ACTE DEUXIÈME H
J'en suis sûr, et qui n'est pas loin, seulement...
LYDIA
Seulement?...
TÂLDÉ.
On ne sait pas ce qui peut arriver.
LYDIA
Oui, mais on sa't bien quelquefois ce qui ne peut jamais arriver.
TALDÉ.
C'est?
LYDIA
C'est qu'un Français aime sérieusement.
TALDÉ.
Alors, il n'y a que les hommes russes qui sont capables d'aimer sincèrement et toujours?
LYDIA
La même femme.
TALDÉ.
Naturellement. Alors, princesse, moi qui vous aime à la française, manière qui a du bon aussi, permettez-moi de vous prouver mon attachement en vous donnant un conseil : ne livrez pas trop votre cœur nu sentiment qui l'occupe à cette heure, car un amour éternel est un chagrin éternel, quand il n'est })as partagé.
Alors, vous croyez?...
TALDÉ.
Que Wladimir aime une autre femme, et comme un
Russe n'aime qu'une fois et pour toujours, il en a pour sa vie.
LYDIA
Le nom de cette femme?
TALUÉ.
Le nom n'y fait rien. D'ailleurs je ne le connais pas, c'est le secret de Wladimir.
LYDIA
Et c'est lui qui vous l'a confié?
TALDÉ.
Lui-même. Le Russe se laisse facilement aller à la confiance avec le Français.
LYDIA
Et il a tort puisque le Français le trahit. C'est bien mal reconnaitre ce que le comte Danichetf a fait pour vous en vous sauvant la vie, que de trahir son secret.
TALDÉ.
J'ai une excuse, c'est de vous sauver aussi la vie, princesse, en faisant ce que je fais, car une femme comme vous est capable de mourir d'un désespoir de cœur; ensuite j'ai à vous offrir le moyen de savoir à quoi vous en tenir, et en même temps je m'acquitterai envers Wladimir du service qu'il m'a rendu. Je n'aurai qu'à lui révéler les événements qu'il ignore et qui sont de la plus haute importance.
LYDIA
Et ces événements, comment les connaissez-vous?
TALDÉ, se levant.
Cela, c'est mon secret, et mes secrets, moi, je ne les dis pas. Un attaché d'ambassade doit connaître les secrets des autres et ne pas dire les siens.