CHAPITRE XI QUELLE IDÉE ÉTAIT VENUE AU CONFESSEUR DES FORÇATS
— Vous êtes uu homme étonnant ! murmurait M. Doucereux.
— Mon Dieu ! répondit modestement le Père Girard, je suis un homme pratique, voilà tout, qui sais mettre à profit le hasard.
— Ne vous défendez pas, l'idée est merveilleuse.
— Eh bien! songeons de suite à-la mettre à exécution. Il réfléchit un instant.
— Voyons, reprit-il, je me chargerai, moi, de Guiol, à qui il faut que je parle d'abord, puis de Pierre, de la façon que nous avons dite.
— Moi, je m'occuperai de la sentinelle et des habits.
— C'est ce que j'allais vous demander.
— Comptez sur moi, dont vous serez content, je pense...
— Je n'en doute pas.
Sur quoi le jésuite et le garde-chiourme se séparèrent. La nuit était venue et
l'orage ne décroissait pas, au contraire : les forçats étaient rentrés dans l'espèce de longue écurie où ils couchaient à cette époque. Une vaste salle quadrangulaire en charpentes : contre les murs, des séries de cloisons de chêne delà hauteur d'un homme, pareilles aux box qui servent à isoler les chevaux. Dans chacune de ces cellules ouvertes, par-dessus et par devant, les deux forçats accouplés, rivés l'un à l'autre, couchés sur la paille. A la tombée de la nuit, quand la file rentrait chercher là un peu de sommeil et d'oubli, la longue chaîne qui reliait les unes aux autres chaque chaîne de deux forçats était fixée, par un écrou, dans une tige de fer plantée dans la dalle, devant chaque box, aux pieds des dormeurs. A leur tète, un anneau fixé dans la muraille servait à rattacher, au moyen d'une chaîne moindre, le lien de fer qui rapprochait les deux camarades d'infamie. Si bien que, par en bas, reliés, grâce à la chaîne de file, à tous les autres forçats, les malheureux étaient encore par eu haut rivés au mur, grâce à la chaîne d'attache : la combinaison était si habile, la connexilé si grande, l'impossibilité de bouger .telle, qu'eu cas d'incendie, et il y en avait eu un exemple, les galériens n'avaient qu'à se laisser brûler avec leur prison : leurs chaînes rougissaient au feu et mêlaient leurs brûlures à celles des flammes... mais elles ne se détachaient pas. Ils mouraient enchaînés.
Pour fuir il fallait donc, il eût fallu, tromper d'abord la surveillance des sentinelles placées aux deux extrémités, déboulonner la tige de fer où se fixait la chaîne principale, scier la chaîne d'attache, et la manille, — on nommait ainsi celle qui accouplait les deux condamnés jumeaux. Voilà ce que le Père Girard voulait que Guiol eût fait cette nuit. Depuis le moment où les forçats étaient venus se coucher sur leur litière, Guiol toussait épouvanlablement. Uu garde-chiourme lui avait eu vain ordonné de se taire, il l'avait en vain bàtonné à tour de bras; la toux n'avait l'ait que croître, si opiniâtre, que le garde-chiourme s'était résigné à quitter la place en maugréant...
— C'est la pluie qui me fait ça!... avait dit Guiol. De fait cela pouvait être: et il n'y avait rien à répondre. Quand le Père Girard, — ■ auquel, en sa qualité de confesseur, le libre accès du
T} bagne était permis à toute heure de la nuit et du jour, — quand le Père Girard arriva, j?
jï 132 LES DÉBAUCHES D'UN CONFESSEUR <VV
conduit par le même garde, au numéro 5H5, — c'était Guiol, — la toux continuait de plus belle.
Enervé, le garde-chiourme laissa le prêtre avec son pénitent, dont le catarrhe le poursuivit jusqu'au bout de la galerie.
— 11 est de toute nécessité, s'était dit Girard, que je parle à Guiol d'abord; la confession est un bon prétexte pour parler bas... — elle a bien des avantages, la confession ! — Pierre ne m'entendra pas, par conséquent...
Il ajouta :
— Il m'entendrait, d'ailleurs, que cela n'aurait plus d'inconvénient à cette heure... Il ne répétera pas ce qu'il pourrait entendre...
11 dit ceci avec un terrible sourire. Quel sens donnait-il donc à ces paroles?...
— Eh bien, mon frère, commença le prêtre à mi-voix, voici longtemps déjà que je n'ai reçu votre confession.
Et, baissant la voix, il dit à Pierre :
— J'aurai à vous parler tout à l'heure...
— A moi?
— Oui : au sujet de votre mère...
— De ma mère?...
— Chut!
Girard mit un doigt sur sa bouche, et laissant Pierre dans un inexprimable trouble,
il se pencha vers l'oreille de son camarade de chaîne...
— Bonjour, mon père, avait dit Guiol dans un accès de toux pire que les autres. Tour à tour rapprochant leur bouche de l'oreille de l'interlocuteur, ils se parlèrent
longtemps; mais si bas, et avec une telle précaution, qu'eût-il voulu entendre, Pierre n'eût perçu qu'un murmure susurrant... Pierre n'écoutait pas d'ailleurs : le mot que lui avait dit Girard reportail sa pensée loin de là, à Fréjus... des larmes lui montaient aux yeux, et il attendait, impatient, plein d'angoisse, ne sachant si ces nouvelles de sa mère seraient heureuses ou tristes, s'il devait craindre ou espérer.
— Vous êtes-vous tenu prêt à fuir? demandait Girard à Guiol.
— Oui : la pierre qui soutient l'anneau de la chaîne d'attache est descellée, il y a longtemps... cela m'a coûté bien des nuits, et j'y ai usé l'outil que vous m'avez donné... Rien n'en parait; mais le ciment s'enlèvera en trois morceaux, et il n'y a pour faire tomber l'anneau sur la paille qu'à détacher un coin de bois...
Bien.
— Maintenant, pour ce qui est de l'écrou de la grande chaîne, ce n'est pas moi qui peux le déboulonner...
— Ce ne sera pas utile.
— Est-ce que le camarade s'évade avec moi?
— Non.
— Alors il faut que j'achève de limer la manille?
— Vous la limiez?
— Avec le ressort de montre que je vous dois... Mais ce sera long... C'était pour celte nuit?
— Oui.
— Diablel
— Ce serait trop long, je sais... N'en faites pas davautage.
— Vous avez un autre moyeu?
— Apparemment. <- % -Lequel? fy
— Vous verrez... Mais d'abord, avant d'aller plus loin, vous vous rappelez dans quelles circonstances nous vous avons sauvé ?
— Certes oui : ces choses-là sont pour qu'on se les rappelle.
— 11 s'agissait pour vous de l'échafaud !
— Je le sais.
— Votre vie, que vous me devez, m'appartient donc, à moi et aux Révérends Pères Jésuites qui m'ont aidé dans cette œuvre.
— Elle vous appartient.
— Bien. Maintenant, voici la situation : je vais faire tout ce qu'il faut pour vous faire évader...
— Ça me va...
— Mais je ne suis pour rien dans l'affaire, entendez-vous?... Si elle rate, ce sera tant pis pour vous, et pour vous seul! Vous me dénonceriez comme votre complice, que personne ne vous croirait : je vous démentirais, d'ailleurs.
— Entendu! Je ne parlerai pas, soyez tranquille... Il dit cela d'un ton profond, sincère... Girard avait bien choisi son homme : celui-ci
lui était fidèle comme un chien... Guiol ajouta :
— Et puis j'espère qu'on ne nous dérangera pas et que l'évasion réussira.
— Je l'espère aussi... Mais quand vous serez libre, ce ne sera pas fini
— Je le sais bien; ça ne fera que commencer. D'abord la première affaire sera de ne pas se faire reprendre.
— D'abord, et puis ensuite vous avez à vous charger d'une besogne délicate...
— Ah! ah!
— Vous hésitez?
— Jamais !
— A la bonne heure! Il s'agit de l'intérêt de l'Église.
— Ne m'en dites pas davantage... Qu'est-ce qu'il faudra faire0
— Quelqu'un que vous trouverez demain matin, à neuf heures, à l'auberge des Trois-Couronnes, vous le dira... Quelqu'un de votre connaissance...
— Ma femme, peut-être"?
— Non.
— Qui donc?
— Vous verrez.
— A propos, elle est encore en vie, ma femme?
— Oui, répondit le jésuite après une hésitation...
— Ah !
— Mais surtout ne cherchez pas à la revoir... Ce serait vous perdre!...
— Vous n'aviez pas besoin de me le dire.
— Là-dessus, adieu : je vais m'occuperdu reste.
— Ainsi vous ne me donnez pas de détails sur l'affaire de demain?
— A quoi bon insister? Ignorez-vous?...
— Je vais vous dire... ne vous lâchez pas... C'est que je vais sortir d'ici nu comme un ver, moi, sans autres armes que mes deux mains... Compreuez-vous?... Et si quelquefois, une supposition, un couteau m'était nécessaire?...
— Lu couteau?... Vous pensez?...
— Mais quand ça ne serait que pour me couper une canne!...
Le Père Girard ne répondit pas : il s'essuyait le front avec son foulard, un foulard de soie rouge... Avec une épingle il en arracha la marque, machinalement, tout en rêvant.
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— Adieu, répéta-t-il à Guiol. Demain, neuf heures, aux Trois-Couronnes. Et ii s'approcha de Pierre, Guiol alors s'aperçut que le jésuite avait laissé tomber
son foulard à côté de lui, sur la paille. Sans mot dire, et avec un sourire silencieux, il en essaya la résistance, puis, satisfait, le mit dans sa poche.
— Ah ! je vous y prends, à fumer sous les armes et malgré la défense formelle ! La sentinelle surprise lit un mouvement pour dissimuler sa pipe... mais il était
trop tard... M. Doucereux était devant elle.
Le pauvre soldat n'était pas lier... Tout nouveau au service, il avait déjà reçu une admonestation le matin pour gaucherie: il était justement eu train de se dire qu'un ne l'y prendrait plus. Pendant sa faction de trois heures qu'il venait de prendre, il se jurait de rendre un signalé service au gouverneur, de faire une action d'éclat qui fit oublier sa bévue : i! souhaitait qu'un forçat cherchât à s'évader, pour lui envoyer une balle en pleine poitrine... Tout en y songeant, il avait bourré sa pipe : il l'avait allumée et en savourait les premières bouffées, quand ce fut lui qui reçut en pleine poitrine l'observation de M. le garde-chiourme en chef.
— Y pensez-vous? insistait M. Doucereux; voulez-vous incendier le bagne?... Le malheureux ne savait que dire... 11 voulait saluer, mais son fusil le gênait;
présenter les armes, mais cela l'eût gêné pour saluer. Jamais conscrit n'eut mine si piteuse... 11 se sentait venir les larmes aux yeux...
— Allons ! ne vous désolez pas. pauvre garçon, fit le garde-chiourme, changeant de ton, je n'ai voulu que vous faire peur...
— Vrai? demanda le soldat...
— .Mais oui, gros innoceut ! fit M. Doucereux avec un gros rire.. . Et sa gaieté était si franche et si communicative que la sentinelle pensa :
— C'est un brave homme...
Et, ma loi! se mit à rire aussi...
— Vous devez bien penser, reprit le complice du Père Girard, que la consigne n'est pas faite pour la sentinelle quï veille ici... entre un talus et un mur.
— C'est vrai, appuya le soldat.
— Tout au plus pourriez-vous mettre le feu à ce canon... et il faut croire qu'on n'a pas peur de cria, puisqu'on laisse la mèche allumée à côté.
— C'est vrai I répéta la sentinelle, toujours riant, car M. Doucereux riait toujours.
— Et la preuve qu'il n'y a pas de danger, continua celui-ci, c'est que moi, garde-chiourme en chef, je fume.
Ce disant, il montra une pipe allumée qu'il cachait dans sa main, et qu'il remit à sa bouche.
— Vrai?
— Comme vous...
El le ru e.
— Avec cette différent que mou tabac vaut mieux que le vôtre...
— Je le croirais bien, fit le militaire avec un soupir.
— Ah! je nous vois venir, vous, exclama le garde-chiourme en frappant sur l'épaule du cod cril d'un air jovial, vous en voudriez bien apprécier la différence...
— Oh! mon ieur!
— Allons ' De vous en défendez pas : il n'y a pas de mal à ça... Je viens d'en voir d'Orient, justement... /-->
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Os.
— Mais oui : j'ai un ami maria qui vient de m'en appoi .z-moi donc votre pipe...
— Vous voulez?
— Allons donc ! ne faites pas de cérémonies... Et M. Doucereux vida sur son talon la pipe du milV ..
— Pouah! fit-il, quel pauvre tabac, en effet!... Ah! vous allez sentir une différence...
Ce disant, il lui bourrait consciencieusement sa pipe, une pipe énorme, d'un tabac blond et lin...
— Il est un peu humide, comme vous allez voir, et plus long à allumer... Mais cela provient de ce que, dans ce pays, ils l'arrosent d'une composition à eux...
— Ah! bah!
— Et vous allez voir aussi quel parfum cela lui donne... De fait, sitôt la pipe du soldat allumée à la sienne, ce qui prit un certain
temps, la sentinelle dut reconnaître qu'elle respirait là une odeur digne du sérail.
— Là-dessus, au revoir, mou garçon...
— Au revoir, monsieur le garde-chiourme en chef, et grand merci de votre honnêteté...
— Il n'y a pas de quoi... Je souhaite seulement que cette bonne pipe vous réchauffe... car la faction est longue, et, depuis que la pluie a cessé, il fait aussi froid qu'il faisait chaud cet après-midi...
— C'est vrai... Au revoir, monsieur le garde-chiourme en chef, et bonne nuit...
— Et vous de même.
M. Doucereux dit ceci avec un sourire; et pendant qu'il s'éloignait, la pipe
aux dents, le soldat allait et venait, respirant à plein nez les bouffées odorantes et murmurant, gonflé de reconnaissance et de béatitude :
— Quel bon homme que ce garde-chiourme en chef!... et quel bonne pipe!... Au premier coude du talus, M. Doucereux avait quitté et vidé la sienne.
— Certainement, mon enfant, disait tout bas à Pierre le Père Girard, certainement le moyen est délicat à employer... Il demande bien des précautions, du sang-froid et une giande obstination surtout à jouer son rôle...
— N'importe! répondait Pierre, je l'emploierai, et de façon à ce que tout le monde s'y trompe.
— Cela n'est pas impossible : j'ai connu un malheureux qui provoquait la commisération publique par des scènes de ce genre... Quelques roulements d'yeux, l'air hagard, la raideur des membres, et surtout ceci mâché, suffiseut..."
En même temps il lui remettait un petit morceau de savon.
— Oh! merci! fil le forçat, s'en emparant comme un voleur eut fait d'un rouleau d'or... Merci! mou père!... Je vous devrai mon salut et peut-être celui de ma mère...
— Pauvre femme si éprouvée! murmura le jésuite, voilà le but de mes efforts!... et c'est l'excuse du mensonge auquel je prèle les mains.
— Ce mensonge-là vous sera compté au ciel, mon père !...
— Dieu vous entende!
Ayant dit ceci avec un signe de croix, le jésuite se souleva :
— Ainsi, voilà qui est bieu entendu? conclut-il.
— Parfaitement... Je commencerai par des cris rauques...
— C'est cela... Mais attendez que je sois uu peu loin... pour que je ne puisse pas paraître voire complice.
— Quelques minutes, est-ce assez?
— Oui. Pour le reste, vous vous souvenez de tout ce que je vous ai dit?
— Très bien : n'ayez pas peur... Celte comédie sera bien jouée, je vous en réponds; je penserai, pour soutenir mon courage, à ma mère qui m'appelle là-bas...
— C'est cela : pensez-y! dites-vous bien que si elle ne vous revoyait pas, sa folie mal guérie la reprendrait, qu'elle resterait folle pas pour longtemps... car elle mourrait bientôt... mais qui sait si elle mourrait seule, si dans sa fureur de désespoir elle ne voudrait pas entraîner sa tille, votre sœur, dans la tombe!...
— Hélas! elle le ferait, murmura Pierre...
— Elle ne le fera pas si elle vous revoit, et elle vous reverra : M. Doucereux. le garde-chioùrme en chef, auquel vous avez si bien à point sauvé la vie tantôt, a été mis par moi dans la confidence de ce complot pieux... Il ne cherche qu'une occasion de vous témoiguer sa reconnaissance... Il appuiera la déclaration du médecin ; il m'a déjà aidé tantôt a vous faire éviter d'être embarqué sur le Colbert, pour lequel on vous avait désigné...
— Mon Dieu!...
— Ce fait suffit à prouver sa bonne volonté à votre égard... 11 vous fera entrer à l'hôpital, soyez-en sûr : et, une fois-là, le prétexte me sera trop bon à mériter votre grâce pour que je ne t'obtienne pas...
— Oh ' mon père, si vous faites cela, nous serons trois à vous bénir!...
— Je le ferai, mon enfant... Mais celui qu'il vous faudra bénir, ce n'est pas moi...
Il leva la main.
— C'est Dieu!...
Et il ajouta :
— A bientôt, mou enfant... C'est à Lui que je vous remets à celte heure... Et lui retirant sa main que Pierre couvrait de ses larmes, il lui murmura, un
peu plus haut, assez pour que, s'd ne dormait pas, Guiol put l'entendre :
— Laissez-moi fane, et ne vous étonnez de rien. L'u instant après, le soldat de garde à celte extrémité de la galerie présentait les
armes au confesseur des forçats, qui quittait la salle sombre, où le sileuee n'était rompu que par des ronflements ou des blasphèmes. Seul peut-être Pierre occupait sa veille à bénir.
— Pourquoi avais-je douté de cet homme"? se disait-il. Pourquoi une secrète autij athie m'animait-elle ci utre lui? Oh ! s'il me sauve, — et il me sauvra, il le faut ! — je suis capable de saluer dorénavant au passage les robes noires, et de leur pardonner t. ut le mal qu"elh s nous ont fait.
Et il écoutait, le cœur battant avec force, les pas du jésuite qui s'éloignait lentement. Une forme noire .-'avançait au-devant du Père Girard.
— C'est vous, monsieur Doucereux? demauda-t-il.
— Col moi. murmura l'autre.
— Kli bienl la sentinelle?
— Affaire faite.
— Et les habits .'
— Je les ai. / -Où do ^
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Elle tira de sa poche ses ciseaux, les brandissant et cherchant à crever les veut du jésuile.
(Chaf. XII).
Le jésuite le considérait, surpris, se demandant comment s'y prenait le garùe chiounne en chef pour les dissimuler.
— La coiffure aussi? reprit-il.
— La coiffure aussi... Cela vous étonne?
— Rieu ne m'étonne de vous.
Les deux hommes saluèrent : M. Doucereux avait un sourire d'orgueil.
— Pas besoin, dit-il, de vous demander si votre combinaison a réussi.
— Elle est en bon train, du moins : je suis sur de leur concours a tous les deux .
— Et c'était là l'important.
18e LIVRAISON.
(LIBRAIRIE ANTI-CLÉRICALE
— Ni l'un ni l'autre n'est au courant de ce que prépare son camarade de chaîne, mais tous deux sont prévenus d'avoir à se laisser faire...
— Parfait... Mais les fers?
— Il reste la manille à rompre... Les autres ont été limés... Avez-vous une idée pour la manille?
— Diable! non... C'est bien long à rompre... et je désespère d'y arriver sans éveiller l'attention...
— Misère! Mais voilà qui est grave alors!
— Je crois bien !...
Tous deux allaient et venaient, fiévreux... Soudain M. Doucereux mit la main
sur le bras de Girard :
— Ëcoutez ! murmura-t-il.
Dans la galerie, un cri étrange, surhumain venait de retentir, une espèce de
rire aigu, prolongé, continu et qui ressemblait presque autant a un sanglot qu'à un rire...
— C'est la représentation qui commence! pensa Girard... hâtons-nous .. Et ils rentrèrent dans la galerie, non sans avertir au passage le soldat de garde.
— Qu'est cela? Vous entendez?...
— Oui : je vais voir...
Ils s'approchèrent... Réveillés, les forçats écoutaient. Après un silence, l'horrible
rire recommença pour bientôt s'interrompre.
— Voilà qui est curieux, remarquait tout haut le Père Girard, on dirait que c'est le pauvre garçon que je viens de confesser : il semblait liés bien portant tout à l'heure...
— Et l'on jurerait...
— Une attaque d'épilepsie, n'est-il pas vrai?
— C'est ce que j'allais dire...
Ils se hâtaient.
— Mais oui, c'est bien lui, reprit Girard, le jeune homme qui tantôt a, si bien à point, tué ce chien enragé...
— Précisément.
Par l'autre côté de la galerie arrivait un garde-chiourme porteur d'une lanterne.
A ce moment une nouvelle crise de ce rire épouvantable secoua le numéro 4007, pour parler comme le garde-rhiourme, qui ajouta :
— Une attaque du haut mal !
Le jésuite hocha la tète sans rien dire.
— Je m'y connais moins que M. l'abbé, fit M. Doucereux, mais ça y ressemble.
— Ce n'est autre chose, affirma le garde-chiourme ; ce garçon n'est pas le premier que je vois... Regardez! le voilà raide comme une planche, et ses yeux se renversent... Il doit avoir l'écume à la bouche...
En effet, les symptômes annoncés se manifestèrent à mesure : la raideur des membres, les yeux renversés, l'écume savonneuse sur lus lèvres...
— N'y aurait-il pas lieu de détacher ce malheureux? demanda le garde-chiourme en chef, et de le mener à l'hôpital?
Celle (Irinande s'adressait au jésuite qui sembla ne pas l'entendre, car il ne répondit pas. Guiol qui, comme les autres forçats, plus qu'eux, même, regardait de tous ses yeux, Guiol s'agitait, inquiet, mal rassuré par la recommandation suprême djCiiard. ^A
— Si on doit le mener à l'hôpital, fit le garde-chiourme à la lanterne, il vaudrai! *\
peut-être mieux attendre un peu : la crise est de ce moment dans son plein... De fait, l'espèce d'aboiement rauque de tout à l'heure reprenait de plus belle; Pierre s'agitait secoué de mouvements nerveux, faisant sonner sa chaîne, tordant sa bouche, au bord de laquelle l'écume augmentait encore.
— N'y a-t-il donc rien à lui faire? demandait M. Doucereux d'une voix émue. Girard se taisait toujours. Alors le garde-chiourme en chef se pencha pour essuyer
de son mouchoir l'écume qui moussait entre ses lèvres fermées. Le jésuite vivement le retint.
— No bougez pas! dit-il d'un ton net.
— Comment?
Et le garde-chiourme insistait du geste.
— Ne bougez pas! répéta Girard... Si vous tenez à la vie, n'approchez pas de cet homme...
— Mais pourquoi? Il n'y a pas de danger, crue je sache, à soigner un épileptique.
— Ce malheureux n'est pas épileptique, répliqua Girard élevant la voix.
— Qu'est-il donc?
— 11 est enragé !
— Enragé!
Le même cri sortit de toutes les bouches... Guiol, d'un mouvement instinctif, se
rejetait en arrière... Girard lui lança un coup d'oeil... Les deux gardes-chiourmes, d'un seul geste, s'étaient reculés... La sentinelle, elle-même, bien qu'armée, hésitait... Le jésuite l'arrêta. Un hurlement épouvantable avait été poussé par Pierre.
— Enragé! Moi ! cria-t-il...
Et il se dressait terrible, secouant sa chaîne... 11 heurta son regard au froid regard
du jésuite :
— N'est-ce qu'une autre ruse pour me sauver? se demanda-t-il... Et il s'interrompit attendant... Mais alors il entendit M. Doucereux demander :
— S'il l'est véritablement?...
— Il l'est, à n'en pas douter, répondit Girard.
— Que faire? 11 y a trop longtemps qu'il a été mordu pour penser à le cicatriser. .
— Hélas!
— A quel moyen donc recourir pour le sauver?.,, car vous vous doutez bien que je veux tout faire pour le sauver à mou tour.
— Je le voudrais autant que vous, car il m'intéresse plus que je ne saurais dire. Malheureusement...
— E'.i b.en?...
Le jésuite fit un temps; on eût entendu voler une mouche dans la galerie.
— Eli bien ! il n'est plus temps que de sauver les autres, prononça Girard.
— Ainsi, interrogea M. Doucereux, au milieu d'un silence de mort, pour ce qui est de lui?...
— Nous ne pouvons que lui éviter d'épouvantables souffrances...
— Il faillira donc? lit le garde-chiourme en chef à mi-voix. Girard ne répondit pas... mais d'un geste imperceptible il désigna le mousquet
de la sentinelle, qui eut un sursaut. Si discrètes qu'eussent été la demande et la réponse, Pierne et Guiol les avaient comprises...
— Oui! oui! dit Guiol vivement... faites cela... Sauvez-moi... J'ai peur... rw — Tu n'as pas à avoir peur, cria Pbrre... Je ne suis pas enragé!... Tout cela
J~jl est un mensonge... Cet homme est un misérable!
Y 141 LES DÉBAUCHES D'UN CONFESSEUR fy
Et il désignait le jésuite...
— Ah! je ne sais pas pourquoi il veut ma mort... mais je le comprends bien, il m'a trompé ! il m "a trahi !
Girard eut un geste rie compassion.
— Ne lève pas les épaules, misérable, hurlait le forçat. Tu sais bien que ce chien ne m"a pas mordu ! Tu sais bien que je ne suis pas enragé ! Tu le sais bien ! Mais réponds donc!...
Et il se levait à moitié, tirant sur sa chaîue à s'étrangler, les yeux injectés de sang, la boudie pleine d'écume... Fatiguée par les cris de tout à l'heure, sa voixs'étranglait dans sa gorge en sons rauques, effrayants.
— Plu- de doute! murmurait M. Doucereux. Tout bas, le jésuite donnait un ordre au soldat. . Celui-ci semblait hésiter...
— Non! je ne veux pas qu'on me tue! rugissait l'infortuné... je veux aller aller embrasser ma mère avant sa mort... Je ne veux pas qu'un jésuite me tue comme un jésuite a tué mon père... Je révélerai tout plutôt...
— Faites ce que je vous ai dit, répétait Girard à la sentinelle, toujours hésitante...
— Ecoutez-moi , monsieur Doucereux, vous dont j'ai sauvé la vie tantôt; écoutez-moi. vous tous; vous voyez bien que je ne suis pas enragé...
Sa voix de plus en plus creuse le démentait à chaque mot... Il s'enrouait et était obligé de crier.
— Je vais tout dire...
— Il a le délire ! interrompit le jésuite vivement. - — Ça se voit, affirma le garde-chiourme.
— Finissons-en 1 ordonna Girard.
Et il secouai! par le bras le soldat qui répondit :
— J'attendrai les ordres de mes chefs.
— .Malheureux !
— Je vous donne cet ordre, moi! intervint M. Doucereux.
— Lequel?
— L'ordre de fusiller cet homme qui est enragé! .
— Oh! lâche! gronda Pierre!... Oh! Judas! Tous traîtres, voyez-vous!... Toujours les mêmes... Et je l'ai sauvé tout à l'heure, tenez !... Et lui, lui. l'infâme...
Il désignait Girard.
— Qui nie soutenait que vous étiez d'accord... Je comprends comment vous l'étiez I scélérats...
On ne l'entendait plus qu'à peine... Il s'adressa à la sentinelle.
— Ne me tuez pas, si vous êtes un honnête homme!... Je ne suis pas plus enragé que vous. . Ils m'ont menti... Ils disaient qu'ils voulaient me faire voir m i mère...
— Assez de divagations, interrompit le jésuite. Et il demanda au suidai :
— Uni' dernière fois, pour sauver tous ces malheureux, voulez-vous fusiller cet homme? Fait !S attention à ce que vous aile/ répondre !
Il !<• regardait de ses yeux farouches...
— Je le voudrais, répondit le soldat... Je n'use pas... Ce disant il jetait sou mousquet.
Cv. — Kli bien ! lit le jésuite, je l'oserai moi, pour le bien de tous...
tf* Il ajouta tout bas : K\
— Et pour la plus grande gloire de Dieu ! En même temps il prenait le mousquet...
— N'approche pas! hurla Pierre... N'approcha pas... ou je te mords!
— Prenez garde ! lit M. Doucereux... Prenez...
Il n'acheva pas... Une détonation retentit. Le jésuite venait, mettant le pied sur la poitrine du forçat, de lui décharger le mousquet dans l'oreille. Pierre n'eut pas un mouvement... Sa bouche et ses yeux restèrent ouverts... Son bras tendu qui menaçait le jésuite se tint levé un instant, puis retomba. Il était mort...
— Ouf! respira Guiol.
Girard remettait le mousquet à la sentiuelle avec un abaissement des paupières qui voulait dire :
— Je me souviendrai de toi.
Il se tourna vers les deux garde-chiourmes.
— Que le sang de cet homme retombe sur moi, dit-il.
— Vous êtes un brave, répondit M. Doucereux : ce n'est pas moi qui aurais osé faire ce que vous avez fait.
— Ni moi, fit l'autre garde-chiourme.
En même temps il apaisait la galerie, où cette mort avait produit un trouble facile à s'imaginer. La sentinelle était retournée à sa place. Ce bon M. Girard, agenouillé près de sa victime, faisait semblant de réciter les prières des morts.
— Mon Dieu ! disait-il, je vous remercie d'avoir permis que cet homme disparût, car il eût été un obstacle à l'accomplissement des desseins formés en votre nom.
En achevant son oraison, il se courba jusque vers la dalle qu'il effleura de son front. Quand il se releva, avec son chapelet, il remettait dans sa poche un morceau de savon, humide encore de salive et visiblement mâchonné. Au même moment, M. Doucereux se penchait, s'allongeant au-dessus de Guiol pour voir le cadavre : dans ce mouvement son habit s'ouvrit... un mince paquet sombre tomba de sa poitrine, se dépliant... Il n'y prit pas garde sans doute, et ne parut pas s'apercevoir que Guiol le dissimulait sous sa litière de paille.
— Mais le cadavre? demanda l'autre garde-chiourme qui revenait de sa tournée, sa lanterne à la main... Qu'en va-t-on faire?
— On ne saurait le laisser là toute la nuit, fît M. Doucereux.
— Surtout, ajouta le Père Girard, qu'à ce cadavre, que l'invasion du virus fera se décomposer plus vite, est lié un homme vivant...
Il désignait Guiol qui écoutait, se tenant le plus éloigné possible de son malheureux compagnon mort.
— 11 faut l'enlever au plus tôt, conclut M. Doucereux.
— Alors, rompre la manille? demanda l'autre garde-chiourme.
— Naturellement.
Le garde-chiourme sortit en hâte et revint bientôt, suivi de deux aides qui portaient une enclume, une masse de forgeron et un ciseau à froid. Mais l'homme chargé de briser la chaîne venait d'apprendre l'histoire de l'enragé : le lourdaud se figurait que l'approche seule du cadavre était contagieuse et allait lui communiquer la rage... 11 ne happait qu'en tremblant, et s'y prit si mal, qu'au second coup de marteau il cassa la jambe du mort... Il s'arrêta épouvanté...
— Donnez-moi votre masse, maladroit! fit M. Doucereux.
Du pied, il allongea sur l'enclume, dans toute sa longueur, la chaîne qu'avançait Guiol, puis, retournant la masse du côté tranchant, il frappa sur un anneau mis en porte-à-faux un coup si net, que l'anneau se rompit sans bavure.
pour ne pas
— J'ai été d'un extrême à l'autre, fit le garde-cbioorme en chef trop approcher du mort, j'ai frappé trop prés du vivant...
De fait, c'est le dernier anneau qu'avait rompu la masse; si bien que Guiol n'avait plus autour de la jambe que le bracelet de fer où se rive la manille...
— Bah ! ajouta-t-il, comme il lui eu faut toujours une nouvelle cela n'a pas d'importance. On la lui remettra demain malin. Il pourra faire aller ses jambes celte nuit... mais pas bien loin... car il est toujours attaché au mur.
Ce disant, il rompit la chaîne d'attache île Pierre, que les deux aides emportèrent d'un côté, suivis du Père Girard, pendant que M. Doucereux sortait par l'autre extrémité de la galerie.
Guiol s'était remis à tousser, et ses quintes rhylhmaient les chuchottements des forçats tardifs à se rendormir.
— Eh bien! le sommeil vous prend? disait M. Doucereux à la sentinelle appuyée sur son mousquet qu'elle venait de recharger.
— Non, je ne dormai pas, répondit le soldat.
— Je croyais, et j'allais vous offrir une prise. Le garde-chiourme en chef avait tiré sa tabatière.
— Une prise n'est tout de même pas de refus, fit le soldat, qui, à l'exemple de son interlocuteur s'en fourra dans le nez deux énormes : ça va chasser les idées noires, ajouta-t-il.
— il faut avouer tout de même que vous avez une drôle de tôt - . dit lf. Doucereux : je vous ai toujours connu entêté comme cela depuis que je vous vois prendre ici la garde... Ah ! vous n'êtes pas Breton pour rien...
— Vous me dites cela à propos de ce malade que je n'ai pas voulu tuer?
— Dame! refus d'obéissance; cela pouvait être grave...
— Que voulez-vous que je vous dise, monsieur Doucereux! fil le soldat... Ça été plus fort que moi... Tuer un malade, ce n'est pas notre affaire, voyez-vous...
— Oui. enfin... Je parlerai pour que ceci ne vous vaille pas de punition...
— Oh! vous èles bien bon !
Et il reprit une troisième prise.
— Seulement, observa le garde-chiourme, que ce soit la dernière fois 1
— Je vous le promets.
M. Doucereux s'éloigna, se bourrant de tabac les narines. Seulement il avait changé de tabatière.
Deux heures après, c'est-à-dire à la suite de la tournée qui précède le lever, le
canon tonnait dans le bague, annonçant l'évasion du força» 5115. Ce bruit réveilla, on le constata dans la suite, un soldat de garde près du mur d'enceinte, en même temps qu'uo Breton eu sentinelle au bout de la galerie où couchait l'évadé. Le premier se frottant les yeux, ne put ou ne voulu! rien due : mais on découvrit sur le mur, à quelques pas de lui, des traces cfcscalarie, et il fut constaté que le forçat n'avàii pu en atteindre la crèle sans (pie d<?u\ complices lui lissent la courte échelle. Le Breton prélendit n'avoir vu sortir de son côté personne autre que le l'ère Girard, qu'il avait cru reconnaître à sa soutane et à son bonnet carré : mais le ganle-cliiournie à la lanterne et ses aides témoignèrent que le prêtre était sorti de l'autre côté, suivant le cadavre. — D'ailleurs les explications d s deux sentinelles èiaient visiblemeul embarrassées. M. Doucereux, interrogé, fut obligé de convenir qu'il lui avait semblé que ce soldai sommeillait, et qu'il lui avait même offert une prise pour le réveiller : une pipe
de l'autre, prouva qu'il avait fumé, ce qu'il avoua. Le gouverneur et les , officiers de garde se réunirent eu conseil de guerre, séance, teuanle. On alla chercher ^\
le Père Girard qu'on dut réveiller, car il dormait chez lui : ce fut lui qui coufessa les deux militaires, tout deux condamués à la peine de mort. Ce fut lui qui les soutint de ses exhortations jusqu'au dernier moment, qui leur lixa le •mouchoir sur les yeux. Ils furent fusillés ensemble auprès du mur d'enceinte, à six heures du matin, devant tout le bagne réuni. Quant à Guiol, on se convainquit qu'il avait limé sa chaiuo et descellé la pierre qui la tenait : nuis d'aucun côté on ne retrouva sa trace, si bien qu'on se persuada qu'il avait dû se noyer en mer. Les flots pourtant ne rejetèrent pas son cadavre et l'on ne put en avoir la preuve.
Au moment où Girard, l'exécution terminée, sortit du bagne, un groupe de dévotes l'atteudait à la porte et lui fil une ovation. Louise Laugier était là avec Mlle Gravier etsa cousine laReboul : AI"0 Bataretley était aussi, toutes les plus ferventes pénitentes du jésuite, enthousiasmées, les yeux mouillés, la Guiol plus que les autres, — non qu'elle sût l'évasion de son. mari, Girard ne lui en avait pas parlé.
— Le voilà ! tenez! le saint homme qui a sauvé tous les malheureux forçats des morsures d'un enragé; le voilà, le prêtre dévoué qui n'a pas hésité à tuer l'infortuné au péril de ses jours... Oui, ma chère!...
Et leur attendrissement était tel que le bon Père dut se dérober à leurs questions, confus ets'étonuanl que cette nouvelle se fût si vite répandue, et qu'on fît, dit-il, tant de bruit pmrsi peu de chose...
— Et cette pauvre petite Catherine Cadière qui ignore encore ce trait là! fil la Guiol... Il faut que je coure le lui dire.
— Gardez-vous-en bien! répondit vivement le jésuite, tout à fait froissé dans son humilité.
Et il ajouta, tout bas :
— Catherine a à sortir ce matin, et il ne faut pas l'empêcher d'aller où elle va.
— Il suffit! répondit la Guiol qui ne put s'empêcher de frissonner sous ce regard plein d'ombre...