CHAPITRE XII LA PESTE DE TOULON
M. Fellmann s'était, sur la pointe du pied, approché de la fenêtre; vivement il ouvrit le volet et regarda au dehors : aucune ombre, aucun bruit... Rien I
— Je me seiai trompé, murmura-t-il.
Après un nouvel examen, il referma le volet, et revint s'asseoir près du maquiguon.
— Moi, je n'avais rien entendu, fit celui-ci. L'homme aux lunettes ne répondit pas.
— Si nous continuions? demanda Truc : il me tarde de savoir pourquoi les Révérends Pères avaient si grand besoin du Père Joseph.
— C'est aussi la question que le Père Joseph se posait, reprit Fellmann. Et il
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ajoutait : Il faut que ce soit bien grave, pour qu'ils aient fait le signal au moment où ils pensaient encore que dans une heure à peine je leur irais faire visite.
Et il fouilla dans ses souvenirs, cherchant à se rappeler de quels fils secrets il pouvait disposer seul, cela avec la satisfaction intime d'un homme qui se sent indispensable. « Diable! mais ils ne s'attendent pas à cette péripétie, » songeait-il... « Si « l'affaire est urgente, et elle en a l'air, voilà une quarantaine qui va les mettre en « un terrible embarras... » Il allait ajouter avec un mouvement indifférent des épaules : « Bah! après tout, qu'ils s'arrangent!... » Il s'interrompit... « Eh! mais qui sait si je « ne vais pas être embarrassé moi-même?... S'il allait encore s'agir de cette femme?... » Sa figure s^assombrissait : « Mais non, » fit-il, « après trente ans!... >
— Pardon, demanda Truc, de quelle femme parlait-il donc, s'il vous plaît?
— Attendez, vous allez le voir, répondit M. Fellmann. Et il continua :
— La journée s'écoula lentement. Tout l'équipage était désolé. Rien de plus triste que l'inaction, surtout pour les matelots. Autant ils aiment à courir les horizons, à travers vents et tempêtes, autant les heures passées à l'ancre leur semblent monotones : surtout quand on les passe consigné à quelques brasses du pays aperçu. Le soir vint : les lumières de Toulon brillèrent, puis s'éteignirent une à une ; puis plus rien que l'obscurité épaisse d'une nuit sans lune, d'un ciel chargé de nuages. La croix du couvent n'avait pas bougé de nouveau. Le Père Joseph s'était accoudé à l'arrière : il étouffait dans les cabines où s'entassent les odeurs acres des cuisines et des baleines vineuses. Très sombre pendant toute la journée, il venait chercher un peu d'air, et secouer ses songeries en allant et venant sur le pont. Il faisait noir comme dans un four; il ne distinguait pas même l'eau qui bruissait à ses pieds. Pris d'une vague inquiétude, il essayait en vain de se rassurer lui-même : « Peut-être, après tout, n'était-ce « pas moi qu'on appelait?... Pourtant je suis sur la Cléopàlre le seul de la Société... t Mais est-ce bien à la Cléopatre que s'adressait ce signal?... » Soudain il tressaillit. Il venait d'entendre un cri de goéland... Un oiseau de mer volait autour du navire et troublait le silence de sa voix rauque... Pourtant le cri se renouvelait, et, chose bizarre, par série de deux, à intervalles tout à fait réguliers. « Oh! oh! murmura le jésuite, « on dirait... » Il fallait être initié au mystère pour attacher de l'importance à ces cris d'oiseau. La sentinelle de quart paraissait les trouver tout à fait naturels, car ils ne fixaient pas même son attention. Le cri se répéta deux fois encore, comme assourdi par l'éloigoement. » Pas de doute, se dit le Père Joseph... Ils sont là!... Ma foi ! « puisqu'ils veulent m'emmener, partons... Ce ne peut être que daus mon intérêt « puisque c'est dans le leur... Mais décidément il parait que le temps presse... » 11 essayait de voir... mais il avait beau écârquiller les yeux, il n'apercevait rien qu'un océan de ténèbres. Cependant le bruit se rapprochait... il lui semblait entendre comme un battement d'ailes... L'oiseau revenait sans doute... le double cri tournait maintenant autour de la quille du navire... Il était évident qu'un canot glissait là quelque part, tout près... Mais où? Comment l'apercevoir? Comment faire savoir à ses compagnons l'endroit précis où lui-même se trouvait à les attendre? Silller était imprudent : il fallait jouer au fin, car la sentinelle du bord avait une consigne terrible. Pour quiconque essayerait de s'échapper afin de prendre terre, un cri d'alarme... et aussitôt, un puissant fanal illuminant la mer, feu sur le fugitif!... « Diable de nuit! » songeait le moine... « D'autre part, c'est le seul temps propice... » Il s'interrompit, s'agenouilla sur un tas de cordages : »Oh! une idée!... » Il se peucha le plus possible
rs par-dessus le bastingage, puis, fouillant dans sa soutane, eu tira un briquet... Il toussa ,--,
Jfa légèrement eu même temps qu'il le frappait... Quelques étincelles jaillirent, très 2\
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Eu ruéuie temps, le foulard se serrait autour de sa gorge, tordu d'un seul coup... Un eri vauque s'étrangla dans sa bouche... Un nua?e passa sur ses yeux, (Ghap. XIII.)
faibles, mais suffisantes pour être aperçues sans rien éclairer aux alentours. Les cris cessèreut. » Ça y est, » fit-il eu se redressant. « Ils savent où je suis... Maintenant ne « bougeons plus de notre poste. » Deux minutes plus tard, une corde s'abattait silencieusement sur le pont, s'eoroulant autour de ses jambes. Le moine s'en saisit, l'attaclia à un anneau de fer, et. enjambant par-dessus le plat bord, se laissa glisser... En bas, deux bras levés l'attendaient, qui, vivement, l'attirèrent : il se trouva couché au fond d'un canot plat. Une voix murmura à son oreille : « Tecum situais. »
— Ce qui veut dire? demanda le maquignon, peu ferré sur le latin...
— « Nous sommes avec toi! » répondit l'homme aux lunettes, qui reprit : Puis la bannie fila sur les eaux noires, de toute l'impulsion de la godille d'arrière... A peine
19e LIVRAISON.
(LIBRAIRIE ANTI-r-I.iiRICA.LE.)
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avaient-ils parcouru quelques brasses, qu'à bord de la Cléopâtre uue voix retentit... des vuix répondirent... 11 se lit un grand remue-ménage rapide. « Tonnerre! grommela l'homme du canot, ils viennent de s'apercevoir de votre départ, mon père... Allons! lâche la godille, toi, et prends le gouvernail : et vous, prenez les rames et courbez vous dessus, Terme!... Il ne s'agit plus de ne pas faire de bruit maintenant, mais de filer... Parbleu! s'il n'y avait qu'eux... ils ne peuvent pas nous voir... mais c'est leur sacré fanal! .. » Là était le danger en effet. La sentinelle, qui avait cru entendre comme un léger frôlement sur le liane du navire et des mouvements confus sur l'eau, s'était rapprochée de bâbord, où elle venait de s'embarrasser les pieds dans la corde attachée trop long. Pousser le cri d'alarme, avertir les marins de quart, fut l'affaire d'une seconde. Une vive lumière jaillit du grand mât. faisant un cercle de feu autour du navire... Rentrant la tête dans les épaules, les fugitifs virent la sentinelle penchée par-dessus le bastingage, le mousquet en joue...
Hilaire Truc se rapprocha vivement de la table, très empoigné.
— Bigre! Iiasarda-t-il, tout eu remplissant son verre, pas à la noce, le Père Joseph, dites donc...
M Fellmaun sourit, flatté dans son amour-propre de conteur...
— Heureusement... coutinua-t-il...
Le maquignon, rassuré par cet adverbe, se renversa sur le dossier de sa chaise,
en poussait un soupir de satisfaction...
— Heureusement le mousquet se releva silencieux... Juste au moment où s'éclairait le fanal, le canot, vigoureusement poussé par les rameurs, se trouvait entré dans la ligne d'ombre. Les marins accourus eurent beau fouiller de leurs lunettes de toutes parts 1rs flots éliucelants, ils n'aperçurent rien... Des jurons arrivaient jusqu'aux oreilles du Père Joseph radieux, i Bit! » fit-il, « il était temps... » El il se redressait, fatigué de sa position horizontale... I! n'acheva ni son geste, ni son exclamation... Lue détonation retentit... le bouuel du jésuite tomba, et lui s'abattit dans le fond de la barque...
— Mort? demanda Truc, interrompant une gorgée de vin...
— Il en avait bien l'air... .Mais, constatation faite, on reconnut qu'il en était quitte pour la peur, et que la balle n'avait percé que sou bonnet. C'était la sentinelle qui, rageant de son alerte inutile, avait, lâché la détente de son mousquet par acquit de conscience, à peu près dans la direction, au hasard. « N'importe! vous l'avez o échappé belle, » disait le patron du canot au jésuite. Lue heure après, le Père Joseph frappait à la porte du couvent des Révérends Pères. Le supérieur eu personne venait de lui ouvrir, et d ail. ut refermer la porte, quand une épouvantable uétouation retentit du côté de la mer, tel'e que les vitres de tout le couvent volèrent eu éclats... Le? deux hommes baissèrent la tête, comme si la foudre leur tomSait dessus... « On « dirait, » commença le supérieur, qui se remit le premier. « un navire qui saute en « rade...» — «C'est plus loin que la rade, » lit un passant attardé... » Ce doit être en « mer, et, à la direction de la n'anime et de la fumée, je croirais volontiers que c'est « le navire en quarantaine... » — « La Cldopdtre! » murmurèrent les deux Pères en rentrant précipitamment. Ils envoyèrent aux nouvelles : le passant ne s'était pas trompé... La Cléopâtre venait de sauter, sans qu'on pût savoir à la suite de quelles circonstances... Seulement, un matelot qui fut recueilli pas tout à fait mort encore par un canot de sauvetage, déclara avant de mourir que le feu avait dû prendre dans les éloupes dont était matelassé le double bastingage. On sait que les navires ont deux
<K, murailles reliées l'une a l'autre mais qui n'adhèrent pas, celle construction ayant été ^rj J} reconnue plus solide. Or, la Cléopâtre avait, dans sou dernier voyage, été froissée par Ou
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un autre navire qui l'eût abandonnée, sans un rapide changement de direction. La coque extérieure avait été en partie enfoncée : et les maîtres calfats du bâtiment, se voyant prés d'arriver au port où un radoubage complet leur était promis, s'étaient contentés d'installer dans l'enlreeloisonnement des coDtreforts et des matelas d'étoopes. Le blessé déclara que, peu après une alerte dont lui ne savait, pas la signification, on avait remarqué une fumée épaisse emplissant le navire... Le branle-bas d'incendie avait été battu... mais impossible de savoir où en était le foyer... Les pompes se trouvaient en mauvais état, d'ailleurs... Bref, on venait de remarquer une traînée noire sur le bastingage de bâbord, près d'un paquet de cordages goudronnés, à moitié chemin entre la passerelle de quart et l'arrière, et, supposant que le feu avait dû commencer là pour descendre entre les deux murailles vers l'entrepont, on s'occupait à démo ir et à noyer le bastingage, quand l'explosion se produisit... Le feu venait d'atteindre la soute aux poudres... Le lendemain matin, il ne restait plus de la Cléopâtre que des débris flottant sur les vagues, et autour desquels se pressaient des barques pleines de curieux...
L'homme aux lunettes s'interrompit pour se moucher.
— Je vous parie, fit le maquigGon, que c'est le briquet du Père Joseph qui avait allumé l'étoupe.
— C'est possible, répondit l'autre, mais cela importe peu. Et il reprit :
— Le colloque entre le Père Joseph et le supérieur ne dura que peu d'instants, le temps de mettre le nouveau venu, arrivé si bien à point, au courant de la situation. de lui donner les blaucs seings nécessaires, de discuter dans ses détails le plan le plus profitable à la bonne exécution de leurs projets. Le lendemain matin, le Père Joseph se présentait à la porte de Braùer. Un jeune homme d'une quinzaine d'années vint ouvrir... C'était le fils. Pierre... « — Vous vous trompez de porte, sans doute? » demanda-t-il. « — .Non pas : je sais bien être chez Jacques Braùer. » « — Mou père « est très malade et ne peut vous recevoir. » « — Votre mère me recevra. » « — Je « ne crois pas, monsieur. » « — Moi j'en suis sûr. » Le jésuite avait parlé d'un ton net : le fils se redressa. « — Vous allez vous en aller, » dit-il. « — Non pas. » « — Prenez garde! Je ne suis qu'un enfant... mais je saurai bien... » Jl n'acheva pas... Au bruit de la discussion, Jeanne venait d'entrer... « — Lui! » fit-elle, en reconnaissant le prêtre. Et, très pâle, elle congédia l'enfant d'un geste brusque. Puis, s'étant assurée que la porte était bien close. « — Vous osez venir ici, vous? » ditelle. « — J'y viens accomplir un devoir, » répondit le jésuite d'une voix calme. « — Ne raillez pas! ce n'est pas le moment... » « — Non certes. » La femme le regarda, surprise. « — Que voulez-vous dire? » demanda-t-elle. « — Ce n'est pas << à vous que j'ai à parler ici. » « — A qui donc? » « — A votre mari. » « — Vous « ne le verrez pas. » « — Je vous demande pardon. » Les réponses et les ques sifflaient comme deux lames d'épées. « — Vous ne le verrez pas! » répétait la femme, couvrant la porte de ses bras ouverts... « D'abord il se meurt... » « — Raison de « plus pour me hâter... » Jeanne se redressa: « — Ah! vous voyez, » dit-elle, « vous vous êtes trahi, malheureux !... C'est pour ac ;aparer sa fortune que vous vous « hâtez! Vous voulez vérifier si le testament signé par lui sous la dictée de vos si « rieurs existe encore... Eh bien! non! sa :hez-le, il n'existe plus : Jac |ues l'a dé : « et sur mon conseil... Vous voyez bien que vous pouvez vous en aller! » Et elle lui montrait l'escalier. Le Père Joseph, lui, désigna du geste la porte du malade: « — C'est là qu'il faut que j'aille! » affirma-t-il, donnant à ce mot : il faut, une netteté terrible. «. — Jamais! » répondit Jeauue, moi vivante... « — Ne vous exaltez pas, »
continua le jésuite : « j'ai si peu l'intention Je vous tuer, que je compte sur vous pour « m'ouvrir cette porte... » Elle se pencha en avant : « — Sur moi? » dit-elle : « il « compte sur moi!... Mais, misérable que vous êtes, vous oubliez donc?... » Il l'interrompit : « — C'est vous qui oubliez? » dit-il... Et il semblait si fort de lui qu'elle se prit le front et sous son regard aigu ne put que balbutier : « — Moi? » « — Dame ! » En même temps qu'il prononçait ce mot, il tirait de sa poitrine un papier qu'il lui mit sous les yeux sans le quitter... « — Qu'est-ce c'est que cela? » demauda-t-elle... « — Lisez!... » D'un regard elle parcourut la page. « — C'est « mon écriture... » dit-elle d'abord. « — Je le sais bienl » Puis elle ajouta : « — Eh « bien ! c'est ma lettre... je le reconnais... Après?... » « — Après?... Si vous ne me « laissez pas entrer chez votre mari, je la montre à votre fds... » « — Mais... » « — Attendez... Si vous ne m'y laissez pas entrer seul, c'est à votre mari que je la « montre. » « — Que m'importe? N'est-ce-pas vous seul que cette lettre accuse? » « — De fait, peut-être; de forme, non. » « — Et puis vous savez bien que ce n'est pas » pour moi que je l'écrivais... » « — Moi? je ne sais rien du tout, sinon qu'elle est « de votre main, que c'est vous qui parlez, et que c'est vous qu'on croira coupable « du crime qu'elle annonce... » « — Oh! misérable! » Il se fit un silence. « — Ainsi « c'est bien clair? » reprit le jésuite, déuouant les mains de Jeanne qu'elle croisait sur ses yeux, « votre fils et votre mari sauront, à n'en pouvoir douter, que cet enfant, « c'est vous... » « — Oh! assez! » interrompit la femme, « cela n'est pas possible! » « — Tout est arrangé pour cela! » « — Les monstres! » murmura-l-elle, épuisée par la lutte intérieure et par le constant effort pour supporter sans faiblir cet implacable regard. « — Vous consentez? » demanda le Père Joseph... « — Non! non! » fit-elle, d'une voix sourde, se soutenant contre la porte, car elle se sentait chanceler... Et elle ajouta, suppliante : « — Oh! vous êtes sans pitié!... Ce crime, si c'est un « crime, c'est vous qui l'avez fait commettre... C'en est un autre, pire peut-être, de « me tuer d'honneur dans l'esprit de mon mari, démon enfant... Vous ne ferez pas « cela! » « — Cela dépend de vous... » « — Mais voyez donc ce que vous exigez « de moi... Voyez... » — «Je vois que nous perdons le temps... Oui ou non, acceptez- « vous? » La malheureuse faiblissait... « — Permettez-moi d'être là, au moins... » « — Impossible!... » « — Oh! c'est ainsi? Alors je refuse... » « — Soit. Alors « j'appelle votre fils?... » Et il fit un geste pour sonner... Elle pâlit horriblement : « — Mon Glsl Oh! c'est infâme cela! Plutôt un autre crime!... » Et elle tira, ce disant, de sa poche ses ciseaux, les brandissant et cherchant à crever les yeux du jésuite. Le Père Joseph n'avait pu lui saisir que le poignet gauche... Sa situation était critique... La lutte dura quelques instants... Jeanne sentait ses forces s'en aller, épuisée qu'elle était parles veilles prolongées... Elle n'osait appeler Pierre, pourtant, tant la menace du jésuite l'épouvantait... Elle se hâtait, comprenant qu'elle allait perdre connaissance, peut-être mourir... Soudain il lui échappa un cri de triomphe... Le Père Joseph venait de glisser sur un tapis : il avait dû se retenir de la main au mur, où il s'appuyait accroupi. Débarrassée de son étreinte, elle leva son arme et l'abattit, visant 1rs yeux effarés du prêtre... Le jésuite eut le temps de les couvrir de son autre main, qui lut presque traversée de la pointe... Mais la douleur avait été telle qu'il la retira, laissant ses yeux sans défense... Elle leva de m niveau ses ciseaux... mais l'horreur du sang versé acheva ce que faisait pressentir l'acharnement de cette bataille muette... Elle chancela, voyant les murs tourner autour d'elle; son arme échappa de sa main, cueillie au passage par le prêtre, el elle allait tomber sur le parquet de toute A sa hauteur, s'il ne l'eût retenue... « Ma mère! » cria Pierre qui rentrait. Et, s'élan- /^ çant vers elle, il demanda au jésuite : « — Qu'y a-l-il donc, monsieur? » « — Il y a j^f
« que votre mère se trouve mal, et que je vous la confie, » répondit le Père Joseph. Sur quoi, il entra dans la chambre de Jacques Braùer.
— Ah çà! interrompit Hilaire, dont les yeux s'écarquillaient de plus en plus, que diable y avait-il donc dans cette lettre?...
— Pour ceci, répondit M. Fellmann, je puis vous mettre au courant en deux mots.
Et, consultant une feuille plus jaunie :
— Cela remonte à seize ou dix-sept ans, dit-il. Le maquignon allumait sa pipe : il s'interrompit.
— N'écourtez pas trop, monsieur Fellmanu, à moins qae ça ne vous fatigue. Je ne me fatigue pas de vous entendre, et nous avons toute la nuit à nous, vu que je ne peux recevoir mes instructions que demain.
— J'abrège pourtant, fit l'homme aux lunettes. Et il reprit :
— Le Père Joseph était, à cette époque, un prédicateur très couru...
— Comme qui dirait aujourd'hui le Père Girard, observa Truc.
— Précisément! répondit l'autre avec un sourire... avec cette différence que le Père Joseph était très bel homme... Vous n'êtes pas sans savoir à quels dangers sont exposés les représentants de Dieu en confessant les jeunes filles et même les femmes mariées.
— Je m'en doute.
— Beaucoup de leurs pénitentes, sollicitées du démon, ne demanderaient qu'à oublier leurs devoirs et à déposer leur vertu entre les mains de leurs directeurs. La plupart du temps... je veux dire toujours, les Révérends Pères résistent, — au prix de quels efforts! — à ces rudes tentations... Mais ils ne peuvent empêcher les passions funestes dont ils sont le constant objet : les jeunes filles, surtout quand elles sont amoureuses, aiment à bavarder ; elles se plaisent à prendre leurs espérances pour la réalité : la calomnie s'en mêle... il en résulte que des bruits étranges se répandent, qu'active parfois un espoir de chantage. Voilà comment une certaine Cécile qui était domestique à l'évèché de Toulon, et dont l'affaire lit à cette époque un scandale pénible, se mit un beau matin à jeter les hauts cris, et à se prétendre enceinte du Père Joseph, l'effrontée 1 Elle avait une sœur, Jeanne, cette Jeanne Braùer dont je vous ai parlé...
A cet endroit du récit, le maquignon se dressa sur sa chaise, oubliant sa pipe.
— Cécile et Jeanne! dit-il; les deux sœurs? 11 paraissait troublé. M. Fellmann le regardait par-dessus ses lunettes.
— Qu'avez-vous donc? demanda-t-il, plissant ses petits yeux.
— Moi?... Mais j'ai que j'ai eu deux sœurs de ce nom-là... autant que je me souviens, car j'étais bien plus jeune qu'elles, et je ne les ai vues que le jour de la mort de notre pauvre mère... Il faut vous dire que ma mère s'était remariée : moi j'étais du second mari, et mon père, qui les avait prises en grippe, les avait chassées de la maison... Comment s'appellent-elles de leur nom de famille?...
L'homme aux lunettes feuilleta deux ou trois pages.
— Je n'ai pas le nom de famille, fit-il au bout d'un instant.
— Ah bas ! voyons donc.
— Inutile, répondit nettement M. Fellmanu : je suis un des archivistes de la Société ; mais vous devez bien comprendre que la Société ne me dit que ce qu'il lui
rv, plaît de me dire... ,oO
— Quant à ces deux noms, vous me semblez vous arrêter à un hasard trop peu précis... Vous Oies de Nîmes, m'avez-vous dit, et ces jeunes tilles venaient de Marseille...
— Ah!
— Nous pourrons nous occuper de cela plus tard, d'ailleurs.
— Nous verrons.
— En attendant je continue.
— C'est cela.
M. Fellmann reprit, après un silence :
— Cécile pria donc Jeanne, sa sœur, sa sœur cadette...
— Jeanne était la cadette? demanda Truc.
— Oui ; de deux ans.
. — Alors, ça djt tout : de mes deux sœurs à moi, c'était Jeanne l'aînée...
— Ceci est nef.
— En effet; il me faut faire mon deuil de les retrouver jamais, mes pauvres sœurs... D'ailleurs elles sont peut-être mortes à l'heure qu'il est.
— Des ileux femmes dont je vous parle, l'une est morte depuis bien des années, l'autre se meurt.
— Oui... Enfin, continuez...
M. Pellmann recommença :
— Cécile pria donc sa sœur Jeanne d'écrire au Père Joseph une lettre, la même que tout à l'heure lui présentait. Dans celte lettre, Jeanue disait à peu près ceci, dans des termes très ménagés :
« Mon Père,
t Celui à qui je me suis donnée et que je ne peux me résigner à haïr m'abandonne, vous le savez... Dans la retraite où je me suis cachée avec ma sœur depuis plusieurs mois, je viens de donner le jour à un enfant... Prenez pitié de moi et de lui... Ma place est perdue .. La misère me menace : par moments je me sens devenir folle... l'Iut'.i que de le vouer à la honte qui l'attend, le pauvrel que ne reconnaîtra jamais sou père, j'aimerais mieux le perdre... Répondez-moi... empêchez-moi de commettre un irréparable malheur. Nous me comprenez... Votre de.
« Jeanne. »
Car cria était signé Jeanne.
El vous aussi vous comprenez maintenant pourquoi le Père Joseph tenait Jeanne Braûer : sa fuite avec sa sœur dans un village où ell jusqu'à la
délivrance de Cécile rendait vraisemblable le bruit qui courut alors dans la porté ou ne sait par qui, qu'elle aussi avait été honorée des faveurs du jésuite : bruit qui était absolument faux d'ailleurs... le reste mssi. I u l'ail bien plus grave faisait de cette lettre une arme aux coups inévitables. Quelques jouis après qu'elle eut été écrite, Cécile, se lassant, dit-elle à sa sœur, de rester sans réponse, ■ — car vous pensez bien que le prêtre ne répondit pas, — Cécile envoya sa sœui à foulon. Ci' Ile-ci donna rendez vous au j isuite dans une chapelle qui existai! alors au bord de la mer, et que Pécroulemeui d'une ralaise a détruite di puis. Le Père Joseph y vint, pour ^A Jr^ eu liuir; pour savoir quels enuemis avaient conseilli aux deux sœurs ces manœuvres ^v
4* LES DÉBAUCHES D'UN CONFESSEUR loi VV
odieuses; pour les ramener, s'il en était temps encore, à de meilleurs sentiments... A partir de là, on ne sait pas au juste comment les choses se passèrent : peut-être fut-elle prise de remords quand elle aperçut la robe du prêtre ; peut-être alors préféra-t-elle la mort à l'odieuse comédie qu'elle était résolue à jouer... les adversaires du jésuite allèrent jusqu'à dire que, reportant sur elle la fatale passion dont On l'accusait pour Cécde, il avait voulu se permettre avec Jeanne des libertés coupables... Vous pensez bien que je ne le crois pas... tant il y a qu'enfin la jeune fille quitta la chapelle en courant du côté de la mer... Le jésuite courut après elle de toutes ses forces... pour la sauver, comprenez vous?
— Je comprends, dit flegmatiquement Truc, qui avait repris sa pipe pour se donner une contenance, et s'euvirouuait u"uu nuage de fumée, ni plus ni moins que Jéhovah sur le Siuaï...
— Le Jésuite, arriva trop tard, reprit M. Fellmann de son ton tranquille... Jeanne, qui ne se croyait peut-être pas si près du bord de la falaise, eu se retournant fil un faux mouvement... Le pied lui glissa... Elle tomba, les bras ouverts, eu poussant uu cri déchirant... Le Père Joseph recula d'horreur... Quand il se rapprocha au bout de quelques instants, et se pencha au-dessus du gouffre, le soir enveloppait déjà la mer d'un voile sombre... Impossible de rien distinguer... Des rochers étaient à pic, et dans l'abîme des flots tumultueux, la jeuue fille avait dû trouver son tombeau. Le jésuite revint à la chapelle, pénétré de douleur, gardant comme une relique la dernière lettre de l'infortunée... Elle fut jointe aux archives... Or, vous le savez, et le l'ère Joseph l'avait appris du supérieur, Jeanne n'était pas morte. Soutenue par ses jupons gon.les d'air, elle avail flotté quelque temps à la surface... Mais, peu à peu. les efforts mêmes qu'elle faisait l'aidèrent à s'enfoncer... Déjà sa tète avail disparu sous l'eau à deux reprises et elle allait être engloutie définitivement... quand elle se sentit saisir par les cheveux... Quand elle rouvrit les yeux, elle se trouvait suspendue en l'air : on la hissait au moyeu d'une poulie; puis on la coucha de tout son long sur le pont d'un navire, une grande barque de pèche, à ce qu'il lui sembla. Cependant son illusion ne dura guère. Déjà effrayée par la brutalité des soins dont elle était l'objet, eue n'eut qu'à jeter les regards autour d'elle pour apercevoir des barbes farouches, et, sous les costumes de marins, des crosses de pistolets el des manches de poignards. Elle venait d'être recueillie par des pirates. « De suite elle fut fixée sur le sort qui l'attendait. A peine remise, elle se vit descendue dans l'entrepont, où elle se trouva en compagnie d'une vingtaine de femmes prisouniéres, que surveillait un grand escogriffe] terrible et menaçant. A l'aspect de ces figures brulales, elle avait craint un moment n'être échappée à la mort que pour mieux retomber dans la honte : elle lut surprise au contraire, des égards qu'on avait pour elle... Sa joie devait être de courte durée; elle apprit bientôt avec terreur qu'on la destinait à orner comme tant d'autres le sérail du sultan...
M. Fellmann ménagea un silence... Peut-être s'attendait-il à une interruption égrillade : mais Truc ne souffla pas uu mot : il fumait toujours sa pipe...
— Donc, continua l'homme aux lunettes, elle vécut un mois dans cette sorte de cachot, respectée, mais doublement triste, eu pensant au sort qui lui était réservé el dont rien ne la sauverait, eu songeant à sa sœur si exallée par le désespoir de sou abandon que toute folie en était à craindre... Et, de fait, ede n'avait pas toit de s'inquiéter à ce sujet... Uu jour une lourde rumeur se propagea dans tout le navire, mêlée de bruits d'armes, de tonneaux roulés... Les prisonnières reconnurent uu b anlebas de combat. Les pirates en effet, se trouvaient daus une mauvaise passe. Ils venaient
\^ d'être, à la lueur du soleil levant, surpris par uu vaisseau de haut bord, qu'ils r\f
avaient reconnu comme appartenant à un ennemi acharné à eux, un certain marchand de perles qu'ils avaient dévalisé dans une razzia restée légendaire... Reculer? Il n'y fallait pas songer : l'adversaire était déjà presque sur eux... Il avait surgi des ténèbres tout d'un coup, comme d'une trappe... Sans compter que le vent venait de sauter brusquement du nori-nord-est au sud-sud-ouest, et les poussait droit sur le canon... Le combat ne dura pas... Après quelques boulets tirés par le marchand dans la mâture, qui s'abattit bientôt encombrant le pont, écrasant une partie de l'équipage, du haut navire s'abattirent sur la barque des grappins formant ponts par où les matelots des deux pavillons se mêlèrent... Accablés par le nombre et malgré leur acharnement, les pirates furent égorgés par les autres qui leur gardaient une vieille raucune ayant des camarades à venger. Le gardien du futur sérail était monté secourir ses complices, de sorte que l'entrepont devint libre... Les femmes en profitèrent pour essayer de fuir, pressentant une délivrance, d'après ce qu'elles avaient pu suivre des phases du combat, préférant en tout cas pour la plupart le risque de mourir d'une balle au risque de vivre prostituées... Or, au moment même où Jeanne débouchait de l'escalier en tête du cortège, la tartane, qui faisait eau de toutes parts, coulait... Les marins ennemis se hâtaient de regagner leur navire... Le marchand de perles, en sa qualité de patron, couvrait la retraite... Il allait quitter la barque, et jetait un coup d'œil rapide autour de lui pour voir s'il n'oubliait pas quelqu'un de ses gens, quand il aperçut Jeanne qui le regardait, suppliante, les bras tendus.. Jeanne était belle et sa douleur la rendait plus intéressante encore : son regard alla au cœur du marchand... Un paquet de mer s'avançait sur elle, énorme... 11 fut plus prompt que la vague, bondit vers elle, l'enleva dans ses bras, traversa d'un élan le pont improvisé... Le grappin se relevait au moment précis où les Ilots bouillonnants recouvraient la tartane, engloutissant les autres femmes qui n'eurent que le temps de pousser un cri déchirant. La jeune tille s'était évanouie dans les bras de son sauveur. Voilà comment, la reconnaissance aidant l'amour, Jeanne devint Jeanne Braùer, et, partie de Toulon sans fortune, y revint femme du plus riche marchand de la ville... Dès sou retour, elle se mit en quête de sa soeur...
La pauvre Cécile était morte dans de tristes conditions. Une indiscrétion des gens chez qui elles s'était réfugiée, gens avares que la disparition de sa sœur Jeanne l'avait mise dans l'impossibilité de payer, mil la police au courant de la naissance de son enfant... On vint faire une perquisition chez elle; on n'y trouva plus le petit... Interrogée, la malheureuse répondit que, poussée à bout par le désespoir, elle n'avait donné commission à sa sœur d'aller supplier le père de son enfant, qu'atin de l'éloigner ; qu'elle avait mis ce temps à prolit pour aller exposer son bébé sous une porte où l'on avait dû le trouver... Mais on eut beau multiplier les recherches, aucune nouvelle ne vint jamais confirmer sa déclaration... Personne ne put témoigner avoir vu le petit : même, témoignage accablant, un Révérend Père jésuite, qui venait de confesser une dame dans la maison indiquée, et qui en sortit à peu près à l'heure dite, qui seul, par conséquent, eut pu voir la chose, jura devant le Christ qu'il fallait, si l'enfant avait été déposé là, qu'il en eût été enlevé de suite... Cécile comparut devant un tribunal, où elle ne sut que répéter sa première version : elle osa même soutenir de nouveau que le Révérend Père Joseph était le père de son enfant, elle le dit et le redit, violente; se répandit en blasphèmes ; alla jusqu'à prétendre que le jésuite qui témoignait contre elle était le complice du l'ère Joseph, que c'était lui qui avait emporté sou eufaut pour l'élever ou pour le faire disparaître, pour le faire disparaître plutôt, comme le l'ère Joseph avait fait disparaître sa sœur, dont elle apprit au cours du procès la mort mystérieuse. Le Père Joseph fut cité : il prouva, souleuu par le témoi
H voyait avac effroi s'approcher le moment où son ombre arriverait en lace des chercheurs, accusant nettement sa silhouette et le dénonçant ainsi... (Chapitre XIV).
de plusieurs dames pieuses présentes dans la chapelle, qu'il y avait reçu la visite de Jeanne, qu'elle lui avait fait lire une lettre de Cécile, lettre tellement compromettante pour elle, lettre si bien en rapport avec la disparition de l'enfant, qu'il l'avait brûlée dès en rentrant chez lui : il ajouta qu'il avait fait sou possible pour vaincre l'entêtement de Jeanne, qui lui répétait les mêmes accusations renouvelées par Cécile, qu'il lui avait prouvé de son mieux l'infamie de sa conduite, qu'elle eu avait paru très touchée, que là-dessus elle l'avait quitté vivement... mais que lui n'avait pas mis le pied hors de la chapelle... ce dont nul ne douta... que, si Ton voulait son opinion, elle était telle : pour lui, Jeanne, prise de remords, avait dû se jeter dans la mer: quant au récit de l'enfant exposé, c'était une fable comme le reste... Quant à son avis sur
'2lJe LIVRAISON.
(LIBRAIRIE ANTI-CLÉRICAL3
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disparition, il n'osait le dire... Il n'eu eut pas besoin : l'avis des juges était le même : la chose n'apparaissait que trop claire... Seul, uu uomme se trouva pour la défendre, un supérieur du couvent des Cannes qui avait reçu sa confession et qui essaya de plaider sa cause...
Truc leva la main :
— Pardon! lit-il, il m'a été parlé d'un supérieur du couvent des Cannes qui avait pris eu auiiitié le Père Nicolas, et, en mourant, lui avait légué sa petite foi tune...
— C"est le même, répondit M. Fellman.
— Ah! merci. Je vous demande cela... c'est une idée oui me traverse... parce qu'on m'a signalé déjà ce Père Nicolas comme un homme dont il faut se méfier.
— C'est vrai... touchant cette affaire particulièrement : il pourrait bien avoir reçu de son supérieur des éclaircissements... fâcheux... Il ne m' pardonnait pas, je le sais, d'avoir perdu celte c*au-e; car il la perdit ou à peu [nés... Cécile fut condamnée pour infanticide el calomnies envers des personnages revêtus d'un caractère sacre, à
ans il.' travaux forcés...
— Et elle les fit?
— Non... le lendemain de sa condamnation, son geôlier la trouva pendue à la fenêtre de son cachot, par sis cheveux, qu'elle s'était noués autour du cou.
— Pauvre fille! murmura Truc eu lâchant une bouffée.
— Vous di
— Je dis : mais l'enfant? Elle ne l'avait pas tué?...
— Mais non, répondit 51. Fellmann avec nu sourire : le jésuite qui l'avait vue le déposant sous la p. rie l'emporta : et cet enfant qui grandit, élevé par la société à laquelle il rendra, j'espère, de nombreux services, savez-vous qui c'est?...
— .Moi?... non...
— C'est le révérend Père Girardl
— Ah ! bah !... Voila le cas de dire : comme on se retrouve!...
— Tout ceci SOUS le sceau du secret!
— Bien entendu ! comme le reste... Si nous en revenions au reste?... Nous avions lai 5é le révérend Père Joseph entrant chez Braûer...
— Le reste se devine sans plus de peine que vous n'en avez mis pour comprendre par quelle menace le jésuite tenait Jeanne... Braùer se débattait contre I ie prochaine... La chose devenait aisée et à la portée d'un novice. Le jésuite dit
'on iht dans ces circonstances, parla de l'enfer, des flammes éternelles, obséda le malade... « — Mais je ne veux pas ruiner ma femme et mes enfants! répétait le moribond. — II.- seronl ruinés bien plus sûrement; car la colère île Dieu .-.'étendra sur votre maison!... » Il disail cela en homme qui en est sûr : Jacques ne put que baisser la ■ — Au moins je veux leur laisser une part... » Et il la désigna : « — Soit! dit le jésuite, sacrifiant cela pour avoir le reste il sûr que cela même lui i '.ait... » Sur quoi, il lui tendit la plume pour signer l'autre testament pareil au
i i . . qu'il rapportai! toul prêt et auquel il venait de rajouter la clause restrictive sue- la dictée 'le Jacques... Mais au moment décisif, l'homme hésita : « — Non ! je ne peux pas! lit-il se redressant. » C'est la que le jésuite l'attendait : « — Signez I mai heureux! mais siguez vite! vous n'avez que le temps! Rachetez, avant de mourir, les mme et de vos enfants, qui viennent de se condamner aux supplices sans lin... — Que voulez-vous dire? — Que. profitant de voire maladie. Jeanne vient
faire baptiser protestante, elle el ses enfants! — La malhe gémit le ,r\
J^ mot ibond... >> Et il retomba sur l'oreiller, livide, si faible que le jésuite dut lui conduire £v
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la main pour l'aider à mettre son nom au bas du testament... 11 le mit enfin... Tout était achevé... .Maintenant sa femme et ses enfants pouvaient rentrer... Maintenant il pouvait mourir... Le prêtre plia le parchemin qu'il serra dans sa poche.. .« — Et maintenant, mon frère, dit-il, que Dieu vous récompense et vous paye là-haut au centuple... Recevez en son nom le baiser de paix... » Le jésuite se pencha sur le lit; mais le même frisson qui tout à l'heure avait secoué Braùer après sa signature donnée, l'arrêta... Sans doute l'émotion de la victoire... La pâleur de Braùer l'épouvanta... « — 11 était temps! se dit-il. » Et, à part lui, de ses yeux troubles, le moribond voyait son confesseur livide et se demandait : « — Est-ce que lui aussi va mourir? » Le baiser qu'ils échangèrent fut plus long que ne le voulait le jésuite, qui se .-entait chanceler, pris comme d'un étourdissement... Peut-être l'atmosphère de cette chambre de malade le gênait-elle, et la fatigue d'une nuit blanche et d'un long voyage. 11 se secoua, dominant ce malaise et jetant un regard de triomphe sur le pécheur reconquis qu'il bénissait de la main, il sortit majestueux, en songeant : « — Dans un mois, je puis être évêque, » A la porte, un nouvel étourdissement l'arrêta... Il dut s'appuyer un instant à la muraille avant de se mettre en route... Sa poitrine était comme brûlée par moments d'uue flamme intérieure... 11 but avidement à une fontaine, puis, se bâtant, alla rejoindre le supérieur qui, anxieux, l'attendait sur le quai et qu'il parut rencontrer par hasard. » Sa figure n'était pas bonne, et l'anxiété du supérieur s'en accrut. « — Eh bien ? demanda- t-il, la voix coupée par l'émotion. « — Voilà la chose, répondit le jésuite d'un ton sourd. » Et il tendit le testament au supérieur qui le saisit avec un cri de joie. « — À la bonne heure! C'est affaire à vous! Soyez tranquille : vous ne vjus eu repentirez pas. — J'y compte! » murmura le jésuite en s'iucliuant. E'onné de cette réponse, si peu dans les habitudes de modestie du Père Joseph, le l'ère supérieur ramena les yeux sur lui... Il aperçut un visage livide, et, dans les prunelles caves, il vit flamboyer une flamme telle qu'il demeura stupide... « — Ah çà! pensa-t-il, on dirait que cet homme couve de mauvais desseins... » Il jeta un rapide regard autour de lui... Personne!... Ma foi! il eut presque peur... Soudain cette peur se changea en épouvante... Le Père Joseph venait de faire un pas, la main en avant, comme prêt à fondre sur lui... D'un bond il évita l'étreinte... Mais quelle fut sa surprise en voyant le jésuite s'abattre lourdement à terre avec un gémissement lugubre... Il était tombé sur le dos : son teint plombé devenait effrayant; ses doigts se crispaient... sa ligure contractée semblait prendre, sous la souffrance, une teinte plus noire... Mais oui!... elle était maintenant couleur d'ardoise... « — Cet homme se meurt! s'écria-t-il... Au secours! A moi! » Deux charpentiers qui travaillaient à radouber des carcasses de navires dans le port surgirent sur le quai, escaladant une échelle de fer rivée dans le granit. « — Venez, mes amis! Emportez cet homme!... » Ils saisirent le corps, déjà presque un cadavre, et se dirigèrent vers le couvent à travers toute la ville, fendant la foule plus épaisse à chaque pas. « — Mal étrange ! pensait le supérieur, ce n\ là une apoplexie ni une insolation... » Et il considérait, épouvauté, ces orbites pleines d'ombre, ces lèvres violacées retroussées sur les dents et ces plaques sinistres marbrent les joues...
Aussitôt le jésuite parti, Jeanne était entrée dans la chambre de son mari, la mort dans l'âme... Redoutant une scène de reproches que le malheureux sentait fondés, sans force pour lui demander compte de sa conversion au calvinisme, le mourant s'était tourné la tète contre le mur... Tout à coup il se dressa, les yeux dilatés, la bouche tordue... « — Oh! je brûle!... cria-t-il... Oh! du feu! Ici!... Ici!... » Il portait les mains à sa poitrine, a son front... Jeanne, à son aspect, avait reculé d'horreur... En une miuute elle l'avait vu qui se défigurait... des plaques jaunes tachaient tout son
visage, hideuses... Elle poussa un cri : « — Mon mari se meurt! Le médecin! vite!...» Justement le docteur arrivait, annoncé par Pierre qui entrait, apportant sa petite sœur dans ses bras... « — Ah! docteur! voyez!... » Pierre courut vers le lit, criant : « — Père! père!... » D'un coup d'œil le médecin avait jugé la situation. Lui aussi, il eut un mouvement de recul. « — Sortez! sortez tous! » cria-t-il d'une voix tonnante... Et, comme Jeanne, qui semblait pétrifiée, ne bougeait pas, il la prit violemment par le bras : « — Sortez! madame, vous dis-je... Et, si vous tenez à ce qu'ils vivent, emmenez vos enfants!... » Un cri rauque retentit, et Jacques Braùer retomba sur son lit, la bouche ouverte, décomposé effroyablement. Le docteur, poussant devant lui la femme et les enfants effarés, venait de fermer la porte de la chambre mortuaire, quand un grand mouvement se fit dans la rue. 11 s'approcha de la croisée et aperçut une foule qui se rangeait sur le passage du Père Joseph, qu'emportaient les deux ouvriers, et qu'escortait le supérieur... 11 regarda le moribond... « — Encore! s'écria-t-il. . . Ah ! cette fois nous sommes perdus ! . . . » Il sortit sur le seuil de la porte. . . Une femme l'interpella : « — Ah ! monsieur le docteur, croyez-vous ! Ce pauvre prêtre si fort! si vaillant ! Tout à l'heure encore il confessait M. Braùer... — M. Braùer, ditesvous"? 11 sort de cette maison?... — Oui, monsieur le docteur... 11 n'y a pas dix minutes. — Alors il n'y a plus de doute ! conclut tout haut le médecin, de plus en plus sombre. » Le cortège s'était arrêté : les deux porteurs soufflaient un instant. « — A boire ! cria le Père Joseph à travers son râle. — A boire! fit la dévote..." Pauvre saint homme! En voilà... » Elle s'élançait, portant un verre rempli d'eau... Le docteur l'arrêta et brisa le verre sur le pavé : « — Ecartez-vous tous! cria-t-il : la peste est à Toulon!... »
— Si bien, demanda Hilaire Truc, que c'était le Père Joseph qui avait reçu des officiers de Syrie et apporté dans la ville les germes de cette maladie épouvantable?...
— Hélas! oui, répondit M. Fellmann : mais comme personne ne pouvait dire qu'il était sur la Cléopàtre, sinon le matelot blessé dans l'explosion, lequel succomba à ses blessures, l'inspecteur du port et les gens qui avaient conduit le canot et qui furent atteints des premiers, nul dans Toulon, hors nous, ne sut jamais à quel moment le Père Joseph arriva au couvent : des témoins furent assignés qui établirent qu'il était venu de .Marseille depuis quelque temps déjà; si bien que la conviction se répandit bientôt daus la ville que c'était Braùer qui avait du revenir malade d'un de ses voyages en Orient, que c'était lui qui avait passé son mal à son confesseur, lequel le transmit à toute la ville. Bien que n'étant pas alors à Toulon, vous ne pouvez manquer d'avoir entendu parler de cet horrible et inguérissable fléau et des ravages qu'il exerça dans un pays déjà si éprouvé par l'implacable hiver de 1709. Eu quelques jours, les quartiers les plus aérés, autant que les plus malsains, furent jonchés de cadavres. Sans que rien le fasse prévoir, le mal vous prenait subitement et l'on s'abattait, terrassé. Des familles entières disparurent ainsi moissonnées. On ne suffisait plus à ensevelir les victimes : d'ailleurs, les bras manquaient ; il eût fallu être fou et vouloir la mort pour passer sa vie à enterrer les malheureux que foudroyait le mal. On vit alors des scènes atroces, telles que seule la peste de Florence en avait autrefois provoquées. Des infortunés, poussés au désespoir le plus aigu par la perte de tous les leurs frappés en quelques jours, allaient et venaient comme enragés de douleur par les rues désertes, et ne rentraient à la maison, pleine de cadavres, que pour se tuer avec la première arme venue à Côté de leur père ou de leur fiancée. Des femmes
r\, mouraient de faim, rendues stupides par l'épouvante, plutôt que de manger des A jp aliments touchés peut-être par des pestiférés... Partout un silence de mort troublé j^Jl
seulement par des cris ou des sanglots. L'horreur devint telle que les ministres de Dieu eux-mêmes, incapables de résister à tant de douleur, durent quitter la place... Ce spectacle leur fendait l'âme...
— On l'aurait fendue k moins, affirma le maquignon. M. Fellmann venait de relever sa lampe qui baissait.
— C'est l'huile qui manque, dit Hilaire.
— Alors laissons-la tout doucement s'éteindre : j'ai à peu près fini... Anéantie par cette catastrophe, et par l'épouvantable cortège d'enterrements qu'avait dans les premiers jours provoqué l'enterrement de son mari, Jeanne Braiier resta presque une semaine sans parler, même à ses enfants... Elle les regardait sans larmes, pliée en deux, et n'eût pas mangé, sans son fils Pierre qui l'y contraignait presque... Ses yeux fixes renvoyaient presque autant d'épouvante qu'ils en avaient reçu... En une nuit ses cheveux étaient devenus gris... Elle ne pleurait jamais et se taisait toujours — Elle avait abandonné ses enfants, dont elle semblait oublier l'existence, aux soins des servantes... Elle passait les heures assise, balançant la tète avec un vague et effrayant sourire, rhythmant de menaces murmurées tout bas les volées des cloches mortuaires, le carillou de deuil, le glas qui sonnait jour et nuit à .tous les clochers de la ville... Pierre l'épiait... On avait beau vouloir l'arracher de la fenêtre, on l'y retrouvait toujours en contemplation à heure fixe, à ces trois moments de la journée où avait lieu un spectacle plus épouvantable encore que tout le reste... Je vous ai dit qu'on refusa vite d'enterrer les morts : mais le séjour des cadavres et leur prompte décomposition étaient plus dangereuses encore que leur approche. Cette peur- là fut plus forte que l'autre : sous la direction de M. d'Autrechans, le premier des consuls, le même qui avait fait régler la distribution du pain à domicile, on organisa un service de charrettes qui servit à débarrasser les maisons pendant les sept mois que dura la peste. Le long des rues , absolument désertes , — car il avait été défendu de sortir sous peine de mort, excepté pour aller à l'hôpital installé vers la rade , où à celui de la montagne, — des chariots passaient, menés la plupart par des déserteurs condamnés : et ceux-ci, profitant de ce que les locataires d'en bas faisaient difficulté de laisser passer les pestiférés à leur étage, montaient en hâte, et du haut des fenêtres ouvertes, les jetaient au tombereau découvert, la tête en bas, avec une brutalité précipitée et furieuse... Jeanne Braùer se plaisait à contempler ces effroyables chutes... Elle les saluait d'applaudissements et de rires saccadés, lugubres à entendre, et qui causaient des crises de larmes à sa petite fille, dont elle ne se séparait guère maintenant... A mesure que chaque cadavre tombait avec les gestes détraqués des marionnettes, elle faisait sauter l'enfant sur les genuux, la couvrant de regards étranges... Un jour, à l'heure où le tombereau approchait, elle appela l'enfant qui, assise près d'elle, commençait à marcher... La petite vint, chancelante, avec un joli sourire... Alors lanière la saisit, d'un geste brusque ouvrit la croisée et balança sa fille dans l'espace... — « Maman! » cria une voix éperdue. Elle se retourna surprise... Pierre était derrière elle, qui profita d'une seconde d'hésitation pour s'emparer de sa sœur, laquelle riait, n'ayant pas compris... Le jeune homme, lui, n'avait compris que trop bien. Jeanne Braiier était folle...
— Cette fois, fit le maquignon... c'était complet !...
A la lueur mourante de sa lampe, M. Fellmann fouilla son dossier, et prit une j demi-page, la dernière.
— Dix mois plus tard, dit-il, toute la famille habitait Fréjus... Adieu! le temps
de la prospérité, de la richesse! Quelle misère!... Bien!... Plus rien... La fulle ua ^ pu même rester tutrice de la part que lui avait laissée Braiier : les Révérends Pères jrL
Jésuites, seuls héritiers de toute sa fortune par un testament en règle, avaient obtenu sans peine qne cette tutelle leur fût donnée... Mais il se trouva que les comptes eu étaient trop simples : l'inventaire qu'ils firent prouva que pendant la maladie du patron la maison de perles avait, non seulement perdu son rang, mais compromis sa solidité :1a faillite la menaçait, parait-il; le passif était énorme... Les Révérends Pères la relevèrent par sympathie pour le défunt, mais à leur charge; tout l'argent réservé à Jeanne et à ses enfants y passa. La folle avait fui Toulon sans comprendre le sens des menaces et des malédictions qui la poursuivaient... Je vous ai dit qu'on attribua à son mari la peste: on pensa même que le mari, qui savait l'avoir, n'avait fait hériter les jésuites que pour remercier son confesseur de, sua courage. Rien ne réussit aux renégats... La funèbre légende les a suivis encore à Fréjus, écartant les sympa h es que sa démence eût pu valoir à Jeanne. Plus d'aumônes ! Plus de charités! .. Pierre ni sa mère n'ont mangé depuis deux jours... Le jeune homme a rô lé toute l'après-midi, sombre... 11 revient le soir, et ne rapporte qu'un morceau de pain oublié au coin d'une borne... .Mais .-a mère est au lit, — au grabat, pour mieux dire... La fièvre la brûle... Le médecin la quitte en ordonnant de la viande saignante et du bon vin... elle ne meurt que de faiblesse, dit-il... Et la malheureuse, dans sa folie, demande à sou fils de mettre vite la table... C'est du poisson qu'elle veut, et des pastèques, et des figues fraîches... Llle a faim, elle a soif surtout... Puis voyant qu'il se tait, et n'apercevant pas deux grosses larmes qui roulent sous sa paupière, elle pleure et se plaint qu'il l'abandonne, qu'il veut la laisser mourir, pour que les ensevelisseurs la jettent au tombereau par la fenêtre... Eperdu, il s'enfuit, poursuivi par ses plaint-. reproches, ses gémissements... Llle va mourir, c'esl sûr... Il ne fera donc rien pour l'empêcher?... Du bon vin? 11 ne peut pas mendier du vin ?... Et puis ou ne lui en donnerait pas... Et il court ainsi par les rues, la tète vide, lui-même troublé par la faim... Tout à coup il s'arrête... Là, au coin de la rue, dans l'ombre du soir qui descend, qu'a-t-il aperçu?... Ou dirait un tonneau énorme, qu'on vient de faire gloser d'une voilure, el qu'on roule à présent dans une petite maison basse à fenêtres étroites, dont la porte se referme... « — C'est du vin cela! » pense-t-il... el il va et vient, hésitant devant l'accomplissement de l'idée qui luiest venue... Avec cent fois moins qu'il y en a la dedans sa mère guérirait... » Cette maison basse est ados>ée à une église. C'est uni' sacristie, et ce vin qu'on y l'entre est du vin destiné au saint sacrifice : il doit être lion... La nuit tombe... 11 prend son parti, glisse le long des murailles, force la porte mal fermée 1 1 entre... « — Cela vaut encore mieux, murmure-t-il, laque chez des pauvres... » Déjà il a perforé le tonneau : il a pris une burette et l'emplit de vin, il va en faire autant d'une autre... Mus >es allures autour de l'église ont éveillé l'attention du sonneur qui venait pour l'Angélus. Il l'a vu pénétrer dans la sacristie avec effraction : il lait prévenir le curé... Ou arrive... On le surprend à geuoux emplissant la buvette... Vol! Sacrilège majeur!...
M. Fellmann s'interrompit, redressa Si s lunettes, puis 1 acheva d'un ion sec:
— Il n'avait pas seize ans encore : il les eut quand l'instruction lut terminée: il lut condamné aux travaux forcés à perpétuité.
— C'est tout? demanda Truc.
— 0 lis c'est bien tout ce que je sais sur cette famille...
— Je vous remercie... Vous m'en avez dit plutôt plus que je n'avais besoin d'en savoir. A mon lourde' vous expliquer pourquoi je VOUS l'ai demandé.
— Mais je ne >;iis...
— J'y sufs autorisé, ainsi qu'à réclamer votre, aide qui peut être précieuse... jA M. Fellmann allait s'incliner pour prouver qu'il appréciait cette po . ^f
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LES DÉBAUCHES D'UN CONFESSEUR i39
Brusquement il s'arrêta et mil la main sur le bras de son interlocuteur :
- — Pour le coup, murinura-l-il...
Et. ce disant, il courut sur la pointe du pied à la porte, ajoutant tout bas :
— Vous, à la fenêtre !
Truc obéit : la porte et les volets s'ouvrirent ensemble... Un même cri s'étouffa dans la bouche de True et dans celle de Fellmann, Une forme noire se rejetait dans l'ombre :
— Sautez ! ordonna l'homme aux lunettes, refermez la fenêtre et en chasse !
La forme noire courait dans la ruelle. Une seconde après, les deux hommes couraient après elle.