‹ Les DanicheffChapitre 40 sur 92 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

Combien de millions as-tii forgés depuis que je ne t'ai vu?

ZAKAROFF.

Ah! Excellence bieu-aimée, les affaires vont mal, le peuple est dépravé, plus de discipline, plus de subordination, chacun fait ce qu'il veut. Peut-il être question de forger des raillions quand on parvient à peine à joindre les deux bouts.

Tu te plains toujours.

ZAKAROFF.

C'est qu'il y a de quoi, notre reine. La religion se perd, le peuple ne va plus dans nos saintes églises.

(CoQtinuant, il est éloiçriié tlu prince qui rit et cause avec Taldé.) Si notre père le czar n'y met bon ordre, nous verrons bientôt, que Dieu nous préserve, de jolies choses, (parlant aux dames.) Nous verrons que nos moujiks voudront devenir à

leur tour seigneurs et maîtres. (Le prince et TaMé se rapprochent

du groupe.) L'adminislratiou est devenue trop faible.

LE PRINCE, jouant le sévère.

Hein? Quoi? Tu te permets de critiquer le gouvernement maintenant !

ZAKAROFF, plat et avec un profond saint.

Qui, moi! Altesse! Un misérable chien! un ver rampant qu'en un clin d'œil ton auguste talon peut anéantir? Jamais !• ! (obséq.iienx.) Je dis Seulement que notre père à tous, le czar blanc, est trop bon, que ses grands dignitaires imitent sa bonté, que sa noblesse n'est plus si lière, et que nos lils finiront par se croire vos pareils ! Vous ne le voyez donc point?

LA BARONNE, au prince. — Haut.

11 ne divague pas déjà tant, •prince!

oO LES DANICHEFF

LYDIA, a Taldé.

Écoutez, écoutez... puisque vous voyagez pour votre instruction.

TALDÉ, veQaot.

Je ne perds pas un mot.

ZAKAROFF, eacouragé.

Je sais bien ce que je dis! Ne parle-t-on pas de nous permettre d'aclieter vos biens mobiliers?

LA BARONNE, tressautant.

Il ne manquerait plus que cela!

LYDIA

Je crois bien! Où eu sommes-nous? presque débordés déjà par tous ces parvenus, rustres de la veille, millionnaires du lendemain, et roturiers de toujours.

TALDÉ, à la priacesse.

Princesse, me direz-vous ce que c'est que celui-là?

LYDIA

Qui? Zakarotf ? (a Zakaroff.) Monsieur qui est Français

me demande qui tu es? (Haut, pendant que Zakaroff s'inclinant salue

Taldé.) C'est un de nos Fouquets modernes ! C'est un simple paysan qui, étant tout bonnement cabaretier, proposa au gouvernement, il y a dix ans, un nouveau système de fermage des eaux-de-vie. Ce système fut appliqué à l'État et lui rapporte dix-sept millions de roubles par au de plus que l'ancien.

TALDÉ.

Mais c'est énorme, plus de soixante millions de francs !

LYDIA

Et le plus joli, c'est que l'inventeur s'est fait avec cette idée une fortune colossale : on la chiffre à plus de trente millions.

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