‹ Les DanicheffChapitre 69 sur 92 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

un dépôt, bien que j'ignorasselapromesse que votre mère vous avait faite. Ètes-vous sur qu'une autre en eût fait autant? Que voulez-vous ? J'ai été élevé dans l'idée que vous étiez mon maître, et vous y avez ajouté vos bienfaits. La liberté qu'on me donnait tout à coup, ne devait pas me faire perdre brusquement mes habitudes d'esclave et ma dignité d'homme. Pourquoi, puisque l'esclavage n'avait pas obscurci ma conscience, la liberté l'aurait-elle détruite? Pourquoi aurais-je abusé d'un droit que je n'avais jamais reconnu aux autres sur moi-même : celui de disposer d'une âme qui n'a pas d'autre maître que sa volonté? Si Anna m'eût aimé comme je l'aimais, je ne me serais pas plus soucié de votrs amour que je ne me suis soucié tout à l'heure de votre menace. Mais elle ne m'aimait pas et elle vous aimait. Cela, je le savais; elle me l'avait dit. J'étais devenu son maître comme vous avez été le mien, par une injustice. Vous avez été bon pour moi, j'ai été bon pour elle. Au lieu de lui dire avec violence : Sois ma femme, je lui ai dit avec tendresse : Sois ma sœur, et si celui que tu aimes, dans six mois, dans un an, t'aime encore, si toi tu l'aimes toujours, tu l'épouseras. Je te le promets. Et voilà comment nous vivons depuis quatre mois: elle confiante, moi malheureux, mais résolu. Tu vois, maître, que si tu m'avais frappé, tu aurais fait une chose encore plus injuste que toutes celles qui m'ont été faites.

WL.\DI.MIR, lui prenant la main,

Osip, mon ami, pardonne-moi.

Vous l'aimez donc toujours?

WL.\DIMIR.

Ne me le demande plus maintenant.

OSIP

Il faut pourtant que je le sache.

WLADIMIR

Oui, je l'aime plus que jamais.

OSIP, passant la main sur sou front.

Un temps.

Elle aussi vous aime toujours. Elle est malheureusement de celles qui n'aiment qu'une fois.

'S^'LiDIMlR.

Tu souffres?

OSIP> s'éloignant.

Après tout, je ne suis qu'un homme, et j'avais espéré un moment. Vous pouviez vous éprendre, là-bas, d'une femme de votre rang, oublier l'ancienne esclave, et alors, peut-être, celle-ci, abandonnée, méprisée, se fùt-elle aperçue que j'étais-là, et m'eùt-elle tenu compte de mon dévouement et de mon sacrifice, et je redoublais de soins, de tendresse et de respect. Oui, je ne vous le cache pas, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour m'emparer de

ce cœur qui vous est resté. (WlaJimir s'ds=ied sur le tabouret à

gauche.) G'cst tant mieux, peut-être-, qui sait? si j'avais réussi j'aurais pu être jaloux du pasîé. L'homme a tant de peine à se rendre heureux! Enfin, il n'y a plus d'espoir pour moi maintenant. Vous l'aimez toujours, et le cri qu'elle a poussé malgré elle, en vous revoyant tout à rheure, me prouve qu'elle vous aimera éternellement. Il ne s'agit donc plus maintenant que de vous réunir, si votre mère y consent.

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