FABRICANT DE MIRACLES EN CHAMBRE
Catherine Cadière n'avait jamais été plus triste. Elle en venait à regretter l'antre abbesse : celle-là du moins u'étail que sévère, réclamant sèchement l'application de la règle exacte. Celle-ci au contraire mettait dans sou hostilité contre Catherine une rancune évidente, une méchanceté taquine, la condamnant à des peiues disciplinaires cruelles pour des manquements insignifiants. Ou guettait le moindre oubli, la moindre distraction : et la pauvre enfant, pourtant si pieuse, avait de telles raisons de chagrin, que parfois elle oubliait un répons ou interrompait une oraison commencée. C'étaient alors des stations sur les genoux la nuit pendant des heures à même le marbre de la chapelle; la malheureuse tombait de sommeil, mais il lui fallait se tenir raide :>ur ses rotules enflées, douloureuses... D'autres fois, en plein soleil, elle devait faire, une heure durant, le tour du jardin... Souvent même ou la mit au cachot au pain et à l'eau.
Les sœurs et les novices s'étonnaient de cet extraordinaire changement d'humeur de l'abhesse si flatteuse le premier jour el maintenant si dure ; elles en demandaient la cause a la jeune sœur... mais la chère âme s'obstinait à se taire, rejetant les toits ,-ur elle-même, plutôt que de nuire à la religion. La bonne M"10 Lescot s'ingéniait à lui
• .1 ;ir sis punitions; elle fallait voir au cachet, Lui portail des douceurs... Mais
Catherine s'y opposait, sûre que la maîtresse des novices l'eûl payer cher si elle eûl été prise. Par crainte de la supérieure les autres sieurs n'osaient trop lui témoigner fi ;. Desorl que la m Iheureuse fille restait dans le couvent quasi abandonnée : \j
son frère François ne lui écrivait pins, son frère Etienne était venu pour la voir; mais la supérieure redoutant que Catherine ne rêvé! fit m prêtre la vie qui lui était faite, et à propos de quoi, était restée an parloir et avait fait de cette visite, dont la nouvelle avait été un rayon de soleil pour l'orpheline, une visite banale et attristante.
Catherine, si elle eût voulu parler aurait pu révéler a son frère non seulement les vices de l'abbesse, mais ceux de presque toute la communauté. On ne se gêaait pas devant elle. Au matin elle avait vu souvent desObservantins sortir des cellules; quelquefois de même les visiteurs étaient des visiteuses. Elle avait eu à se défendre encore d'amitiés trop vives, de singulières tendresses écloses dans l'assommant ennui de ces murailles surchauffées. Cette âme foncièrement pieuse qui n'avait jamais voulu croire au mal, le comprenant à peine, qui, par exemple, s'était toujours refusé à admettre ce qu'on disait du père Girard, ayant été souillée par lui sans le savoir... était bien obligée celte lois de constater les infamies de ces demeures vouées en apparence aux saintes pratiques, et les lèpres sur lesquelles les robes de prêtres et de religieuses étalaient un voile discret. Sa tristesse s'en redoublait; être maladif que son peu de santé prédisposait déjà à la mélancolie, elle avait perdu tout ressort dans Thabitudedes contemplations mystiques, des oraisons jaculatoires, de tout cet arsenal énervant, abrutissant... Le spectacle de ces hontes la laissait sans force... Tout ce qu'elle avait pu faire c'était de se maintenir pure de toute contagion...
Se rappelant les doctrines enseignées par le jésuite, d'immolation pour les autres, doctrines de sacrifice, elle se persuadait que c'était à elle à expier — pauvre innocente ! — des fautes dont le diable qui la possédait était peut-être l'inspirateur... Et dans cette idée, aux punitions de l'abbesse, elle ajoutait encore des mortifications, jeûnant de façon insensée, tellement qu'elle dut parfois sucer les grains de son chapelet, pour rendre un peu de salive à sa bouche desséchée : il lui semblait que cela calmait les révoltes de son estomac. Si elle maigrissait encore et dépérissait, on peut le penser! Ses amies le lui disaient, lui conseillaient d'être plus raisonnable; mais elle répondait qu'elle ne s'en était pas jusque-là aperçue, qu'il lui semblait plutôt qu'elle prenait du ventre... EHe n'osait pas trop y penser d'ailleurs, sachant, d'après les enseignements de Girard, que le plus souvent Satan se manifeste sous forme de vapeurs qui gonflent le ventre et les seins, et que parfois il s'échappe parla bouche sous forme de vapeurs noires, empestées... Fables savamment absurdes, armes à deux tranchants , grâce auxquelles les hommes noirs tenaient leurs victimes terrorisées et sans révolte possible...
Catherine vivait ainsi, se rongeant elle-même, s'énervant dans une attente d'elle ne savait quel dénoûment, fatiguée du poids inconscient de sa maternité chaque jour plus prochaine, tourmentée de symptômes extraordinaires, et, par-dessus tout, malheureuse jusqu'aux sanglots de l'absence de son confesseur, qu'elle n'osait pas réclamer, et de la privation de la commuuion qui en était la conséquence, et qui lui était la seule joie offerte à cette fanatisée. L'abbesse la voyait avec plaisir dans cette attente enfiévrée qui la minait : cela servait à la fois sa rancune implacable et ses projets.
Une certaine sœur Christine qui n'était autre que la fille ainée de la Guiol, converse des Ursulines de Toulon, était entrée à Ollioules quelque temps après Catherine, Confidente de l'abbesse, elle persuada à Catherine qu'elle n'avait qu'à continuer ses jeûnes et ses macérations... Dieu prendrait peut-être pitié d'elle et lui ramènerait le confesseur qu'éloignait son indignité. La malheureuse le crut et se mortifia de plus belle. Sa maigreur devint effrayante... Détail qui l'épouvanta, elle revit plus nette la trace des scrofules qu'elle avait eues enfant. Cela ne ferme pas nettement comme une
blessure. La peau y reste rosée, délicate et faible. Elle en avait eu aux pieds... Elle
S l J ,iZ
eD avait aussi à un endroit dangereux, le sein... Sœur Christine, qui la surprit un jour dans les larmes, lui en tira l'aveu, qu'elle alla tout courant racontera l'abbesse. Celleci écrivit à Girard, mais sûre qu'il savait ce détail et n'attendait que cette circonstance pour se présenter; seulement elle n'écrivit pas que cela.
I epuis son arrivée au couvent, elle aussi s'ennuyait et d'un cruel ennui : sa tentative de distraction lui avait réussi assez mal pour qu'elle se risquât encore à en rechercher de pareilles. Les moines Observantins étaient bien là sous la main ; elle avait tâté de leurs conseils spirituels, mais s'en était vite lassée... Ah! comme elle regrettait maintenant cet athée de Voltaire!... Faute de mieux, elle pensa se rabattre sur Girard, doiit elle avait en voyage éprouvé les qualités sérieuses. Elle écrivit au jésuite un billet, le plus flatteur, le plus tendre (3 juillet). Déjà le 28 juin, Catherine avait écrit à Girard de la manière la plus vive, la plus pressante, sous la dictée de sœur Christine, réclamant son assistance, non sans peur. Girard avait répondu par un ajournement : il devait prêcher à Hyères, il avait mal à la gorge, etc..
Dans son billet l'abbesse priait le jésuite que, quand il viendrait, il la visitât d'abord, voulant être, en grand secret, son élève, son disciple, comme le fut de Jésus l'humble Nicodème :
« Je pourrai, à peu de bruit, faire de grands progrès à la vertu sous votre direction, « à la faveur de la sainte liberté que me procure mon poste. Le prétexte de notre « jeune sœur me servira de couvert et de moyen. » (Procès, p. 327.)
N'ayant pas réussi à supplanter Girard auprès de la Cadière, elle entreprenait de supplanter la Cadière auprès de Girard. Elle savait bien être agréable, elle était très sûre de plaire ; mais, pour tenir plus sûrement le jésuite, et ne pas perdre la haute main dans l'organisation du prochain miracle et sa mise en scène, elle tenait à ce que Girard pût admirer à l'aise sa belle sauté, avant de se laisser reprendre à un regaiu de passion à l'aspect de Catherine que ses grands yeux creux et sa langueur rendaient plus intéressante encore.
Girard, au moment où il reçut cette lettre; était enfermé chez lui avec l'ancien officier retraité, le nouveau voisin de Thérèse Cadière : tous deux étaient fort perplexes, et 1rs menaces plus violentes de MUo Gravier en étaient la cause.
Son valet, en entrant, entendit le jésuite dire :
— Mes hommes sont à Paris pourtant; ils auraient dû apprendre là quelque chose qui les aurait ramenés ici et m'aurait permis de détourner cet orage...
De quels hommes parlait-il et de quelle chose?... C'est ce que l'officier n'eut pas le temps de lui demander.
Girard lui montra la lettre de l'abbesse.
— Hum! lil le vieux militaire, voila une déclaration bien vive... Preuez garde qu'il n'y ail la-dessous un piège des Observantins !
— Vous croiriez .'
— Dame! Songez qu'ils ne sciaient pas fâchés, eu vous embarrassant encore d'un nouveau scandale, d'empocher le miracle...
— Diable I
— Méfiez-vous! et souvenez-vous bien que la femme, si désirable qu'elle soit, est presque toujours l'obstacle et le malheur...
II soupira en disanl cela... Sans doute cet homme avait eu des peines de cœur... Girard, d'ailleurs, ne remarqua pas ce soupir, occupé qu'il étail à soupirer lui-même en pensant ii tout ce que le, femmes lui avaient déjà valu d'angoisses et de tourments, depuis Jacqueline Terrillot, jusqu'à Catherine Cadière, sans compter lès inlermé-
diaires... A vrai dire, ce n'était pas le miracle qui l'inquiétait le plus à propos de Ca- Iheriue ; c'était sa grossesse, dont le dénoûment De serait pas facile à préparer, à moins d'une bonne léthargie arrivant bien à point..'. On n'avait pas idée non plus de toutes ces folles que le premier baiser laissait enceintes, et qui s'acharnaient à y rester... A la bonne neure, laGuiol! Avec elle ça ne traînait pas : elle était vite tranquille... Mais cette Laugier qui, elle aussi, quoique décidée, commençait à trouver ça bien lourd et bien long!... Mais cette Gravier surtout qui perçait le ciel de ses cris!... Qu'est-ce qu'ils faisaient donc à Paris, les autres? Ils n'avaient donc pas compris?... 11 fallait pourtant en finir... Ce moyen-là était le seul certain... bien qu'il ne réussît pas toujours, Catheriue en était la preuve...
— Ah ! si j'avais été là ! disait l'officier...
— Eli bien oui ! mais ça n'était pas possible... Vous étiez nécessaire et précieux où vous étiez...
Bref, pour éviter de tomber dans un piège, Girard écrivit à l'abbesse, — affectant de la compromettre dans la lettre pour se garantir lui-même, — qu'Userait à Ollioules le lendemain 5, résolu d'ailleurs à n"y aller que le 6 au soir.
— Ce retard aura de plus, conclut-il, l'avantage d'irriter encore l'impatience de la petite.
De fait, prévenue par sœur Christine, Catherine attendit, un peu calmée. Les heures passèrent : le déjeuner arriva, puis le dîner, puis la nuit... Rien... Catherine pleurait silencieusement... Elle avait à peine mangé ce jour-là.., La chaleur était étouffante, surtout dans ce four d'Ollioules... Elle se sentait tout étourdie... Jamais son ventre ne lui avait semblé si lourd... L'abbesse aussi attendait... Mais ce n'était pas de désespoir qu'elle souffrait; c'était de dépit, de passion irritée, de désir iuassouvi. C'était fini : il ne viendrait pas...
Catherine qu'énervait l'espoir entrevu se disait :
— Je suis donc tout à fait indigne de pardon? Celte possession horrible est donc pour ne jamais finir?...
Et cette idée l'accabla tellement que, le soir du 6, elle fut prise d'un malaise atroce et crût qu'elle allait mourir. La chaleur était concentrée, pesante; et pourtant elle se sentait monter une sueur glacée... Il lui semblait que le démon lui rongeait les entrailles... Elle était dans une angoisse telle, dans un tel désespoir que la sœur Raimbaud qui la veillait toute la nuit ne parvenait pas à la consoler :
— Du courage Catherine, lui disait-elle...
— Hélas! je n'en ai plus...
... Vraiment la plume tombe des mains quand on songe à la somme inouïe de
souffrances dont un jésuite, qui était un homme après tout, se trouva l'horrible courage d'abreuver une malheureuse si douce, si aimable, si résignée... El nous n'avons pas tout dit ! Et le supplice ne fait que commencer! Et dans cette série de tourments imaginés par ce bourreau en robe noire, contre celle qui avait eu le malheur d'exciter sa convoitise, nous n'avons pas encore montré les pires... Nous continuerons pourtant sans reculer devant le dégoût, ni l'horreur, heureux du moins si nous avons pu attiser par ce récit véridique la légitime exécration due à ces raffinements odieux.
A la nuit tombée, Girard était arrivé, juste de vingt-quatre heures eu retard, à la porte secrète du couvent, dont l'abbesse lui avait envoyé la clé.
Eu route, il s'était promis de ne coofesser que Catherine, qui seule réclamait son ministère; il devait se défier de l'abbesse, il s'en défierait... ^
Mais à mesure qu'il approchait, sa défiance diminuait... 11 se payait d'uu tas de R
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raisonnements pour se persuader qu'il élait indispensable à la sainte cause de s'assurer une domination effective sur l'abbesse.
D'ailleurs, elle aussi demandait sescenseils... Elait-il en droit de les lui refuser .' Il les lui avait prodigués déjà, et elle les avait mis à profit... H ib ! Il ne risquait pas grand'chose... Aucun scandai.' en tout cas... Bref, une fois dans le jardin, c'est vers l'appartement de l'abbesse qu'il se dirigea d'abord; Discrètement, puis d'un doigt plus violent, il heurta la porte de la chambre.
— Qui va là? cria l'abbesse qui ne dormait pas...
Girard se Domma... Et il faut croire que les conseils attendus étaient urgents, car aussitôt il entendit deux pieds nus sauter sur le parquet ; les pas se rapprochèrent', la porte s'ouvrit, et. sans penser même à un reproche que méritait ce retard, la - périeur ouvrit au jésuite ses bras mis pour le baiser de pais...
Cependant la pauvre fille, à qui le misérable laissait attendre la confession que la communion devait suivre, comme un soulagement ineffable, se désespérait et croyait approcher de sa dernière heure.
Sœur Raimbaud ne savait que devenir... Elle avait prévenu Mm* Lescot qui lui offrit un calmant poui l'endormir... Catherine refusa : elle ne voulait pas. si le coufesseur arrivait, — et elle ne pouvait pascroi.re qu'il ne viendrait pas. — dormir éi risquer de le faire attendre...
Enfin le jour vint... Elle souffrait toujours... Sous ses flancs tendus elle sentait de rudes secousses, les bonds de l'esprit malin... Doucement elle geignait, mais serait morte plutôt que de dire la cause de son mal. Cinq heures sonnèrent, puis six, puis sept, puis huit...
— Il ne viendra donc pas avant que je meure? murmura-t-elle à un moment... Elle était d'une pâleur de cire. Tout à coup, sieur Haimbaud, qui était allée faire
chauffer îles linges à la cuisine, remonta en courant, et ouvrit grande la porte de la cellule...
— C'est lui ? demanda Catherine dans un souffle. . .
— Oui, répondit sœnr Raimbaud.
Un Bot de sang monta aux pommettes de la jeune religieuse qui s'était redressée. et dont un laiMe sourire écl ni', i la face pâle... 6' était Girard, enelTet. qui, par la petite porte, avait fait le tour, et se montrait à la grande...
Il était recueilli, grave : le pli de ses veux meurtris attestait une nuit passée dans la prière >ans doute...
M"" Lescot descendit au-devant de lui. s'y trouva en même temps que lTabbesse, et ne craignit pas cependant de parler la première, et de réclamer vite son secours...
— Il y a là. déclara-t-el!e, une question d'humanité; si elle ne vous voyait pas. elle serait pour en mourir...
li'abbesse allait intervenir; le prêtre ne lui en laissa pas le temps...
— C'est bien... dit-il...
M lis, au lieu de monter, en vrai jongleur, il alla à la Chapelle, ou il <'nl une exi resta une heure prosterné de tout son long à terre devant le Saint-Sacrement', immobile connue un homme qui dort... (p. 95.)
La nouvelle s'en répandit dans la communauté, et lit diversion. On s'empressa
pour le voir. Quand l'abbesse, frappant le saint homme sur l'épaule, l'eûl tiré devant
tout le monde de cette smie d'engourdissement, elle lui conta que, ce matin même,
Catherine aussi avait eu une extase, qu'elle avait paru un moment comme si elle était
messe, qu'elle semblait remuer les lèvres pour recevoir l'hostie...
— Qui peut le savoir mieux que moi? dit le fourbe. Uu auge m'avait averti. J'ai dit la messe et je l'ai eommuniée de Touloo.
Tontes furent renversées du miracle, à ce point que l'une d'elles en resta deux jours malade... On voulut emmener Girard près de Catherine aussitôt, pour qu'elle apprit la nouvelle de sa bouche. Nulle insistance u'y fit.
— Dieu s'y oppose, dit-il... Que sœur Catherine attende tout de lui... Si les avis que j'ai reçus ne sont pas faux, — et ils ne sauraient l'être, — elle recevra bientôt une visite autrement édifiante que la mienne...
(in eut beau le questionner : on n'eu put rien obtenir davantage; sa gravité lui était revenue.
— Ne m'iuterrogez pas, répondit-il... Le doigt de Jésus a scellé mes lèvres... Et saus vouloir rien ajouter, il salua et sortit, reconduit par la supérieure jusqu'à
la grande porte...
Catherine pleura quand elle sut qu'il était parti sans la voir; mais toutes la consolèrent en lui expliquant le miracle qu'elle devait bien savoir, et la pauvre fille avait le cerveau si affaibli par la souffrance et les longs jeunes qu'elle ne put le démentir longtemps, et eu arriva bientôt à le croire, tant elle en avait envie!... tant était douce à son cœur une preuve qu'elle se réconciliait avec Dieu!... Elle voulut se lever pour descendre à la chapelle... Mais décidément elle ne s'en trouva pas la force : elle dut se contenter de remercier Jésus par des prières et des larmes. Elle se sentait un peu mieux; l'annonce mystérieuse de cette visite autrement édifiante que celle de son confesseur irritait délicieusement sa curiosité...
Elle ne cessait d'en parler, demandait si le Révérend Père ne s'était pas expliqué davaDtage. . . Elle eu oubliait sa souffrance, tenace pourtant et aiguë...
Soudain elle eut uu grand frisson... Sou sourire s'arrêta sur ses lèvres... La porte de sa cellule venait de s'ouvrir et l'abbesse d'entrer... Etait-ce doue là la visite annoncée'?...
Une fois sorti par la grande porte, Girard avait refait le même chemin en sens inverse : il était retourné à la petite entrée; et, de ià, pendant que religieuses et novices montaient chez Catherine la regarder d'un air dévot et craintif, il s'était glissé chez la supérieure. Celle-ci était vite venue l'y rejoindre ; puis, après elle, était montée la Guiol, venue censément pour rendre visite à sa fille. La femme de l'ex-meunier dissimulait sous ses jupes un petit paquet qu'elle se mit à dérouler, une fois sure qu'elle était bien seule avec le Jésuite et la religieuse.
Cela ressemblait à de la filasse, mais c'était plus foucé; et, comme elle ne parvenait pas à en démêler l'euchevètrement, Girard le lui ôta d'un mouvement impatient, sans y mettre tant de précautions :
Aussitôt il eût un cri de douleur :
— ■ Diable! fit-il, que c'est pointu!...
— Ah ! dame! c'était à supposer... déclara la Guiol qui se mit à rire quand elle se fut assurée que la piqûre du prêtre n'était pas grave...
Alors elle acheva de dégager l'objet, et le serra dans uu tiroir qu'ouvrait l'abbesse...
— Le marchand ? demandait Girard après un examen satisfait.
— J'en réponds, dit la grosse Jeanne: c'est un nommé Bitard, fabricant de -ur le port : très dévot. Je lui ai dit que c'était pour une mise au tombeau dans
un b '-Inpelle.
— Bien, répondit le Jésuite.
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El se tournant vers la supérieure.
— La robe? demauda-t-il.
— Elle est dans la sacristie, où elle sert les Vendredis-Saints, je l'apporterai tantôt...
Celle phrase les fit rire.
La Guiol ajouta :
— Je n'ai pas pris de lanterne sourde, peusant que vous en aviez...
— Nous en avons, en effet, déclara la supérieure.
— Alors tout va bien, conclut le jésuite. Il ne nous manque plus que de la couleur rouge et jaune.
— Au fait, vous m'y faites penser, dit la Guiol, j'en ai... Et elle tira de sa poche deux petites fioles et un pinceau.
— Cette brave Guiol, elle pense à tout!...
— Dame! lit-elle, c'est bien naturel...
Elle allait ajouter :
— Quand on aime!...
La présence de l'abbesse la retint... Elle se soulagea dans un soupir.
— Mais pour la peinture? interrogea le prêtre... Je ne peux pas la faire moi-même. La Guiol allait s'offrir; le jésuite l'avertit d'un coup d'œil ; l'abbesse déclara :
— Je m'en charge. Si monsieur l'abbé veut bien le permettre...
— Avec plaisir, répondit Girard.
Et pour calmer la grosse femme dont il vit le regard flamber de jalousie, iUl'a-
vertit d'un nouveau coup d'œil et dit à la supérieure qu'il était peut-être temps de monter chez Catherine pour ce qu'elle savait.
L'abbesse alla chercher un petit flacon daus un bonheur-du-jour très coquet installé prés de la fenêtre, puis sortit, sans penser même, dans son orgueil de grande dame, à être jalouse de la virago qu'elle laissait avec son directeur.
La Guiol écoula les pas s'éloigner; puis, quand elle fut sûre que l'abbesse avait descendu l'escalier, elle vint vers le prêtre avec un rire sourd, et dit en ouvrant les bras pour une caresse énorme :
— Eh bien, Jean-Baptiste, es-tu content de ta grosse poulette? Le jésuite l'attira sur ses genoux...
A sa grande surprise, Catherine trouva l'abbesse très aimable et pleine d'attentions. Elle félicita publiquement la jeune fille de la marque de prédilection que lui donnait Notre-Seigneur-, en attendant celle plus haute encore qu'il lui réservait... -Mais comme Catherine demandait si elle la connaissait dune, elle refusa des délads. En présence des religieuses, flic releva les oreillers de celle qu'elle appelait maintenant sa petite sainte, lit remarquer que, sans blâmer l'empressement des novices et des converses, elle craignait que tant de monde ne la fatiguât.
Elle demanda, en congédiant tout le monde, que la sœur Christine voulut bien lui monter un bol de bouillon et une bouteille de bon vin dont elle lui ferait boire un verre; cela lui redonnerait des lunes, sans surcharger son estomac débilité par des privations peut-être exagérées. On laissa l'abbesse seule avec la jeune sœur.
Sœur Christine remonta bientôt du bouillon et un flacon île vin d'Alicante, puis
cendit sans un mot. Cathei ine si' trouvait mieux : de sa souffrance il ne lui restai) plus qu'une grande faiblesse qui n'était pas sans charme d'ailleurs, une sorte d'anéanement. Pendant que le bouillon refroidissait, l'abbesse parlait de sa voix caressante, Jfa respectueusement, tendrement; aucune allusion a la scèoe dont sa chambre avait été ^
— Ce n'est pas tout, fit le Père Couturier qui s'exaltait, nous feroas imprimer des images avec une notice au dos, et nous mettrons eu tète : Us Vkai Miracle.
(Chap. XXV.)
le théâtre : quelques réflexions seulement sur la nécessité qu'il y a d'éprouver les âmes pures par des tentations et des sévérités, pour leur donner l'occasion de mériter par leur patience l'affranchissement définitif. Puis, elle s'enquit avec sollicitude de la nature de ses douleurs, de l'endroit où elle se localisait; à la suite de quoi, croyant s'apercevoir que sa conversation fatiguait la malade et que- ses yeux se fermaient, elle lui fit boire à petites gorgées le bouillon. Elle profita de la circonstance pour lui déclarer qu'elle comptait user du droit que lui conférait son titre pour la dispenser de tout jeûne, même les jours réglementaires ; Catherine eut beau s'en défendre, elle dut accepter cet adoucissement et promettre d'en tenir compte. ^ Alors, l'abbesse, pendant qu'elle s'étendait sur les coussins, tira de sa poche le CC
38e LIVRAISON.
(u.iHMuir: A.xri-Ot/iiuc.vLB.)
flacon pris dans sa chambre, et, se détournant, le vida dans le verre où elle versa l'Alicante.
Ce flacon contenait un soporifique léger, suffisant pour engourdir la pensée et tenir tout l'être dans un demi-sommeil assez long. La solution De gâtait, d'ailleurs, d'aucun goût fâcheux la saveur douce et chaude du vin d'Espagne. Catherine, sur les instances de l'abbesse, eut à peine vidé le verre, qu'elle en sentit la bienfaisante tiédeur... Un peu de sang remonta à son visage qu'éclairait un espoir heureux...
— Que ce vin est bon! dit-elle...
Et elle ajouta plus bas :
— Et que vous êtes bonDe, Madame...
— Ce n'est pas moi qui suis bonne, Catherine, fit l'abbesse; c'est vous qui êtes un ange...
Ce disant, elle l'embrassa d'un mouvement gracieux.
— Là. maintenant, aeheva-t-elle, reposez-vous; vous en avez grand besoin... Le Seigneur a déjà l'ait beaucoup pour vous... Espérez encore de sa toute-puissance. . Souvenez-vous de la parole de votre confesseur : vos épreuves vont vous délivrer des obsessions mauvaises... Endormez-vous en remettant votre cœur sous la protection du cœur sacré de Jésus... Si le Christ vous pardonne, ii vous le manifestera, soyez-en sûre, par des extases comme celles dont il a gratifié sainte Thérèse, la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, et, tout récemment encore, la très chère sœur Hémusat... Ayez confiance... Quand vous aurez achevé ce sommeil réparateur, vous nous direz si Dieu vous a parlé dans vos songes; nous viendrons l'apprendre de vous, toute la communauté et moi... Au revoir, sœur Catherine...
Et, l'ayant embrassée de nouveau, l'abbesse sortit, la laissant tout ensommeillée, déjà sons l'influence du soporifique, gagnée par une langueur qui lui ôtait la nette perception des choses, mais qui lui laissait, en revanche, un ineffable bien-être. Elle était un peu surprise, mais son engourdissement ne lui permettait pas de trop s'étonner. .. Une vague lassitude l'accablait... Elle restait sur son lit, les membres mous, les yeux encore ouverts, le cerveau vide, prèle à toute hallucination...
— Elle repose, déclara l'abbesse aux religieuses... J'ai mis prés d'elle une sonnette... et je défends qu'on aille la déranger avant qu'elle m'appelle...
Les novices avaient bien des démangeaisons d'aller causer encore avec la sainte, mais la peur de la déranger dans son sommeil arrêta les plus curieuses.
Quand vint le soir, la supérieure, en sortant de sa chambre, lit appeler sœur Christine qui était la seule voisine de Catherine, la chambre de laCadière terminant le couloir. Elle lui dit qu'un ordre d • ses supérieurs l'appelait à Toulon auprès d'une autre abbesse malade, qu'elle ne rentrerai! gaère que dans le milieu de la nuit, et elle la pria de s'installer dans sa chambre, pour l'attendre, avec permission, si elle se sentait trop fali 'attendre dans son lit. Sur quoi elle revint daos sa chambre
retrouver Girard.
— Ton! est prévu .' demand i celui-ci.
— Tout, il ne nous reste plus qu'à attendre le moment d'agir...
— Attendons...
La nuit était obscure sur la gorge d'Ollioules : silence complet dans le couvent. Après avoir songé longtemps à la nouvelle sainte, après s'être demandé ce que, pouvait Lien être cette visite annom I tte encore que celle de ce bon abbe r\ Girard, religieuses et novices s'étaient enfin endormies... Catherine aussi dormait... A/-. J^. mais d'un sommeil moins comateux déjà... Del aillements l'agitaient... ç£
Confusément elle se sentait au (Vont uu malaise, une sorte d'étreinte qu'y laissai! l'action stupéfiante du vin... Ses lèvres remuaient...
En dedans d'elle toujours le même tressaillement étrange, obscur... Parfois, un plissement douloureux lui fronçait les sourcils... Quelqu'un qui se lût approché avec une lumière, eût à peine distingué sa figure de ses draps, tant elle était pale... Et si ce quelqu'un eut été Robert ou François, il l'eût à peine reconnue, tant elle était maigre... Ses mains remuaient comme si elle eût voulu s'éveiller... et elle en comprimai sou ventre plus douloureux, à mesure que diminuait l'engourdissement du sommeil...
Soudain un tressaillement la secoua de la tête aux pieds... 11 lui avait semblé entendre des pas sourds aller dans sa cellule et s'arrêter au pied de son lit... Elle se tint immobile, respirant à peine, n'osant pas un mouvement... Sûrement elle dormait encore... Ou peut-être était-ce sœur Christine qui se levait dans sa cellule, pour l'office de la nuit... D'ailleurs, cela ne recommençait pas... Elle se rassurait déjà... quand, sur ses paupières closes, elle eut l'impression d'une vive lumière... Ce ne pouvait être l'aurore...
Elle ouvrit les veux et retint à peine un cri terrible...
En face d'elle se tenait... qui? Etait-ce le Christ lui-même? ou Girard?...
Etrange apparition! C'étaient bien les traits de Girard, frappés d'un rayon qu'elle ne s'expliquait pas et qui paraissait sortir de sa chair... Mais il avait les cheveux du Christ, d'un blond roux, partagés par une raie au milieu du front... les boucles tombaient jusqu'à ses épaules... Une robe de pourpre, telle qu'on en voit à Jésus à la Passion, enveloppait son corps... 11 se tenait là, immobile, couvant la jeune sœur d'un regard ardent, qui la fascinait. . . Cela dura longtemps. . . Fondue dans une sorte d'extase, elle ne bougeait pas, pénétrée de reconnaissance, — l'âme candide I — pour cette faveur miraculeuse dont elle était honorée, n'osant appeler, de peur de faire fuir l'apparition divine... Et pourtant elle eût voulu que tout le couvent en fût témoin avec elle, non par orgueil, mais pour n'avoir plus à douter qu'elle était réconciliée avec le ciel et pouvait braver l'obsession de l'enfer...
Tout à coup, l'apparition fit un geste... Jésus ouvrit sa robe rouge, apparut nu jusqu'à la ceinture... et ce fut une autre stupeur pour la pauvre enfant... Dans la blanche poitrine, qu'inondaient toujours les rayons de celte lumière surnaturelle, elle crut voir, elle vit... elle ne se trompait pas... le cœur du crucifié tout rouge ruisselant de sang et embrasé de llammes... Elle tremblait ae tous ses membres, anéantie d'adoration, d'épouvante, de bonheur, le cœur ballant à se rompre...
Elle croyait qu'elle allait mourir... Elle eût voulu détourner les regards... elle ne le pouvait pas... Ce rayonnement l'attirait comme un gouffre... Ses yeux, comme endoloris, allaient de ce cœur flamboyant au front, où elle n'avait pas remarqué tout à l'heure une couronne d'épines, sous chaque pointe de laquelle roulait une larme de sang; aux maius, où elle voyait la trace encore vive des clous du Calvaire... Elle était incapable de prier, de remercier son Sauveur... elle ne pouvait faire autre chose que regarder... De quelle ardeur elle désirait une parole qui lui garantit sa délivrance!... Mais le Christ restait muet et immobile. . . Elle s'était soulevée sur son lit dans une attitude d'adoration... 11 lui semblait que tes yeux du Christ, qui avait emprunté la figure de son confesseur, luisaient plus ardents à chaque minute...
La vision durait toujours, toujours éliucelante, tellement surhumaine que Catherine oubliait tout le reste jusqu'à ne plus savoir si elle était religieuse dans un couvent, insoucieuse de l'heure, du lieu, du passé, uoyée dans cette contemplation d'un prodige...
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JfcS 300 LES DÉBAUCHES D'UN CONFESSEUR '^V
A un moment, elle essaya de parler, se ressouvenant de sa mère et voulant savoir si, en même temps que l'espoir du ciel lui était rouvert à elle, les joies du paradis lui avaient été données... Elle ouvrait la bouche...
— Seigneur! commençait-elle...
Elle n'acheva pas... Il lui sembla que le Christ venait à elle... et la lumière le
suivait toujours...
Elle se tint immobile, éperdue... Le Christ venait à pas lents, sans la quitter des yeux... C'était bien le visage du père Girard, mais cette lumière le transfigurait...
— Seigneur! répéta Catherine...
Et, une seconde fois, le mot expira sur ses lèvres... L'Homme-Dieu, — c'est le
cas de le dire, — venait de prendre sur son front sa couronne d'épines...
Est-ce qu'il allait la lui mettre sur le front?... Est-ce que cet honneur lui était réservé d'être stigmatisée comme l'était le Crucifié lui-même?... Elle savait que cette faveur avait été faite, à saint François et à d'autres, de porter sur leur corps la marque des blessures divines... Un appétit insensé de martyre la prenait... Elle présenta son front... Un cri inexprimable lui échappa... D'un seul coup le réseau d'épines aiguës, dures comme si elles eussent été de fer, lui entraient dans le front, lui perçaient le crâne... Et le sang jaillissait, l'aveuglant...
— Grâce! murmura-t-elle...
Mais la Sainte Victime semblait s'être faite bourreau... Elle pesait sur l'instrument de supplice... Catherine essaya encore un cri, battit des paupières, sous le regard dur du Christ justicier, crut sentir les pointes acérées lui pénétrer dans le cerveau, et s'évanouit daus un gémissement... La lumière qui éclairait Girard se déplaça, et, en même que la Guiol sortait du pied du lit où elle s'était cachée, sa lanterne sourde à la main, l'abbesse entrebâillait la porte secrète s'ouvrant sur la cellule de sœur Christine...
— Est-ce qu'elle serait morte? demandèrent-elles ensemble, soudain pâlies...
— Eh! non ! fit Girard violent...
Et, d'un geste brusque, il écarta la chemise de Catherine, découvrit la poitrine,
et là, sous le pauvre sein amaigri, sans pitié, avec les pointes de 1er de la couronne d'épines otée du front, il ouvrit la cicatrice ancienne, approcha les lèvres, et, d'une succion violente, attira le sang... (Michelet, Le P. Girard et la Cadière, p. 335.) L'abbesse frémissait :
— Assez! murmura-t-elle...
La Guiol elle-même commençait à trouver que la petite comédie allait un peu
luin... Mais le prêtre, allumé par les nudités entrevues, prenait dans ses bras sa victime inerte... Déjà ses baisers couraient, effrontés sur sa chair...
— Ah! non, par exemple! lit la Guiol... pas ça ! Ah! non!...
— Laisse-moi donc! fit le jésuite...
— Taisez-vous, au nom du Ciel! ordonna l'ahbesse...
— Eh! taisez-vous, vous-même!...
— Malheureux ! on se lève pour l'office... Ce mot rappela à lui l'abbé...
— Tu veux donc te faire pincer? insista la grosse femme... Mais comme il résistait encore, elle ajouta :
— Elle va se réveiller !
Puis plus bas :
— Allons! viens donc!... Ça n'est pas fini, tu sais bien!... Et elle le poussa dans la cellule de sa fille... i
L'abbesse lui doDna sa lampe et la couronne de fer, ferma derrière eux la porte secrète :
— Ce qui est trop est trop ! murmurait-elle... Puis, quand elle se fut assurée que le jésuite et sa complice avaient descendu
l'escalier, elle tira le verrou de la cellule, passa sur la pointe du pied dans le corridor qu'emplissait le remue-ménage des sœurs se levant pour l'office, eu parcourut toute la longueur à grands pas, ouvrit avec bruit la porte de Catherine, puis, après un cri de stupeur, appela :
— Mes sœurs! Venez vite !... Vite!
A demi-vètues les religieuses accoururent...
— Venez voir ce qui est arrivé à sœur Catherine, dont j'entrais prendre des nouvelles!...
Ce fut une stupeur.
— Stigmatisée!
Toutes tombèrent à genoux...
— Qu'on aille à Toulon prévenir l'abbé Girard ! ordonna la supérieure... Sœur Raimbaud s'offrit et dégringola l'escalier... Les religieuses s'étaient approchées de Catherine, toujours immobile et pâle,
ui: jurire d'extase sur les lèvres, le front et le sein sanglant...
— Voilà la visite édilîaute annoncée! disait-on...
— Le Christ est venu la voir...
Et toutes, pensant aux oraisons jaculatoires de sainte Thérèse, de Marie Alacoque,
aux jouissauc es ineffables promises par Mofinos, concluaient :
— Elle est heureuse !...
Puis on lit l'éloge du père Girard qui avait si bien prédit ce qui venait de se
passer...
— Un saint! ma chère sœur!...
— Comme elle est une sainte!...
A ce moment tout le monde se lut... Amené par sœur Raimbaud, Girard arrivait dans le corridor...
— Quoi! déjà? fit l'abbesse courant au-devant du jésuite...
— Jésus est venu cette nuit m'avertir, déclara le prêtre, qu'il avait honoré de ses stigmates notre très chère sœur, et j'accourais...
— Est-ce possible?
Sœur Raimbaud témoigna qu'elle avait rencontré le saint homme à la porte...
Autre miracle! Tout le monde se prosterna de nouveau... On baisait le bout de sa soutane. .. Alors le jésuite entra dans la cellule, regardant la sœur toujours évanouie avec le respect qu'on doit avoir pour celle en qui Dieu a mis ses préférences...
— C'est bien cela, dit-il, au front et au sein... Et il s'agenouilla, et il baisa ces plaies.. .
— Moi, aussi, dit-il, je l'ai au sein, mais intérieure... (Michelet, p. 335.) Tout bas, l'abbesse faisait remarquer aux religieuses que les mains du prêtre
avaient encore des traces de sang... Ces sœurs le constatèrent... On ne tarit pas!...
Quelle édification!... A ce moment, Catherine sortait de sou évanouissement... Un
silence se fit... La pauvre fille ouvrit les yeux... Devant elle, elle aperçut Girard...
rs Elle eut un cri terrible et retomba dans son évanouissement...
N% — Laissons-la avec son directeur, dit l'abbesse... {ïï,
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Et les nonnes se retirèrent, oubliaut l'office, et commentant indéfiniment le miracle...
— Voilà qui est bien, se disait le Jésuite... mais le plus difficile reste à faire... Ce disant, il regardait le ventre gonflé de la pauvre sainte...