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CHAPITRE SIXIÈME

François de Jordv de Cabanac s’établit et se marie au Canada

ON SE rappelle que François de Jordy était venu, à 19 ans, avec son oncle Joseph, au Canada, à bord de La Diligente, en juillet 1685. Nous savons également ce qu’il avait fait dans la colonie depuis son arrivée jusque vers 1690 et même ensuite. Une fois la victoire de M. de Frontenac remportée sur Phipps et sa flotte en 1690, l’intendant M. de Champigny, avons-nous dit, avait dispersé, en demicongé, les officiers et les soldats des troupes, un peu partout, chez les seigneurs et chez les habitants des côtes. Il paraît bien que François, comme son oncle Joseph, profita, lui aussi, de l’hospitalité du seigneur de la Touche, et vint vivre, au moins en partie, durant les premières années, à Champlain même. Il était présent, en tout cas, au mariage de l’oncle Joseph avec la demoiselle Madeleine de la Touche, en novembre 1691, puisqu’il signe au contrat rédigé par maître Normandin et aussi dans le registre paroissial du curé Dufournel à la cérémonie religieuse. Nous avons raconté, en plus, que François prit part, en 1691, en 1692 et les années d’après, jusqu’à la paix de Montréal en 1701, à diverses expéditions contre les Iroquois. Tout indique que, dans les accalmies, au moins jusqu’à son premier mariage en 1696, il revenait sans doute résider à Champlain. En particulier, l’incident de jeunesse dont nous allons parler semble le démontrer.

Mais, avant de le raconter, cet incident, et pour le faire

mieux comprendre, il n’est pas inutile, croyons-nous, de circonscrire le cadre et les circonstances historiques dans lesquels il se produisit. Depuis 1689, c’est M. de Frontenac qui était gouverneur général à Québec, et, depuis 1684, c’est M. de Callières qui était gouverneur à Montréal. M. de Vaudreuil, arrivé au Canada en 1687, était, vers 1692-1694, le commandant des troupes dont relevaient les deux de JordyA1' D’autre part, c’est Mgr de Saint- Vallier, successeur de Mgr de Laval maintenant évêque démissionnaire, qui administrait, à l’ecclésiastique, le vaste diocèse de Québec, qui comprenait alors, comme territoire, tout le Canada. Les paroisses de Champlain et de Batiscan, où se passa l’événement que nous allons raconter, étaient, par conséquent, comme toutes les autres de la colonie, soumises à sa juridiction épiscopale. On se souvient que Champlain, à. 108 milles de Montréal et à 70 de Québec, existait et avait son curé depuis 1679. Sa voisine, sur les bords du Saint- Laurent, à sept ou huit milles en allant vers Québec, Batiscan, placée sous le patronage de saint François-Xavier, était paroisse et avait son curé depuis 1682. De 1692 à 1697, c’est le curé Claude Bouquin qui était à Champlain et le curé Nicolas Foucault fut à Batiscan de 1690 à 1700. Batiscan, d’après un vieux missionnaire, le Père Armand, est un mot montagnais qui signifie une vapeur ou une nuée légère et ce serait à cause des brumes fréquentes qu’on remarque à l’embouchure de la rivière que la paroisse aurait reçu ce nom pittoresque. Eh! bien, en 1694, il s’éleva, dans cette paisible campagne, de tout autres brumes, dont la réputation de notre François de Jordy Moreau eut passablement à souffrir. Nous y avons déjà fait allusion en parlant de son équipée de folle galanterie. Voici ce dont il s’agit.

A ce moment, et cela depuis longtemps, comme aussi longtemps après, on s’occupait beaucoup dans la colonie de la traite

(1) M. de Vaudreuil devait succéder à M. de Callières à Montréal en 1698, alors que celui-ci succéderait il M. de Frontenac comme gouverneur général à Québec. Puis, à la mort de M. de Callières, en 1703, il deviendrait à son tour gouverneur général.

des pelleteries, ces précieuses marchandises qu’on achetait des sauvages en échange de boissons enivrantes, de l’eau-de-vie ou du rhum de la Jamaïque. Tout le monde déplorait la traite, Mgr de Laval et Mgr de Saint- Vallier avaient maintes fois fulminé contre, le roi et ses ministres la prohibaient, mais le funeste commerce se continuait toujours. De nombreux fonctionnaires, voire des officiers du roi, y furent plus d’une fois compromis. Cela s’explique, si ça ne s’excuse. Le roi et ses ministres de Versailles ne rétribuant que médiocrement leurs employés et leurs officiers et soldats de la colonie, ceux-ci se créaient des ressources sur place, et c’est ce qui amenait ces pratiques malheureuses, que l’autorité civile locale prétendait réprimer, pour obéir aux ordonnances, mais sur lesquelles, en fait, elle fermait plus ou moins les yeux. Or, un certain Jean des Brieux ou de Broyeux, qui habitait Batiscan avec sa femme Marguerite Dizy, était traiteur de profession. Il avait là son magasin de liqueurs, qui était souvent un lieu de rendez-vous. Comme il faisait la traite sur une assez grande échelle, pour son compte et celui des autres — on a même prétendu qu’il fut aux gages de M. de Vaudreuil pour cette fin, ce qui n’est guère admissible — il devait s’absenter de temps en temps et s’en aller, dans l’intérêt de son commerce, vers les pays d’en haut, au lac Supérieur, aux Illinois et plus loin encore. Il laissait alors sa maison, et aussi son entrepôt de liqueurs, à la garde de la dame Dizy des Brieux, qui passait, à tort ou à raison, pour peu scrupuleuse et de moeurs plutôt faciles. On devine ce qui arrivait. Nombre de gens allaient boire chez elle et les soldats n’étaient pas les moins assidus au rendez-vous. Le jeune François, pimpant officier de 25 ou 26 ans, y vint de Champlain plus souvent qu’à son tour. Les bonnes langues ne manquèrent pas de s’en donner et les cancans circulèrent. Le curé Foucault, de Batiscan, et le curé Bouquin, de Champlain, s’alarmèrent. Mgr de Saint-Vallier fut prévenu. L’évêque écrivit au gouverneur M. de Frontenac et à M. de Vaudreuil commandant des troupes

où servaient les de Jordy. M. de Vaudreuil envoya notre pétulant François en garnison à Sorel. Mais, les occasions de revenir à Champlain chez son oncle Joseph se présentaient d’ellesmêmes. Il en profita pour revoir la dame des Brieux. Le scandale, justifié ou non, grandissait. Les curés protestèrent de nouveau auprès du chef du diocèse et Mgr de Saint- Vallier lança l’interdit contre les deux soi-disant coupables (février 1694). L’abbé Augustin Gosselin dans son Histoire de l’Eglise au Canada parle d’excommunication majeure. Nous croyons, d’après les archives du Conseil Supérieur de Québec, que ce fut plutôt une simple interdiction, par laquelle il était défendu à François de Jordy et à la dame des Brieux d’entrer dans l’église, soit à Batiscan, soit à Champlain. Notre François s’échauffa. Allant un jour de Sorel à Québec, il entra avec ses hommes, dans l’église de Batiscan, pendant l’office divin. Le curé Foucault protesta avec véhémence et quitta l’autel. De là, procès retentissants devant le Conseil Supérieur de Québec intentés par le jeune officier et par la dame des Brieux contre les curés de Champlain et de Batiscan. Ce fut toute une affaire! Il y a, à ce sujet, dans les archives publiques, une masse de paperasses officielles. Nous ne croyons pas devoir y insister beaucoup. Cela déborde notre cadre. Il semble bien que s’il ne fut pas davantage coupable, François de Jordy se montra au moins léger, imprudent, frondeur et impertinent. Il brava trop les curés et l’évêque lui-même. Il était du Midi, il était soldat et il était jeune. Ce sont peut-être des circonstances atténuantes.

Ce qui compliquait les choses, c’est que M. de Frontenac, d un tempérament très vif, ne s’entendait pas beaucoup avec Mgr de Saint-Vallier, qui n’était pas la douceur même lui non plus. D autre part, 1 intendant, M. de Champigny, supportait mal le gouverneur et M. de Frontenac le lui rendait largement. Ces mésintelligences, dont le ministre de Versailles s’est plaint souvent, favorisaient les brouilles. L’affaire "de Cabanac-des

Brieux” ne fut pas la seule à faire du bruit. Il y eut l’affaire du "Tartufe”, celle de "Mareuil”, un officier mis en interdit pour avoir blasphémé, celle du "prie-Dieu” chez les Récollets à Montréal, d’autres encore. Tout cela s’envenima, parce qu’on ne sut pas s’entendre en haut lieu. "M. de Frontenac, écrit Charlevoix, paraissait avoir un grand fond de religion et il en donna jusqu’à sa mort des marques publiques. On ne l’accusa jamais d’être intéressé. Mais on avait de la peine à concilier la piété dont il faisait profession avec la conduite qu’il tenait à l’égard des personnes contre lesquelles il s’était laissé prévenir. L’âcreté de son humeur un peu atrabilaire et une jalousie basse dont il ne se défît jamais l’ont empêché de goûter tout le fruit de ses succès et ont un peu démenti son caractère, où il y avait de la fermeté, de la noblesse et de l’élévation.” Ce qui est certain, c’est que s’il fît la paix au dehors contre l’Iroquois et l’Anglais

— ce que termina M. de Callières à la paix de Montréal en 1701

— Frontenac, quand il mourut en 1698, n’avait pas réussi à faire la paix à l’intérieur de la colonie et avait au contraire, peutêtre inconsciemment, favorisé bien des brouilles et des troubles. Dans son Histoire de l’Eglise au Canada, l’abbé Auguste Gosselin porte, d’autre part, un jugement assez sévère sur Mgr de Saint- Vallier, bien qu’il lui reconnaisse cependant une réelle vertu et de solides qualités. "On a beaucoup parlé, écrit-il, des difficultés de Mgr de Laval avec les différents gouverneurs du pays. Elles ne sont rien en comparaison de celles que Mgr de Saint- Vallier eut avec les mêmes gouverneurs ou leurs successeurs. Le premier évêque de Québec, dans ses luttes courageuses (contre la traite de l’eau-de-vie) , s’appuyait sur son clergé, avec lequel il entretenait une union parfaite et qui lui était tout dévoué. Son successeur commença par se brouiller avec son séminaire et par suite avec la plus grande partie de son clergé. Quand il se vit obligé de faire la guerre aux abus et aux désordres, il se trouva isolé. Mille difficultés de toutes sortes surgirent autour de lui. En face de cette situation, il ne sut peut-

être pas garder suffisamment son sang-froid ... A la fin de 1694, quand il fut rappelé en France, il s’était aliéné presque tous les esprits au Canada et on le regardait comme un homme impossible . . .” M. l’abbé Gosselin ajoute plus loin: "Mgr de Saint-Vallier se montrait habile (il en appelait au roi en partant pour la France) . Après avoir répandu la terreur un peu partout dans son diocèse, après avoir bouleversé son séminaire épiscopal et interdit les trois principaux directeurs de cette institution, après avoir fulminé contre plusieurs personnages en vue de la colonie (affaire Mareuil, affaire de Jordy), après avoir interdit tout un couvent de religieux et fait fermer leur église pendant plusieurs mois (le couvent et l’église des Récollets de Montréal dans l’affaire du prie-Dieu) , le prélat posait en victime . . . Beaucoup pensèrent, en le voyant partir en de telles circonstances, qu’il ne reverrait plus la Nouvelle-France. Le roi fit tout ce qu’il put pour le persuader de ne plus revenir à Québec. Mais, après trois ans de séjour forcé en France, il revint . . .”

Tout cela fait comprendre que "l’équipée de folle galanterie’’ de notre François de Jordy avec la dame des Brieux a pu être singulièrement grossie. Comment se terminèrent les procès intentés à cette occasion? Nous ne retrouvons aucune trace du dénouement dans les documents du temps et nous n’en savons rien. En tout cas, si déplorable qu’elle fût, cette aventure n’empêcha pas François de Jordy de convoler en justes noces, et même deux fois, comme nous l’allons voir, en 1696 et en 1705. Sa conduite, dans la suite, lui a fait sans doute pardonner, ou a fait oublier, son étourderie de jeunesse. M. de Vaudreuil, en le recommandant au roi, vingt-cinq ans plus tard, en 1722, disait non seulement qu’il était très bon officier et qu’il avait fait son devoir avec distinction dans plusieurs partis contre les Iroquois et contre les Anglais, mais il ajoutait, et c’est assez significatif après ce que nous venons de

raconter: "Il est de bonne moeurs et fort réglé dans sa conduite.”

Quoi qu’il en soit, à l’automne de 1696, François de Jordy, maintenant âgé de 30 ans (né en 1666) et au pays depuis 11 ans (1685), songea à son tour à prendre femme. Il était en situation de le faire, car il venait d’obtenir, lui aussi, au mois d’octobre 1696, en seigneurie, le fief des Aulnets, sur la rivière Chaudière, à une courte distance de Lévis. Avait-il également reçu, en avril 1695, en même temps que son oncle, un fief sur le Richelieu? C’est une question qui est discutable et discutée. Traitons-la d’abord, nous verrons ensuite ce qui concerne son fief des Aulnets.

Dans les archives publiques, il y a deux actes de concession de seigneurie ou de fief, en faveur des Desjordy, datés tous les deux du 22 avril 1695, signés par MM. de Frontenac et de Champigny. L’un est au nom de Joseph Desjordy et l’autre au nom de François Desjordy. Pareillement, on trouve aux archives deux actes de ratification de ces concessions, en date du même jour, le 19 mai 1696, signés, au château de Versailles, par le roi Louis XIV et son ministre Phélypeaux. Dans ses Inventaires des concessions de fiefs et seigneuries (vol. IV, p. 104), M. Pierre-Georges Roy les reproduit tous les deux, ce s actes de concession, l’un en faveur de Joseph et l’autre en faveur de François. Nous avons donné plus haut le texte de la concession faite à Joseph et celui de sa ratification. C’est en des termes à peu près identiques que sont libellés ceux qui concernent François. Nous ne croyons pas utile, en conséquence, de recommencer la citation au complet. Mais, dans la rédaction de l’une et de l’autre concessions, il y a cette différence: la première dit qu’on concède "à Joseph Desjordy, écuyer, sieur de Cabanac, ce qui se trouve de terre au nord-ouest de la rivière Richelieu, entre les fiefs des sieurs de Falaise et

(2) Voir la liste des officiers de guerre qui servaient en Canada, par M. de Vaudreuil, octobre 1722, récemment publiée dans le Bulletin des Recherches Historiques, avril 1930, p. 207.

Cournoyer, contenant environ trois lieues de front et de profondeur, jusqu’aux lignes qui seront tirées nord-est et sud-ouest pour terminer les profondeurs des concessions ci-devant accordées le long du fleuve Saint-Laurent . . la seconde dit qu’on concède " à François Desjordy, écuyer, capitaine réformé, deux lieues de terre de front sur trois de profondeur au sud de la rivière Richelieu, attenant le sieur Le Gardeur, en descendant la dite rivière, avec les isles et islots adjacents . . . Jusqu’aux lignes qui seront tirées nord-est et sud-ouest pour terminer les profondeurs des concessions ci-devant accordées le long du fleuve Saint-Laurent . . Il semble bien, par ces textes, que les deux concessions sont différentes l’une de l’autre. Seulement, dans l’acte de ratification du roi, on reprend la description du fief accordé à Joseph Desjordy pour le fief accordé à François de Jordy, à savoir "de ce qui se trouve de terre au nord-ouest de la rivière Richelieu, entre les fiefs des sieurs de Falaise et Cournoyer etc.”. De là, on peut opiner qu’il s’agit du même fief, qu’on a confondu par erreur de copiste les noms de Joseph et de François et que, en fait, François n’a pas eu de concession à son nom. D’autre part, il arrive que le 8 août 1701, François rend foi et hommage "pour son fief au sud-est de la rivière Richelieu avec isles et islots adjacents”, ce qui paraît indiquer qu’il aurait eu sa concession en propre. Mais, on ne voit guère, après coup, où sont les limites de cette concession qui aurait été faite à François. On constate, à la vérité, dans un rapport de 1 archiviste sur les enquetes de commodo et de incommodo des paroisses, que la veuve de Joseph de Cabanac et son fils Melchior ont fait onze concessions sur leur fief Cabanac quelques années après sa mort en 1713. On n’apercoit nulle part que François ou ses héritiers en aient fait sur un fief quelconque au Richelieu. Là-dessus, M. l’abbé Ivanohé Caron, très compétent en la matière, a exprimé l’avis qu’il s’agissait d’un seul et même fief et qu’il y aurait eu une erreur de copiste quelque part. Cependant, M. Pierre-Georges Roy,

non moins compétent, cite les deux actes des concessions, nous l’avons dit, comme différentes l’une de l’autre. Du reste, on ne voit nulle part que François de Jordy se soit occupé de ce fief sur le Richelieu, si ce n’est pour rendre foi et hommage en août 1701. Mais qui sait s’il ne le faisait pas au nom de son oncle? En somme, nous tenions à nous expliquer à ce propos, mais ça n’a pas beaucoup d’importance et nous n’insistons pas davantage.

Ce qui est autrement clair et certain, c’est que François de Jordy Moreau de Cabanac reçut, un mois avant son premier mariage, en seigneurie, le fief des Aulnets, sur la rivière Chaudière. La concession est datée du 15 octobre 1696 et signée par MM. de Frontenac et de Champigny, par Desjordy luimême et par Bégon (le futur intendant sans doute). Elle se lit comme suit:

Concession du fief des Aulnets à François de Jordy Moreau de Cabanac. — "Louis de Buade, comte de Frontenac etc. et Jean Bochart, chevalier, seigneur de Champigny etc. . . . A tous ceux que ces présentes lettres verront, salut. — Sçavoir faisons que sur la réquisition à nous faite par François Desjordy, escuyer, capitaine réformé d’un détachement de la marine en ce pays, de lui accorder concession de deux lieues de terre de front, sur quatre de profondeur, le long de la rivière du Sault de la Chaudière, le dit front à prendre depuis le lieu appelé les Aunéz, du costé sud-est, en lieux non concédéz — nous, en considération des bons services que le dit sieur Desjordy a rendus et rend actuellement à Sa Majesté en ce pays, lui avons, en conséquence du pouvoir à nous conjointement donné par Sa Majesté, donné, accordé et concédé, donnons, accordons et concédons, par ces présentes, les dites deux lieues de terre de front, sur quatre de profondeur, en la manière qu’elles sont cy-dessus désignéz, pour en jouir par luy, ses successeurs et ayans cause, en propriété, à toujours, à titre de fief et seigneurie, haute, moyenne et basse justice, avec droit de chasse, pesche et

traitte avec les sauvages, dans toute 1 estendue de la dite concession, à la charge de porter foy et hommage au château Saint- Louis de Québec, duquel il relèvera aux droits et redevances accoutuméz suivant la Coutume de Paris suivie en ce pays; de conserver et faire conserver par ses tenanciers les bois de chesnes propres pour la construction des vaisseaux de Sa Majesté, de donner avis au roy, ou au gouverneur du pays, des mines, minières ou minéraux, si aucuns se trouvent dans la dite estendue; de déserter et faire déserter (défricher) incessamment, à peine d’estre deschu de la possession de la dite terre; et enfin de laisser les chemins et passages nécessaires pour l’utilité publique; le tout sous le bon plaisir de Sa Majeté, de laquelle il sera tenu de prendre la confirmation de présentes dans un an. — En foy de quoy nous les avons signées, à icelles fait apposer les sceaux de nos armes et contresigner par nos secrétaires. — Fait et donné à Québec, le quinzième octobre mil six cent quatre-vingt-seize. — (signé) Frontenac, Bochart Champigny, Desjordy, Bégon. — ■ ”

Cette concession fut sans doute confirmée et ratifiée l’année suivante, par le roi et son ministre, à Versailles, en la manière accoutumée. Nous n’avons pas sous la main le texte du document. Mais cela importe peu. La possession de ce fief des Aulnets par François de Jordy Moreau est évidente par la suite. Ajoutons que cette obtention d’un fief sur la rivière Chaudière en 1696 nous paraît confirmer l’opinion que François n’avait pas réellement reçu de fief à son nom sur le Richelieu l’année précédente en 1695. Dans ce cas, en effet, il est vraisemblable qu’il n’en aurait pas sollicité et qu’on ne lui en aurait pas accordé un nouveau en 1696. Pourquoi lui octroyer deux seigneuries coup sur coup? N’aurait-il pas eu assez de mettre en valeur sa propriété du Richelieu? Ce n’est là qu’une opinion, mais elle nous paraît plausible.

Toujours est-il que, le 24 novembre 1696, François de Jordy Moreau de Cabanac signait son contrat de mariage devant

maître Adhémar, à Montréal, et que, deux jours après, le 26, il se mariait effectivement, à l’église paroissiale de Ville-Marie (Notre-Dame de Montréal) , devant le sulpicien René-Charles de Breslay, qui fut curé de Notre-Dame de 1696 à 1703, avec Marie- Anne Nolan, âgée de 22 ans, fille du bourgeois Pierre Nolan, commissaire d’artillerie à Québec, décédé, et de Catherine Houart.

Cette famille Nolan, si elle n’était pas de noblesse, jouissait certainement, à Montréal et dans tout le pays, d’une haute considération. Au contrat de mariage, passé à Québec vers 1664, de Pierre Nolan et de Catherine Houart, les père et mère de Marie- Anne, d’après Tanguay*'0), on remarque la présence de plusieurs gens de situation élevée: le gouverneur d’Avaugour (1661-1664), Des Cartes, baron d’Euménil, Jacques Des Cailhaut, lieutenant du gouverneur, Madeleine de Chavigny, veuve du baron de La Peltrie (la fondatrice des Ursulines de Québec avec Marie de l’Incarnation), Etienne de la Touche (premier seigneur de Champlain), et autres personnages de distinction. En outre, les quatre enfants connus nés de ce mariage, Jean, Marie, Catherine et Marie-Anne se sont tous mariés dans le meilleur monde. Jean épouse à Montréal, en 1688, Marie- Anne de la Marque. Leur fils, Charles Nolan de la Marque, marié à Marie-Anne Le Gardeur de Saint-Pierre, sera le père de Marie-Anne Nolan, mariée en 1752 avec André Grasset de Saint-Sauveur, lequel, devenu veuf, se remariera avec Marie- Josephte Quesnel-Fonblanche, dont naîtra en 1755 le premier béatifié canadien, André Grasset, l’une des victimes du massacre de septembre de 1792 au couvent des Carmes à Paris. Marie Nolan, qui suit Jean, devient en 1684 la femme de Louis de la Porte, sieur de Louvigny, gouverneur de Trois-Rivières et chevalier de Saint-Louis. Catherine, la troisième, épouse en 1685 François-Martin de Lino, plus tard membre du Conseil

(3) Dictionnaire généalogique, Vol. I, p. 452. Tanguay s’appuie sur le greffe d’Adhémar.

Supérieur de Québec. Enfin, Marie-Anne, la quatrième, née à Montréal le 14 juin 1674, devient, en novembre 1696, la femme de notre François de Jordy Moreau de Cabanac. Elle devait mourir à Québec et y être inhumée sept ans plus tard, en décembre 1703.

Voici, dans leur texte authentique, les pièces officielles du contrat de mariage et du mariage lui-même de François de Jordy Moreau et de Marie- Anne Nolan.

Contrat de mariage. — "Par devant Anthoine Adhémar, notaire royal de l’isle de Montréal résidant à Ville-Marie, et témoins en fin nommés furent présents en leurs personnes: Sieur François Dejordy, esquier, enseigne de vaisseau et capitaine réformé dans le dettachement de la marine en garnison en cette ville de Villemarie, fils de feu Sieur Pierre Dejordy, vivant esquier, et de Dame Elisabeth de pradine son épouse, natif de la paroisse de St Vincent de la ville et évesché de Carcassonne, pour luy et en son nom d’un part, et Demoiselle Anne Nolan, fille de feu Pierre Nolan, vivant bourgeois de la ville de Québec, et de Dame Catherine Ouart, ses père et mère, natisve de la paroisse Nostre-Dame de la ville et esvêché de Québec, de présent demeurant au dit Ville-Marie, pour elle et en son nom d’autre part; lesquelles parties, en la présence et assistéz de leurs parents et amis, cy-après nommés, sçavoir: de la part du dit Sieur Dejordy, Charles-Henry Doligny, marquis de la Grois, capitaine d’une compagnie du dettachement de la marine en garnison en cette ville, et le sieur Alphonse de Tonty, escuyer, capitaine réformé dans le dit dettachement, et Dame Marie- Anne de picotté de Belestre son épouse, et le Sieur Jean Armand, marchand bourgeois de cette ville et Demoiselle Louise de Saintes sa femme; et, de la part de la dite Damoiselle Anne Nolan, le Sieur Jean-Baptiste Nolan, bourgeois, marchand de cette ville, frère de la dite Damoiselle future épouse, et Damoiselle Marie-Anne de la marque sa femme, et Louis de la Porte, esquier, Sieur de Louvigny, capitaine d’une compagnie d’un

dettachement de la marine, et Dame Marie Nolan, son épouse, beau-frère et soeur de la dite Damoiselle future épouse, et le Sieur Jacques de Lamarque, marchand bourgeois du dit Ville- Marie; ont reccogneu et confessé volontairement et de leur bon gré avoir fait et accordé ensemble le traitté de mariage et toutes les conventions et clauses quy y sont portées, c’est à sçavoir: que le dit sieur François Dejordy et la dite Damoiselle Anne Nolan ont promis et promettent réciproquement par ces présentes de se prendre l’un l’autre par nom et loy de mariage et icelluy faire célébrer et solemniser, en face de notre mère Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, le plus tost que faire ce pourra et qu’il sera advisé et délibéré entre les dites parties, parents et amis; seront les dits sieur et Damoiselle futurs uns et communs en tous bien meubles et conquests immeubles qu’ils auront et feront ensemble pendant leur futur mariage, aux us et coutume de la ville, prévosté et viscomté de Paris suivi en ce pais, à laquelle les dits sieur et Damoiselle futurs se sousbmettent pour l’exécution du présent contract, de la communauté des biens et de toutes les clauses y contenues et mentionnées, voulant qu’elles soient réglées et gouvernées selon la dite Coutume quand mesme les dits sieur et Damoiselle futurs époux transféreraient leur demeure en l’ancienne france en une autre coutume et qu’ils feraient leurs acquisitions en d’autres provinces quy auraient des dispositions contraires auxquelles ils ont desrogé et renoncé, desrogent et renoncent expressément, par ces présentes; ne seront néanmoins les dits Sieur et Damoiselle futurs époux tenus des dettes ny hypothèques l’un de l’autre faites et créées avant leurs épousailles, lesquelles, sy aucunes y a, seront payées et acquettées sur les biens de celluy d’eux qui les aura faites, sans que l’autre en soit tenu en quelque manière que ce soit; et la dite Damoiselle future épouse a déclaré que les biens et droits qu’elle a de part consistent en la somme de quatre mil livres, en un billet qu’elle a paiable dans le mois d’octobre de l’année prochaine mil six

cent quatre-vingt-dix-sept, laquelle dite somme de 4000 lbs sortira nature de propre à la dite Damoiselle future épouse et aux siens de son estoc (souche), costé et ligne; en conséquence de quoy le dit Sieur futur époux a doué et doue la dite Damoiselle sa future épouse de la somme de trois mil livres de douaire préfix une fois paie a prendre sur tous et chacun les biens meubles et imeubles présents et à venir du dit Sieur futur époux, qu’il en a dès à présent chargez, affectez, obligez et hypothéquez à garantir, fournir et faire valoir le dit douaire, ou bien du douaire coutumier à son choix; duquel douaire tel que choisy sera par la dite Damoiselle future épouse elle aura délivrance le jour du décèz du dit Sieur futur époux, sans qu’elle soit tenue de le demander en justice, et, sy elle fait choix du préfix, le dit demeurera propre sans être sujet à retour, comme aussy le dit Sieur futur époux donne à la dite Damoiselle sa future épouse des meubles meublans pour garnir une chambre de la valeur de mil livres pour une fois seulement, lesquels meubles de la valeur de mil livres seront fournis aux despens des héritiers du dit Sieur futur époux sur les biens d’icelluy incontinent le décez du dit Sieur futur époux arrivé, et les dits meubles meublans pour la dite somme de mil livres demeureront propres à la dite Damoiselle épouse et aux siens de son estoc (souche), costé et ligne; le survivant des dits Sieur et Damoiselle futurs époux aura à prendre pour son préciput et hors part des biens de leur dite communauté et tels qu’il voudra choisir suivant la prisée de l’inventaire qu’en sera fait et sans criée jusques à la somme de mil livres ou la dite somme en deniers comptants au choix du dit survivant; sera loisible à la dite Damoiselle future épouse survivant son dit futur époux de prendre et accepter la dite communauté ou y renoncer, et, y renonçant, de reprendre et emporter les dits quatre mil livres de propres cy-dessus et tout ce qu’elle aura apporté à son dit Sieur futur épous et tout ce que durant le dit mariage lui sera advenu et écheu par successions, donnations, legs ou autrement,

avec son douaire, les meubles meublans valant mil livres pour garnir une chambre et le préciput tels que dessus; le tout franchement et quittement, sans estre tenue d’aucunes charges, dettes ny hypothèques de la dite communauté, encore qu’elle y eut parlé, sy fut obligée ou y heut été condamnée, dont elle sera acquittée et indemnisée sur les biens du dit futur époux ou par ses héritiers, et pour laquelle reprise et indemnité elle aura son hypothèque, cejourd’hui, sur les biens du dit futur époux présents et à venir de quelque nature qu’ils soient — car ainsy le tout a esté traitté, stipulé, convenu et accordé entre les dites parties en faisant et passant ce s (mot illisible) , lesquelles sans les clauses et conditions y contenues neussent esté faites ny passées . . . promettant, obligeans et renonçans . . . fait et passé, au dit Ville-Marie, maison des dits Sieur et Dame de Louvigny, l’an mil six cent quatre vingt seize, le vingt quatrième jour de novembre après midy, en présence des Sieurs Georges Primeau et Anthoine Galipau témoins, domiciliez au dit Ville-Marie, soussignez, avec les dits Sieur et Damoiselle futurs époux, parents et amis, cy-dessus nommés, et notaire, après lecture faite suivant l’ordonnance.”

(signé) "Désordy — Anne Nolan — L. de laporte de Louvigny — J. -B. Nolan — Marie Nolan — La grois — Armand — J. Lamarque — Marie Anne de bellestre — Marie Anne de Lamarque — Louise de Sainte — Primeau — Galipault — Adhémar.”

Acte de mariage. — Extrait du registre paroissial de Ville- Marie pour l’année mil six cent quatre-vingt-seize. — "Le vingtsixième novembre mil six cent quatre-vingt-seize, le mariage a été fait et solemnisé entre François Desordy, escuier, capitaine réformé d’un détachement de la marine et enseigne de vaisseau, âgé de trente ans, fils de Pierre Desordy, escuier, et d’Elisabeth de Pradines, de la paroisse St-Vincent du diocèse de Carcassonne, ses père et mère, et damoiselle Anne Nolan, âgée de

vingt-deux ans, fille de Pierre Nolan, marchand, et de Catherine Ouath (Ouart), de la paroisse de Québec, ses père et mère; il y a eu dispense de trois bans accordée par monsieur Dollier, grand- vicaire; le dit mariage a été célébré en présence de Alphonse de Tonty, escuier, capitaine d’une compagnie du dit détachement de la marine, de M. Charles Henry marquis de la Grois, capitaine du dit détachement, de Jean Nolan, marchand, frère de la dite épouse, de Louis de Laporte, escuier, sieur de Louvigny, capitaine du dit détachement, son beaufrère, et de plusieurs autres.

(signé) p)e Jordy — Anne Nolan — Jean-Baptiste Nolan — L. de la Porte — De Grois — J. Lamarque — Tonty — Marie Nolan — Armand — Marie Anne de Belestre — Louise de Sainte — Marie Anne de Lamarque — Louise de la Valtrie — R. C. de Breslay, faisant les fonctions curiales. — ”

Ce premier mariage de François de Jordy Moreau de Cabanac ne fut pas de longue durée. Né le 14 juin 1674, Marie- Anne Nolan, sa femme, mourut et fut inhumée à Québec le 17 décembre 1703, à l’âge de 29 ans et après sept ans de ménage seulement. Elle donna trois enfants à son mari, trois filles, Marie- Anne, née à Montréal le 25 septembre 1698, Catherine, née à Montréal le 3 décembre 1699, et Michelle-Roch, née à Québec et baptisée le 14 février 1703, qui mourut le 2 mars suivant. Les deux aînées ont vécu jusqu’à l’âge adulte et se sont mariées, la première en 1720 à Louis-Hector Le Fournier du Vivier, la deuxième en 1726 à Michel Mouet de Moras. Elles avaient reçu leur éducation chez les Ursulines de Québec. Nous en reparlerons en son lieu.

Il est noté quelque part que François de Jordy Moreau avait un commandement en 1696 au fort Cataracouï ou Frontenac, là où se trouve aujourd’hui Kingston, à l’extrémité nordest du lac Ontario. Ce devait être avant son mariage avec

Marie-Anne Nolan, qui eut lieu à la fin de cette année-là (26 novembre). Le 1er mai 1697, il était mis à la tête d’une compagnie à Montréal même. Sa commission signée par le roi à Versailles, se lit comme suit: "Louis, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, à nostre cher et bien-aimé sieur Desjordy Moreau, capitaine au Canada — La compagnie de soldats du détachement de la Marine, qui estait cy-devant commandée par le Sieur Marquis de Crisasy au dit pays, estant à présent vacquant par la promotion du dit Sieur Marquis de Crisasy à la charge de lieutenant pour nous à Montréal, nous avons crû ne pouvoir faire un meilleur choix que vous pour commander la dite compagnie à sa place, veu les témoignages qui nous ont esté rendus de votre valeur, expérience au fait de la guerre, bonne conduite, fidélité et affection à nostre service. A ces causes . . . etc. mandons au Sieur Comte de Frontenac de vous faire reconnaistre et obéir en la dite qualité à tous ceux et ainsi qu’il appartiendra . . .”(4) Quatre ans plus tard, en 1701, M. de Callières, devenu gouverneur général à la mort de M. de Frontenac en 1698, rend à François de Jordy Moreau ce témoignage: "Le sieur Dejourdis, natif de Carcassonne, âgé de 35 ans, est venu lieutenant au Canada en 1685, fait capitaine réformé en 1693, enseigne de vaisseau en 1695, capitaine en pied au dit païs en 1697, où il est marié. Bon officier.’’ Enfin, le 5 février 1705, dans l’inventaire de ses biens, dressé par le notaire Le Pailleur (à la suite de la mort de sa femme Marie- Anne Nolan en décembre 1703), François de Jordy Moreau est dit "capitaine commandant au fort de la Rivière-des-Prairies’’.

C’est donc à Montréal qu’il vécut alors, en grande partie du moins, en poursuivant sa carrière militaire. C’est là que sont nées ses deux premières filles, Marie-Anne et Catherine. La troisième, Michelle-Roch, est née et est morte au bout de trois semaines à Québec, ce qui indique que la mère au moins

(4) Archives canadiennes, Série B. vol. 19-3, p. 411.

était alors de passage dans cette ville, où les besoins du service devaient appeler de temps en temps son mari. Montréal, en ce temps-là, n’était guère considérable. Ses premières rues, Notre- Dame, Saint-Paul, Saint- Jean-Baptiste, Saint-Pierre, Saint- Vincent, Saint-Joseph (plus tard Saint-Sulpice) n’étaient tracées (par l’arpenteur Benigne de Besset) que depuis une vingtaine d’années. La plus ancienne, la rue Saint-Paul, l’avait été en 1672. Sauf la rue Notre-Dame, qui avait trente pieds, toutes les autres n’avaient que dix-huit pieds de largeur. En 1701, la population de la ville naissante n’était que de 1500 âmes. On avait tant à lutter pour se défendre contre les Iroquois! Il y a de cela un peu plus de deux cents ans et Montréal compte aujourd’hui au delà d’un million d’habitants. Mais, à l’époque dont nous parlons, on peut dire que la future métropole n’en était encore qu’à ses tout premiers débuts. On imagina aisément ce que pouvait être la vie de garnison pour les officiers du roi et leurs familles. On tâchait sans doute de tenir son rang, mais on ne devait pas avoir toutes ses aises.

Devenu veuf de Marie-Nolan en décembre 1703, ainsi que nous venons de le voir, François de Jordy Moreau de Cabanac se remaria, le 22 novembre 1705, au Cap-de-la-Madeleine, devant le curé Paul Vachon' ,), avec Louise-Catherine Robineau, fille de feu René Robineau de Bécancourt, chevalier de l’ordre du roi, seigneur et baron de Portneuf et seigneur des Isles Bouchard, et de feu Marie-Anne Le Neuf de la Potherie, fille du premier seigneur de Portneuf, qui fut à plusieurs reprises gouverneur de Trois-Rivières. La veille, le 21 novembre, le contrat de ce mariage avait été signé, au manoir seigneurial de Bécancourt, devant maître Jean-Baptiste Pothier, notaire royal résidant à Trois-Rivières.

Les Robineau, qui portaient le nom ou titre patronymique de Bécancourt, étaient à ce moment seigneurs et barons de Portneuf et aussi seigneurs des Isles Bouchard. René Robi-

(5) L’abbé Paul Vachon, né à Québec le 9 novembre 1656, ordonné prêtre par Mgr de Laval le 21 décembre 1680, curé de Lotbinière de 1682 a 1692 et cure du Cap-de-la-Madeleine de 1692 à 1729, mort au Cap en 1729.

neau de Bécancourt, le premier du nom en Nouvelle-France, était venu dans la colonie du Canada vers 1645.((|) Marié en octobre 1652 à Marie- Anne Le Neuf de la Potherie, fille du premier seigneur de Portneuf, Jacques Le Neuf de la Potherie, il avait eu cette seigneurie de son beau-père, en juillet 1671, par pure cession. A la mort, vers 1680, de son frère aîné, François de Fortelle (qui vivait en France), seigneur des Isles Bouchard depuis 1672, il avait aussi hérité de cette deuxième seigneurie. En plus, en mars 1681, son fief de Portneuf avait été érigé en baronnie, ce qui comportait, pour lui et pour ses descendants, le droit, d’ailleurs purement honorifique, de porter le titre de baron. De fait, lui-même, René, et deux de ses fils, Pierre et René, quoique peut-être sans droit réel pour celui-ci, ont porté le titre de baron de Portneuf. Ajoutons que l’aîné des fils du premier René, Pierre, le frère de Louise-Catherine, que François de Jordy épousait en novembre 1705, avait acquis une autre seigneurie, dès lors dite de Bécancourt (près de Nicolet) , en novembre 1684, par suite de son mariage avec la petite-fille de Pierre Le Gardeur de Repentigny, à qui cette autre seigneurie avait été primitivement concédée en avril 1647. Nous consacrerons, à la suite de celui-ci, tout un chapitre à la famille et à la lignée des sieurs Robineau de Bécancourt et de Portneuf et nous dirons alors en quoi consistaient et où sont situées ce s seigneuries diverses. Pour l’instant, ces notes brèves suffisent, croyons-nous, à l’intelligence de ce que nous avons à exposer dans ce chapitre-ci. Ajoutons seulement que, après la mort de son père, le premier René de Bécancourt et le premier baron de Portneuf, laquelle arriva en 1699, Louise- Catherine de Bécancourt avait acquis totalement les parts de ses frères (elle en avait sept) dans l’héritage des Isles Bouchard, de telle sorte que, en l’épousant, en novembre 1705, François de Jordy, qui était déjà seigneur du fief des Aulnets, devint aussi seigneur du fief des Isles Bouchard/' 1

(6) Etude d’Ignotus, dans La Presse (de Montréal), 18 novembre 1808.

(7) Rapport de l’archiviste de la provinae de Québec — 1921-1921, p. 368.

En s’unissant aux de Bécancourt, François de Jordy Moreau se trouvait en fait à s’allier avec les plus anciennes et les plus illustres familles de la colonie: les Le Neuf, par exemple, dont originent les Le Neuf de la Vallières et les Le Neuf de Beaubassin, et les Le Gardeur, dont la descendance a produit les de Tilly, les de Repentigny, les de Villiers, les de Saint- Pierre, les de Beauvais, les de Courtemanche, les de Croisille, les de Montesson et d’autres encore. Les de Bécancourt euxmêmes, à titre de barons de Portneuf, relevaient de la couronne de France à une seule foi et nommage et avaient droit d’ajouter six étoiles à leurs armes. On ne pouvait avoir vraiment plus de brillant! Aussi, au contrat de mariage de François de Jordy Moreau et de Louise-Catherine Robineau, passé le 21 novembre 1705, devant maître Pothier, au manoir de Bécancourt, relève-t-on la présence des plus grands personnages de l’époque. Qu’on en juge par les signatures que voici:

Le marquis de Vaudreuil, premier seigneur de Vaudreuil (1702), gouverneur de la Nouvelle-France (1703-1725); la marquise de Vaudreuil, épouse du précédent, née Louise-Elisasabeth Joybert de Soulanges, la soeur de Pierre- Jacques Joybert de Soulanges, premier seigneur de Soulanges (1702); Joseph de Jordy, sieur de Cabanac, et son épouse Madeleine Pezard de la Touche, que nos lecteurs connaissent; MM. Rondot, père et fils, chevaliers, conseillers du roi; le marquis de Crisasy, baron de Galatte, gouverneur de Trois-Rivières; Claude de Ramesay, gouverneur de Montréal, et Charlotte Denis, son épouse; Louis de la Porte, seigneur de Louvigny, et Marie Nolan, son épouse; Martin de Lino, membre du Conseil Souverain, et Catherine Nolan, son épouse; de Langlois, chevalier et lieutenant de la ville de Québec; Pierre Robineau, baron de Bécancourt (frère de la future), et Marie-Charlotte Le Gardeur, son épouse; René Robineau, baron de Portneuf, frère du précédent; les demoiselles Anne-Geneviève et Marguerite Robineau de Bécancourt (nièces de la future) ; Au-

gustin Le Gardeur, seigneur de Courtemanche, et Marie-Charlotte Charest, son épouse; Charles d’Alogny, marquis de la Groix, commandant des troupes de la marine, et Geneviève Macart, son épouse.

Nous avons le texte de ce contrat de mariage sous les yeux, en copie authentique. Comme il couvre des feuilles et des feuilles, et ressemble, dans sa teneur, aux pièces du même genre que nous avons citées à propos du mariage de Joseph de Jordy et de Madeleine de la Touche et de celui de François de Jordy Moreau et de Marie-Anne Nolan, nous allons nous contenter, pour cette fois, d’analyser substantiellement son dispositif en termes brefs mais fidèles.

D’abord les futurs époux seront uns et communs en biens présents et à venir, et le sieur de Jordy Moreau doue sa future épouse de la somme de 300 livres de rente viagère de douaire préfix à prendre sur tous et chacun de ses biens. Il est ensuite stipulé que les demoiselles Anne et Catherine de Jordy, enfants mineures, nées du précédent mariage de François de Jordy Moreau avec Marie-Anne Nolan, seront élevées, nourries et entretenues, suivant leur condition, avec le revenu de leurs biens, aux soins de la future épouse (Louise-Catherine Robineau) et aux dépens de la communauté, jusqu’à ce qu’elles soient pourvues par mariage ou autrement, sans diminution de leurs biens.

De son côté, la future épouse, Louise-Catherine, apporte en dot ce qui suit: Ie Une part contingente dans le fief ou la seigneurie des Isles Bouchard — 2e une rente de 281 livres, 1 sol, 10 deniers, monnaie de France, à prendre annuellement, savoir 212 livres sur l’hôtel-de-ville de Paris et le surplus sur divers débiteurs particuliers de la succession du feu sieur Robineau son père — 3e Une part contingente qui doit lui revenir dans la terre et baronnie de Portneuf — 4e Sa part de la succession de feu son frère, Joseph Robineau, sieur de Villebon, en son vivant commandant en Acadie — 5e Sa part de la suc-

cession de feu son frère, le sieur François- Alexandre Robineau, seigneur de Bécancourt, enseigne de vaisseau du roi, mort à Vera Cruz — 6e La part que son frère Pierre Robineau, deuxième baron de Portneuf, et son épouse Charlotte Le Gardeur eurent dans le fief et la seigneurie des Isles Bouchard et qu’ils lui ont vendue récemment — 7e Une chambre garnie . . . — 8° La part que Pierre et René, ses frères, ont dans la seigneurie des Isles Bouchard, comme aussi celle de Jacques, son autre frère, que Pierre se fait fort de lui faire également abandonner...

En deux mots, c’était un beau mariage, et même un riche mariage aussi, que François de Jordy Moreau de Cabanac contractait en épousant Louise-Catherine Robineau de Bécancourt et de Portneuf. Le contrat, dont nous venons de donner la substance, passé le 21 novembre 1705, au manoir de Bécancourt, le montre jusqu’à l’évidence.

Le lendemain, 22 novembre, le mariage avait lieu au Capde-la-Madeleine, devant le curé Paul Vachon. Voici la copie de 1’ acte inscrit au registre paroissial: "Le vingt-deuxième jour du mois de novembre de l’année mil sept cent cinq, après la publication de deux bancs (!) faite entre Messire François Dejourdis, capitaine d’une compagnie des troupes du détachement de la Marine, fils de feu Messire Pierre Désordy, capitaine major d’une Compagnie de Cavalerie, et de Dame Elisabet de Préditte, de la paroisse de St-Vincent, ville et évêché de Carcassonne, d’une part, et Damoiselle Louise-Catherine Robineau, fille de feu Messire René Robineau, Chevalier de l’ordre du Roy, Baron de Portneuf, Bécancourt et Isle Bouchart, grand-voyer en ce pays, et de deffunte Marianne Le Neuf, de la paroisse de Ste- Marie-Magdeleine du Cap, évêché de Québec, d’autre part, la dispense d’un banc ayant été accordée par Monsieur le Grand- Vicaire, et ne s’étant trouvé aucun empêchement légitime, je leur ay donné la bénédiction nuptiale, selon la forme de notre mère la Sainte Eglise, en présence de Messire Pierre Robineau, cy-dessus nommé, de Messire Robineau de Portneuf et de Mes-

sire Augustin Le Gardeur, chevalier, seigneur de CourteManche, Capitaine de la compagnie du détachement de la Marine, et de Sieur Louys Gatineau, qui ont signé.”

(M”iu ) — Déjordy — Louise-Catherine Robineau —

Le baron de Bécancourt — Le baron de Portneuf — Le Gardeur de Courtemanche — Marie-Anne Robineau — Marguerite Robineau — L. Gastineau — P. Vachon, prêtre.”

Dans cet acte, le curé Vachon, on le constate aisément, se met à l’aise avec les noms des hauts personnages qui sont témoins de la cérémonie et quelques autres. Il écrit Dejourdis et Désordy, de Préditte au lieu de de Pradines, et il fait assister le père de la future, qu’il appelle "Pierre Robineau, cy-dessus nommé”, alors que René Robineau, le père de Louise-Catherine, premier baron de Portneuf, ainsi qu’il l’écrit plus haut, et comme le porte le contrat signé la veille, était bel et bien défunt. Ce sont là des distractions dont on était assez coutumier à l’époque.

De ce mariage de François de Jordy Moreau de Cabanac et de Louise-Catherine Robineau de Portneuf sont nés sept enfants, dont nous nous contentons de donner ici la liste, avec les dates de leur naissance et de leur mort, nous proposant d’y revenir dans un chapitre spécial. Ce furent donc: Ie Pierre- François, baptisé à Repentigny le 30 septembre 1710, inhumé à Saint-Sulpice le 20 août 1778 — 2e Marie-Louise, baptisée à Repentigny le 1 5 octobre 1713, inhumée à Montréal le 29 novembre 1749 — 3e Charles-René, connu sous le nom de de Jordy-Villebon, baptisé à Saint-Sulpice le 12 juin 1715, mort dans le naufrage de Y Auguste, le 16 novembre 1761 — 4e Louis, baptisé à Lavaltrie le 23 mars 1717, connu sous le nom de Louis de Jordy des Iles, inhumé à Saint-Sulpice le 10 mars 1785 — 5e Antoine, baptisé à Saint-Sulpice le 18 septembre 1718, mort à l’âge de 7 ans, inhumé à Trois-Rivières

le 19 février 1726 — 6e Charlotte-Renée, née vers 1720 (nous n’avons pas la date), morte, elle aussi, dans le naufrage de Y Auguste, le 16 novembre 1761 — 7e Marie- Anne, baptisée à Saint-Sulpice le 1 1 septembre 1721, morte à 1 âge de 4 ans, inhumée à Trois-Rivière le 5 février 1726. Ce n est qu en septembre 1710, presque cinq ans après le mariage de novembre 1705, que le premier enfant de cette liste est baptisé à Repentigny. Peut-être un ou deux autres enfants sont-ils nés et morts tout jeunes avant 1710.

En tout cas, de 1710 à 1721, ce sont sept enfants que l’on eut à élever. Outre qu’il poursuivait sa carrière militaire, ainsi que nous le verrons bientôt, avec une fortune singulière d ailleurs, François de Jordy Moreau eut, pendant ce temps, pas mal de tracasseries avec sa seigneurie des Isles Bouchard. Quelques mois après son mariage en novembre 1705, il demandait et obtenait, le 27 juillet 1706, du gouverneur M. de Vaudreuil et de l’intendant Rondot, le droit de chasse et de pêche, dont il n’était pas question dans la concession faite par Talon au sieur Robineau de Fortel en octobre 1672. Dès le mois de juin de cette même année 1706, une longue contestation s’engagea, entre Madame de Verchères, la célèbre Madeleine, qui a été aussi grande plaideuse que hère héroïne (1678-1737), et le seigneur de Jordy Moreau, au sujet de deux des Isles Bouchard, l’île aux Prunes et l’île Longue. Le conflit judiciaire dura des années. Une lettre du ministre Pontchartrain à l’intendant Rondot, datée de Versailles le 6 juillet 1709, en fait mention en termes assez vifsd8) Nous n’avons pas à y insister ici. Pareillement, le seigneur de Jordy Moreau eut de nombreuses difficultés à surmonter pour mettre ses terres des isles en exploitation, au sujet par exemple des journées de corvée que lui devaient ses censitaires. Une lettre qu’il adressait de Chambly, le 7 juillet 1712, au procureur Raimbault en parle

(8) Archives Canadiennes, Série Cil, vol. IV, p. 63.

en termes pittoresques. Ce serait trop long d’entrer dans ces détails après tout assez peu importants. Une ordonnance du 3 juin 1714 paraît avoir mis fin à ses controverses.

Quoi qu’il en soit, sitôt son litige réglé avec Madame de Verchères, vers 1709 ou 1710, le seigneur de Jordy Moreau

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Lettre de François de Jordy datée du fort de Chambly (1712)

vint s’établir dans son domaine des Isles Bouchard. Il se fit construire un manoir en bois rond, pièces sur pièces, d’un étage, mesurant 30 pieds de longueur sur 20 de largeur, couvert de planches, une grange en bois rond, pièces sur pièces, couverte en paille, et un hangar bâti sur des poteaux de terre. Il s’occupa ensuite, dans les intervalles de temps que lui laissait le service du roi, de faire d’abord arpenter sa seigneurie et de la coloniser ensuite le mieux qu’il pût. En 1721, d’après le témoignage de M. de Catalogne, rendu dans une affaire judiciaire, il y avait aux Isles Bouchard vingt censitaires tenant feu et lieu.

On en comptait, vers le même temps, trente-deux à Saint-Sulpice, vingt-sept à Repentigny, vingt à Lavaltrie et quatorze à Saint-Ours. D’où l’on voit que les Isles Bouchard n’étaient pas plus mal partagées que les seigneuries voisines. En 1721, les gens des Isles Bouchard, trouvant peu commode d’aller à l’église de Saint-Sulpice, demandent à avoir leur paroisse et leur église,

C’est là surtout, à son manoir des Isles Bouchard, que le seigneur François de Jordy Moreau et sa femme Louise-Catherine Robineau élevèrent leurs sept enfants. "Sous leur toit, écrit fort justement l’un de leurs arrière-petits-fils, il y aura, com-

Le fort de Chambly

me partout ailleurs, de la joie et des larmes.” Nous aurons l’occasion de voir plus loin que leurs enfants fourniraient à peu près tous de belles et utiles carrières.

Après son deuxième mariage en 1705, François de Jordy Moreau vécut encore une vingtaine d’années, en continuant,

(!)) Voir le rapport Collet, Rapport de l’Archiviste — 1921-1922, p. 289.

disions-nous, de servir le roi et les grands intérêts de la colonie. En 1709, on constate qu’il prend part à l’expédition de M. de Ramesay contre le colonel Nicholson au lac Champlain, où il commande une compagnie. (1(D En 1712 et 1713, il est capitaine commandant au fort Saint-Louis à Chamblyd11) Le 28 juin 1718, il est créé chevalier de Saint-Louis. Le 7 mai 1720, il succède à Mariaucheau d’Esglis comme major de Trois-Rivières, poste occupé sept ans auparavant par son oncle Joseph de Jordy de Cabanac. Le 22 octobre 1722, M. de Vaudreuil, dans sa liste des officiers, dont nous avons parlé plus haut, lui rend ce beau témoignage: "C’est un très bon officier, ayant été dans plusieurs partis contre les Iroquois et contre les Anglais. Il a fait son devoir avec distinction dans toutes les occasions qui se sont présentées. Il est de bonnes moeurs et fort réglé dans sa conduite.” Dans un acte public du 26 mai 1725, on donne à François de Jordy de Saint-Georges, sieur de Cabanac, le titre de "commandant des Trois-Rivières”. C’est la seule fois que nous trouvons le titre de Saint-Georges ajouté au nom de François de Jordy. C’est probablement le résultat d’une confusion de noms.

François de Jordy Moreau de Cabanac mourut à Trois- Rivières en février 1726 et fut inhumé le 16 de ce mois, par le récollet Pierre de Poyvre, qui a été là curé, d’abord de 1703 à 1710, puis de 1724 à 1729, dans l’église paroissiale de Notre- Dame (incendiée le 22 juin 1908). Voici l’acte de sépulture: "L’an mil sept cent vingt six, ce seize février, a été, par moi soussigné, prêtre récollet, enterré dans l’église, le sieur François de Jourdis, écuyer, major et commandant de cette ville, chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis, âgé de cinquante-neuf ans, lequel est mort après avoir reçu tous les sacrements, en foi de quoi, avec les témoins, le jour et an que dessus — ”

(signé) "Chastelain — Joannes — f. Pierre le Poyvre.”

(10) Etat-Major, par Pierre-Georges Roy, p. 56.

(11) Archives provinciales, au titre Adhémar.

Sa veuve, Louise-Catherine, dont nous aurons à parler, au chapitre de sa succession et de sa descendance, lui survécut trente et un ans, mourut en son manoir des Isles Bouchard, à 80 ans, et fut inhumée, dans l’église de Saint-Sulpice, le 12 septembre 1757, tel qu’il appert par l’acte mortuaire signé J. Matis, prêtred12)

Voilà, exposé aussi clairement et aussi nettement que nous l’avons pu, ce qu’ont été la vie et la carrière de François de Jordy Moreau de Cabanac, de 1685 à 1726, soit pendant un peu plus de quarante ans, dans la colonie du Canada. Ses états de service, comme ceux de son oncle, Joseph de Jordy de Cabanac, ont été considérables et vraiment profitables au pays J1’) Créé chevalier de Saint-Louis en juin 1717, major commandant à Trois-Rivières de 1720 à 1726, il a tenu un rôle important dans les activités du temps et a été justement distingué et honoré. Nous verrons en son lieu que sa descendance, quoique par la force des choses tombée en roture, s’est toutefois maintenue. Ceux qui ont de son sang dans leurs veines, même à la sixième ou septième génération, ont droit d’être fiers de cet ancêtre et d’honorer sa mémoire.

(12) Jean Matis, né en France, au diocèse de Reims, le 30 mai 1701, sulpicien, ordonné prêtre en 1726 et venu au Canada la même année. Il a été curé à Sainte-Anne de Bellevue, à Saint-Lambert (Montréal), à Louiseville et à Saint-Sulpice (1757-1768).

(13) 'L’Alphabet Laffilard (note 7 du chapitre précédent) donne comme suit, ce qui concorde avec ce que nous venons de voir, les états de service de François de Jordy Moreau de Cabanac; cadet à Besançon en 1683; lieutenant au Canada en 1685; capitaine réformé en 1692; garde-marine en 1692; capitaine (à la tête d’une compagnie) en 1697; chevalier de Saint-Louis le 28 juin 1718; major à Trois-Rivières le 7 mai 1720; mort à Trois-Rivières en février 1726.

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