‹ Les danses et les bals [microforme]Chapitre 10 sur 11 · TÉMOIGNAGE D'UN MINISTRE PROTESTANT, A MONTRÉAL · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGE D'UN MINISTRE PROTESTANT, A MONTRÉAL

19 novembre 1879.

“ Hier soir, dans l'église méthodiste de la rue “ St. Jacques, le rév. Hugh Johnston, M. A. B. ‘ D. a fait le premier d’une série de sermons sur “les amusements, prenant pour sujet la danse. 4“ Tirant ses preuves de l’Ecriture, il a condarané ‘“ en termes très-forts la danse ronde de société (1) “ et au point de vue de la santé, et au point de “vue de la culture physique, intellectuelle et ‘“ morale. En disant que l'exercice de cette ‘“ danse est immoral, il a établi le fait que le ‘“ chef de police de New-York prétendait que les ‘“ trois quarts des femmes perdues de cette cité ‘“ en sont venues là par la danse.”

& RuiNeD 8Y THE Daxce”—In St. James street Methodist Church yesterday evening the Rev. Hugh Johnston. M. A, B. D, preached the first of a series of sermons on amusements, taking for his subject

(1j N. B—C'est ainsi qu'on appelle, aux Etats-Unis, les anses vives, valse, polka, galop, cancan ….…. ‘

‘ {he dance.” Arguing from Scripture he strongly condemned the social round dance from standpoints of health and physical culture, and of mental and moral culture. In branding the exercise as immoral, he quoted the Chief of Police of New-York as having stated ‘ that three-fourths of the abandoned women of that city have been ruined by the dance.”

DR. DUPASQUIER.

Dans un ouvrage publié récemment, M.cC.

Dupasquier, de la Faculté de Paris, après avoir recommandé aux pères et mères de familles de ne pas permettre à leurs jeunes filles la lecture des romans, continue ainsi :

“ Nous en disons autant des bals, au risque ‘“ d’être taxé de rigorisme. C'e ne sont pas seule- ‘“ ment les lois de l'hygiène qui sont méconnues, ‘“ mais c’est principalement le moral qui reçoit “ des émotions profondes, surtout chez les plus ‘“ jeunes, qui ne connaissent pas encore le peu ‘“ de valeur des compliments flatteurs et le péril ‘* des regards enflammés ; qui, ne sachant pas “ combien les apparences sont trompeuses, ‘“ livrent leur cœur aux ravages de l'amour. Le ‘“ lecteur nous trouve peut-être exagéré, tant “ pis ; c’est qu'il n’a été qu'un observateur “ superficiel.”

Le Dr. Dupasquier est une illustration médicale de l’époque actuelle;

ne

Le Prince Arthur, avant de quitter le Canada, fit un voyage aux Etats-Unis, et s'arrêta à Baltimore. Un personnage américain de l'endroit donna un grand bal, en l'honneur du jeune Prince.

À cette soirée assistait le Général Sherman, qui s'était illustré pendant la guerre de la sécession. Na fille ainée s’y trouvait aussi avec son père.

C'était une Demoiselle âgée de 18 ans, fort recherchée et admirée par sa distinction et ses qualités extérieurs. Elle était catholique, comme sa mère, et avait reçu son éducation chez les Dames du Sacré-Cœur.

À l'ouverture du bal, on se préparait à danser une certaine polka très-vive, à ce qu'il paraît, et fort à la mode. Le Prince vient offrir son bras à Mademoiselle Sherman, la priant de l’accepter comme parlner, à cette danse.

Grande fut la surprise du Prince et celle des témoins de cette scène des mœurs catholiques, d'entendre la jeune et courageuse demoiselle répondre à cette invitation si enviée par tant d’autres :

‘ Prince, veuillez bien m’excuser ; ma religion “ m’interdit ces sortes de dances ; et je dois lui “obéir.” Bien loin de s’offenser de cette noble réponse, le Prince eut le bon esprit d’en féliciter Mademoiselle Sherman ; puis, il passa une bonne partie de la soirée en aimable conversation avec elle et le Général, ans danser avec aucune autre des conviées.

Ce beau trait mérità la publicité, dans le Jonrnal, le Freeman, de New-York. |

Nous pourrions citer un nombre d'exemples analogues, qui sont à notre connaissance, et mentionner des noms qui font honneur à leur pays et à leur religion. Mais les bonnes chrétiennes qui en furent les héroïnes sont trop proches de nous et pourraient nous entendre,

Au concile Plénier de Baltimore, c’est-à-dire à la réunion de tous les Evêques des Etats-Unis, tenue ces années dernières, les Prélats, d’une voix unanime, ont adressé à leurs prêtres et à leurs peuples respectifs les paroles suivantes :

“# We consider it to be our duty to warn our “ people against those fashionable dances, which, ‘* as at present carried on, are revolting to every “ feeling of delicacy and propriety, and are ‘ fraught with the greatest danger to morals.”

Nous regardons comme un devoir de prémunir nos ouailles contre ces danses à la mode, qui, comme elles se pratiquent aujourd’hui, sont un désordre révoltant contre tout sentiment de délicatesse et de convenance, et fournissent l’occasion des plus grands dangers pour ies

mœurs, L ‘ | Î

Ba etrtathte. mnt

Terminons par un extrait du catéchisme de persévérance de Mgr. Graume, tome 4, 6e et Je préceptes du pie. pk

“ Mon oncle, est-il permis de danser ? ” Telle est la question qu'adressait à un vénérable prêtre une jeune personne de dix-huit ans.— Vous me demandez mon opinion sur la danse, répondit-il ; je vais vous satisiaire.”

Avant de formuler sa réponse, le sage vieillard étala d’abord la liste assez longue des autorités combattent l'usage de la danse. T1 fit passer

evant les yeux de sa nièce les-sages paiens, les bons chrétiens, les Conciles, les Saints Pères, les théologiens, les auteurs spirituels, qui, appuyés sur l'Evangile, ont, dans tous les temps, écrit et parlé contre les amusements mondains.

Et la nièce de répliquer : ‘“ Mon oncle, ce “ n’est pas l’histoire et la tradition que j'invo- ‘ que ; c'est votre opinion que je veux savoir. “ Est-il permis de danser ? ”

— Eh bien ! ma chère nièce, entre vous et moi, “il ne s’agit donc que des bals et des soirées, ‘ c'est-à-dire de ces danses mondaïnes, où règne “ la confusion des deux sexes ; de ces cercles “ profanes que la vañhité réunit, que les plaisirs ‘* animent, où les passions se disputent l'empire, ‘et où il est si rare que la pudeur n’ait à rougir, ‘soit à cause de la nature des danses, soit à ‘ cause de l’immodestie des vêtements, ou de la “ liberté des manières et des paroles.”

“ Ces préliminaires établis, je vais répondre à “ votre question : Est-il permis de danser ? ”

La

—‘ Mon oncle, je nrévois votre répons: et * n'ai plus rien à vous demander.” |

—“ Ne vous fâchez point, ma bonne petite “ nièce ; je promets de vous donner mon avis, “ lorsque vous aurez vous-même répondu aux “ questions que je vais vous faire.”

10. ‘“ Le jour de votre baptême, vous avez ‘ renoncé au démon, à ses pompes et à ses “ œuvres. Si ces choses ne se trouvent pas dans “ les bals, veuillez me dire où elles sont ? ”

20. “ Voudriez-vous mourir au milieu d’un “ bal, sans avoir un instant pour vous recon- ‘“ naître ? ”

80. ‘“ Voudriez-vous paraitre à la sainte table, ‘ en robe de bal ? ”

— Mais, mon oncle...mon oncle, ne parlons “ plus de cela, s’il vous plait, Ce n’est pas de # mon opinion qu'il s’agit, mais de la vôtre.”

—“ Je vous fais grâce de la réponse aux ques- “ tions précédentes ; mais du moins répondez à ‘ celles-ci :

“ Est-il vrai qu'on pense au bal plusieurs “jours avant d’y aller, qu'on y pense même ‘* pendant ses prières ?

“ Est-il vrai qu’on ddhne à sa parure des ‘ heures entières, qu’on doit à sa famille ou à la Religion ? Est-il vrai que quelquefois même ‘ on choisit pour danser les jours consacrés au ‘“ Seigneur, quelquefois même à la pénitence ?

“ Est-il vrai qu'au bal on fait assaut de vanité, “ qu’on y étale le plus qu'on le peut la pompe “ des ornements, et trop souvent l’indécence des “ parures ?

“ Est-il vrai qu’on ne néglige rien pour plaire ‘et se faire applaudir ? Est-il vrai que, dans “ cette vue, on ne craint pas de se voiler sans se ‘* cacher, et d'employer des artifices immodestes “ pour relever des attraits dangereux, pour sup- “ pléer à ceux que la nature a refusés, ou pour ‘# séparer ceux que les années ont flétris ?

“ Est-il vrai qu'au bal on dépense de quoi “ nourrir un grand nombre de pauvres, qui, pen- “ dant que vous êtes dans l’enivrement des plai- “ sirs, tremblent de froid, manquant habits ‘ pour se couvrir, de paille pour se coucher, de “ pain pour se nourrir, et dont les larmes et les “ sanglots montent aux oreilles de Dieu, en ‘ même temps que vos rires et vos profanes ‘* accords ? Est:il vrai que pendant le bal, c’est- “ à-dire la plus grande partie de la nuit, les * dom”stiques de tout sexe demeurent sans sur- * veillance sérieuse, et sont exposés à se permettre ‘* entre eux ce qu’une éducation plus soignée “ interdit aux maitres ? ”

Est-il vrai ?...... Ah ! mon oncle. c'est assez, “je vous prie; et franchement, au lieu de ‘* répondre à toutes ces questions, j'aime mieux ‘ vous dire que je ne danserai jamais : aussi, ‘ je vois bien que vous ne me permettez pas de * danser.”

—“* Vous êtes dans l’erreur, ma nièce ; je vous ‘* dis en propres termes : Je vous permets de ‘* danser,entendez-vous bien ?--Vous, mon oncle ? Oui, moi, vieillard à cheveux blanes, je vous

“ permets de danser à une petite condition.—La “ quelle 2--Me promettez-vous de l'accomplir ? “ __Sans difficulté.—-Eh bien ! écoutez-moi.”

“ Vous savez, ma nièce, que le principe le plus “ universel et le plus incontestable de la morale “ chrétienne est celui qui nous oblige à rapporter “ à Dieu tout ce que nous faisons ; et Dieu est “ si bon, qu'il accepte l’offrande de nos actions “ les plus communes et les plus indifférentes, “telles que nos repas, nos récréations, notre “ sommeil, parce que tout cela est dans l’ordre “ de la Providence.”

“ Lors donc que vous aurez fait votre toilette “ de bal, vous passerez dans votre chambre ; et “ ]à, seule, sans autre témoin que Dieu et votre “ conscience, vous vous mettrez à genoux au “ pied de votre crucifix, et vous ferez la prière “ suivante : O mon Dieu! Mon Modèle, mon “ Maître, mon Père et mon Juge, je vais faire, « ]Jibrement et demon plein gré, une chose que “ votre Evangile et votre Eglise signalent comme “ très-dangereuse ; où la piété, l'humilité, l’inno- “ cence même d’un grand nombre ont fait “ naufrage ; et, pour la bien faire, j'ai passé de “ longs moments à me parer ; je me suis couverte “ de roses, afin de plaire davantage : je vous “ l'offre donc pour vous imiter, ô mon Dieu, qui “ êtes couronné d'épines ; pour accomplir es “ promesses de mon baptême, par lesquelles j'ai

“ renoncé au démon, à ses pompes et à ses

“ œuvres ; pour l'édification de mon prochain “ et pour le salut de mon âme. Daïgnez l'agréer,

12 CC; rm

“ 6 mon Dieu, et me donner votre sainte bédic- ‘ diction.

“Mais, mon oncle, votre condition est impossible ! il n'y a pas une âme baptisée qui ‘ ose faire une pareille prière ; c'est une dérision. “ __Comme vous voudrez, ma nièce ; c'est à “ prendre ou à laisser ; ma permission est à ce ‘prix, Pour moi, j'y renonce.—Puisqu'on ne “ peut, sans dérision, offrir à Dieu les bals et les “ danses, vous voyez, mon enfant, qu'ils ne sont “ pas aussi innocents que le monde le prétend.

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