ACTE DEUXIÈME o
ZAKAROFF.
Donc, alors, j'ai pris ces cinq districts, mais voilà-t-il pas que le sénat a eu la malheureuse idée de limiter le nombre des cab.irets! Il trouve ça moral, moi je trouve ça ruineux; a-t-on jamais vu qu'on veuille empêcher un homme qui paie ses cinq bons petits millions annuels rubis sur l'ongle, d'administrer son bien comme il l'entend.
LYDIA
Si ton eau-de-vie est falsifiée, si elle fait mal aux pauvres diables qui la boivent, s'ils en boivent trop.
ZAKAROFF, s'animant.
Mais quand j'apporte mon argent on ne me rend pas un kopek, et l'on ne me dit pas : ZdkarofT, soyez assez bon, reprenez ce million, nous en avons assez de quatre. (S'animant Je plus en plus.) AlOfS COmmCUt SB fait-il qu'ou
empêche ce même Zakaroff de débiter ses produits comme il l'entend, non, dis toi-nième, princesse? Comment cela se fait-il? Alors, j'ai présenté une supplique au sénat, demandant la permission d'augmenter le nombre de mes cabarets de trois cent cinquante et un. Je voudrais ta protection et celle de ton auguste père, que Dieu nous garde!'" et mon affaire est gagnée!... Car à qui puis-je m'adr^sser, sinon à notre bien-aimée mère Lydia Borisowna.
LYDIA
C'est bien, je causerai de toi avec papa, mais ne compte pas trop sur lui, car on veut faire des réformes.
ZA KAROFF, vivement.
Qu'on fasse des réformes quand je n'y serai plus. quand mon bail sera expiré. Qu'est-ce que je demande? qu'on me perjnette de débiter do l'eau-de-vie après minuit et qu'on ne soit pas trop regardant, si les cabarets
o4 LES DANICHEFF
sont ouverts les dimanches et fêtes pendant les messes ;
j'ai écrit tout cela. .Reutiée .les James venant Je la serre.) Tu
sais aussi, belle princesse, qu'on vend dans nos cabarets toutes sortes de friandises pour les femmes, entre autres les plus belles noisettes. Je t'en enverrai de magnifiques, de dures, de grosses, sans tache, tiens, comme
celles-ci. (il montre des boucles d'oreilles en perles. j AlloUS, n'OU-
blie pas, trois cent cinquante-un cabarets, une noisette par cabaret, cela t'en ferait plus d'une livre, qu'en dis-tu? Et l'on pourrait s'en former un collier magnifique digne de ce cou de cygne, ma parole d'honneur!! pour le jour où tu te marieras et où tu épouseras le comte \Yladimir Danichetf.
De quoi parles-tu?
ZAKAROFF.
De ce que je sais! Nous avons besoin de savoir un peu de tout, nous autres, et nous le savons comme je sais que la mère du comte vient d'arriver tout à l'heure et qu'elle repose dans tes appartements en attendant qu'elle fasse à son fils la surprise d'apparaitre ici tout à coup.
LYDIA
Qui te renseigne ainsi?
zakaroff.
Mon intérêt, Excellence. Je sais aussi que du jour où tu déclareras que tu épouses le beau Wladimir, le gouverneur en deviendra si triste, que j'aime mieux que tu m'aies recommandé avant, parce que tu auras peut-être moine de crédit après. Tu ferais donc bien de prendre tes précautions pour avoir le jour de ton mariage une fortune à toi, et ce jour-là, si tu as été bonne pour ton indii^ne serviteur Zakaroff, tu ne t'en repentiras pas.