V.—Je lis dans la même lettre ce qui suit
“ À Washington, même durant la session du ‘ Congrès, il se donne de grandes soirées, et par “ des protestants et par des catholiques, où l’on ‘“ n’admet aucune danse vive, de quelque ‘‘ dénominatien qu'on veuille les appeler. ”
VL—-J'ai consulté, à Québec, plusieurs protestantstrès-respectables et dignes de toute croyance ; ils m'ont répondu comme leurs co-religionnaires des Etats-Unis : ‘’ Les Bons protestants pensent ‘ et agissent comme les Bons catholiques au sujet “ des danses que vous défendez. ” Et, M. F., pour se convaincre que c’est bien la vérité, il suffit de ne pas mettre en oubli la noble attitude prise, l’année dernière, surtout par la presse anglaise du Canada et des Etats voisins, à propos des bals à la noûivelle mode !
Et, cette fois-là, les personnages incriminés étaient assez haut placés pour intimider la censure agressive, si la morale publique n’eñt primé toute considération personnelle.
VII.—C'est-à-dire, M. F, que le prétexte invoqué par les danseurs et les danseuses, à l'endroit des protestants, tombe de lui-même, en présence des preuves que je viens d'accumuler et que je pourrais grossir bien davantage ! C'est-à-
ire que des protestants relâchés n’écoutert ni leur conscience, ni l’enseignement de leur église, de même que certains catholiques récalcitrants n’obéissent ni à Dieu, ni à J.-Christ, ni à leurs
ra
Evêques, ni à leurs curés ! C'est-à-dire qu'ils méprisent et leurs curés, et leurs Evêques, et J.- Christ, et Dieu lui-même ! Qui vos audit, me audit, qui vos spernil, me spernil. Qui aulem me spernil, spernil eum qui misit me.
Pl ”
M. F, Voilà que, selon les preuves allégnées, vous êtes renseignés sur la valeur du grand prétexte : ‘ Nous sommes mêlés aux protestants, ‘ dans la société ; nous sommes donc obligés de “ faire ou de {aïsser faire, rhez eux et chez nous, “ce qui ne leur est point défendu dans leur croyance ” |
M. F, des protestants se permettent les danses vives et les modes vivantes ; c’est possible. Ils vous invitent à suivre leur mauvais exemple, ce n’est guère douteux ; mais ce qui est très certain c'est qu'ils se moquent de ceux d’entre vous qui les imitent, pour avoir le plaisir d'affirmer que la religion catholique est aussi relächée que les autres croyances, en fait de morale chrétienne. Aux danseurs et aux druseuses, toute la responsabilité d'une pareilleconclusion scandaleuse ! le blasphème, le mensonge, le vol, l’impudeur, enfin toute infraction aux dix préceptes. du décalogne est une faute égale, pour les protestants comme pour les catholiques.
M F, des étrangers vous sont venus et vous viendront encore, qui affirment, sur leur conscience, que vous êtes les seuls catholiques, le seul pays du monde, où l’on défend les danses modernes, valse, polka et autres. Mais, disent-ils, votre Scrupule, porté à l'excès, vous induit à mal comprendre, sans doute ! C’est un malentendu ! Impossible qu'on vous interdisse ici, ce que nos prétres, nos évêques voient d'un œil indifférent, partout en Europe, en France, par exemple. La gb chrétienne doît étre la même partout, disentils.
M. F, êtes-vous bien sûrs que ces beaux discoureurs vont à la messe tous les dimanches de l’année pour entendre les prônes qui s’y font ? Etes-vous bien sûrs que, plus que nous, ils ont étudié la théologie, les auteurs de piété, les mardements de leurs évêques, et les sermons de leurs curés ? Oui, la morale chrétienne est la même partout ; je vais continuer d’en faire la preuve,
M. F, contre la danse, les autorités sont si nombreuses, qu'il faudrait faire un traité, seulement pour en indiquer les sources. Il faut sacrifier les plus anciennes et les moins directes, eu égard au temps où nous vivons. Ainsi, je vous fais grâce des philosophes, des orateurs, des écrivains et des poètes de l’antiquité paienne, Aristote, Platon, Démosthènes, Cicéron, Horace, Ovide, auxquels la vérité arrache des paroles si vives et si tranchées, qu’il serait inconvenant de les traduire en notre langue,
Je pourrais cjter des témoignages plus rapprochés de nous, des hommes du grand monde le comte de Bussy-Rabutin, dont l'écrit sur les danses est resté célèbre ; le vicomte de Brieux St-Laurent, dans ses conseils aux pères de familles. Ces hommes sincères vont beaucoup plus loin que vous nous permettriez de le faire, parce qu'ils avaient été les témoins oculaires et auriculaires de ce que nous ne sarons que par oui-dire et à demi.
d’adjoindrais le nom de femmes placées dans la haute société francaise, 1ont les écrits peuvent faire autorité sur les réjouissances mondaines et modernes : Madame de Staël, Madame de Genlis, Madame de Gasparin, celle-ci protestante, et qu’on ne peut suspecter de favoriser notre enseignement. Les livres de ces femmes célèbres sont impitoyables sur le danger des bals et de la danse.
M. F, moins les artcurs que nous citons à notre appui sont favorables à notre manière de penser et d'agir, et pins forte est leur autorité, lorsqu'elle tombe dans le vrai. Eh bien ! sur le sujet qui nous occupe, je vous renvoie au chef des philosophes impieset athées, le trop fameux Bavle,
y qui s'exprime ainsi : ‘“ La danse ne peut servir
qu'à gâter le cœur, et à livrer une guerre 9 des à la chasteté.” J'ajoute l'opinion du célèbre romancier, Balzac ; voici ses paroles :
‘* Mères, qui laissez valser vos filles, maris, qui
“ laissez valser vos jeunes femmes, avez-vous “ donc perdu la mémoire ? ”
M. F, je laisse de côté l'écriture et les Saints- Pères, qu’il serait trop long de citer et qui sont déjà connus de tous les danseurs. Je ne fais qu'indiquer, pour le service des érudits, les nombreux conciles qui ont fulminé contre les danses. Les Conciles d’Aïx-la-Chapelle, de Laodicée, de Constantinople ; ceux de Paris, de Rouen, de Tours et de Reims, en France ; ceux de Rome et d’Aquilée, en Italie ; ceux de Tournay, Malines et Anvers, en Belgique ; ceux de Lérida et de Tolède, en Espagne.
M. F, j'arrive de suite aux témoignages les plus récents, parce qu'’ils’agit des danses les plus modernes. Je cite en 1er lieu le dernier Concile de Québec, où tous les Evêques de la Province se sont prononcés, sans hésitation, contre vos amusements, que, par politesse, vous appelez danses vives. Et parce qu'on accuse le Canada catholique d’être assez peu civilisé pour en venir et en rester là, je me transporte aux Etats-Unis, le pays par excellence de la civilisation moderne et de la liberté sans entraves.
Eh bien ! les danses vives, qu’on appelle par là,R danses rondes, y sont défendues comme ici, d’un manière absolue. Tous les Evêques catholique de la Nouvelle Angleterre, des Etats de New-York New-Jersey et Virginie, soit dans leurs mande
ments, soit dans leurs sermons, se sont déclarés, de la manière la moins équivoque, contre les danses rondes, valse, polka et autres de même tenue désordonnée. Je nomme en particulier Mgr. Kean, Ev. de Richmond, et Mgr. Corrigan, Ev:
de Newark, qui, depuis deux ans, ont entrepris et continuent une croisade régulière contre les danses du dernier style,
M. F,, en voulez-vous davantage ? Voguons sur l'océan. Nous sommes aux vieux pays, d'où | nous viennent toutes les lumières, et d’où sont | bannis bien des scrupules. Et quelles lecons, pour notre sujet, pouvons-nous tirer du centre si vaste, cù brillent tant de soleils de savoir et d'intelligence ?— Tous les théologiens du jour n’ont qu'une voix pour flétrir, là-bas, les mêmes danses qui sont prohibées dans nos contrées sauvages du Canada ! Tous les catéchismes.
destinés à l’enseignement de la jeunesse, tiennent, sans exception, le même langage. Citons en théologie, Mgr Bouvier, le cardinal Grousset, le P. Gury, jésuite, Lupello, tous théologiens bien faccrédités du dernier tiers de siècle.
Au milieu des nombreux auteurs de doctrine hrétienne, je choisis les plus notables et les plus onnus : Noël, chanoine de Rhodez ; Mgr Gaume ui vit encore à Paris : l'abbé Bautain, d’abord omme du monde, et devenu, depuis lors, cet imable auteur qui existe encore pour faire le harme des lecteurs chrétiens.
M. F,, s’il fallait remonter aux plus grands orateurs du plus grand siècle, nous aurions les paroles si éloquentes de Bossuet, Bourdaloue et Massillon, qui n'auront jamais leurs égaux, et qui n'épargnaient point à la cour de Louis XIV la véritable doctrine, snr les danses mondaines de leur époqu..
PA
M. F., pour nous borner aux autorités de notre temps, passant sous silence les nombreux mandements épiscopaux, qui réprouvent *t interdissent les récréations plus que profanes de nos jours, nous nous contentons de citer un passage du mandement publié, il y a peu d'années, par Mgr de Bonald, archevêque de Lyons. Voici ses paroles remarquables et sévères :
‘ Nous serions tenté de demander si l'on ne “vient pas prendre part, dans les bais, à une fête “ du paganisme. Nous cherchons la décence, la “ püdeur, la convenance même ; et nous ne “ savons où reposer nos yeux, au milieu de ce “ mélange de nudités honteuses, de danses ‘“ lubriques et efféminées. Non, ce ne sont pas là ‘ les assemblées des chrétiens : on n'ose dire ce “ que c'est. Si l’on nous taxe d'exagération, nous “ de mandons à notre tour, si ces danses nouvelles “ n'ont pas été inveniées pour mettre à l’aise les “ cœurs corrompus ! Aussi nous le dirons sans ‘* balancer : les chefs de famille qui n’ont pas le courage de s'opposer, chez eux, aux abus dont “nous nous plaignons, sont infidèles à leur “ mission sur la terre.”
Suivent les paroles d'une autorité non moins récente et non moins vénérable, celles de Mgr Parisis, Evêque d'Arras. En parlant des danses modernes, il n’a pas craint de dire à son clergé : # qu’à l’égard des jeunes gens des deux sexes qui ‘“ les fréquentent, la charité demande qu'on soit “ inflexible.”
M. F., en présence de tels et de si nombreux témoins, de tous les temps, de toutes les positions sociales et de toutes les croyances religieuses, je me sens à l'aise, parce que je conçois que ma cause est gagnée. Je ne sache personne de raisonnable qui puisse contester la conclusion d’un procès aussi bien appuyé. Et ce qui me plaît davantage, c'est que ce beau résultat repose sur des autorités compétentes, sans que j'aie dû prononcer un seul mot de moi-même. Mais j'entends une voix discordante, celle de certains danseurs qui ne veulent pas être convaincus. Pas de sourd plus incurable que celui quine veut pas entendre.
M. F., vous allez voir ce que vous avez déjà vu, que quelques-uns vont résoudre la difficulté comme suit : “ Avec toutes vos autorités trop ‘ sévères, vous exagérez le péril. J'ai vu les ‘‘ danses mieux et de plus près que vous ! J’ai ‘‘ dansé, je danse encore ; et je n’y vois aucun ‘mal! ” |
M: F, avant de pulvériser cette assertion assez peu terrible, je vais reproduire les conclusions
d'un mandement de l'autorité ecclésiastique de Québec; publié en 1851, et que personne n'a dû oublier, puisqu'un bon nombre de fois on l'a rappelé et commeuté du haut de cette chaire.
Ecoutez encore une fois, pour la dernière, espérons-le, les paroles si précises de Mgr.
Turgeon, de vénérsble mémoire.
“ Nous condamnons et réprouvons absolument “ ces danses scandalenses—valse, polka et autres. “__Vous ne pouvez, sans péché, ni vous les “ permettre à vous-mêmes, ni les permettre à “ vos enfants, ni les souffrir dans vos maisons, ni ‘“ enfin consentir à ce que vos enfants les appren- “ nent, ”
Suit la sanction de cette loi morale :
“ Nous regardons comme indignes d'approcher “ des Sacrements tous ceux qui, malgré nos “ avertissements, s'obstinent à continuer ou à “ encourager ces danses ” “ Et nous enjoignons “ à tous les confesseurs de se conformer à cetle “ règle, au tribunal de la pénitence.”
Puf”
Maintenant, je réponds aux danseurs et danseuses, qui s’obstinent à ne voir aucun mal dans les danses, surtout dans celles de notre temps. Pour porter un jugement sain, il faut envisager une cause sous un double rapport, c’est-à-dire, examiner le faible et le fort, le pour et le contre. Eh bien ! sur le dossier de la danse, vous connaissez mes témoins à charge : de nombreux
Conciles, composés de nombreux évêques ; les saints Pères de l'Eglise, dont la sainteté, la seience et la sagesse font autorité, même aux yeux des sectes protestantes ; les théologiens, qui ont passé la grande partie de leur vie à l'étude la plus réfléchie, et le reste de leur temps au saint tribunal, ce grand livre de la science du cœur et de toutes les misères humaines qui y tiennent domicile.
M. F, telle est ma cause avec ses témoignages. Eh bien ! où se trouve la contre-partie ? où sont les autorités qui lui sont favorables ? C'est bien simple ; voici toute la défense : ‘“ Je n'y vois pas “ de mal! et il n’y a pas de péché ! ” Et quels sont les auteurs, les savants renommés, les personnages d'expérience qui maintiennent cette morale ? Mais c'est bien plus simple encore ! C'est une jeune fille de seize ans, un jeuns homme sans réflexion : ce sont les accusés et les coupables qui s’établissent eux-mêmes les juges, dans leur propre cause !
M. F.,,en face de ces deux opinions, avec des preuves aussi tranchées sûr le sujet du débat, je serais en mesure de prédire la sentence. Mais je . laïsse la parole à mon auditoir:, bien rassuré sur sa décision finale.
Je me contente de répondre par une comparaison bien familière. Messieurs les avocats les plus accrédités ont plaidé une canse criminelle. Les
honorables juges les plus intègres ont trouvé coupable et condamné le prisonnier à la barre. Et moi, sans étude préalable, je décide, du haut de mon ignorance légale, que l'accusé est innocent ! On bien, avec le même aplomb, je décrète que le choléra, la phtisie, qui font le désespoir e la faculté, ne sont point des maladies graves, et que je vais les guérir en quelques heures ! Enfin, 7e n'y vois pas de mal. | F, j'en ai appelé à votre jugement.
Prononcez : les danses telles que dénommées, sont-elles un danger ? sont-elles une chose indifférente ?...…. ra
Mais j'entends, au milieu de la foule, quelques voix frêles et sans écho : ‘‘ Les danses ne sont pas un péché ! ” Eh ! quoi donc ! serais-je espionné par quelques hérétiques ? Car le principe protestant, c'est l'interprétation privée, en matière de religion.
Ceci est mon corps, redit l'Eglise, depuis 19 siècles, d'après les paroles de Jésus-Christ ! (ec; n'est pas mon corps, s'écrie le protestant, selon son interprétation personnelle. Les bals comme ils se font, sont le plus souvent criminels, disent les autorités que j’ai produites. Les bals ne sont pas un péché, répondent quelques danseurs, appuyés sur leur seul jugement particulier. Il:y a là un hérétique, en fait de dogme ; puis un Résétique. | en fait de morale. Répondez vous-même, tribunal de mes paroissiens, auquel j'ai résolu de m'en rapporter, La danse de nos jours est-elle un péché ?
bi He. ME di OR
M. F.; le monde, qui ne donne pas et n'accepte pas les danses prohibées, est naturellement le censeur de ceux qui font le contraire. On entend dire, de ci, de là : Madame A,, Mademoiselle B., ne donnent aucune attention aux avis réitérés de ceux qui ont mission de les instruire ; elles continuent bravement à se livrer aux danses défendues, comme s'il n’en eût jamais été
uestion. Et, chose curieuse, on ne parle point
es hommes, jeunes ou vieux, qui tiennent la même conduite. J'aime à noter, en passant, que la défense est la même pour les deux sexes —que Messieurs et Mesdames seront également coupables, aussi longtemps qu’existera la défense du sixième précepte : Non mæchaberts !
LS
M. F, pour en venir à queiqte chose de pratique, je vais terminer par les questions suivantes. Ici encore, je ne déciderai rien. Vous jagerez vous-mêmes et vous seuls, selon la logique et le bon sens ; car J'abandonne les autorités et leurs témoignages, pour ne parler que raison.
I.— Peut-on, en toute stüeté de conscience, réunir ensemble, sans la présence des parents, les jeunes gens des deux sexes, dans ce qu’on appelle les bals de Mademoiselle ? Vous me le direz tout à l'heure. |
Pour vous aider à formuler votre répotise, je demande : Seriez-vous bien rassurés et bien
tranquilles, sur la moralité d'une école de jeunes enfants, où les deux sexes seraient mélés confusément et sans aucune classification des uns et des autres ? Non, sans donte ; et vous n'auriez pas tort de retirer vos enfants d’un pareil danger, pour les confier à une direction plusattentive.
Eh bien! déduisez. Je suppose que ces mêmes parents, si justement anxieux sur la sainte innocence de leurs chers enfants, lorsqu'ils sont dans cet âge à peine accessible au péril qu’en redoute ; lorsque tout se passe en pleine :umière du soleil ; que ces mêmes parents, dis-je, lancent une jeune fille qui laisse le couvent, un jeune homme qui termine ses études, dans ce tourbillon vertigineux que vous savez ! à cet âge fébrile que vous n’ignorez pas, puisque vous avez dù le traverser ; et tout cela sous la protection des ténèbres de la nuit, Ou donc est allée cette vigilance minutieuse des varents sur l’enfance, et qui semble disparue pour l’âge bien autrement périlleux de la je 1esse ! J'attendrai votre réponse, elle ne peut être tardive !
IT.—Est-ce un grand mal de choisir le dimanche et les jours de fête; pour donner les soirées dansantes ? ces danses défendues tous les autres jours de la semaine ?
Je procède ‘toujours par comparaison. Les temples, les vases et tous les objets destinés au culte divin sont bénis et consacrés d’une manière solennelle et capable d'inspirer tout le respect M leur est dû. Serait-ce un grand mal de pro-
aner les églises et les vases sacrés ? Vous
frémissez d'horreur à la seule pensée d'un pareil sacrilége ? .
Mais, voyez donc ! le dimanche. le Saintjour du dimanche, c'est le Jotr du Seigneur : dies Domini ! Dieu l’a béni, l’a consacré, se l’est réservé à lui seul. Memento ut diem sabbati sanctifices !
Répondez, s’il vous plaît : doit-on choisir le dimanche pour danser? Pour mieux asseoir votre sentence, rappelez-vous l'histoire de l'impie Balthazar, qui profane les vases du Temple ! Et n'oubliez pas le trait non moins tragique de l’homme pauvre, qui ramasse quelques fagots, le jour du sabbat !
III.—Foudra-t-il refuser, chez les protestants, toute invitation à la danse vive ? Faudra-t:il recevoir chez soi les amis d'une autre croyance, sans leur fournir l’occasion de s'amuser comme ils l’entendent ? J’ai prouvé que les protestants ne sont pas plus autorisés que les catholiques à se livrer aux danses criminelles. Les uns et les autres, qui le font, savent bien, mais ne veulent pas savoir, qu'ils désobéissenut au même commandement du même Dieu : Impudique point ne seras !
Et à mon tour : Faudra-t-1l manger gras, un jour d’abstinence, parce qu'il plairait à ces messieurs d’autres croyances de vous offrir un diner, sans avoir la délicatesse de vous servir comme vous l'entendez, ce jour-là ? Pas un bon catholique, pas une seule de nos dames du monde, même parmi les danseuses, qui ne vit là un outrage à son adresse, ou, du moins, un oubli
total des convenances, cette religion sacrée des personnes bien nées, dans la vie sociale. Or, je vous déclare bien positivement que manquer à l’abstinence est un péché moins grand, que celui de prendre part aux danses lubriques de certaines soisées actuelles. La première faute n'est qu’un péché contre une loi positive de l'Eglise ; au lieu que la seconde est une offense contre le droit négatif et naturel de Dieu lui-même : Vous ne commettrez l'immodestie ni aujourd’hui, ni demain, ni jamais.
Que répondez-vous ? J'écoute !
IV.—Un chrétien, une chrétienne peuvent-ils, par amusement et pour leur seul plaisir, sans aucune raison d'état ou de situation, fréquenter ‘les bals tels qu'ils se font aujourd’hui, c'est-à-dire, en s’exposant presque toujours à être témoins de l'immodestie dans les vêtements, et à voir danser la valse, la polka, le galop et autres danses de même nature ? Je suppose que ceux dont je parle se tiennent eux-mêmes d’une manière irréprochable, du côté de la danse, de la toilette, des jeux et de tout le reste.
Pour aider à résoudre cette question, j'ajoute la suivante : Un père et une mère seraient-ils bien flattés de voir leurs enfants se trouver, sans cesse et sans raison légitime, dans des réunions où ils seraient, eux, ce père et cette mère, méprisés, insultés, calomniés ? Je suppose toujours que les enfants ne prendraient aucune part active aux injustes traitements infligés aux auteurs de leurs jours, ct que, sous ce prétexte, ils continueraient à s'amuser en pareille compagnie,
Comment, pères et mères, trouveriez vous. d:
la part de vos enfants que vous aimez de tout cœur, cette manière de vous témoigner ietr amour filial ? FX
Mais Dieu, le père de tous les hommes, jugerat-il autrement ceux de ses enfants qui, contents de ve pas l’offenser eux-mêmes, vont,en s'amusan/, le voir outrager ! |
La réponse est-elle si difficile !
V.--Une mère chrétienne, sans autre raison que celle, par exemple, de recevoir chez elle parce qu'elle a été reçue chez les autres ; ou bien de procurer l’'amusement de ses enfants ; peut elle ouvrir sa maison à un bal ou autre assemblée analogue, sachant bien qu’un nombre de personnes, coutumières du fait, paraîtront devant ses enfants, avec une toilette immodeste ? Je suppose qu’elle-même, ainsi que sa famille, sera à l'abri de tout reproche.
Pouréclaircir cette question, je fais cette autre :
Le maire d’une cité serait-il déchargé de tout blâme, en invitant, dans la ville qu'il préside. une caravane de voyageurs, quand il sait, par avance et ayec certitude, que plusieurs de ses invités sont des incendiaires ou des meurtriers, et qu’il expose ainsi la propriété ou la vie de ses concitoyens ?
Et, sous une autre forme, le capitaine d’une embarcation serait-il sans responsabilité, s’il donnait passage à un individu dans un état d'“yresse on de folie, lequel pourrait à lui seul exposer le navire ou du moins quelques-uns des
passagers à périr ? Le commandant ne pourrait-il pas s’excuser, en disant que lui et les siens sont parfaitement sobres et s'nsés ! qu'après tout :
Tant pis pour ceux qui se conduisent de la sorte, et qui pourraient caaser un malheur ! Oui, sans doute, tant pis pour le coupable qui aurait fait chavirer le navire : mais le naufrage ! mais les morts ! Ici, j'entends deux réponses, celle de la mère mondaine, qui va dire : Tant pis pour ceux qui pèchent ! Ce qui revient à ceci : Mes enfants ne peuvent point scandaliser eux-mêmes, n1 blesser la pudeur ; mais ils peuvent, sans scrupule, être scandalisés, en se portant témoins de choses scandaleuses !
En un mot, nous ne pouvons pécher du corps ni de l’action ; mais nous pouvons fort bien nous exposer à pécher de l'esprit et du cœur ! Tant pis pour ceux qui en seraient l’occasion. Oui, oui, {ant pis et malheur à celui qui porte scandale, Væ homini illi per quem scandalum venil. Mais tant pis et malheur aussi au monde entier, à cause des scandales qu'il accepte et reçoit. Væ mundo à scandalis : DE |
Arrive la réponse plus consolante de la parfaite chrétienne : “ Nous ne voyons pas qu'il faille être moins chaste du cœur que du corps” À qui des deux votre voix ?
VIL.—Une personne qui veut rester sans reproche, peut-elle se charger de la présidence ou du patronage d’une assemblée mondaine, quand elle sait, à n’en pas douter, par certaines circonstances, que la valse, la polka et autres amusc-
ments du genre feront partie intégrante du programme dont elle se rend responsable ? Il no faut pas oublier que ces danses sont défendues sous peine de péché grave.
Pour faciliter la solution , laissez moi vous demander en deux mots : Une personne honnête peut-elle accepter la responsabilité de présider une réunion, un théatre, par exemple, où le quart, la moitié des discours se résumeraient en paroles très équivoques, si non tout-à-fait licencieuses ?
Je serais bien tenté de soufler pour réponse qu'entre deux péchés graves, il n'y a de diffé rence que le plus ou le moins.
Mais non, M. F. je l'ai promis, je tiens ma parole. Dans ces diverses questions d’un intérêt si pratique, je vous laisse les juges. Appelez pour témoins à votre tribunal votre conscience, votre intelligence et votre cœur. La senle chose que je vous demande, c’est que, avant de porter la sentence sur les différents chefs, vous ne sépa. riez pas les questions comparatives qui correspondent. Car je me permets de croire, si je n’ose le dire, pour garder la discrétion promise, qu'il faut un même jugement à chacune des don les questions qui précèdent.
| . F,, Vous serez sûrs dans votre marche, en
suivant celle de votre curé, tant qu'il se tiendra
la suite de son évêque, lequel écoute Jésus- Christ, qui recoit et accomplit la mission de son Divin Père : qui vos audit, me audit.