VIII PREFACE
viver d'un coup de pinceau magique les teintes vieillies des alhambras moresques, des marabouts de Tunis, des colisées romains et des dômes byzantins de Moscou. Tout ce monde, emmaillotté dans les descriptions classiques, s'est réveillé sous la plume de l'enthousiaste touriste, comme la Belle au bois dormant de Perrault, et a servi, pour ainsi dire, de prestigieux décor à cette anecdotique et pittoresque comédie ambulante qui a nom les Impressions de voyage.
Il ne m'appartient pas, messieurs, de vous rappeler la part que prit Alexandre Dumas aux grandes luttes qui révolutionnèrent l'art dramatique à la fin de la Restauration. La Société des gens de lettres, que j'ai l'insigne honneur de représenter aujourd'hui, et qui dès son origine a compté ce grand écrivain parmi ses membres les plus fidèles et les plus dévoués, sait que la voix de l'association des auteurs dramatiques est plus spécialement autorisée pour remplir cette mis sion.
Mieux que nous notre confrère M. Ferdinand Dugué peut vous retracer cette invasion des barbares dont l'auteur de Henri III et à'Antony était l'Attila sacrilège. En effet, il bouleversait avec une ardeur prime-sautière et fiévreuse l'ancien répertoire, qui se figeait de plus en plus; il secouait sa léthargie, et galvanisait ces formes surannées qui ressemblaient à des modes de l'an passé. Il formait enfin avec Victor Hugo et Alfred de Vigny ce trio redoutable qui brisait les moules consacrés et déchirait les bandelettes des momies classiques. En vain les fidèles de l'orchestre criaient-ils au scandale et à l'impiété ! Le succès déserta rarement les tentatives hardies de ces novateurs que gênaient les cothurnes de l'antique muse tragique.
Cependant jusqu'alors Dumas n'avait pas dédoublé sa gloire. Il signait bien dans les revues et les journaux des scènes historiques d'un style facile et d'un intérêt non contesté ; il résumait en volumes plus ou moins graves l'éducation littéraire qu'il s'improvisait lui-même à force de veilles et d'insomnies;