PREFACE. IX
il préludait, en écrivant Acte, ce tableau saisissant des mœurs romaines sous Néron, à cette admirable étude dramatique intitulée Caligula. Mais c'étaient là, après tout, des succès d agrément qui pouvaient être éphémères.
Tout à coup, un beau matin, le grand romancier se révéla, dans le feuilleton du Siècle, par une œuvre charmante qui ouvrit la série de ses inventions de cape et d'épée, destinées à amuser et à passionner le monde entier pendant un quart de siècle, et même à initier involontairement les ignares et les paresseux à la connaissance de l'histoire de France.
Les eunuques de la critique s'acharnèrent alors à nier le romancier comme ils avaient nié l'auteur dramatique. Suivant eux, cet inventeur prodigieux ne savait inventer que des citations d'Anquetil. Suivant eux, hier le poète de Yacoub et de Christine n'était qu'un prosateur déguisé; aujourd'hui, le prosateur du Chevalier d'Harmental manquait de forme et de style.
Hélas ! son véritable crime, c'est que sa phrase n'était jamais lourde, ni pénible, ni martelée; ses personnages, à commencer par le bonhomme Buvat, l'espion sans le savoir, un type digne de Miguel Cervantes, n'étaient pas des fantoches, mais des créatures de chair et d'os; tout ce monde si Français, ressuscité par la plume magicienne de Dumas, vivait d'une vie saine et de bonne humeur. Les coups d'épée abondaient sans faire peur à personne, et quoique le cardinal Dubois jouât un grand rôle dans ce roman, la morale restait sauve.
Cependant Dumas n'en était qu'à sa première étape de succès, et n'avait pas déchaîné contre lui toutes les vipères de l'envie. Mais l'heure vint où il commença cette étourdissante épopée des 7>ois Mousquetaires, — qui étaient quatre comme les fils Aymon, — et cette œuvre en trente volumes devait faire le tour du monde plus rapidement que l'amiral Dumont d'Urville. Le romancier avait peint d'après nature son héros