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nons. Une lionne partie du mois s'écoula ainsi; le 20 mai il n'y avait encore, sous les ordres du contre-amiral Courand , ([ue (juatre vaisseaux de ligne ' prêts à renforcer la flottille du contre-amiral L'Hermitte, composée d'une vingtaine de canonnières.
Des croiseurs anglais (frégates, bricks, lougres et cutters) avaient tenu la côte tout l'hiver. Aussitôt que l'escadre du contreamiral Courand eut paru à l'embouchure du fleuve, l'ennemi envoya des vaisseaux de ligne en observation et organisa un blocus qui ne fut pas tout-à-fait aussi efficace que celui de l'été précédent, car le complet insuccès de l'expédition anglaise avait rendu les Français plus hardis et découragé leurs adversaires. Les pavillons anglais vinrent bien de temps en temps assez près de la côte pour échanger des coups de feu avec la garnison de Flessingue et avec les batteries environnantes, mais les Français furent plus entreprenants, surtout après que l'amiral de Missiessy, montant le .,Charlemagne'', fût venu se joindre à l'escadre. Celle-ci se trouvait considérablement accrue à la tin du mois de juin et il ne se
'j Le Dalmate, l'Anversois, le Pultusk et le Dantzick.
passait pas de semaine sans que quatre ou cinq vaisseaux de ligne gagnassent la mer par la marée descendante.
Dès que les garde-côtes ennemis constataient que des hauts-bords français avaient levé l'ancre et hissé leurs huniers, ils en avertissaient par signaux les vaisseaux de ligne anglais qui tenaient le large et qui s'empressaient alors de se rapprocher de la côte tandis que l'avant-garde se retirait.
Les évolutions des deux escadres n'aboutissaient cependant pas à des combats sérieux, car les bancs de sable qui s'étendent le long de la rive hollandaise créaient une barrière naturelle assez large pour que les boulets ne pussent porter au delà. Les Français qui rangeaient la côte ne parvenaient à échanger quelques coups de feu avec l'ennemi que lorsque les dunes par endroit se resserraient. Du reste ces opérations étaient de courte durée et avec la marée montante les pavillons français rentraient à Flessingue. Elles n'en constituaient pas moins un exercice très salutaire pour les équipages à qui elles procuraient un peu d'émotion en leur donnant l'illusion d'une véritable guerre maritime. Lorsque les hommes pointaient les bouches à feu, c'était sur les
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navires anglais (lu'ils dirigeaient Taxe du canon, et si les boulets n'atteignaient pas le but, on avait en revanche la satisfaction de voir les projectiles ennemis venir tomber sur les bancs de sable. Le coup d'oeil des officiers gagnait aussi en sûreté dans ces eaux remplies de bas-fonds où la navigation n'étsrit pas chose aisée, où une manœuvre mal exécutée, une mauvaise direction imprimée au gouvernail pouvaient avoir des conséquences désastreuses, faire échouer le navire et le rendre la proie d'un essaim de bâtiments anglais (bricks, lougres et cutters) qui n'eussent pas manqué de se jeter sur lui.
Pendant une de ces expéditions, conduite par l'amiral de Missiessy, ce dernier héla le capitaine v. Dockum pour lui annoncer ([ue l'empereur venait de lui conférer la croix de chevalier de la Légion d'honneur. La même distinction était accordée au capitaine de vaisseau Wleugel. Quekiues jours plus tard ils recevaient tous deux la notification officielle de leur nomination contenue dans une dépèche ministérielle du 2 juillet 18 10, dont voici le texte: '
») Officiers militaires: (Archives du ministère de la marine, Paris).
L'Empereur, Monsieur, prenant en considération le zèle (|ue vous avez manifesté pour son service, a bien voulu par décret du 23 Juin vous accorder la décoration de la Légion d'honneur.
Il m'est très agréable d'avoir à vous annoncer un témoignage aussi flatteur de la bienveillance de S. M. et je vous transmets cijoint la lettre, que vous adresse Monsieur le Grand Chancelier.
Les commandants du ..Pultusk" et du ..Dantzick" qui recevaient tant de preuves de l'estime dont ils jouissaient, devaient, à n'en pas doiUer, être très-satisfaits de leur situation à l'étranger, mais il n'en était pas de même du reste du personnel des deux navires. Depuis les commandants en second jusqu'aux simples matelots, tous étaient mécontents, tous aspiraient à rentrer en Danemark. Parmi les hommes les désertions n'étaient pas rares' et
•) Depuis assez longtemps, et même en 1809, de nombreux cas de désertion s'étaient produits dans les équipages danois. Ayant appris que des matelots danois se trouvaient sur des corsaires à Ostende, à Calais et sur d'autres points de la côte, v. Dockum pensa avec raison que des fugitifs du „Pultusk" et du „nantzick" devaient être dans le nombre et il chargea de les rechercher le lieutenant pour le mois Kayser,
(juant aux officiers, ils adressaient lettre sur lettre à l'ainirauté pour être relevés de leur poste et renvoyés dans leur patrie. La première de ces suppliques, datée du 17 juillet 1810, était sig^née du nom du commandant en second du Pultusk, J. P. Holm, dont l'exemple fut bientôt suivi par le capitaine de frégate Flensborg et ])ar les lieutenants Thunbo, Falbe, Willoch, Barfred, Petersen et Bendz. Le sentiment qui dicta leurs lettres est le même dans toutes; c'est la nostalgie du pays jointe au désir de se mêler à la lutte (jue le Danemark soutenait alors dans le Sund. Un ton de découragement et de lassitude domine dans les pétitions des jeunes officiers cjue tourmentait le besoin d'une plus grande activité:
— ..j'ai passé deux ans et (juelcjues mois
qui partit, muni de la liste des individus man(iuant à l'appel.
D'autre part les consuls danois dans les villes maritimes avaient l'ordre d'envoyer des marins sur l'Escaut pour compléter les équipages. Mais cette mesure ne donna qu'un bien mince résultat, car V. Dockum se plai,<;nit à l'amirauté que les consulats ne lui eussent envoyé (ju'un seul homme, un ancien greffier de Bergen, du nom de Johan Christian Klcrlc, qui se trouvait sans emploi. (Dépèches reçues, an 1809, no 1618. Archives du ministère de la marine, Copenhague).
sur l'Escaut où les services que j'ai pu rendre ne peuvent être comparés à l'activité que déploient mes camarades restés en Danemark. Il n'est pas probable (ju'une plus grande activité vienne à régner ici."
(Lettre du lieutenant Petersen.)
— .,J'ai servi deux ans et trois inois à bord du vaisseau de ligne français le ,,Dantzick" ; je n'y ai pas trouvé l'occasion de me rendre utile à mon pays autant que mes camarades restés en Danemark et j'ai souffert à plusieurs reprises et durant plusieurs mois des maladies qui régnent ici et dont je ne suis pas encore complètement guéri/'
(Lettre du lieutenant Willoch.)
— „Depuis trois ans je n'ai pu rendre à la patrie les mêmes services que les officiers restés en Danemark."
(Lettre du lieutenant Thunbo.)
— „je me permets très -humblement de faire observer qu'éloigné de la patrie depuis le commencement de la présente guerre, je n'ai pas eu l'occasion de prouver mon zèle.'"
(Lettre du lieutenant Falbe.) Les commandants danois appuyèrent tous deux la demande de leurs subordonnés : même
le capitaine v. Dockum, (lui approuvait entièrement la démarche des jeunes officiers, écrivit en septembre 1810, au bas d'une de ces supplitjues, les lignes suivantes:
.,Je crois que deux années de service sur l'Escaut sont extrêmement utiles à nos jeunes officiers ; ils accjuièrent ici de l'expérience et du savoir grâce aux manœuvres et aux exercices journellement exécutés, soit à l'ancre, soit sous voiles. Mais je suis également convaincu qu" après une absence de cette durée ils ont raison de vouloir retourner dans leur patrie, où ils trouveront des occasions de se mesurer avec l'ennemi et de lui faire le plus de tort possible, occasions tpii manquent ici."'
11 est plus que probable cjue l'amirauté céda aux instances de v. Dockum lorsqu'elle consentit, à la fin de l'automne 18 10, à renouveler en grande partie l'état-major et l'équipage des deux navires.
Elle informa en novembre- v. Dockum de la décision ([u'elle venait de prendre, et le
M Dépèches reçues, an 1810, n" 2093. Archives du ministère de la marine, Copenhague.
i) Lettre de l'amirauté du 6 nov. 1810. Livre de copies de l'amirauté an 1810. n" 2, pag. 1981. Archives du ministère de la marine, Copenhague. »
ij du même mois elle lui annonça que le capitaine de frégate Kaas allait quitter Copenhague ce jour-là, pour se rendre à Flessingue à la tète du nouv^eau contingent. ' Les changements apportés dans la composition du personnel étaient très-considérables; autant que possible , il allait être fait justice à toutes les réclamations.
A Flessingue l'automne n'avait été marqué par aucun événement imprévu. Le 19 octobre la flotte avait quitté sa station d'été et s'était mise à l'ancre à Terneuse.
Deux jours plus tôt le duc Décrès fit une courte visite à bord du .,Charlemagne". Les commandants furent tous appelés par signal sur le vaisseau-amiral, ou le ministre s'entretint avec V. Dockum et lui demanda s'il avait quelque requête à lui soumettre concernant
') Ce contingent se composait: du capitaine de frégate Kaas, des lieutenants de vaisseau auxiliaires Ravn et Block , des enseignes Warendorff, Sletting et Aschehoug, et des enseignes auxiliaires Madsen et Dienhoff. En outre, d'un maitre, d'un second-maître, de trois quartier- maîtres - canonniers , de deux maîtres -d'équipage, d'un contre-maître de cale, d'un maître-charpentier, de trois charpentiers et d'environ 300 matelots. (Livre de copies de l'amirauté an 1810, n» 2, page 2064. Archives du ministère de la marine, Copenhague )
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son équipage. Le capitaine danois, toujours prêt à intercéder ])our ses hommes, déclara sans ambages que des arriérés restaient encore à solder pour le compte des marins danois morts ou rentrés en Danemark ainsi c]ue pour ceux qui avaient été soignés a riiôpital en 1808 et 1809, '^^ ^^^^ ^'^" *~\^^ ^^ ministre eût donné l'année précédente des ordres pour cpie ces arriérés fussent payés.
Il dut être fort désagréable au duc Décrés d'apprendre par la bouche d'un officier étranger c|ue ses ordres n'étaient pas toujours fidèlement exécutés, mais la franchise du capitaine danois porta ses fruits. Après avoir rendu compte dans un rapport adressé h l'amirauté le 21 octobre,' de la visite du ministre et de la déclaration faite par lui, v. Dockum ajoute simplement: „Le ministre en parut assez vexé et sans plus tarder il donna ordre au préfet maritime d'Anvers de régler définitivement tout ce qui était dû aux équipages danois."
Cette fois l'ordre fut exécuté, mais ce n'était jamais sans peine tju'on parvenait <à se faire payer du gouvernement français. Ayant
') Dépèches reçues, an 1810 No 2532. Archives du ministère de la marine, Coj)eniiat;iie.
à faire face aux dépenses colossales quentrainait la guerre, celui-ci suspendait ses payements partout où cela pouvait se faire sans trop d'inconvénient, et ce système, largement adopté par le ministère de la marine, s'exerçait surtout aux dépens de la flotte et de ses fournisseurs. Les équipages danois , notamment, se l'étaient vu appliquer. De méchantes langues préfendaient, peut-être avec raison, que lorsqu'une visite impériale était annoncée, des sommes d'argent étaient aussitôt expédiées de Paris aux autorités locales afin que tous les comptes fussent soldés avant l'arrivée de l'empereur.
En dépit de cette précaution, le duc Décrés ne j\)uissait que d'un crédit très-faible. Ainsi lorscjue, aux approches de l'hiver, les équipages du .,Pultusk" et du „Dantzick'- eurent besoin de vêtements chauds pour travailler en plein air, les négociants d'Anvers refusèrent de livrer ces articles à moins d'être payés argent comptant. '
) V. Dockum nous raconte que lorsqu'il s'adressa au duc pour avoir des vêtements pour ses hommes, le miîiistre répondit: ..que sa caisse était vide, mais que je pouvais m'adresser, pour le compte de Son Excellence, à des négociants de Flessingue ou d'Anvers.
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Aussitôt de retour à Paris le ministre de la marine envoya a l'amiral de Missiessy l'ordre de se rendre à Anvers et de faire désarmer les navires.
Cette dépêche parvint à sa destination le 2 novembre,' mais une violente tempête empêcha la flotte de lever l'ancre avant le 5.
On avait compté sur les bassins d'Anvers pour l'abriter, mais malgré toute l'énergie mise en œuvre, ils n'étaient pas prêts,- et l'on dut recourir de nouveau à la baie de Rupel. Ce fut encore le ..Pultusk'' (|ui vint le premier \jeter l'ancre, le 18 novembre; les autres bàti-
.. Les négociants me répondirent (ju'ils ne donneraient plus rien à crédit au gouvernement français, mais qu'ils me fourniraient ce dont j'avais besoin pour le compte de mon gouvernement ou simplement en mon nom."
Amiral J. v. Dockum : Séjour à Anvers, {notes manuscrites).
') Ordre du ministre de la marine du 2g octobre 1810. Archives du ministère de la marine, Paris.
-) Un accident fut cause (]ue les bassins ne furent pas terminés à temps. Le 6 nov. 1810 v. Dockum écrivait à l'amirauté: — „Le bassin d'Anvers est presque achevé, l'eau y a été amenée, mais il est arrivé ceci, que les eaux sont montées en une nuit de manière à emporter les digues non-entièrement construites et qu'elles se sont élevées de deux pieds au dessus des écluses." Archives du ministère de la marine, dépèches reçues, an 1810, n0 30i7. — Copenhague}.
ments arrivèrent coup sur coup, après avoir opéré leur désarmement; le 9 décembre, la flotte se trouva au complet. Quelques jours plus tôt, les nouveaux vaisseaux de ligne, le ,,Friedland" et le ..Tilsitt'', avaient été halés jusqu'à l'ancrage.
L'amiral de Missiessy et plusieurs commandants partirent alors pour Paris, et v. Dockum, se souvenant de l'invitation que l'empereur lui avait faite, suivit leur exemple. Il n'eut pas lieu de regretter ce voyage, car pendant son séjour à Paris, il fut l'objet de la part de la cour, du ministre de la marine et de l'amiral de Missiessy, de flatteuses attentions.
Sa première visite fut pour le duc Décrés. Il se rendit ensuite un dimanche, en compagnie de l'amiral de Missiessy, aux Tuileries où l'empereur donnait audience.
La grande salle du palais était remplie de monde qui attendait Sa Majesté encore à la messe. Bientôt la porte s'ouvrit et l'empereur parut. Nous laisserons ici la parole à V. Uockum :
.,Sa Majesté fit trois fois le tour de la salle. La plupart des personnes présentes lui remirent des suppliques; l'empereur leur
demandait combien d'années elles avaient servi et ccjmbien d'enfants elles avaient, et à celles (lui assuraient avoir tant d'années de service et un certain nombre d'enfants, il promettait d'examiner leur requête; puis il la passait au général (jui l'accompagnait. Mais il ne répondait rien <à celles (jui déclaraient n'avoir servi ({u'un an et au-dessous, et il gardait leur pétition." '
L'empereur causa d'une manière trèsaffable avec v. Dockum. Il lui demanda en plaisantant s'il croyait pouvoir faire évoluer le ..Pultusk" sur la Seine, à quoi le capitaine danois répondit sur le même ton que si Sa Majesté voulait faire creuser le lit du fleuve, il saurait bien v faire manœuvrer son navire. L'empereur répliciua en souriant (ju'il n'en doutait pas.
A l'issue de l'audience, Napoléon s'entretint avec l'amiral de Missiessy et en cjuittant les Tuileries celui-ci tlt monter v. Dockum dans sa voiture et lui annonça pendant le trajet (ju'il pouvait s'attendre à être prochainement nommé amiral. Cette communication dut
'j Amiral [. v. Dockum: Séjour à Anvers, (notes manuscrites).
assurément flatter le commandant danois, mais il ne voulut pas y ajouter foi. Il venait d'être élevé au grade de capitaine de vaisseau par le roi de Danemark' et, ne supposant pas qu'il fût question du titre d'amiral français, il ne pouvait croire à im nouvel avancement si rapide dans la marine danoise. Aussi priat-il l'amiral de Missiessy de ne plus lui en parler.
Les jours suivants v. Dockum prit sa part des distractions que lui offrait la capitale de l'empire français. La présence de la Cour donnait lieu à une série de fêtes et v. Dockum fut honoré de nombreuses invitations auxquelles ni son rang ni sa situation ne lui permettaient de prétendre.
.,Le lendemain de l'audience, écrit-il dans ses mémoires,^ je fus invité à me rendre le jour suivant, muni d'une carte d'entrée rouge, au théâtre de la Cour, en bas de soie et souliers découverts. Le surlendemain l'Impératrice me
') Une dépèche de raniirauté du 8 février 1810 lui avait appris ..qu'il avait plu à Sa Majesté le Roi de le nommer capitaine de vaisseau". — Livre de copies de Tamirauté, an 1810, n" i, page 12.
■2) Amiral J. v. Dockum: Séjour à .Anvers, 'Notes manuscrites j.
lit envoyer par la duchesse de Montebello une invitation imprimée au bal donné dans ses appartements. A l'entrée de l'empereur, la reine de Hollande et la princesse Pauline, entourées de gentilshommes et de dames de la Cour, exécutèrent quelques danses devant lui, puis le bal commença. A cjuelques jours de là, le maréchal Duroc' me fit dire, sur l'ordre de l'Empereur, d'assister à un raout; plus tard je fus encore invité à des soirées d'opéra et de comédie. L'empereur, en s'entretenant avec moi me demandait prescjue toujours si je m'amusais à Paris, et si je visitais la ville ; il voulut connaître mon opinion sur l'acteur Talma et me parla des ombres chinoises, etc."
v. Dockum fut de retour à son bord le 7 mars 1811. Le froid qui en son absence avait été intense était fini, l'Escaut et la baie de Rupel, longtemps pris par des glaces si épaisses (jue des piétons avaient ])u s'y aventurer, étaient redevenus navigables. Pour la quatrième fois la flotte allait être armée.
•) Le général Duroc était grand maréchal du palai'^ (.Archives du ministère de la marine, Paris).
La question du rapatriement des marins danois avait suscité en janvier quelques difficultés de la part des autorités françaises. Des dispositions avaient été prises à bord du ..Pultusk" et du .,Dantzick" pour que les hommes fussent renvoyés immédiatement après le jour de l'an, par petits groupes, procédé qui eût été incontestablement le plus économique; mais les choses n'allèrent pas si vite par suite de l'opposition du ministre de la marine français qui au dernier moment défendit ,.aux marins danois de partir avant l'arrivée du personnel qui devait les remplacer/- '
Cette défense ne s'accordait pas avec ce qui avait été convenu autrefois entre les deux gouvernements au sujet du renvoi des hommes. M. M. V. Dockum et Wleugel en informèrent l'amirauté de Copenhague qui s'émut aussitôt et sans plus tarder envoya le 1 1 février aux deux commandants une dépèche leur prescrivant „d'insister vivement auprès du ministre de la marine pour (jue la défense fût levée." -
') Rapport du commandant v. Dockum. Archives du ministère de la marine, dépèches reçues, an 1811, No. 161.
2) Livre de copies de l'amirauté, an 181 1, no i, page 55. Arcliives du ministère de la marine, Copenhague.
V. Dockum reçut cet ordre à Paris et en homme pratiijue il résolut de s'adresser directement au ministre au lieu de suivre la lente voie hiérarchique en faisant passer sa recjuète par les mains de l'amiral de Missiessy. Il eut donc un entretien avec le duc Décrés auquel il annonça (jue 107 hommes, sous les ordres des lieutenants W'arendorff et Madsen, étaient arrivés à Rupel, le 2 février au soir, précédant le reste du contingent qui était en route. Cette déclaration triompha des résistances du ministre (jui donna enfin son autc^risation à ce ([ue le renvoi des matelots danois fût commencé sans retard.
Si l'amirauté désirait vivement (jue cette autorisation fût accordée, c'est c]ue parmi les matelots du ..Pultusk" et du .. Dantzick" il s'en trouvait un certain nombre ([ui avaient leurs brevets de pilotes ou de volontaires; aux débuts de la guerre on les avait raccolés dans les ports où leurs navires étaient enfermés par suite du blocus anglais, et on les avait dirigés sur Flessingue où ils avaient du servir comme simples matelots, .,bien (pie leurs patentes les dispensassent de servir en cette <iualité sur les navires de Sa Majesté le roi de Danemark."
On avait cherché à réparer cette injustice en leur promettant qu'ils seraient compris parmi les premiers qui seraient renvoyés en Danemark. Les commandants avaient été chargés de leur en donner officiellement l'assurance ; c'était donc pour l'amirauté une question d'honneur de tenir la parole donnée à ces hommes.
En même temps qu'on s'occupait à Rupel du rapatriement d'une partie du personnel danois, on poussait activement, à Copenhagut., les préparatifs de départ des officiers et des hommes désignés pour servir sur l'Escaut. Le nouveau contingent devait atteindre des proportions considérables, car le gouvernement français , qui avait plus que jamais besoin de marins pour sa flotte depuis que celle-ci s'était vue renforcer de bâtiments neufs, avait demandé au Danemark des officiers et des équipages pour monter les vaisseaux de ligne le „Dalmate'- et r„Albanais". Les capitaines de vaisseau Mossin et Eabricius furent nommés le 14 janvier 181 1 au commandement de ces deux navires, et le même jour tous les officiers qui devaient les accompagner reçurent leur ordre de départ. '
') Le personnel des deux vaisseaux de ligne était ainsi composé: Pour le „Dalmate" : Le capitaine de vais-
Outre les états-majors, cincj détachements de sous-oftlciers et d'hommes étaient prêts à partir de Copenhague. Diverses mesures turent prises pour leur faciliter le voyage. Le ministère des Affaires-1-Ltrangères du Danemark envoya des passeports à la légation française .,à l'effet d'être munis de la signature du ministre de France, à moins (jue d'autres passeports fussent délivrés par la légation." Le quartier-maître général fut chargé de leur procurer des billets de logement Jusqu'à Ham bourg; enfin un officier partit pour cette ville emportant des listes de personnes et de bagages, afin de s'entendre avec le chargéd'affaires danois, le conseiller de légation Rist, sur les préparatifs à faire pour recevoir tant de monde, et louer des voitures pour la continuation du vovaofe.
seau Mossin , commandant ; le capitaine de frégate Halling, le lieutenant de vaisseau Bruun, les lieutenants Grau et Seidelin, les sous-lieutenants Wiese, Findt, Obelitz et Gandil. Pour r..All)anais" : le capitaine de vaisseau Fabricius, commandant; le capitaine de frégate Uldall, les lieutenants de vaisseau Cederfeldt et Kinck, le lieutenant Lange, les sous-lieutenants Fônss, Smidten. Bertouch et Borch. (Livres de copies de l'amirauté, an 1811, n» t, pages 67 — 68. Archives du ministère de la marine, Copenhague.;
M. M. Mossin et Fabricius arrivèrent dans les premiers jours du printemps 1811 à Anvers oi!i Ton armait alors les navires. Le reste du personnel danois, voyageant plus lentement, arriva petit à petit et entra en fonctions sous les ordres des deux commandants.
D'après un rapport du capitaine Mossin ', nous voyons qu'il était encore le 17 avril à l'ancre près d'Anvers et qu'on embarquait à ce/noment sur le ,,Dalmate" les derniers arrivés. Le ,,Friedland" et le .,Tilsitf , qui n'étaient pas encore armés, attendaient dans les bassins d'Anvers qu'on eut fini de leur mettre les pavois. Mais une bonne partie de la flotte avait déjà évolué jusqu'aux bouches du fleuve; vers le milieu du mois il y avait à Hessingue huit vaisseaux de ligne. Le 7 août, le .,Dantzick" avait, comme les années précédentes, jeté l'ancre près d'Osterweel.
L'été de 181 1 promettait d'être identique à celui de 18 10. Les mêmes manœuvres, les mêmes exercices de pointage et de tir, de débarquement des hommes, d'amarrage et de
'/ Archives du ministère de la marine, Copenhaj;ue. Dépèches reçues; an 181 t, n^iigi.
mise à la voile, allaient se succéder sans interruption.
Chaque vaisseau de haut bord eut à sa disposition trois canonnières auxcjuelles il dut fournir hommes et munitions. Très -souvent toute la flottille des canonnières levait l'ancre et manœuvrait sous voiles, et ces évolutions étaient très-utiles j^our former les équipages de ligne.
Grâce à l'activité vraiment extraordinaire déployée sur les chantiers d'Anvers, la flotte de l'Escaut se trouvait grossie de jilusieurs bâtiments; néanmoins aucune action offensive ne devait être tentée pendant l'été de 1811. Tout se réduisit à des exercices tendant à faire de bons marins. Le blocus anglais subsista sans (jue l'amiral de Missiessy osât rien entreprendre pour le rompre, et cependant il commandait au milieu.de l'été de 181 1 à 16 vaisseaux de ligne.'
Les marins danois avaient trouvé dans les lettres cju'ils échangeaient avec leur famille et
') Le 26 août 181 1, V. Dockum écrivait à ramiraiiic: ..La lldtte coinijrcnd actuellement rt vaisseaux <k- 84
leurs camarades restés en Danemark un remède à la monotonie d'un service auquel des événements dignes d'être signalés venaient si rarement faire diversion. Chaque fois qu'ils recevaient de bonnes nouvelles du pays, ils sentaient s'apaiser leur mécontentement et leur courage abattu se relevait. Aussi la correspondance marchait -elle grand train. Elle atteignit même de telles proportions que le conseil d'amirauté de Copenhague jugea utile, au printemps de 1811, d'y mettre un frein. Le 4 mai il envoya aux officiers danois qui commandaient sur l'Escaut la circulaire suivante:'
Circulaire à messieurs V. Dockum, commandant, chevalier de la Légion
d'honneur et du Danebrog; C. Wleugel, capitaine de vaisseau, chevalier de
la Légion d'honneur; Mossin, capitaine de vaisseau et chevalier, et
canons et 10 de 74. On attend dans le courant de la semaine prochaine le 17^ navire, portant 84 canons; son gréement est terminé; le 18^ armé de 74 bouches à feu, vient d'être lancé, et le 19e est prêt à quitter le chantier.'" — Archives du ministère de la marine, dépêches reçues, an 181 1, n" 2548. — Copenhague. ') Livre de copies de l'amirauté, an 181 1, no i, page 1243. Archives du ministère de la marine, Copenhague.