‹ Les danois sur l'EscautChapitre 5 sur 6 · L. Fabricius, capitaine de vaisseau et chevalier, à Anvers · texte numérisé non relu

L. Fabricius, capitaine de vaisseau et chevalier, à Anvers

., L'amirauté a reçu très- souvent, surtout dans ces derniers temps, des lettres privées adressées de Flessingue par les officiers et matelots danois à leurs parents et amis. Le directeur du bureau de poste de Hambourg ayant dû faire des avances d'argent considérables pour l'expédition de ces lettres, nous vous chargeons de veiller à ce que cette correspondance soit restreinte sinon entièrement suspendue."

4 mai i8i i.

\\'leugel. Knuth. Bille.

Cette circulaire fut à quelque temps de là, sur la proposition de la direction générale des Postes, corroborée par une ordonnance royale qui soumettait à des règlements sévères le transport des lettres entre le Danemark et la flotte de l'Escaut.'

Des mesures aussi rigoureuses arrêtèrent

') Circulaire adressée par ramirauté aux cjuatre commandants, le 1 6 juillet i8ii. Livre de copies de l'amirauté, an i8ii, n0 2, page 2002. Archives du ministère de la marine, Copenhague.

naturellement l'ardeur épistolaire des marins danois, mais grâce à lactivité qui régnait à Flessingue pendant les journées d'été, elles furent moins durement ressenties que si elles avaient été appliquées pendant les mois d'hiver où par suite de l'inaction le temps semblait plus long et le service plus ennuyeux.

11 ne nous appartient pas de nous prononcer sur la nécessité plus ou moins réelle de la sévérité dont on usa en cette circonstance à Copenhague. Mais il nous sera permis de déplorer que plusieurs milliers d'individus aient été privés du plaisir d'entretenir avec les leurs un libre commerce de lettres, plaisir doublement précieux à ceux qui vivent loin de la patrie et des êtres qui leur sont chers. Et certes les équipages danois eussent mérité qu'on le leur laissât sans restriction. Pour les officiers, le séjour sur l'Escaut n'était peut-être pas dépourvu d'agrément; ils avaient tous en plus d'une circonstance pu se réjouir d'être en communication directe et en rapports constants avec la marine d'une grande puissance; mais les travailleurs obscurs, dont la majorité avait été embarquée contre son gré sur les vaisseaux de guerre français, ne prenaient aucun intérêt au service qu'on leur

faisait faire sous un pavillon étranger. Aussi doit on les louer grandement d'avoir pendant cinq ans fait leur besogne consciencieusement sans s'être livrés à des désordres graves, et d'avoir su en toute occasion sauvegarder l'honneur et le bon renom de la marine danoise.

Ce n'est pas exagéré de dire que le ,,Pultusk'" était le mieux commandé et le mieux monté de tous les bâtiments de la flotte. Sa supériorité s'était affirmée plus d'une fois, — notamment au printemps de 1809, lorsque l'escadre cjuitta la station de Flessingue pour celle d'Anvers, et en 1810, lors de la visite de Napoléon; on se souvient que seul de tous les navires mouillés à ce moment là dans la baie de Rupel, il arriva a Anvers assez tôt pour être présent pendant le séjour de l'empereur. En septembre 181 1, l'équipage du ..Pultusk" eut une nouvelle occasion de prouver ce dont il était capable.

L'amiral de Missiessy qui avait passé quatre ou cinc^ semaines à Paris, venait de reprendre le commandement de la flotte, dans lequel l'amiral Petit l'avait remplacé. On attendait l'empereur qui arriva le 24, à 2

heures de raprès-midi. * Le gros de la flotte stationnait à Terneuse, et un petit nombre de bâtiments faisait à la hauteur de Flessingue oftîce de garde-côtes. Sa Majesté inspecta immédiatement les navires mouillés à Terneuse^, entre autres le .,Dantzick", puis Elle se rendit à bord du vaisseau-amiral.

Le ciel était menaçant depuis le matin; vers le soir le vent s'éleva et la pluie se mit à tomber. L'empereur passa la nuit sur le ..Charlemagne" ; son intention était de reprendre son voyage le lendemain matin, mais le

') Dans ses mémoires v. Dockum renvoie cette visite de l'empereur Napoléon au printemps de 1812. La même erreur de date a été reproduite dans les archives de l'amirauté, tome huitième (Biographie du vice-amiral J. V. Dockum) et dans r„Histoire politique et militaire du Danemark, de 1807 — 1809" de J. v. Rœder.

') Le capitaine de vaisseau Wleugel rapporte à l'amirauté, le 28 sept. 1811, ce qui suit sur la visite impériale: ..Le 24 l'empereur Napoléon inspecta la flotte. 11 honora de sa visite plusieurs navires, parmi lesquels le ,,Dantzick" , et il se déclara très satisfait de notre équipage. Sa Majesté se rendit ensuite à bord du ..Charlemagne" où elle demeura jusqu'au 27, au matin; elle se fit alors débarquer à Flessingue. Pendant sa visite nous eûmes un fort vent gaillard de l'ouest-sud-ouest; tous les bâtiments avaient mouillé leurs trois ancres et calé leurs vergues." ■ — Archives du ministère de la marine, Copenhague. Dépêches reçues, an 181 1, no 2731.

mruivais temps ne le lui permit pas. Le vent du large, soufflant de l'ouest-sud-ouest, soulevait sur le fleuve des pa(juets d'eau et rendait impossible toute communication entre les navires et la terre ferme. Force fut à lempereur d'attendre qu'une accalmie se produisît.

Les bâtiments mouillés près de 1 erneuse avaient serré leurs voiles et calé leurs vergues, et se comportaient bien. Mais les (juatre vaisseaux de ligne et les quekjues bâtiments moins grands stationnant près de Flessingue sous les ordres du contre -amiral Gourdon, avaient peine à résister aux énormes vagues c|ui se brisaient contre les dunes. Les uns après les autres ils eurent leurs câbles rompus et vinrent chercher plus haut sur le fleuve un abri contre la tempête.

De la hauteur de Terneuse on avait vu trois vaisseaux de ligne, dont deux vaisseauxamiraux, s'en aller à la dérive. Il restait encore un haut-bord à Flessingue, mais ses Ccàbles ne devaient pas tenir longtemps contre la furie des flots. On l'eut bientôt en vue et tout le monde fut sur pied dès (\ue le bruit se fut répandu ([ue le ..Lultusk'- remontait le •fleuve, avec ses vergues dehors et une ]-)artie de ses voiles déj^loyées.

V. Dockum avait tout prévu pour le cas où les câbles de son navire se briseraient. Au moment même où les cordages se rompirent, les hommes se précipitèrent à la manœuvre, remontèrent les vergues et déplièrent les voiles, et peu après, le navire, ses huniers serrés et le foc rentré, fendait les eaux du fleuve. Ce fut dans les sinuosités de l'Escaut une navigation périlleuse. Soulevant autour de ses flancs des montagnes d'écume, le ,,Pultusk'' s'avança vers la rade de Terneuse; en passant derrière le ..Charlemagne" l'équipage salua l'empereur de trois ..Hurrah'- qui vibrèrent au milieu de la tempête. Puis la manœuvre difficile du mouillage fut exécutée avec beaucoup de précision.

Tout le personnel de la flotte suivait avec étonnement les mouvements des matelots et des gabiers danois au sommet des mâts; lorsqu' enfin l'ancre eut été jetée , on vit le „Pultusk" apparaître avec ses vergues calées et toutes ses voiles repliées.

Ecrivant à l'amirauté peu de temps après,' v, Dockum rendit compte de la journée du

') Archives du ministère de la marine, Copenhague. Dépèches reçues, an 1811, n» 2871.

25 sept, avec une simplicité, une modestie qui ne ferait pas supposer que quelque chose de vraiment extraordinaire s'était passé ce jour-là à son bord. Et même dans ses mémoires il se contenta de constater que .J'empereur avait paru satisfait de la manœuvre exécutée par le „Pultusk"."

Mais l'impression produite sur les spectateurs avait été profonde. Dix ans après un officier français qui avait été présent à Terneuse le 25 sept. 181 1, rencontra des officiers danois dans la mer des Antilles où il commandait alors une frégate; faisant allusion aux exploits du ,,Pultusk", il s'écria: — „Ce navire manœu\^rant par un temps très mauvais, dans une rivière si étroite, faisait dresser les cheveux sur la tète."

Le 27 septembre une éclaircie permit enfin à l'empereur de quitter le ..Charlemagne". Il se fit conduire de bon matin dans sa chaloupe à Flessingue. Deux jours après, il partait par la voie du fleuve pour Anvers, et en repassant devant la station de Terneuse, il honora le ,,Pultusk" d'une nouvelle visite. Il y vint à 1 1 heures du matin en compagnie du ministre de la marine et de l'amiral de Missiessy et s'entretint assez longuement avec

V. Dockum. On parla naturellement de la tempête des jours précédents; l'empereur qui avait appris que les quatre vaisseaux de ligne formant lavant -garde avaient eu leurs ancres arrachées, demanda au commandant danois s'il croyait que les chantiers d'Anvers pourraient fournir de nouvelles ancres; mais V. Dockum répondit qu'il n'avait pour sa part nul besoin de recourir aux chantiers d'Anvers, car dès que le temps s'était amélioré, il avait expédié des embarcations et des hommes à Flessingue pour repêcher les ancres.

L'empereur manifesta quelque surprise, est-il dit dans la biographie de v. Dockum. '

— Où sont vos ancres? demanda-t-il.

— Elles sont à leur place.

— Je veux les voir.

Il fallut que v. Dockum conduisît l'empereur sur le gaillard d'avant où les deux ancres étaient placées sous les écoperches.

Ainsi, tandis que les trois autres bâtiments, garde-côtes avaient laissé leurs ancres au fond de l'Escaut, le ..Pultusk" avait les siennes en place et était tout prêt à appareiller. En

i| Archives de l'amirauté, tome Ville. Copenhague 1836.

quittant le tillac, Napoléon eut un mot d'approbation à l'adresse de l'équipage:'

— ..Il faut avouer, dit-il, (lue le roi de Danemark a une marine ([ui est bien active.'"

La visite impériale fut courte cette fois, car l'empereur avait hâte de poursuivre son voyage. Mais avant de repartir il passa l'équipage en revue sur le pont et lui accorda en récompense de sa bonne conduite une solde supplémentaire d'un mois.

..L'empereur, dit v. Dockum,- poursuivit son voyage dans une chaloupe ouverte, par un temps horrible, vent contraire et pluie continue. Malgré le froid très-vif, Sa Majesté était sans pardessus. Elle arriva à i h. du matin au fort Lillo où Elle se tit débarcjuer ainsi qu' Elle l'avait promis au commandant de la place.

..On fit du feu dans une cheminée. L'empereur ne prit aucune nourriture, mais pour se sécher, il se retourna plusieurs fois devant le feu. A 3 h. du matin il se rembar(]ua dans la chaloupe et continua son voyage dans

1) Amiral J. v. Dockum; Séjour à Anvers. (Notes manuscrites.)

2) dito.

les mêmes conditions jusqu'à Anvers où il arriva à 9 h. du matin, accompagné de l'amiral de Missiessy. Un yacht qui suivait la chaloupe impériale transportait le manteau de l'empereur, ceux des personnes de sa suite, et les autres bagages; mais le bâtiment à voiles n'av^ançait pas aussi rapidement que la chaloupe qui longeait la rive et faisait force de rames; l'empereur ne voulut pas perdre de temps à se rapprocher du yacht ou à attendre que celui-ci l'eût rejoint pour se faire donner des vêtements et des vivres." —

L'automne touchant à sa fin , le gros de la flotte se rendit de nouveau dans la baie de Rupel afin d'y prendre ses quartiers d'hiver. Malgré tous les efforts faits pour mettre les bassins d'Anvers en état de recevoir la flotte on dut encore y renoncer. La solution de continuité qui s'était produite l'an passé dans la digue de séparation des deux bassins avait bien été bouchée, mais on redoutait néanmoins un nouvel accident du même genre si le bassin extérieur était rempli de manière à pouvoir recevoir les navires du plus fort tirant d'eau. 11 n'y eut donc que quelques vaisseaux de 3^ rang cjui furent autorisés à chercher un abri dans le port d'Anvers.

Le ..Pultusk" (juitta Flessingue le ii novembre; le 20 il mouilla clans la baie de Rupel, en avant de W'intham, après avoir opéré son désarmement.

Un accident d'une certaine gravité eut lieu ce jour-là <à bord du Dantzick. Ce navire qui n'avait pas terminé son désarmement, était encore à l'ancre près d'Anvers, lorsque le feu prit à un baril de poudre pendant qu'on nettoyait la chambre à poudre et une explosion se produisit. Deux hommes furent tués, trois furent grièvement blessés.

— .,11 m'a été impossible, écrivit le capitaine Wleugel à l'amirauté, de découvrir la cause de ce feu. Je suppose cependant que la lanterne de la chambre à poudre n'était pas hermétiquement fermée et que le poussier a pris feu, bien que la poudre fût légèrement mouillée." '

A part cet accident, la campagne' de 181 1 s'était achevée sans encombre et sans péripéties. La troisième année de service sur l'Lscaut était close pour le commandant v. Dockum et pour son collègue Wleugel i\u\ depuis la mort

') Rapport du 23 novembre 181 1. Archives du ministère de la marine, Copenhague. Dépêches reçues an 1811, n" 3322.

de V. Berger lui prêtait un fidèle concours. Sans doute dans ce laps de temps ils avaient l'un et l'autre lutté contre bien des difficultés et éprouvé quelques déboires, mais ils pouvaient en revanche se dire qu'ils n'avaient rien négligé pour soutenir l'honneur de la marine danoise et qu'ils avaient fait vaillamment leur devoir. La France et le Danemark avaient tenu compte de leurs efforts. En 1810 ils s'étaient vU décerner la croix de chevalier de la Légion d'honneur et ils avaient été promus à des grades supérieurs par leur gouvernement. ' Dans le courant de 181 1, l'empereur Napoléon les avait élevés tous deux au grade d'officiers de la Légion d'honneur^ et V. Dockum avait été nommé chevalier du Danebrog.

Immédiatement après le désarmement de la flotte l'amiral de Missiessy, v. Dockum et plusieurs autres officiers partirent pour Paris. Le commandant Wleugel qui en novembre 181 1 avait fait une démarche pour être relevé

'j Le 29 décembre 1810 Wleugel recevait de l'amirauté avis qu'il était nommé commandant. (Livre de copies de l'amirauté, an 1810, n" 2, page 2431.)

2J Dépèche du ministre de la marine au vice-amiral de Missiessy, du 18 juin 181 1. (Archives du ministère de la marine, Paris.)

de son poste,' le climat hollandais étant nuisible ci sa santé, allait partir pour le Danemark en vertu d'un congé. Mais ce projet de voyage ne se réalisa pas. Ayant appris que la flotte serait mobilisée cette année-là dès le commencement du jirintemps et que les congés accordés aux oftîciers français devaient prendre fin au milieu de février, \Meugel ne voulut pas qu'une exception fût faite en sa faveur, et demanda en conséquence l'autorisation de différer son voyage jusqu'à l'hiver suivant. -

L'amiral de Missiessy, toujours désireux d'être agréable aux officiers danois, lui offrit alors d'aller passer quelques semaines à Paris, ce que Wleugel accepta avec joie.

Les deux plus anciens officiers danois de service sur l'PIscaut se trouvèrent donc en même temps à Paris , dans les premiers jours de janvier 1812. L'empereur n'avait pas oublié ses ,,auxiliaires" du Nord; il en donna la preuve lorsque v. Dockum se présenta aux

>) Archives du ministère de la marine, Copenhague.

Dépèches reçues, an 1812, n" 163.

■2) dito.

Tuileries, un jour d'audience. L'ayant aperçu dans la foule, Napoléon s'écria d'un air content:

— ., A h ! voilà mon Danois!''

Peu de temps après, v. Dockum fut l'objet d'une distinction si grande qu'on doit y voir non-seulement un témoignage de haute estime donné à l'officier étranger, mais encore un hommage rendu à toute la marine danoise. Nous parlons de la dignité d'amiral français qui lui fut conférée à cette époque.

Ainsi que nous l'avons déjà dit, v. Dockum, croyant qu'il s'agissait pour lui du titre d'amiral danois, n'avait point ajouté foi à la promesse d'un prochain avancement que lui avait faite l'amiral de Missiessy. La seconde fois qu'il en fut question, ce fut le ministre de la marine lui-même qui lui en parla, et cela à brûle-pourpoint, et d'une manière qui réclamait une réponse.

Cela se passa à la fin de janvier, ainsi que V. Dockum nous le raconte dans ses mémoires: '

— „J'étais invité à diner chez le ministre

') Amiral J. v. Dockum: Séjour à Anvers. (Notes manuscrites.)

de la marine, nous dit-il. }e fus introduit à mon arrivée dans le cabinet de Son Excellence, et quelques instants après, le ministre prit deux fauteuils placés près de son bureau, les mit au milieu de la pièce, me fit asseoir et s'assit à mon côté; puis, arrondissant le bras autour de mes épaules, il me regarda fixement et me dit:

— „Ne \' ou lez- vous donc pas être amiral?"

Je compris que je ferais une sottise en refusant, et je répondis:

— Pourciuoi pas? moi aussi bien qu'un autre!

A quoi Son Excellence répliqua:

— \'^ous le serez avant de partir de Paris!"

Surpris par la brusque question du ministre, V. Dockum n'avait-il pas risqué une réponse qui s'accordait mal avec la sévérité de ses principes? Tel fut à coup sur son sentiment, car il abrégea son séjour à Paris, commanda des chevaux et reprit le chemin d'Anvers, dans la pensée que son départ contribuerait à ce que les choses en restassent là.

Mais en cela il se trompait. Du reste, il se méprit )us(iu'au bout sur les intentions

véritables du gouvernement français. Convaincu que les autorités maritimes françaises cherchaient à peser sur le gouvernement danois pour hâter son avancement, il n'eut pas un instant l'idée qu'il était sur le point de prendre rang parmi les amiraux de France.

Par un curieux hasard, à peine arrivé à Anvers, il rencontra dans une rue de cette ville le capitaine de frégate danois C. \\'ulff qui, à sa vive surprise, lui apprit qu'une lettre adressée au contre-amiral v. Dockum, et portant le cachet de l'amirauté, l'attendait au bureau de poste.

Il y avait juste quinze jours que le duc Decrès lui avait tenu le propos que nous avons rapporté, et v. Dockum pouvait difficilement croire que des négociations relatives à son avancement eussent été menées en si peu de temps entre Paris et Copenhague. Cependant l'amirauté l'informait que le roi l'avait nommé contre -amiral, à la date du 7 février 1812; se rappelant la promesse formelle que lui avait faite le duc Decrès, il ne douta pas que son avancement ne fût dû à une démarche du gouvernement français.

Ce fut dans cette croyance qu'il fit part

au ministre de la marine de sa promotion, en y joignant ses remerciements:

A bord du vaisseau I. & R. ..Le Pultusk"; Anvers, le 26 février 1812.

Monseigneur.

Je crois de mon devoir de vous faire connaître qu'il a plu à S. M. Le Roi de Danemark de m'appeler au grade de contre-Amiral, sous la date du 7 de ce mois. Sachant toute la part que vous avez à cet avancement et persuadé que je ne dois cette faveur qu'à la recommandation de votre Excellence, permettez-moi de vous en témoigner ma vive reconnaissance et soyez persuadé cjue je mettrai tous mes soins à mériter l'honneur c]ui m'a été fait.

J'espère justifier, par mon zèle et mon activité au service, la bonne opinion (jue vous avez conçue de moi etc.

l'ai l'honneur d'être,

Monseigneur, de Votre Excellence, le très-humble et obéissant serviteur,

signé: v. Dockum.

') Archives du ministère de la marine, Paris.

A Son Excellence

le ministre de la marine et des colonies.

Cette lettre croisa une dépèche de Paris cjui contenait le décret impérial du i^"" Février 1812 par lequel v. Dockum était nommé contre-amiral français.

Au Palais des Tuileries, le i^r février 1812. '

Napoléon, Empereur des Français, Roi d'Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, Médiateur de la Confédération suisse, sur le rapport de notre Ministre de la Marine, Nous avons décrété et décrétons ce qui suit:

Article P''.

Le Capitaine de vaisseau v. Dockum, commandant notre vaisseau ,,Le Pultusk", est nommé contre-amiral.

Article II.

Notre Ministre de la Marine est chargé

de l'exécution du présent Décret.

signé: Napoléon.

Par l'Empereur, Pour copie Conforme: Le Ministre, Secrétaire d'Etat

Le Ministre de la Marine, gj^j^^. ^^ Comte Daru. siené: Decrès.

M Extrait des minutes de la secrétairerie d'Etat. (Archives du ministère de la marine, Paris).

Il était certes extrêmement flatteur pour V. Dockum de se voir à (jueUjues jours de distance élevé par deux gouvernements au rang d'amiral. Il n'en est pas moins vrai que la nouvelle que lui apportait la dépèche ministérielle l'embarrassa quelque peu. Vn ordre du ministre de la marine lui signifiait de se rendre à Paris pour prêter serment à l'empereur, mais il se pouvait que ce serment fût en opposition avec celui qui le liait envers le roi de Danemark.

Xe voulant pas prendre sur lui la responsabilité d'une décision, il préféra en référer à Copenhague et il envoya par estafette une lettre au roi et un rapport à l'amirauté.

\'oici le texte du rapport:

..Conformément à un ordre du ministre de la marine, je pars aujourd'hui j:)our Paris pour prêter serment à l'empereur. A ce sujet j'adresse à Sa Majesté le Roi une lettre (jui, je l'espère, pourra lui être soumise sans retard.

Le „Pultusk" est sorti hier du bassin."

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