ACTE TROISIÈME
LA COMTESSE, qui a ouvert la porte et écouté la fia de cette scène^
s'avançant.
Certainement, j'y consens, (a part.) Puisqu'il n'y a pas moyen de faire autrement.
OSIP
Ah! vous nous écoutiez. C'est juste, je n'avais pas le droit de vous dire de ne pas le faire, comme je le lui ai dit à elle.
LA COMTESSE
Et tu crois qu'elle t'a obéi?
OSIP, ouvrant la porte.
Regardez, il n'y a personne.
LA COMTESSE
Cependant, il faut l'appeler pour lui demander si elle consentira.
OSIP
Elle consentira, soyez tranquille, mais ne la condamnez pas à me faire de la peine devant vous. Laissez-moi la douloureuse faveur de lui annoncer cette bonne nouvelle. Laissez-lui la pudeur de ne pas immoler publiquement un des deux cœurs qui sont remplis d'elle.
LA COMTESSE
Mais, comment allons-nous faire maintenant?
OSIP, avec im sourire amer.
Vous avez bien pu nous marier contre notre volonté, madame la comtesse, il doit y avoir un moyen de nous démarier avec notre consentement?
LA COMTESSE
Il n'y en a qu'un: c'est le divorce.
102 ■ LES DANIGHEFF
OSIP
Eh bien! employez-le.
LÀ COMTESSE
Mais un des deux époux divorcés ne peut pas se remari er, selon notre loi.
OSIP
Lequel?
LA COMTESSE
Celui qai a eu les torts.
OSIP
Eh bien ! ce sera moi.
LA COMTESSE
Mais, peut-être, faudra-t.il que tu te laisses accuser d'une mauvaise action.
Je me laisserai accuser.
LA COMTESSE
Et que tu t'avoues coupable.
OSIP
Je m'avouerai coupable.
WLADIMIR, se levant.
Eh bien, non, c'en est trop ! Moi, je n'accepte pas à ces conditions-là.
OSIP
Ne dites pas cela, mon maître; vous seriez forcé de revenir sur votre parole. Ceux qui aiment se sacrifient quelquefois; ceux qui sont aimés, jamais!... Tout ce que vous ferez sera bien fait, madame la comtesse, et j'y souscris d'avance.