MADAME GERMAIN
Nou, tout habillée. Elle m'a dit de venir la réveiller dès que son tils sera entré.
C'est bien. (Ham.) Je vous disais donc que la fête serait splendide et comme vous n'en voyez pas (a Taidé.) en France. Nous venons de faire la répétition générale. Nous voulons dépasser tout ce qui s'est fait dans ce genre, même à Pétersbourg. On nous appelle des provinciaux, on verra. Nous aurons une procession de toutes les différentes nationalités de l'empire, représentées par de véritables hommes des différents pays. De véritables Samoïèdes, pas plus grands que ça et affreux sur leurs traîneaux attelés de rennes; de véritables Lesghiens qui ont fait leur soumission, mais dont le moins terrible a coupé plus de vingt mains, car vous savez que le Lesghien à qui nous faisons une guerre incessante, coupe la main à son ennemi et l'accroche à sa porte; nous, nous lui coupons la tète et nous la plantons sur une pique au milieu du marché; c'est charmant, n'est-ce pas, cet échange de bons procédés?
NATHALIE, entrant.
Ah! madame! dites-nous ce qu'il y aura encore:''
LYDIA
Attendez!... Le soir, tout le lac sera éclairé par des soleils électriques, il y aura des bohémiennes et de véritables ours blancs et des feux de bengale... Mais à propos d'ours, monsieur de Taldé, on m'a parlé d'une histoire de chasse. Il ijarait que vous avez été héroïque, — contez-nous cela.
LA BARONNE et NATHALIE.
Ah oui! monsieur de Taldé, contez-nous cela.
TALDÉ.
Ce n'est pas moi qui ai été héroïque, c'est le comte Wladimir Danicheff, et je profiterai de ce qu'il n'est pas encore arrivé pour vous raconter cette histoire dont sa modestie s'effaroucherait s'il était là, heureux si ce récit en vous parlant du héros peut vous faire oublier un instant qu'il n'est pas ici. (il s'assied.) C'est une habitude dans votre pays quand un étranger arrive, qu'il est recommandé comme j'ai l'honneur de l'être et qu'on veut le bien recevoir, c'est une habitude de lui offrir de prendre part à une chasse à l'ours. — Nous autres Français, nous acceptons toujours, un peu par curiosité, beaucoup par orgueil. Des gens qui n'ont jamais chassé que le perdreau, le lièvre, quelquefois le sanglier, mais le plus souvent l'alouette, ne peuvent faire autrement que de prouver qu'ils peuvent chasser l'ours, et d'ailleurs avec des chasseurs comme les seigneurs russes, il n'y a rien à craindre. Il est certain qu'ils ne vous laisseront pas tuer puisqu'on est chez eux. Je fus donc invité à la chasse qui eut lieu il y a trois jours chez le comte Woronzoff. — L'ours était de belle taille et il avait déjà reçu trois ou quatre coups de feu dont il ne paraissait pas se soucier, car il continuait sa route en laissant sur la neige une longue traînée de sang, lorsqu'il passa à quarante pas de moi. Je lui envoyai un coup de fusil. Était-ce un ours qui voulait bien recevoir des balles de ses compatriotes mais qui ne voulait pas en recevoir d'un étranger, ou bien tout bonnement cette cinquième blessure lui agaça-t-elle plus les nerfs que les autres, toujours est-il qu'il s'arrêta brusquement et courut droit sur moi. Quand il fut à vingt-cinq pas, je lui envoyai mon second coup de fusil, mais au lieu de s'arrêter il s'avança plus rapidement encore.
LA BARONNE
Et que fites-vous?