CHAPITRE SEPTIÈME
La descendance de Joseph de Jordy de Cabanac et de Madeleine Pezard de la Touche
ONZE enfants sont nés du mariage de Joseph de Jordy de Cabanac et de Madeleine Pezard de la Touche-Champlain, célébré, dans l’église de Champlain, devant le curé Dufournel, le 22 novembre 1691. En voici la liste complète, avec les dates — celles que nous connaissons — de leur naissance et de leur mort à chacun, comme aussi avec les noms de leurs parrain et marraine à chacun:
1° Marie-Françoise, née à Champlain le 23 septembre 1692, qui fut baptisée, le lendemain, dans l’église de cette paroisse. Son parrain fut François de Jordy Moreau, son cousin, lieutenant de marine, représenté au baptême par Etienne de la Touche, le frère de sa mère. Sa marraine fut sa tante, soeur de sa mère, Marie Pezard de la Touche. Marie-Françoise mourut en France, nous ignorons à quelle date.
2° Marie-Thérèse, née à Champlain, qui fut baptisée le 21 novembre 1693 dans l’église de cette paroisse. Son parrain fut son oncle Etienne Pezard de la Touche et sa marraine sa tante Thérèse Pezard de la Touche. Marie-Thérèse mourut à 31 ans et fut inhumée à Champlain le 24 juillet 1724. Comme le curé du temps, M. Bouquin, avait omis par distraction sans doute d’écrire dans son registre l’acte de ce baptême, le
grand-vicaire Geoffroy, plus tard, en 1703, le consigna dans le livre de paroisse et le certifia.
3° Melchior, l’aîné des garçons (Cabanac l’aîné), qui fut baptisé à Champlain le 15 janvier 1695. Son parrain fut son oncle paternel, Melchior de Cabanac, seigneur de Grandchamp, écuyer du roi à Versailles, représenté au baptême par son grand-père maternel, Etienne Pezard de la Touche, seigneur de Champlain. Sa marraine fut sa grand’mère maternelle, Madeleine de Mullois, épouse du seigneur de Champlain. Melchior de Cabanac, dit Cabanac l’aîné, mourut à 68 ans et fut inhumé à Trois-Rivières le 5 avril 1763.
4° Marie-Madeleine, la troisième fille, qui fut baptisée à. Champlain le 20 novembre 1696. Son parrain fut le sieur Turcot, bailly de Champlain, et sa marraine fut sa grand’mère maternelle, Madeleine de Mullois, dite (pour la première fois au registre) veuve d’Etienne de la Touche-Champlain. Marie- Madeleine mourut en France, comme sa soeur Marie-Françoise, nous ignorons à quelle date.
5 ° Louise-Marguerite, la quatrième fille, née à Champlain le 4 janvier 1698, qui fut baptisée, le lendemain, dans l’église de cette paroisse. Son parrain fut le sieur Alexandre Berthier, officier dans les trouoes de Sa Majesté, et sa marraine fut Marguerite Le Gardeur, femme de Grois. Louise-Marguerite mourut à 21 ans, à Montréal, le 4 mai 1719.
6° Louise, la cinquième fille, née à Champlain le 12 septembre 1699, qui fut baptisée le 16 du même mois, dans l’église de cette paroisse. Son parrain fut M. de Callières, gouverneur de la Nouvelle-France, représenté au baptême par M. de Ramesay, seigneur de Sorel et commandant des troupes de la marine. Sa marraine fut Marie-Charlotte Denis, femme de M. de Ramesay. Louise, mariée en février 1735 à Jean-Baptiste Gaillard, décéda à Québec, à 43 ans, et fut inhumée à Québec aussi le 16 janvier 1743.
7 Joseph, le deuxième garçon (sieur de Cabanac) , qui fut baptisé, à Champlain, le 2 octobre 1700. Son parrain fut Pierre de Saint-Ours, écuyer, seigneur de Saint-Ours, et sa marraine, sa tante maternelle, Marie Pezard de la Touche. Joseph, dit sieur de Cabanac, mourut, à 36 ans, à Montréal, où il fut inhumé le 18 mai 1737.
8 Geneviève, la sixième fille, qui fut baptisée à Trois- Rivières, le 13 avril 1702. Son parrain fut le sieur René de Tonnancourt, procureur du roi, de la juridiction de Trois- Rivières, et sa marraine Madeleine Benassis, veuve d’Etienne Seigneuret, sieur de l’Isle. Geneviève, mariée en octobre 1730 à Charles-François Gaillard, décéda à Québec à 51 ans, et fut inhumée à Québec également le 20 février 1754.
9 François, le troisième garçon (Saint-Georges Cabanac) né et ondoyé le 3 décembre 1703, qui fut suppléé des cérémonies du baptême, le 1 1 février 1704, à Champlain. Son parrain fut M. de Beaunarnois, intendant du roi en Nouvelle- France, représenté à la cérémonie par le sieur Jean-Baptiste (!) de Jordy (il s’agit sans doute de François de Jordy Moreau, neveu de son père) , et sa marraine fut sa grand’mère maternelle, Madeleine de Mullois, veuve du seigneur de la Touche- Champlain. François, dit Saint-Georges Cabanac, marié en janvier 1734 à Thérèse de Tonty, dont il eut neuf enfants, mourut au fort Frontenac (Kingston) le 3 juillet 1754, à 50 ans.
1 0 ° Marie, la septième fille, qui est née et fut baptisée, à Champlain, le 22 mars 1705. Son parrain fut Melchior de Jordy de Cabanac, son frère, et sa marraine Marie Pezard de la Touche, sa tante. Marie mourut à 4 ans, à Champlain, et y fut inhumée le 30 novembre 1708.
1 1 ° Agnès- Angélique, la huitième fille, qui fut baptisée à Champlain, le 3 1 juillet 1707, par le curé Flazeur-Delorme, qui fut aussi son parrain. Sa marraine fut Marguerite Le Gar-
deur, femme de Grois. Agnès- Angélique mourut à 16 ans, à Champlain le 4 septembre 1723.
De cette simple énumération une conclusion se dégage déjà qui nous amène à constater que la famille de Joseph de Jordy de Cabanac et de Madeleine Pezard de la Touche, coseigneurs de Champlain, jouissait évidemment dans la colonie d’une haute considération. Gouverneurs et intendants, personnages du monde militaire et de la vie civile, hommes en vue et femmes de premier rang étaient appelés et acceptaient volontiers de tenir les enfants de ces distingués époux sur les fonts baptismaux. Cela signifie clairement que, à la noblesse de naissance, les seigneurs de Champlain ajoutaient de solides vertus sociales qui leur permettaient de soutenir et de maintenir leur rang et leurs traditions. C’est du reste une constatation que la suite des événements doit, au moins pour un temps, nous rendre de plus en plus évidente.
Entre 1692 et 1707, onze enfants donc, huit filles et trois garçons, étaient issus de ce mariage de 1691, dont nous avons à nous occuper dans ce chapitre. Voyons d’abord ce que la tradition ou les documents nous apprennent au sujet des filles. Nous en viendrons ensuite aux héritiers du nom.
De Marie-Françoise (No 1) et de Marie-Madeleine (No
4) , nous n’avons presque rien à dire, parce que nous ne savons à peu près rien. Elles moururent en France, c’est tout ce que nous en connaissons. Nous ignorons si elles se marièrent làbas et si elles élevèrent des familles. Nous ignorons même la date de leur mort à chacune. Marie-Thérèse (No 2), morte à 31 ans à Champlain en juillet 1724, Louise-Marguerite (No
5) , morte à 21 ans à Montréal en mai 1719, et Agnès- Angélique (No 11), morte à 16 ans à Champlain en septembre 1723, sont décédées célibataires et, par conséquent, n’ont pas élevé de famille. Quant à Marie (No 10), morte à 4 ans à Champlain en novembre 1708, cela va de soi. Deux filles seulement, sur les huit, se sont mariées, Louise (No 6) et Gene-
viève (No 8), et toutes les deux aux deux frères, Jean-Baptiste Gaillard et Charles-François Gaillard. Nous allons en parler tantôt. Auparavant, nous avons une note intéressante et bien significative à souligner au sujet de deux des six autres, Agnès- Angélique (No 11), morte à 16 ans en septembre 1723, et Marie-Thérèse (No 2), morte à 31 ans en juillet 1724. Elles sont décédées toutes les deux, avons-nous dit, à Champlain. C’était au temps du curé André Jorian, qui fut en charge de cette paroisse de 1722 à 1728. Or, dans la rédaction de l’acte de leur sépulture à chacune, le curé a pris soin de consigner explicitement que l’une et l’autre, Agnès-Angélique et Marie- Thérèse, "sont mortes avec toutes les marques des âmes prédestinées’’. C’est là, nous semble-t-il, un beau témoignage, qu’il nous convenait de noter, qui met en relief l’esprit chrétien et les belles vertus dont on s’honorait dans cette famille seigneuriale.
Des deux qui se sont mariées, Louise (No 6) et Geneviève (No 8), aux deux frères Gaillard, c’est Geneviève qui convola la première, quoique plus jeune que l’autre. Le 20 octobre 1730, Geneviève épousait, à Québec, Charles-François Gaillard. Un peu plus de quatre ans plus tard, le 7 février 1735, Louise épousait, à Québec également, Jean-Baptiste Gaillard, frère du précédent.
Les Gaillards étaient seigneurs de l’île d’Orléans, érigée en seigneurie, sous le titre de comté noble de Saint-Laurent, en 1675, en faveur de François Berthelot, lequel d’ailleurs continua de vivre en France et ne vint jamais au Canada. Guillaume Gaillard, le premier du nom dans la colonie, dont la femme s’appelait Marie-Catherine Nepveu, et qui était comme Champlain originaire de la Saintonge, s’était établi à Québec, en qualité de marchand, avant 1690. Il avait réussi dans son commerce et s’était acquis une jolie fortune. En 1710, il devenait membre du Conseil Supérieur à Québec, et, deux ans après, il achetait de François Berthelot, pour la somme de
24,000 livres, la seigneurie de Saint-Laurent de l’île d’Orléans. De son mariage avec Marie-Catherine Nepveu sont nés treize enfants, dont les plus connus sont: Joseph- Ambroise, ordonné prêtre en 1726, par Mgr de Saint- Vallier, et mort curé de Lanoraie en 1771, qui fut chanoine de Québec; Charles-François, qui portait le titre de seigneur de l’île d’Orléans, qui épousa Geneviève de Cabanac en octobre 1730 et qui mourut à Québec en mai 1736; et Jean-Baptiste, qui fut comme son père membre du Conseil Supérieur, qui épousa Louise de Cabanac en février 1735 et qui mourut à Québec en février 1742. Ces Gaillards, seigneurs de Saint-Laurent de l’île d’Orléans étaient donc, eux aussi, d’une famille qui, comme celle des de Jordy de Cabanac, tenait un rang élevé dans la vie sociale de la jeune colonie du Canada. Ajoutons, pour être plus complet, que deux des filles de Guillaume Gaillard et de Marie-Catherine Nepveu, les soeurs de Joseph- Ambroise, de Charles-François et de Jean-Baptiste, entrèrent chez les Ursulines de Québec et devinrent religieuses, l’une, Marie-Louise, sous le nom de Soeur de la Saint-Vierge, l’autre, Louise-Claire, sous le nom de Soeur Saint-Thomas.
M. le chanoine Cloutier, dans son Histoire de Champlain, raconte un incident de la vie du marchand-seigneur Guillaume Gaillard, qui permet de la rattacher à une propriété bien connue dans la grande histoire. C’est lui, ce Guillaume Gaillard, qui aurait servi de prête-nom à l’intendant Bégon (le huitième intendant de la Nouvelle-France de 1712 à 1726) pour acquérir, en 1718, de Françoise Duquet, veuve d’Olivier Morel de la Durantaye, le fief de Grandpré, dans la seigneurie de Notre-Dame des Anges, où Bégon fit bâtir une maison assez importante, qui est devenue, par le changement de Bégon en Bigot, le légendaire et trop fameux château BigotA1)
A son mariage avec Geneviève de Jordy de Cabanac, le 30 octobre 1730, Charles-Franç ois Gaillard, seigneur de l’île
(1) Histoire de Champlain, Vol. II, p. 155.
d’Orléans, donne en douaire à sa femme 12,000 livres, avec en plus un préciput (avantage à l’époux survivant) de 3,000 livres. De même, son frère, Jean-Baptiste Gaillard, bientôt membre du Conseil Supérieur , assure à sa femme Louise de Jordy de Cabanac, en l’épousant le 7 février 173 5, un douaire de 10,000 livres et un préciput de 2,000 livres.
Aux deux contrats de ces mariages, tous les deux passés à Québec, en 1730 ou en 1735, on trouve les signatures des personnages les plus considérables du temps. Qu’il nous suffise de relever les noms qui apparaissent dans le deuxième contrat, celui de Jean-Baptiste Gaillard et de Louise de Jordy, passé devant le notaire Riché, en la maison du sieur Charles-François Gaillard (le mari de Geneviève de Jordy) à Québec, le 7 février 1735. Ce sont ceux du gouverneur de Beauharnois, de l’intendant Hocquart, de Louis Rouer, sieur d’Artigny, de Verrier, procureur général, de Boucault, conseiller, de Bricaut de Valmur, secrétaire de l’intendance, de Bernier, chirurgien de l'Hôtel- Dieu, de Jean-Baptiste de Saint-Ours, chevalier de Saint-Louis, de Gaspard Chaussegros de Lery, ingénieur en chef, de Hugues- Jacques Péan, sieur de Linaudière, chevalier de Saint-Louis, commandant au Détroit, de Charles-François Gaillard, frère de l’époux, et de Melchior de Jordy, sieur de Cabanac, frère de l’épouse.
Charles-François Gaillard, nous l’avons dit, décéda et fut inhumé à Québec le 2 mai 1736. Sa veuve, Geneviève de Jordy mourut et fut inhumée, à Québec également, le 20 février 1754. Jean-Baptiste Gaillard décéda et fut inhumé lui aussi à Québec le 9 février 1742, et sa femme, Louise de Jordy, qui ne lui survécut qu’un an, mourut et fut inhumée à Québec pareillement le 18 janvier 1743.
Nous ignorons s’il naquit des enfants du premier de ces mariages, celui de Charles-François et de Geneviève, mais nous savons que cinq sont nés du second, celui de Jean-Baptiste et
de Louise, c’est à savoir: Louise-Marguerite, Louis- Joseph, Guillaume, Marie-Catherine et Jean-Baptiste. Orphelins très jeunes, puisque leurs parents mariés en 1735 moururent en 1742 et en 1743, ils furent confiés à la tutelle de leur oncle, le chanoine-curé Joseph- Ambroise Gaillard.
Comme au reste il ne s’agissait plus des de Jordy de Cabanac, puisque les filles changent de nom en se mariant, mais des Gaillards, seigneurs de l’île d’Orléans, il n’a pas paru dans le cadre de ce travail de poursuivre plus outre les recherches à leur sujet.
Sur les trois fils nés du mariage de Joseph de Jordy de Cabanac et de Madeleine Pezard de la Touche-Champlain, contracté à Champlain le 22 novembre 1691, Melchior, dit Cabanac l’aîné, Joseph, dit sieur de Cabanac, et François, deux sont morts célibataires et un seul s’est marié, le plus jeune des trois, François, dit Saint-Georges Cabanac.
On se souvient que Melchior, qu’on appelait Cabanac l’aîné, parce qu’il était le plus vieux des garçons, et qui fut baptisé à Champlain le 15 janvier 1695, avait eu pour parrain son oncle paternel, Melchior de Jordy de Cabanac, seigneur de Grandchamp, premier écuyer du roi, qui vivait à la cour de Versailles. Celui-ci avait été représenté au baptême par le premier seigneur de la Touche-Champlain, grand-père maternel de l’enfant. C’est même là, nous l’avons noté, l’une des circonstances particulières qui nous permettent de constater et d’affirmer avec certitude la filiation des de Jordy canadiens de ceux de France dont nous avons résumé l’histoire au début de ce livre. En sa qualité de fils aîné, il était, ce Melchior de Cabanac, né en 1695, le premier en droit d’hériter du titre nobiliaire de sa famille. Sa carrière nous est suffisamment connue — ce fut naturellement celle des armes, comme il le devait à son nom et à son rang — pour que nous en puissions parler avec avantage.
Nous avons vu plus haut, au chapitre cinquième, consacré à Joseph de Jordy de Cabanac, que, au mois de juin 1712, Sa Majesté le roi, en accordant à ce méritant officier la majorité de Trois-Rivières, avait bien voulu également gratifier son fils Melchior d’une expectative d’enseigne. C’était pour Melchior, alors âgé seulement de 1 7 ans, un premier pas dans la voie des promotions et des honneurs. Trois ans plus tard, en 1715, il était effectivement pourvu du titre d’enseigne dans les troupes de la marine. Il fut promu lieutenant en 1727 et reçut le grade de capitaine en 1742. Dans sa liste des officiers de guerre qui servent en Canada d’octobre 1722, le gouverneur de Vaudreuil, en le rajeunissant de quatre ans, le note ainsi: "Le sieur Déjordis Cabanac, âgé de 22 ans. Il est en état de servir. Il s’acquitte bien de son devoir en ce qui regarde le service et il a d’ailleurs une bonne conduite.”
A titre de fils aîné toujours, tout en poursuivant sa carrière militaire, Melchior, après la mort de son père arrivée en avril 1713, dut s’occuper aussi, avec sa mère, Madame de Cabanac, la veuve de Joseph, laquelle ne mourut que vers 1746, de l’administration des seigneuries de Champlain et de Cabanac (sur le Richelieu) . A cause des moyens précaires dont disposaient les seigneurs de la colonie à cette époque, ils étaient obligés à de continuelles sollicitations auprès du roi pour avoir des subsides ou des pensions, et c’était une tâche assez onéreuse. Melchior dut se donner à cette tâche, au pays du moins, d’autant plus activement que Madame de Cabanac, sa mère, pendant ses longues années de viduité — de 1713 à 1746 — fit des séjours prolongés en France. Plusieurs de ses filles l’accompagnèrent dans ces divers voyages. Deux au moins, Marie-Françoise et Marie- Madeleine, nous l’avons déjà vu, sont mortes en France précisément. Nous avons, à ce sujet des voyages de Madame de Cabanac en France, un point d’histoire intéressant, mais assez embrouillé. Il vaut qu’on s’y arrête.
(2) Voir Bulletin des Recherches Historiques, avril 1930, p. 214.
Il semble bien, quoique ce ne soit pas très clair, que Madame de Cabanac, née de la Touche-Champlain, se trouvait en France en 1720, qu’elle y était encore en 1725 et peut-être aussi en 1730. Voici ce sur quoi nous nous appuyons pour l’affirmer. Nous savons, par une lettre, qui nous a été communiquée à la bibliothèque Saint-Sulpice de Montréal — lettre non datée, mais signée "Champlain de Cabanac”, qui est sûrement de Madame veuve Cabanac — qu’elle s’était adressée un jour à Madame d’Aillebout d’Argenteuil, de Paris même et à Paris, au moment où celle-ci partait pour le Canada, lui écrivant "qu’elle était au désespoir de ne pouvoir pas partir
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Lettre de Mme Champlain de Cabanac
avec elle”, et que, dans cette même lettre, elle parlait de l’une de ses filles qui était alors avec elle à Paris/3) Or, c’est en
(3) Voici cette lettre, signée “Champlain de Cabanac”, adressée à Madame d’Aillebout en 1720. Nous la reproduisons telle quelle, avec son orthographe fantaisiste. Madeleine de la Touche avait pourtant étudié chez les Ursulines de Québec! Ses études sans doute n’avaient pas été longues, ou bien elle avait passablement oublié les leçons de ses maîtresses. Lisons tou-
1720, nous le savons par l’histoire, que Madame d’Aillcbout d’Argenteuil s’embarqua ou se rembarqua pour le Canada. De plus, il appert, par un document qu’on peut consulter aux archives canadiennes, que, le 5 juin 1725, le ministre du roi écrit aux autorités maritimes de La Rochelle "de faire partir le vaisseau sans attendre Madame de Cabanac et sa fille’’. Enfin, nous lisons ailleurs, dans un autre rapport des archives, que, le 2 mai 1730, un passage du Canada en France est accordé par les autorités de la colonie "aux trois filles de Madame de Cabanac et à sa soeur Marie Pezard de la Touche”. N’allaient-elles pas peut-être retrouver Madame de Cabanac en France? En tout cas, nous savons encore, par les archives canadiennes toujours, que, en 1727, la seigneuresse de Champlain, afin de subvenir aux pressants besoins de sa nombreuse famille, sollicitait une pension sur le trésor royal. Le roi finit par faire droit à sa demande, accorda à ses fils des promotions et des congés pour qu’ils pûssent s’occuper de la traite des fourrures et octroya aussi, à la distribution des grâces de 1730, une somme de 600 livres à l’une de ses filles nommée simplement Mlle de Cabanac/F Pour mener à bon terme ces diverses sollicitations, il nous paraît que Madame de Cabanac avait avantage à séjourner à Paris. D’où nous pouvons conclure qu’elle dut prolonger ses absences du Canada. On pourrait aussi penser que, de 1720 à 1730, et même après, elle fit plusieurs voyages. Mais, en avait-elle le moyen? Dans son dictionnaire généalogique, Tanguay écrit que Madame de Cabanac est morte en
jours. “J'arrive, Madame, de chez le révérend père Du fresne, écrit-elle, où j’ay esté ausy tost que ma fille est arrivée de chet nous. Il est allé à la campagne jusque après demain, ce cuy (qui) me met au désespoir. J’envoye hier un coche pour sçavoir s’il y aurait de la place. Point du tout, l’on m’envoye dire qu’el sont retenue pour quinze jour. Jugez de l’estât où je me trouve tant par raport à vous ce (qu’à) moy. Sy Dieu ne me soutenait, je croy que je mourais de chagrin. Il est mestre (maître) de ma destinée. Je partyrai à la fin de la semaine quy vient et vous trouverai à la Rochelle, quand je devrais prendre une chaise. Car je m’en retourne à quelque pry que ce soit. Je ne résisterais pas à un pareil chagrin. Adieu, Madame, je suis votre très humble et très obéissante servante. — Si ma fille estait en estât de retourner chez nous, elle yrait elle-même, ou moy, mais nous ne pouvons plus. Je suis au désespoir de ne pas partyr avec vous.”
(signé) “Champlain de Cabanac.”
(4) Voir Archives canadiennes (de 1904), Série F., vol. 58, passvm.
France, parce qu’il n’a retrouvé nulle part au Canada son acte de sépulture. Nous ne l’avons pas retrouvé nous non plus. Elle fut marraine à Montréal (Madame veuve de Cabanac née Champlain, dit l’acte) le 22 août 1735. Mais il semble que ce fut par procuration. Un acte de notariété du 16 novembre 1746, nous apprend deux choses, c’est qu’elle avait reçu une pension du roi et qu’elle était maintenant décédée, puisque sa succession demandait le partage des arrérages de cette pension et qu’on y établit le nombre des enfants survivants de feu Joseph de Cabanac et de feu Madeleine Pezard sa femme.*^5 6) Le 18 décembre de la même année, Mgr de Pontbriand, passant en visite pastorale à Champlain, par son grandvicaire Richard, assigne Madame de Cabanac pour savoir de quel droit elle a fait placer deux chaises et deux prie-Dieu en ligne parallèle avec le banc seigneurial. Mais, c’est 1 une de ses filles qui répondit pour elle.v<l) Le fait qu’on ne retrouve pas au Canada l’acte de sépulture d’une personne de cette condition, à Champlain ou ailleurs, et que Mgr de Pontbriand ignore sa mort, alors qu’elle est dûment constatée un mois aupa-
(5) C’est dans les documents du greffe de Québec que l'on trouve eet acte de notariété du 10 novembre 1746. Cabanac l’aîné demandait, pour lui et les siens, à toucher les arrérages dus sur la pension de sa mère défunte. Un certain nombre de citoyens étaient appelés à attester officiellement quels étaient les enfants survivants de feu Joseph de .Jordy et de feu Madeleine Pezard sa femme qui auraient à se partager cette somme due par le trésor public. Furent présents : Claude-Antoine Bermen, seigneur de la Martinière, capitaine de la marine, Guillaume Estève, du Conseil Supérieur, Antoine Briault, chirurgien de l’Hôtel-Dieu, Jean-Louis Maniel, sieur de Pontoise, Gabriel Aubin de l’Isle, écrivain du roi, Thomas Fleury de la Ganière, lieutenant de maréchaussée, Boucault de Godefus, notaire de la prévôté. Us déclarèrent et attestèrent unanimement qu’ils ne connaissaient pas d’autres enfants de feu Joseph de Jordy et de feu Madeleine Pezard que Melchior (Cabanac l’aîné), capitaine, François (Saint-Georges Cabanac), capitaine et commandant au fort Frontenac, et Geneviève, veuve de Charles-François Gaillard. C’étaient les seuls, en effet, qui restaient, au moins au Canada. Les deux filles qui sont mortes en France, Marie-Françoise et Marie-Madeleine, étaient peut-être décédées en 1740. Cette déclaration semble l’indiquer. Pour ceux du Canada, nous savons que six étaient morts à cette époque : Marie-Thérèse en 1724, Louise-Mai guerite en 1719, Louise (femme de Jean- Baptiste Gaillard) en 1743, Joseph en 1737, Marie en 170S et Agnès-Angélique en 1723. Il ne restait donc que Melchior, François et Geneviève. - — Voir Panet: archives judiciaires de Québec. —
(6) Histoire de Champlain, Vol. I, p. 332.
ravant dans un acte officiel, nous incline à croire, nous aussi, que Madame de Cabanac est morte en France au cours de l’année 1746, trente-trois ans après son mari. Ce qui est certain, si elle n’y est pas décédée, c’est qu’elle vécut beaucoup en France et que, par suite, son fils aîné, Melchior, comme nous disions, eut à s’occuper des affaires de la famille au Canada. Et cela nous ramène à l’histoire propre du dit Melchior ou Cabanac l’aîné.
D’après le rapport Collet de 1721, Madame veuve de Cabanac et son fils Melchior avaient fait, à cette date, onze concessions sur leur fief Cabanac du Richelieu. Un peu plus tard, le 30 janvier 1723, Melchior de Cabanac ou Cabanac l’aîné rend foi et hommage, au château Saint-Louis, pour ce fief Cabanac du Richelieu, au nom de sa mère qui est en France èt de ses frères et soeurs. C’est apparemment la dernière fois qu’il est question, dans les pièces officielles, du fief Cabanac. On n’avait guère pu, par pénurie de moyens, y établir des habitants et des censitaires et sans doute il ne rapportait pas beaucoup de revenus. On l’abandonna pratiquement. Il fut englobé dans le fief Cournoyer et dans le fief Saint-Charles, ses voisins, et on n’en parla plus.
Cabanac l’aîné continuait, par ailleurs, sa vie d’officier et poursuivait sa carrière militaire. A cause de son rang et de sa situation , il avait de temps en temps, sans aucun doute, à prendre part aux conseils et aux discussions d’intérêt public, selon la coutume de l’époque pour les officiers de son grade. Lieutenant de marine en 1727, il fut promu capitaine, avons-nous dit, en 1742.
Le 12 août 1746, le capitaine Melchior de Cabanac, d’après les archives canadiennes, assiste, au château Saint-Louis, à une importante assemblée des officiers et des notables de Québec. On délibéra sur l’opportunité de continuer ou d’arrêter les travaux des fortifications de la ville. M. de Maurepas, le ministre du roi à Versailles, avait exprimé l’avis que ça n’était pas néces-
saire et que, si les travaux se continuaient, ils seraient à la charge des habitants de Québec. Les opinions, à l’assemblée du 12 août, furent divergentes. Les civils et les marchands opinaient pour la cessation des travaux, même pour la démolition de ce qui était fait. D’autres voulaient suspendre les travaux jusqu’à nouvel ordre de Sa Majesté. Les militaires, dont Cabanac l’aîné, estimaient qu’il fallait les continuer. Nous croyons que c’est ce dernier avis qui prévalut.
Il n’y a pas de doute que Melchior de Cabanac ou Cabanac l’aîné qui est mort, à Trois-Rivières, à 62 ans, en avril 1763, l’année même de la cession du Canada à l’Angleterre par le traité de Paris et trois ans après les dernières luttes du régime français, et qui ne s’est jamais marié, pour être plus libre au service du roi et du pays évidemment, prit part à toutes les batailles de ces années héroïques, jusque sous Montcalm et Lévis vers 1758. Dès 1751 et 1752, il était à Louisbourg, dans l’Ile Royale, aujourd’hui le Cap-Breton, en Nouvelle-Ecosse. Deux documents en font foi.
Le comte de Raymond écrit de Louisbourg, au ministre du roi, Maurepas, le 12 octobre 1751: "M. Franquet ayant fini entièrement le 25 du mois dernier au soir les mémoires et plans qu’il vous a envoyés, M. de Cabanac a profité le 27 au matin d un vent favorable pour sortir de ce port et s’en retourner en France. Je 1 ay comblé de politesse pendant son séjour icy • • •” L’année suivante, le 12 juillet, Charles- Joseph d’Aillebout écrit au même ministre Maurepas: "Ld Renommée est arrivée hier avec deux compagnies (à Louisbourg) , celle de Raymond et celle de Cabanac 1 aine . . . On a heu de croire cependant que ces compagnies de Raymond et de Cabanac n’appartenaient pas à 1 Ile Royale, elles y étaient seulement prêtées et comme en passant, et elles étaient toutes deux plutôt du Canada, nous voulons dire qu’elles relevaient du gouverneur de Québec. Melchior de Cabanac toutefois parait avoir séjourné assez longtemps en Acadie. D’après une lettre de Mgr de
Pontbriand, citée dans l’Histoire de Champlain, il n’était pas encore de retour de Elle Royale en mai 1755. C7 8)
En tout cas, il méritait beaucoup de son roi et de son pays. Le 1 5 mai 1752, le marquis de La Jonquière, qui fut notre seizième gouverneur de la Nouvelle-France de 1749 à 1752, pour l’en récompenser, le proposa, avec trois autres capitaines, pour la croix de Saint-Louis. Il ne l’obtint pas cependant cette fois-là. C’est six ans plus tard, sous M. de Vaudreuil et au temps de Montcalm, en 1758, que le roi Louis XV le fit chevalier de Saint-Louis, en lui accordant la demi-solde pour pension. "J’ai proposé au roi, écrit le ministre Maurepas, la demande de M. le marquis de Vaudreuil, au sujet des sieurs de Cabanac et de Boucherville, capitaines dans les troupes au Canada. Sa Majesté a bien voulu leur accorder la croix de Saint-Louis et la demi-solde. Je joins ici la croix avec les rubans et les ordres du roi pour leur réception . . Il s’agit
évidemment de Melchior, dit Cabanac l’aîné, car son frère Joseph, dit sieur de Cabanac, était mort en 1737, et son frère François, dit Saint-Georges Cabanac, était mort aussi, quatre ans auparavant, en 1754, au fort Frontenac.
Nous n’avons pas d’autres détails sur les hauts faits et les mérites du capitaine Melchior de Cabanac. Mais, étant donné son caractère, sa situation, son grade, son état de célibataire, il est à peu près sûr, qu’il connut, au moins dans les premiers temps, tous les champs de bataille où se sont illustrés Montcalm, Lévis, Bougainville et BourlamaqueV'* Comme ceux de
(7) Histoire de Champlain, Vol. II, p. 160.
(8) Archives canadiennes, série B., vol. 107, p. 116.
(0) Ce sont les quatre grands noms de nos fastes militaires des dernières années de la domination française au Canada. Le marquis de Montcalm, né en 1712, vint au pays comme commandant général des troupes du roi en 1756. Il est célèbre par ‘les victoires de Carillon, d’Oswégo et autres. Il fut défait aux Plaines d’ Abraham le 13 septembre 1759, et, blessé sur le champ de bataille, il mourut en pleine gloire ce jour-là même. Le chevalier de Lévis, né en 1720, vint au Canada avec Montcalm en 1756, partagea ses succès et ses revers, le vengea à la bataille de Sainte-Foy en 1760, brûla ses drapeaux au lieu de les rendre à File Sainte-Hélène devant Montréal. Il repassa ensuite dans la mère-patrie, se distingua encore, fut maréchal de France en 1783, duc et pair l’année suivante et mourut eu 1787. Bougainville, né en 172o', célèbre navigateur, suivit chez nous Montcalm et Lévis en 1756, les
nombre d’autres officiers de second rang, le nom de Cabanac l’aîné et celui de François, son frère, dont nous parlerons bientôt, ont pu rester un peu dans l’ombre. Ces braves officiers n’en ont pas eu pour cela moins de mérite. Cabanac 1 aîné vécut à une époque héroïque et tout indique qu’il en fut digne. L’on voit, par une lettre de Vaudreuil au ministre, qui est du 30 octobre 1757, qu’il demande la mise à la retraite du capitaine de Cabanac (Melchior) à cause de ses infirmités. Mais les réponses ne venaient pas vite alors et Melchior dut servir encore quelque temps.
Il mourut à Trois-Rivières, nous l’avons dit, en avril 1763, et il y fut inhumé, le 5 de ce mois, dans le cimetière de cette paroisse, par le Père récollet Joseph Carpentier. Voici l’acte de sa sépulture: "L’an mil sept cent soixante-trois, le cinq avril, a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse, par nous missionnaire des Trois-Rivières, le corps d’écuyer sieur Melchior de Cabanac, chevalier de l’ordre militaire de Saint- Louis, capitaine réformé- des troupes de la marine, âgé d’environ soixante et six ans (il en avait 68) . Le dit enterrement fait en présence de plusieurs paroissiens. En foi de quoi nous avons signé le présent acte même jour et an susdit. (signé) Joseph Carpentier, R.”
Joseph de Jordy de Cabanac, appelé souvent le sieur de Cabanac, frère du précédent, de cinq ans plus jeune que lui, le deuxième garçon né du mariage de Joseph de Jordy de Cabanac et de Madeleine Pezard de la Touche-Champlain, était né à Champlain et y avait été baptisé le 2 octobre 1700, avec, comme parrain et marraine, M. de Saint-Ours et Marie Pezard de la Touche. Il suivit, comme son aîné, la carrière
seconda brillamment. Il repassa en France après 1760, s’illustra par un voyage autour du monde, publia un mémoire important sur l’état de la Nouvelle-France en 1757 et mourut en 1811. Bourlamaque, arrivé au pays avec les trois précédents en 1756, colonel d’infanterie, très brave et habile,* se distingua hautement à l’Ile-aux-Noix, à Montmorency, à Sainte-Foy. Repassé en France lui aussi, après 1760, il devint plus tard gouverneur de la Guadelouppe, où il mourut en 1764.
des armes et s’y distingua à son tour. En 1716 il était enseigne en pied et il fut promu lieutenant en 1733. Dans sa liste des officiers servant au Canada d’octobre 1722, M. de Vaudreuil, qui ne lui donne que 20 ans alors qu’il en a 22, dit de lui: "Le sieur chevalier de Cabanac, âgé de 20 ans. Il est de bonne volonté et est en état de servir.’ ’(!0) Au mariage de son frère François, plus jeune que lui de trois ans, avec Thérèse de Tonty, à Montréal, le 18 janvier 1734, il est désigné dans l’acte sous le nom de 'Joseph de Jordy, sieur de Cabanac, frère de l’époux,” et signe lui-même "chevalier des Jordy”. Mort célibataire, comme son aîné Melchior, mais beaucoup plus jeune, à 36 ans, il n’eut pas le temps de s’illustrer autant. Mais son avancement, assez rapide pour l’époque, démontre qu’il promettait beaucoup. Il est mort le 16 mai 173 7, à l’ITôtel-Dieu de Montréal et fut inhumé, le 18, dans le cimetière de l’époque, par M. Jean Bouffandeau, prêtre de Saint- Sulpice, venu au Canada en 1702, qui fut curé de Rivière-des- Prairies (1703), de Lachine (1717), de Verchères (1724), de Terrebonne (1734), de Longue-Pointe (1735), et fut ensuite à Montréal jusqu’à sa mort, de 173 5 à 1747. Voici l’acte de sépulture du "sieur de Cabanac”: "L’an mil sept cent trente sept, le dix-huit de may, je, soussigné, Jean-Baptiste Bouffandeau, prêtre du Séminaire de Montréal, ay accompagné, avec les cérémonies ecclésiastiques ordinaires, le corps de Mr Joseph Desjordy, Sr de Cabana, lieutenant dans les troupes de Sa Majesté, décédé le seize du courant à l’hôtel Dieu de cette ville, de la paroisse chez les RR. p.p. Récollets, pour y être inhumé. Ont été présents M. de Clerimbert prêtre et Joseph Mangino.
(signé) Clerimbert, prêtre — Mangino — Jean Bouffandeau, ptre.”
François de Jordy de Cabanac, le neuvième enfant et le troisième garçon de Joseph de Jordy de Cabanac et de Madeleine Pezard de la Touche-Champlain, né en 1703, mort au
(10) Voir Bulletin des Recherches Historiques, avril 1930, p. 215.
fort Frontenac (Kingston) à l’âge de 50 ans, le 3 juillet 1754, est le seul des fils qui se soit marié et ait continué la lignée. C’est le dernier des onzes enfants de cette famille dont nous ayons à entretenir nos lecteurs. On le connaissait sous le nom de Saint-Georges Cabanac ou quelquefois sous celui de Cabanac Saint-Georges.
L’on se rappelle que, né le 3 décembre 1703, il fut suppléé des cérémonies du baptême, à Champlain, le 1 1 février 1704, par le sulpicien Louis Geoffroy, qui fut curé à Champlain de 1697 à 1707. Son parrain avait été l’intendant du roi, M. de Beauharnois, représenté à la cérémonie, dit l’acte, "par Jean-Baptiste Dejordis qui a été choisi pour lui servir de procureur en ce rencontre”. Evidemment, le curé fait erreur sur le nom. On ne connaît pas, vers ce temps, de Jean-Baptiste de Jordy. Ce doit être François de Jordy Moreau, le neveu de son père Joseph et son cousin, qui servit de procureur à M. de Beauharnois. La marraine fut la grand’mère maternelle, Madeleine de Mullois, veuve du seigneur Etienne de la Touche-Champlain.
De l’enfance, de la jeunesse et des études de François, comme d ailleurs de celles de Melchior et de Joseph ses frères, on ne sait à peu près rien. Ces fils de noblesse s’éduquaient le plus souvent à la maison et, en somme, ils ne faisaient que peu d.’études, se contentant du strict nécessaire pour embrasser la carrière des armes. A 21 ans, le 29 mai 1725, François recevait une commission d’enseigne en second avec pleine paie. On se souvient que sa mère était alors en France et s’occupait de pousser ses fils. Il faut croire que cette "pleine paie” n’était pas considérable. Une lettre de M. de Beauharnois, du 17 octobre 1733, remarque que Saint-Georges Cabanac ne peut passer en France parce que son état de fortune ne le lui permet pas. En avril 1736, le roi lui accorde une commission d’enseigne en pied. C était déjà mieux. Son frère Joseph étant mort en mai 1737, il reçoit sa lieutenance le 25 mars 1738. En 1744,
il était promu au grade de capitaine. Enfin, en novembre 1746, selon Panet, on le trouve capitaine commandant au fort Frontenacd11 *) C’est là qu’il mourut le 3 juillet 1754d12') A la suite de son mariage avec Thérèse de Tonty en janvier 1734, il habita Montréal, puis il alla vivre à Champlain en 1740, revint à Montréal, où la dernière de ses filles est née en août
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Le fort Frontenac (Kingston) où est mort Saint-Georges Cabanac en 1754
1745, et finalement alla, vers 1746, occuper son poste de commandant au fort Frontenac. On voit par là que, comme ses frères Melchior et Joseph, François a fourni, de 1725 à 1754, une utile et honorable carrière au service du roi et de la colonie du Canada.
(11) Acte de notariété, déjà cité à la note (5), p. 153.
(12) Panet, Archives judiciaires de Québec.
Le 18 janvier 1734, François de Jordy de Cabanac, alors âgé de 30 ans, épousait à Montréal Thérèse de Tonty, qui en avait alors 31. C’était la fille de feu Alphonse de Tonty, baron de Paludy, en son vivant commandant au poste de Pontchartrain à Détroit et de Marie-Anne Picoté de Bélestre.
Alphonse de Tonty, baron de Paludy, qui fut commandant au fort Pontchartrain à Détroit, d’abord de 1704 à 1706, puis de 1720 à 1727 date de sa mort, avait joué un rôle important dans l’histoire de son temps. En 1699, l’abbé de Saint-Cosme, qui fut plusieurs années missionnaire au Mississipi, écrivant à Mgr de Laval, pour lui rendre compte d’un voyage aux Arkansas, disait, au sujet de ce hardi découvreur et pionnier, à ce que raconte l’abbé Gosselin dans son Histoire de Mgr de S aint-V allier, des choses bien intéressantes. "M. de Tonty nous a conduits, mes compagnons et moi, écrivait ce missionnaire, jusqu’aux Arkansas, et il nous a facilité le chemin de plusieurs nations. Il n’a pas fait seulement son devoir comme un brave homme, mais aussi comme un zélé missionnaire, entrant dans toutes nos vues et exhortant partout les sauvages à nous écouter et à prier Dieu ... Il donnait l’exemple dans les exercices de dévotion que nous pouvions nous permettre et fréquentait souvent les sacrements . . . C’est d’ailleurs l’homme qui connaît le mieux le pays. Il a été deux fois à la mer (le Mississipi sans doute) et il est allé dans la profondeur des terres jusque chez les nations les plus éloignées. Si on faisait la découverte de ces pays (c’est-à-dire si on essayait de les coloniser et de les civiliser) je ne pense pas qu’on en pût confier l’administration à un homme plus expérimenté que lui.” (13) Dans sa liste des officiers en service au Canada d’octobre 1722, le gouverneur de Vaudreuil lui rendait ce témoignage: "Le sieur de Tonty, âgé de 63 ans. Il est fort attaché au service du roy, d’une conduite très régulière et fort capable pour commander dans un poste.”*'14)
(13) Vie de Mgr de 8 aint-V allier, pp. 16S et 169.
(14 et 15) Voir le Bulletin des Recherches Historiques, avril 1930, pp. 208 et 251. 11
Les Picoté de Bélestre étaient aussi de bonne race et de grande famille. Dans la liste de M. de Vaudreuil d’octobre 1722, citée plus haut, nous lisons cette note: " Le sieur de Bélestre, âgé de 45 ans. Il a très bien servi, mais il est devenu un peu infirme. Cependant, il est toujours de bonne vie, de bonnes moeurs et de bonne volonté.”^1’) Il s’agit, croyonsnous, de l’oncle ou peut-être du grand-père de Thérèse, que François Saint-Georges Cabanac épousait le 18 janvier 1734.
Deux jours auparavant, le 16, le contrat de mariage se signait, "dans la maison de la future épouse”, dont le père et la mère étaient déjà défunts, devant le notaire Raimbault. L’acte dit expressément, ce qui est aussi significatif qu’honorable, que ce mariage se fait "du consentement et avec l’agrément de M. le gouverneur de Beauharnois”. Saint-Georges Cabanac assurait à sa femme un douaire de 8000 livres, à prendre sur le plus clair de ses biens, avec, en plus, un préciput égal à la somme de 2000 livres. De son côté, Thérèse de Tonty apportait en dot sa maison, un vaste immeuble situé au coin nord-ouest des rues Notre-Dame et Saint-Gabriel à Montréal. (1(” C’est là que les époux vécurent de 1734 à 1740 et que naquirent leurs premiers enfants.
Le mariage eut lieu, le 18 janvier 1734, à l’église paroissiale de Ville-Marie (Notre-Dame) , devant le sulpicien Antoine Déat, qui a été le curé d’office de cette paroisse de 1730 à 1760. Voici l’acte conservé au registre: "Le dix-huitième jour du mois de janvier de l’an mil sept cent trente quatre, après la publication des trois bans, sans qu’il se soit rencontré aucun empêchement ny opposition, je soussigné, prêtre du Séminaire de Saint-Sulpice, faisant les fonctions curiales de Villemarie, ayant pris le mutuel consentement, par paroles de présent, (de) françois Dejordy, écuyer, sieur de Cabanac, officier dans les troupes du Détachement de la marine, âgé de trente ans, fils de feu Joseph Desjordy, écuyer, sieur de Cabanac, major de
(16) Mémoires de la Société Royale du Canada, mai 1921, étude de l’archiviste Massicotte.
la place et gouverneur des trois rivières, et de Dame Madeleine de la touche de Champlain, ses père et mère, d’une part, et d’aussy présente Damoiselle thérèse Tonty, âgée de trente et un ans, fille de feu Alphonse Tonty, écuyer, capitaine d’une compagnie du détachement de la Marine, et de deffunte Marieanne picoté de Bélêtre, ses père et mère, de cette paroisse, d’autre part; les ay marié selon les règles et coutumes observées dans la Sainte Eglise, en présence de Joseph Desjordy, écuyer, sieur de Cabanac, frère de l’époux, de messire Jean-Baptiste Deschaillons, écuyer, seigneur de St Ours, chevalier de l’ordre militaire de St Louis et lieutenant de roy de la ville et gouvernement de Québec, de Messire Jean-Baptiste Celoron, écuyer, sieur de Blainville, chevalier de l’ordre militaire de St Louis et premier capitaine des troupes de ce pays, de sieur Joseph Celoron, écuyer, lieutenant d’une compagnie et ayde major, et de plusieurs autres parens et amis des deux parties. — ”
(signé) "De Jordy de Cabanac — Thérèse Tonty — Celoron de Blainville — St Ours Dechaillon — marieanne de la marque, veuve tonty — pécaudie de Contrecoeur — Chevalier Dejordy — Marie Joseph Delisle Tonty — De Sabreuvois — (une signature illisible) — Blainville — Déat vie. (ou curé d’office) .”
D’après Panet, aux archives judiciaires de Québec, François Saint-Georges Cabanac est mort, nous l’avons vu, commandant au fort Frontenac, le 3 juillet 1754. V alphabet Laffilard, et Tanguay à sa suite, font mourir Melchior (Cabanac 1 aîné) en 1754 au fort Frontenac. Mais il y a là une confusion des noms. Nous avons l’acte de sépulture de Melchior, au registre de Trois-Rivières, qui est bien du 5 avril 1763. Comme il semble certain que l’un des Cabanac est mort en 1754, au fort Frontenac, ce ne peut être que François, qui y commandait sûrement en 1746. Nous ne savons pas d’une façon certaine quand et où est morte sa femme Thérèse de Tonty,
peut-être au fort Frontenac, plus probablement en France, à Tours, où elle aurait suivi son fils Joseph-Melchior, après 1760. En ce dernier cas, on s’explique mal cependant qu’elle ait laissé ses filles au Canada. Mais, en ces temps difficiles, nombre de choses s’expliquent difficilement.
Du mariage de François Saint-Georges Cabanac et de Thérèse de Tonty, célébré à Notre-Dame de Montréal le 18 janvier 1734, neuf enfants sont nés, un anonyme, deux garçons, Georges-François et Joseph-Melchior, et six filles, Madeleine-Charlotte- Amable, Thérèse-Louise, Marie- Josephte, Marie- Ffélène-Thierry, Thérèse- Josephte et Catherine. En voici la liste par ordre de naissance, avec les noms de leurs parrain et marraine à chacun et le peu que nous savons de leur vie.
1 ° Anonyme, baptisé et inhumé à Montréal, le 5 octobre
2° Madeleine-Charlotte- Amable — Née à Montréal, le 23 août 1735; parrain, Charles, chevalier de Boria, chargé d’affaires de M. le duc de Guestalla, représenté par Joseph Desjordy, écuyer, sieur de Cabanac, lieutenant d’une compagnie du détachement de la marine; marraine, dame Madeleine de la Touche-Champlain, veuve de messire Joseph Desjordy, écuyer, sieur de Cabanac, major de Trois-Rivières, représentée par Marie- Josephte de Tonty. — Nous ne connaissons rien de la vie de Madeleine-Charlotte-Amable.
3° Thérèse-Louise — Née à Montréal, le 12 septembre 1736; parrain, messire Jean-Maurice-Josué Boisberthelot de Beaucour, chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis, gouverneur de l’île de Montréal et lieux dépendants; marraine, dame Marie-Louise Venant Dubuisson, femme de M. de Tonty, officier dans les troupes. — Thérèse-Louise meurt au bout d’un an et est inhumée à Montréal, le 20 septembre 1 737.
4° Marie- Josephte — Née à Montréal, le 14 septembre 1737; parrain, Joseph de Tonty, écuyer, sieur de Liette, enseigne
dans le détachement des troupes de la marine; marraine, dame Marie- Josephte de Couagne, femme de M. Minier, ex-négociant. — Marie-Josephte est morte à 38 ans et a été inhumée à Montréal le 18 décembre 1775. Nous n’en connaissons pas davantage à son sujet. Elle ne s était pas mariee sans doute, nous n’en trouvons trace nulle part.
5° Georges-François — - Né à Montréal, le 4 janvier 1739; parrain, François- Antoine Pécaudy, seigneur de Contrecoeur, chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis, capitaine d’une compagnie des troupes; marraine, dame Marie- Anne Picoté de Bélêtre, femme de M. Dagneau, écuyer, sieur de Quindre. — Georges-François est mort au bout d’un an et a été inhumé à Montréal, le 24 février 1740.
6° Joseph-Melchior — Né à Champlain, le 25 décembre 1739; parrain, son oncle, Melchior Desjordy, seigneur de Champlain, lieutenant dans les troupes de la marine(1, ;; marraine, sa tante, Marie-Josephte de Tonty. — Joseph-Melchior, après avoir servi au Canada, dans les dernières batailles de la domination française, passa en France après 1760. Nous ignorons à quelle date il est mort. Il en sera question plus loin.
7° Marie-Hélène-Thierry — Née à Champlain, le 25 mars 1741; parrain, le chanoine Joseph-Thierry Hazeur-Delorme, grand pénitencier et vicaire général de Québec; marraine, Marie de Liette de Tonty, en religion soeur Saint-Antoine, de la Congrégation de Notre-Dame. Le curé François-Ignace Levasseur (curé à Champlain de 1736 à 1746), qui fait le baptême, constate que le parrain et la marraine sont représentés par lui-même et par Marie-Josephte de Tonty. — Nous ne savons rien de la vie de Marie-Hélène-Thierry.
8 Thérèse- Josephte — Née à Montréal, le 5 mai 1743; parrain, Joseph Céloron, écuyer, officier dans le détachement de la marine; marraine, demoiselle Marie-Josephte Minière,
(17) Melchior de Jordy, dit Cabanac, l’aîné, ne devint capitaine qu’en
fille du sieur Alexis Le Moyne Minière, négociant. — Thérèse- Josephte est morte à Boucherville, à 67 ans, et y a été inhumée le 28 janvier 1811. Nous en reparlerons plus loin.
9 Catherine — Née à Montréal, le 7 août 1745; parrain, Pierre de Saint-Ours, capitaine des troupes, chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis; marraine, dame Catherine Enry de la Perrelle, femme de Pierre- Joseph Céloron, capitaine des troupes, chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis. — Catherine mourut célibataire, le 28 juillet 1804, à près de 60 ans, chez les Soeurs Grises de Montréal, où elle vivait comme pensionnaire depuis le 18 juin 1787.
Il est aisé de constater, par la liste des parrains et marraines appelés à tenir sur les fonts baptismaux les enfants de François Saint-Georges Cabanac et de Thérèse de Tonty que nous avons énumérés, que la famille avait surtout ses relations chez les officiers du roi et qu’elle jouissait toujours d’une haute considération. En 1746, après la naissance de la dernière fille (Catherine), François Saint-Georges Cabanac, devenu capitaine en 1744, s’en alla commandant au fort Frontenac où il est mort le 3 juillet 1754. Sa famille, sans doute, l’y suivit. Des huit enfants qui ont vécu, deux, Thérèse-Louise et Georges-François, sont morts à un an; de deux autres, Marie-Charlotte et Marie-Hélène, nous ne savons rien; de deux autres, Marie- Josephte et Catherine, nous savons qu’elles sont mortes, la première à 38 ans, la deuxième à 60 ans, célibataires sans doute toutes les deux, et nous n’en connaissons pas davantage. Restent Thérèse- Josephte et Joseph-Melchior, au sujet desquels, en somme, nous ne savons que peu de chose.
La huitième des enfants de François Saint-Georges Cabanac et de Thérèse de Tonty, Thérèse- Josephte, née à Montréal en 1743, mourut, avons-nous dit à Boucherville, à 67 ans, en janvier 1811. Voici ce que nous pouvons en dire.
Elle paraît avoir passé une partie de sa vie auprès du grand-
vicaire de Saint-Onge, qui fut aumônier et supérieur ecclésiastique des Ursulines de Trois-Rivières de 1764 à 1789, prit là ensuite sa retraite et y mourut le 20 septembre 1795, à 74 ans. Ce M. de Saint-Onge avait une nièce, du nom de Josephte Avrard, dont il s’occupait, à titre de tuteur probablement. Thérèse de Cabanac fut chargée de son éducation. Après la cession de 1760 et le traité de Paris en 1763, les familles nobles, dont les chefs avaient fait la guerre dans les conditions que l’on sait, n’étaient guère fortunées. Son frère Joseph-Melchior et sa mère Thérèse de Tonty probablement étant passés en France, Thérèse-Josephte dut sans doute se pourvoir à elle-même. Elle accepta une situation auprès du grand-vicaire de Saint-Onge et de sa nièce (18h Quand M. le grand- vicaire mourut en septembre 1795, il avantagea dans son testament sa nièce et sa dame de compagnie. "Voulant marquer son affection à demoiselle Josephte Avrard sa nièce, dit une clause de ce testament, et désirant reconnaître les soins et les assiduités que demoiselle Thérèse de Cabanac a apportés auprès de lui dans ses maladies et infirmités et lui marquer sa gratitude des peines qu’elle a prises d’élever et de diriger sa dite nièce à sa satisfaction, le dit testateur lui donne et lègue par le présent l’étendue de ses meubles.” ^ 1,1 ) Une autre clause concernait la demoiselle Josephte Avrard qui était aussi avantagée. Le grand-vicaire lui donnait la jouissance de deux propriétés sur la rue Notre-Dame (à Trois-Rivières). Mais au mariage ou au décès de l’une et de l’autre, ces biens devaient être vendus au profit des Ursulines. C’est ce qui eut lieu à la mort de Thérèse de Cabanac
(18) Les demoiselles de Cabanac, à cette époque de la cession et les années d’ensuite, étaient certainement dans un état de fortune qui les laissait à la gêne. On trouve dans la collection du gouverneur Haldinand (série B, vol. 73, p. 1) une lettre signée “Catiche Cabanac”, du 2 février 1780, qui doit être de Catherine, morte en 1787, la dernière fille de François Saint- Georges Cabanac, celle qui suit Thérèse-Josephte, qui implore la protection du gouverneur et quelques secours. Elle est écrite en mauvais français et navrante. Nous n y insistons pas. Cela fait mieux comprendre pourquoi Thérèse-Josephte de son côté avait dû être heureuse d’accepter une situation auprès de M. de Saint-Onge.
(19) Histoire des Ursulines des Trois-Rivières, t. I, p. 443.
en 1811. En 1809, la demoiselle Avrard avait épousé Joseph Boucher de la Bruère, sieur de Montarville. Ce fut la tante de M. de la Bruère, l’ancien surintendant de l’Instruction Publique à Québec. Après le mariage de la demoiselle Avrard, Thérèse de Cabanac alla vivre avec elle, vraisemblablement, à Boucherville. C’est là qu’elle est décédée, comme en fait foi l’acte que voici: " Le vingt-huit janvier mil huit cent onze, par moi, prêtre soussigné, vicaire de cette paroisse (Boucherville) a été inhumé, dans l’église de cette paroisse, le corps de demoiselle Thérèse Cabana, demeurant en cette paroisse, décédée le vingt-cinq du même mois, âgée de soixante-sept ans (elle était née en effet le 5 mai 1743) — étaient présents fs LaBruère Piedmont (le frère du mari de la demoiselle Avrard) et José Ph La Combe.”
(signé) "fs pa gruère Piedmont — Joseph La Combe — J. -R. Paré, ptre.”
Une note bien intéressante, entre autres, est consignée dans l’Histoire des Ursulines au sujet de M. le grand vicaire de Saint- Onge et de la demoiselle de Cabanac. Lors de l’invasion américaine de 1775, le major général Riedsel, d’origine allemande, avait connu la société de Trois-Rivières. A sa femme, qui venait peu après au Canada avec ses trois enfants, il recommandait de séjourner là, parce qu’elle aurait l’avantage de jouir du château et de la bonne société qu’elle rencontrerait dans cette ville, entre autres de celle de M. de Tonnancourt et de sa famille, de M. de Saint-Onge et Mademoiselle de Cabanac. C(9 La dernière vivante, au Canada, des descendants de Joseph de Jordy de Cabanac et de Madeleine de la Touche, fidèle à la tradition, savait tenir son rang et donner le ton dans la bonne société. Le trait mérite d’être signalé et retenu.
C’est, enfin, Joseph-Melchior, deuxième fils de François, né à Champlain en 1739, et mort à Tours, en France, nous
(20) Histoire des Ursulines des Trois-Rivières, t. T, p. 376.
ne savons quand, qui fut, au Canada, le dernier du nom de la famille de Joseph arrivé au pays en 1685.
Ce Joseph-Melchior avait de 16 à 20 ans, lors des combats qui eurent lieu de 1755 à 1760. Tandis que son oncle Melchior, le seul survivant des trois fils de Joseph, touchait au déclin, tout en guerroyant encore, au moins jusqu en 1758, lui, le neveu, en était à ses premières armes. A 16 ans, en juillet 1755, il se trouve, en qualité de cadet, à la bataille de la Monongahéla, où, avec un effectif de 250 Canadiens et de 600 sauvages, M. de Beaujeu mit en déroute les 2200 hommes du général anglais Braddock. Le nom du jeune Joseph-Melchior se perd ensuite dans la foule des officiers anonymes. Mais, nous avons tout lieu de croire, puisque tout le monde était sous les armes alors, que, étant de noblesse, et de la carrière, il fit largement sa part. D’après l’abbé Daniel il y avait un de Cabanac, du nom de Joseph, dans les enseignes du roi, parmi les officiers restés au Canada en 1761, c’est-à-dire, en fait, parmi ceux qui ne furent pas du premier départ pour la France. Dans la liste de Carleton (plus tard lord Dorchester) de 1767, sur l’état de la noblesse du Canada retournée en France à la cession, nous trouvons un de Cabanac, enseigne, résidant à Tours, âgé de 25 ans. Il s’agit vraisemblablement de notre Joseph-Melchior, qui en avait 28. N’ayant pas de données précises le général anglais faisait de l’approximation. Il est certain que Joseph- Melchior ne revint jamais au Canada.
Qu’a-t-il fait en France? Sa mère, Thérèse de Tonty, nous l’avons dit, paraît être allée le retrouver et serait morte en France. Lui-même s’est-il marié, a-t-il élevé une famille, s’est-il illustré d’une façon quelconque? Nous n’en savons rien. Au reste, il suffit à notre cadre, croyons-nous, de savoir et de pouvoir affirmer que, avec lui, et avec son oncle Melchior, mort à Trois-Rivières, célibataire, en avril 1763, s’éteignaient au Canada la descendance et le nom de Joseph de Jordy de Cabanac.