancés, grâces à ses ruses, dans une poursuite folle vers le nord; la veste blanche avait disparu sur le versant opposé ; impossible d'admettre que le vent l'avait emportée à la mer; pas un souffle n'agitait les tiges des fleurs sauvages. Les bandits qui poursuivaient Aurore élaionl donc dépistés pour longtemps; le rusé forban de Timor avait trouvé son maître; Paul triomphaiL Que de reconnaissance la belle créole lui devait pour un si grand service ! et comme

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il est facile de payer une si énorme dette avec un peu d'amour.

Rentré dans la ruine, Paul reconstruisit à la hâte et ^grossièrement les six marches de l'escalier; il en essaya la solidité doutruse et appela Aurore et Asihon d'une voix forte, pour prouver à la jeune femme qu'il y avait absence de péril. Asthon arriva le premier en bondissant de joie; Aurore descendit avec j)récaution les marches boiteuses, cl ses mains ne quillaienl pas les mains de son jeune et danjçereux protecteur.

— Voilà déjà une heure perdue, ditelle en raellan t le ])icd sur la terre ferme.

— Nous la rallraperoiis, répondit Paul.

Ils donnèrent un dernier regard a ces ruines qui, à cette heure du jour, dans la sauvage beauté de leur nature et sous l'azur de leur ciel , offraient le plus merveilleux des spectacles. Rien n'est comparable à ces augustes reliques d'un monde évanoui, et qui n'a pas de nom dans l'histoire. Les yeux se vitrifient de stupéfaction devant ces énigmes de granit, toujours parées de la grâce éternelle de leur architecture, toujours couvertes de guirlandes de fleurs, et qui proclament la gloire d un peuple, d'un art, d'une civilisation et d'une catastrophe,

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dont aucune mémoire n'a gardé le souvenir.

Eh bien ! le puissant et gracieux architecte qui a bâti ce temple ; les sculpteurs qui ont caressé tant de statues mortes; les artistes qui ont ciselé toutes ces fleurs sur les frises, n'ont pas travaillé en vain, et s'ils avaient pu lire dans l'avenir, ils auraient cru leurs travaux bien payés, en voyant après quarante siècles leur merveille en ruines servant de refuge à une femme plus belle que leur divinité de Java.

Paul, la jeune femme et Asthon trouvèrent bientôt la grande et antique chaussée, cette voie Appienne de l'île,

ouverle aux mômes époques inconnues.

Celle roule est si puissamment incrustée dans le roc, qu'elle peut supporter encore le poids d'autres siècles et le passage de nouvelles civilisations. Il y a même quelque chose de providentiel dans ces grands chemins indiens rencontrés à travers les solitudes par le voyageur. Ce sont comme les pierres d'attente d'un ordre nouveau et les chaînons mystérieux qui lient le passé à un avenir commencé aujourd'hui. Les monuments se sont écroulés ; les faux dieux ont disparu ; les pagodes louchent de leur déhris les jungles et les montagnes, parce que toutes ces choses des vieilles fables sont mortes,

sans aucune cliance de résurreclion ; n^ais 1rs roules indiennes subsistent toujours, et semblent attendre le rail ou doivent passer les peuples civilisateurs de l'Occident.

Lorsqu'à, milieu du seizième siècle le père Valelte ouvrit le premier les forêts vierges du Mississipi, il ne se doutait pas de toutes les merveilles de création future qu'allait faire au désert la première trace chrétienne et française: ainsi, lorsque la civilisation refleurira sur le sol javanais et que la vapeur exhalera sa fumée féconde de Samarang à Balavia, on se souviendra du premier marin français qui s'est aventuré dans ces solitudes,

en conduisant par la main la Circé chrétienne, la magique fée de la nouvelle civilisation. Par ses vertus, la femme crée tout, après Dieu, dans ce monde; mais elle garde l'anonyme; c'est toujours l'homme qui signe la création.

Un double paysage , admirable des deux côtés de la route, enchantait les regards de nos jeunes voyageurs ; les arbres, élancés à des hauteurs prodigieuses, croisaient leurs cimes et formaient un berceau comme une galerie verte et sans fin. Une ombre douce régnait partout et entretenait une fraîcheur suave et embaumée. Par inlervallo, a droite ou à gauche, le voile des arbres semblait

se déchirer pour laisser voir, dans des éclaircies lumineuses, un lac couronné d'oiseaux, une cascade joyeuse, une ruine dorée, couverte d'euphorbes, de cactus et d'aloës. Cette puissante nature indienne semblait vouloir se parer de toutes ses grâces, de toutes ses séductions, de tous ses caprices, comme une coquette délaissée, pour ramener a elle

l'ancien cortège de ses adorateurs dis-

parus.

Notre jeune créole, habituée aux courses brûlantes des guerres françaises du Mysore, cheminait d'un pied leste sur la l'oie Appienne de Java, et la grâce majestueuse du paysage lui laisait oublier

SCS préoccupalioîis. Son jeune guide ne pouvail se lasser d'admirer sa belle compagne, dans le cadre divin où elle marchait comme une reine tombée d'un trône, dépouillée de ses richesses, séparée de ses courtisans, et comptant sur sa beauté pour tout reconquérir.

Le noble Asthun éclairait la marche et parcourait quatre fois le même chemin ; il fouillait tous les buissons suspects, écoutait tous les bruits étranges.

sondait du regard les issues ténébreu-

ses, flairait toutes les émanations de la brise, et, son examen fait avec la conscience d'un animal, il venait rejoindre ses maîtres avec un œil serein, semblait

leur dire que loul allait au mieux sur la route, et il reprenait son élan pour continuer son devoir de bon serviteur. Quelquefois un singe railleur, descendu en trois bonds de la cime d'un arbre aux premiers rameaux, jetait ses éclats de rire et prodiguait ses grimaces sur le passage d'Asthon ; le noble cbien ne daignait pas faire à l'histrion Thonneur d'une pause, et il poursuivait son chemin, comme fait un homme grave en entendant répigramme stupide d'un mauvais plaisant.

Le soleil arrivé au zénith perçait de sa ciialeur la voûte éj)aisse des arbres, et nr permettait plus à la jeune femme de

soiilcnir une marche rnpidc. Une lialle ëlail nécessaire. Paul avisa sur un des côlés de la roule une hôlelleriede la nature ; encore une ruine sans nom; une espèce de rotonde qui probablement a été une chapelle aux âges mystérieux de Java. Les fruits du verger de Dieu abondaient aux environs, et Teau vive coulait en nappe verte sous des fleurs de nénuphar.

Aslhon fouilla la rotonde et se coucha tranquillement sur une pierre. C'était dire : L'endroit est sûr.

Après un repas d'anachorète, la belle créole se fit un divan très doux avec une épaisse couche de gazon pour payer un

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arriéré de delte au plus inexorable des créanciers, au soiniiieil. Paul, accablé par l'insomnie, résista quelque lemps, mais il se rappela le mol de Raymond : // faut dormir i,our être fort.

— J'ai besoin d'être fort, se dit-il.

El, se plaçant à une distance respectueuse de la jeune femme, il s'endormit. Asthon veillait pour trois.

Le soleil s'inclinait sur l'horizon maritinie, lx)rsque la belle créole se réveilla. Au premier moment elle fut saisie de frayeur en se croyant seule, mais elle se rassura bientôt en apercevant son guide, profondénient endormi encore, dans une alcôve de lataniers.

Aurore marclia sans fiiire du bruit, et ses yeux se remplirent de larmes douceâ, lorsqu'elle se mil à regarder de près, et avec une allenlion qu'elle ne lui avait jamais donnée, ce noble ami, si dévoué, si brave, si respectueux surtout !

— El il m'aime I pensa-t-elle, car il lui. était inipossible de se méprendre sur la nature des sentiments de Paul. Une femme ne commet pas de ces erreurs. — il m'aime ! et celte nuit, dans cette solitude horrible, il a gardé mon sommeil, il a veillé cou. me un frère, et ce matin, il a eu la délicatesse de vouloir me persuader qu'il avait dormi! Je vois bien en ce muuK ni, que ce noble jeune homme était

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debout, quand je doiniais, moi!.. Malheureux amour !

Une sombre contraclion de désespoir passa sur le visage d'Aurore, ce qui était au fond de l'abîme de sa pensée, Dieu le savait en ce moment.

Un vol de perruches multicolores vint s'abattre sur le latanier, et une fusée de notes d'or éclata dans le silence du désert.

• Paul se réveilla et vit la jeune créole debout k une certaine distance.

Son premier mouvement fut de regarder le ciel, comme on consulte une montre en voyage lorsqu'on redoute de manquer l'heure du départ.

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— Il n'cslquedeux heures, dit-il, Dieu soit loué !

— Nous avons encore quatre heures de soleil, dit Aurore en hasardant un mouvement de lèvres qui ressemblait à un sourire.

— Oh! c'est bien suffisant, reprit Paul.

Aurore serrales mains du jeunehomrae et dit:

— Parlons !

Le chien reprit ses fonctions d'éclaireur, mais Paul le rappela en lui ordonnant de ne pas s'arrêter.

— Que cela ne vous effraie poinl, Aurore, dit Paul en souriant ; je connais le

chemin de Kalima. Nous allons bientôt quitter la chaussée de briques et gagner le rivage de la mer, par la plaine du Nord.

En effet, après un quart d'heure de marche, Paul avisa une espèce de borne miliaire antique, et il dit :

— Voilà la route de Kalima,

Et on se mit a marcher k travers champs, si on peut appeler de ce nom des plaines sans culture qui attendent le retour de la charrue depuis les âges fabuleux.

Les arbres et les courants d'eau ne manquent pas dans celte campagne sauvage; il semble a chaque instant qu*un

loil de ferme ou un clocher va surgir à l'horizon ; mais rien de ce qui rappelle le travail de l'homme n'apparaît au regard du voja^^eur. La nature seule, ouvrière toujours occupée, et qui se passe de la collaboration de l'homme, prodigue sur cette zone toutes ses richesses inutiles et le Idxe de ses inimitables décorations. Elle travaille pour se faire admirer par le soleil: c^ spectateur solitaire et sublime lui suffit.

Il y a deux mille ans, les coteaux de Meudon et de Ville-d'Avray ressemblaient beaucoup à la campngne qui mène à Kalima. On y voyait des lacs charmants, des ruisseaux limpides, des prairies na-

turelles , dos forêls sombres, mais les villas et les châUaux manquaient. Le défrichement fera le tour du monde, grâce à Ja vapeur. 11 y aura demain des clochers, des villas et des fermes aux Meudons et aux Ville-d'Avray de Java.

L'homme est impahenl, mais deux mille ans sont une fracli on de minute sur l'horloge de la patiente éternité.

Comme ils cheminaient avec une confiance qu'aucun fâcheux accident n'avait trompée depuis le malin, Paul et Aurore remarquèrent des frissons d'inquiétude sur les oreilles d'Asthon. En pareil cas, les signes remplacent la parole. Le jeune homme cl la belle comtesse échangeaient

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des regards significatifs et prèlaienl l'oreille aux murmures du désert, car ils ne voyaient rien devant eux ou loin d'eux qui parût justifier les craintes nerveuses d'Asthon.

— A coup sûr, Asthon ne se trompe pas, pensa le jeune colon, et, sans trop faire remarquer son mouvement, il examina les deux amorces de sa carabine.

Asthon hurla en sourdine et se plaça devant ses maîtres comme pour les empêcher d'aller plus avant.

La jeune créole arracha vivement les

deux pistolets de la ceinture de Paul et

dit : — Nous som mes trois !

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