CHAPITRE \\\l A LA BASTILLE
— Si madame la comtesse de Vintunille veut se donner la peine de me suivre, je
la mènerai, Sa Majesté el elle, jusqu'à la plate-forme d'où l'on jouit du panorama de ^
Paris et des environs. \)
Vb
Il se sentit lâc! e; puis, il se mit à flotter en l'air. .. 11 avait feruié les yeux... (Chap. XXXIII.)
Aiusi parlait, ['échine courbée, le chapeau à la maiu, le gouverneur de la Bastille à Louis XV ', veou ce jour-là pour visiter la prison terrible avec sa maîtresse Pauline ileNesles. Comme soo aînée Julie, devenue comtesse de Mailly, la petite Pauline avait en effet été promue comtesse. Kien de plus simple que le procédé, toujours le même, à chaque favorite royale : généralement c'était Lebel, le préposé aux plaisirs du Roi, digne frère de la Guiol, et AI. le duc de Richelieu, autre procureur, qui s'en chargeaient. On allait dénicher dans quelque coin un gentilhomme bien authentique, mais léger d'argent et d'honneur; on le choisissait au moment où il était perdu de dettes, et on lui demandait :
30e LIVRAISON.
(librairie anti-clisiucale.)
Jy '. :>; LES DÉBAUCHES D'UN CONFESSEUR fV
— Voulez-vous être le porte-flambeau de Sa Majesté, à qui vous vous pourrez diie intimement lié par les femmes?
Le monsieur n'avait garde de refuser : la cérémoDie avait lieu ; le mari échangeait une alliance avec sa femme; il conduisait jusqu'à la porte de la chambre nuptiale L'épousée toute enguirlandée de fleurs d'oraDger, saluait et ne reparaissait plus... q le tous les mois pour toucher ses quartiers de rentes, quelquefois plus souvent pour demander des avances : ses dettes étaient payées en effet, mais sa situation nouvelle l'obligeait moralement à en faire d'autres, et puis il avait à répondre aux exigences de toute sa famille résolue à tirer parti de celte soudaine et inespérée élévation. Ses père et mère se montraient généralement disposés à puiser dans la bourse de leur bru, comme le marquis de Nesles l'était à se faire obliger par le Roi, son gendre. Telles étaient d'ailleurs les seules relations de cette femme avec son mari qui restait, comme dit l'Eglise, un époux in partibus.
Pauline, qui aimait de plus en plus le Roi et s'en savait de plus en plus aimée, avait d'abord fait la moue quand son auguste amant lui avait parlé de mariage ; mais Louis XV lui fit si bien sentir que cela n'engageait à rien absolument, et que c'était infiniment plus convenable, qu'elle acceptât, pour ne pas le contrarier. Même, sur le conseil de son digue père, lequel regrettait bien de n'avoir plus là Rameau pour mener cette négociation, elle manifesta le désir d'épouser un prince...
— Princesse!...
Elle trouvait que ce titre là lui allait à ravir... 11 y avait justement un certain
comte d'Eu, qui était prince par-dessus le marché et qui eût bien fait son affaire. Le malheur est qu'il n'aimait pas les prêtres et déplaisait à Fleury ; le cardinal en voulait d'ailleurs un peu à Pauline depuis quelque temps : satisfait d'elle en ce sens qu'elle absorbait complètement le Roi et lui était le temps et le goût de mettre son nez dans les affaires publiques, il était mécontent de l'indifférence avec laquelle elle accueillait ses conseils, du peu d'empressement qu'elle apportait à faire adopter du Roi telle ou telle mesure... L'empêcher de travailler, c'était tout ce qu'elle savait faire : mais il ne fallait pas compter sur elle pour le pousser dans une voie indiquée, lui démontrer la nécessité d'une démarche quelconque. De plus, avec sa verve caustique, elle s'était peu gênée pour railler tous ces messieurs les jésuites, Fleury tout le premier : le ministre le savait, et il le lui fit sentir. 11 lui donna comme mari un simple comte de Vintiniille, — on ne pouvait pas moins, — Jean-Baptiste-Félix Hubert, mestre de camp, lequel était à sa dévotion. Le mariage fut béni par M. de Vintimille, un archevêque, s'il vous plaît, propre frère de l'époux... Jolie famille comme on peut voir!...
C'est précisément le lendemaiu de cette fêle que, passant avec le Roi par le faubourg Saint-Antoine, la nouvelle comtesse, déjà un peu triste, assaillie de pressentiments sombres et vaguement indisposée, s'était tout à coup sentie, elle et sou amant, jetée violemment au fond de sou carrosse... Un essieu venait de se rompre... L'accident n'eut pas d'autre suite : la jeune femme souffrait seulemeut d'une douleur dans le ventre... et comme la voiture était hors d'usage et la Bastille toute proche, appuyée sur le bras du monarque, elle avait, à petits pas, gagné la prisou royale. Averti par les gens du Roi, le gouverneur se tenait sur le pont-levis à attendre ses augustes visiteurs, respectueux et coufus. La comtesse avait été conduite dans les appartements de ce digne geutilhomme : un en-cas avait été apporté ; et comme, après quelques pâtisseries et uu doigt de vin d'Espagne, Pauline de Vintimille s'était sentie tout à fait remise, ou avait proposé de lui faire visiter la viedle citadelle, témoin de si lamentables agouies.
— Soit! dit la jeune femme.
Et, s'appuyant de nouveau sur le bras de Louis XV, elle s'était mise en marche à travers les corridors sombres, guidée par le gouverneur, précédée et suivie de valets porteurs de torches...
— Faites bien attentiou aux marches! ne cessait de répéter le guide... Le cortège royal allait. On avait visité les cours intérieures pareilles à des puits
de granit, les prisons d'en-bas, humides et glacées comme des grottes souterraines, la salle de torture dont le seul aspect avait donné à la jeune femme un frisson terrible ; on suivait les longues galeries ténébreuses dont le luxe des appartements tièdes du gouverneur faisait encore ressortir l'ennui. Et, à mesure qu'on allait, son invincible tristesse reprenait plus âpre la nouvelle comtesse ; ses idées se faisaient plus noires, assorties avec ce sombre décor... des craintes sans raison la dominaient qu'elle tâchait en vain de chasser, des remords mêmes...
Ou eût dit qu'un génie familier l'avertissait du voisinage de Voltaire, car G?es{ vers lui que sa songerie allait; elle se reprochait amèrement de ne pas avoir fait davant ige pour avoir de ses nouvelles. Puisque nul ne savait ce qu'il était devenu, qui pouvait dire qu'il ne fut pas mort, que le moment n'était pas arrivé dès longtemps de faire au Roi la commission dont le poète, son ami, son sauveur, l'avait chargé au cou veut de Saint-Sulpice.
— J'ai trop oublié, se disait-elle, que j'en avais d'autres à aimer que le Roi. Elle comprenait que cette confidence était un devoir ; il s'agissait de sauver une
innocente prise dans un piège terrible, odieux; elle se reprochait de ne l'avoir pas fait. La mort de Voltaire? devait-elle l'attendre? en avait-elle le drc:!'1
— Diable ! mais ces marches sont terriblement roides, observa le Roi.
— Très roides, en effet, approuva le gouverneur. Et il ajouta :
— Sa Majesté serait-elle essoufflée?
Louis XV se redressa avec un regard sévère : la question lui paraissait au
moins étrange. Essoufflée, une Majesté? comme si les Majestés s'essoufflaient! Haletante tout au plus.
— Pas moi, répondit-il hors d'haleine... mais madame la comtesse... N'est-il pas vrai, ma chère Pauline?
— Qui?... Moi?... Un peu... fit la jeune femme sortant de ses préoccupations. Et, sans bien savoir ce qu'elle disait, elle ajouta :
— Peut-être pourrions-nous nous reposer dans quelque cellule.
— Parfaitement, fit le gouverneur.
— Elles sont assez confortables? interrogea le Roi.
— Il en est même de luxueuses.
— Ah! bah!
Ce monarque ignorait absolument le régime des cachots où il envoyait ses
sujets :
— Ces gaillards-là ne sont pas à plaindre, acheva-t-il.
— Si Sa Majesté veut daigner me suivre, reprenait le gouverneur, je vais l'introduire dans l'une d'elles, là-bas, au bout de ce corridor, laquelle constitue un petit appartement réduit, mais suffisant.
— Tiens! tiens!
— Et où elle retrouvera un prisonnier qui est sans doute une connaissance à elle.
— Vraiment? Ah ça, vous piquez ma curiosité, mon cher. Le nom de ce prisonnier?
Pauline écoutait avec un intérêt dont l'intensité l'étonnait ellt-mème; aucun des siens n'était prisonnier, el ce captif inconnu l'attirait étrangement.
— Permettez-moi. fit le gouverneur, de le taire. C'est une surprise que je ménage à Votre Majesté.
— Soit! fit le Roi. Allons.
— Allons! répéta la comtesse.
Et tous deux hàla;ent le pas.
— Fatalité! murmurait une voix an bout du corridor. Cette voix appartenait au geôlier de Voltaire, lequel se tenait depuis un instant
dans l'attitude d'un homme entre deux vins, près de la porte de la cellule du poète où se dirigeaient les visiteurs, — le lecteur Ta compris. En même temps il frappait la dalle de son pied-bot avec un geste d'impatience. Le groupe du roi et de sa maîtresse approchait.
— Grandjean! appela le gouverneur.
C'était le nom du geôlier. Cet homme appartenait sans doute à la race de ce
fameux chien de Jean de Nivelle, qui s'enfuit quand on l'appelle; car, dans l'impossibilité où d était de se sauver, il se blottit, du moins le mieux qu'il pût, dans l'angle du mur. Sans doute il n'était pas ivre assez pour ne pas se rendre compte de son ivresse; peut-être voulait-il simplement n'être pas surpris dans cet état.
— Il doit être rentré pourtant, cet ivrogne, pensait tout haut le gouverneur... Et il criait de nouveau, à dix pas à peine de la porte de Voltaire :
— Grandjean !
— Pincé! se disait le geôlier un peu pâle...
— Grandjean!
Cette fois le gouverneur n'acheva pas... Un autre cri venait d'interrompre
le sien : la comtesse qui, dans sa hâte irraisonnée d'arriver à cette cellule mystérieuse, avait quitté le bras du Roi et marchait d'un pas en avant, n'avait pas remarqué une demi-marche, un pas, poli par le frottement îles semelles, et sur laquelle son haut talon tourna :
— Louis ! cria-t-elle.
Elle elle tomba avant que le Roi ait en le temps de tendre la main pour la
retenir... La relever fut tout une affaire : elle gémissait à chaque mouvemeol : la comtesse paraissait s'être donné une entorse... Mais, détail singulier, c'est du ventre qu'elle se plaignait surtout. Les valets coururent chercher une civière, et avec nulle précautions, on redescendit la pauvre comtesse chez le gouverneur, où un médecin prévenu, ne tarda pas à arriver...
— En voilà une entorse qui arrive à point! murmurait le pied-bot avec un soupir d'évidente satisfaction...
Resté seul quelques instants avec .M"1' de Vintimille, le docteur rappela bientôt le Roi :
— Eh bien? demanda celui-ci avec un battement de cœur... ce n'est rien de grave?...
Il s'arrêta ; le médecin le regardait en souriant d'un bon sourire...
— Qu'est-ce à dire? Que signifie?...
— Cela signifie, dit la comtesse, qu'il faut que tu m'embrasses. Et elle tendait les liras à son amant qui se pencha et obéit sans trop savoir s'il
devait pleurer ou rire... Pauline lui avait prit le cou de ses deux mains; sa figure était rayonnante ; et, tout bas, dans un baiser, elle murmura à l'oreille du oi :
Ou A a-
— Tu disais qu'il ne nous manquait plus qu'une chose pour que je sois ta femme autant que la tienne...
— C'est vrai ; eh bien ?
— Eh bien! dans quelques mois, il ne nous manquera plus rien...
— Que veux-tu dire?
— Ne comprends-tu pas?
Elle souriait en disant cela...
— Un enfant?
— Eh! oui!...
— Oh! Pauline!...
— Chut!
— Me taire! Moi ! non pas... Oh! je voudrais monter sur la plateforme de cette prison et le crier à tout Paris...
Et, tout frissonnant de joie, Louis XV appela le gouverneur pour lui annoncer l'heureuse nouvelle, sans cesser de couvrir les mains de sa maîtresse de baisers éperdus.
Le cri qu'en tombant poussa Pauline de Nesles avait fait tressaillir Voltaire dans sa cellule. Du coup, il avait posé sa plume.
— Ah! ça, s'était-il dit, voilà une voix qui est une voix de femme, et qui ressemble étrangement à celle d une petite pensionnaire que j'ai connue du temps où j'étais du monde, et qui à cette époque nourrissait un furieux amour pour sa très ingrate Majesté...
Il essayait dérailler ; mais un tremblement involontaire l'agitait :
— Est-ce qu'elle aurait reçu ma lettre? se demandait-il en se levant.:. Est-ce qn'elle viendrait me délivrer?...
Ses yeux aigus luisaient; ardemment il prêta l'oreille... Il n'entendit rien que des pas qui s'éloignaient, puis se perdaient tout à fait. Sa figure redevint triste et découragée :
— Allons, murmura-t-il, j'ai rêvé... j'étais fou... Qu'elle soit encore aimée du Roi, ou qu'elle soit déjà disgraciée comme sa sœur, elle a bien, comme on dit, d'autres chiens à fouetter que moi...
Sur quoi, étouffant un soupir, il se remit à son ouvrage. Mais cet espoir d'une seconde avait suffi pour ensoleiller sa prison ; maintenant la captivité lui semblait plus lourde que jamais, plus que jamais indéfinie...
Longtemps, il tourna sa plume dans ses doigts, bien des fois il la trempa dans l'encrier et la laissa sécher avant de récrire un mot :
— Voyons, fit-il enfin en se secouant, soyons un homme, que diable ! et n'en préparons pas moins l'œuvre de justice comme si je devais la mettre à exécution demaiu...
Le dossier auquel il travaillait alors était adressé à Mme la marquise du Châtelet. Sentant qu'il ne pouvait plus compter sur la protection des amis puissants, trop loin d'Yolande, et séparé d'elle par le mépris peut-être, il avait cru plus sage de se fier à cette femme d'esprit et de cœur, si vaillante à l'occasion. Il avait donc rédigé à sou intention tout un mémoire sur les jésuites dans lequel il résumait les observations par lui faites ou recueillies touchant la Société qui a pour centre le Gésu. Son idée était de le lui faire remettre par ce fidèle Dubois, sur la fidélité duquel nous savons à quoi nous en tenir, mais dont Voltaire attendait toujours la visite avec une inaltérable confiance. Dans ce dossier, il racontait entre autres choses, toute l'aventure de chez, des Chauffours, aventure à laquelle le procès avait donné un retentissement terrible,
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l'interception de sa correspondance, le secret du miracle d'Ollioules dont il avait surpris la mise en œuvre, surprise à laquelle il attribuait, non sans raison, sa mise à la Bastille. Il le complétait par des renseignements inédtta sur chacun des jésuites, de robe courte ou longue, à mesure qu'il citait. Pour le moment il achevait te chapitre intitulé : « Notes pour servir à l'élucidation du personnage louche répondant au nom de Girard. »
Après avoir dit, d'après ce qu'il en avait surpris au couvent, la façon dont il avait du confesser Catherine Cadière et ses autres pénitentes toulonnaises, Voltaire racontait tout au long, sûr que ces détails ne pouvaient manquer de trouver leur emploi, tout une aventure assez singulière se rapportant au lit jésuite. Ces détails lui avaient été fournis par une suite particulièrement heureuse de hasards. Un jour, étant à chasser avec son ami Bouret le financier, le môme qui devant être si tragiquement assassiné et dont la veuve devait épouser te président Lebret, Voltaire avait trouvé dans le bois de Sénart une jolie fille du pays qui s'était endormie au coin d'un buisson, et dont une chevrotine égarée avait éraflé l'épaule... La pauvre enfant se croyait morte. Voltaire eut bien du mal à la rassurer : il s'y prit pourtant de si intelligente et cordiale façon qu'elle fut vite remise, et que du coup il devint son ami. Elle était tellement appétissante que, pour tout dire, la tentation lui vint une minute do devenir mieux que cela ; sa candeur te désarma; il eut scrupule... Quelque chose faisait tache en elle à son gré : sa dévotion exagérée et sa conliance dans les prêtres, confiance que la pauvre fille devait payer cher. Quelques mois plus tard, — c'était le lendemain même de l'assassinat mystérieux du financier, — Voltaire, bien préoccupé, bien triste, rôdait dans te même bois, accompagné de Custos, le chien que lui avait donné Lebret. 11 s'était égaré dans cette solitude, cherchant à peser les faits matériels observés, les preuves morales, et à se mettre ainsi sur la piste si difficile à suivre alors des véritables assassins. Il allait, en proie à ses lugubres pensées sans se pendre compte du chemin parcouru... Soudain un bruit singulier le fit s'interrompre : Custos s'était arrêté à deux pas devant lui, raide sur ses pattes, te nez an vent...
Auprès d'un ruisseau gazouilleur, quelqu'un était couché dans l'herbe, qui semblait se lamenter parfois, parfois chanter lamentablement : cette mélopée bizarre ressemblait aux airs que murmure une mère endormant son enfant dans son berceau. mais l'accent était su-étrange qu'où eût dit une mère folle... Particularité curieuse, la voix, aiguë dans tes pleurs, était grave daus la chanson... Voltaire approcha... Il distinguait maintenant de façon très nette te refrain monotone :
Do! do! l'enfant do!
L'enfant dormira tantôt...
Il fit quelques pas encore ; et alors il se rendit compte qu'il y avait là deux personnes, une femme, vautrée dans l'herbe, — c'est elle qui se lamentait, — un jeune homme accroupi près d'elle qui chantonnait doucement en balançant la tète. Le poète retint Custos qui soufflait et voulait donner de la voix ; très intrigué, il vint au jeune homme :
— Qu'avez-vous donc? demanda-t-il doucement.. Pas de réponse.
— Mon ami, insista-t-il.
L'autre ne bougea pas.
— Serait-il sourd? pensa Voltaire. ^q y* Et il secoua son bras. Le jeune homme ne se dérangea pas : il n'interrompit pas Ç\
sa chanson ; ses lèvres ouvertes gardèrent le même sourire ; ses yeux, leur même regard vague.
— C'est un fou, conclut Voltaire, ou un idiot. La seconde hypothèse était la vraie. Sur quoi, il vint vers la femme qui ne s'était
pas dérangée davantage de ses sanglots...
— Oh! voilà qui est étrange! dit-il tout haut, on dirait Liette. Liette était le nom de la jolie fille rencontrée non loin de là quelque temps
auparavant, et qu'il lui semblait reconnaître...
— Liette! répéta l'idiot.
Voltaire se pencha, et d'une voix émue demanda :
— Que vous arrive-t-il, mon enfant?
La jeune fille redressa la tète... C'était Liette, en effet... Mais combien pâle, les
yeux rouges, ivre de larmes...
— Vous, monsieur! murmura-t-elle...
Et ses sauglots la reprirent, plus éperdus...
— Ah ! reprit-elle enfin, — elle ne savait dire que ces mots, — malheureuse ! malheureuse que je suis!...
Le poète, qui y avait réussi déjà, s'efforça de nouveau de la consoler : mais la tâche paraissait plus dure celte fois...
— Que vous est-il arrivé? répétait-il, lui prenant la main.
— Hélas!
11 n'obtenait pas d'autre réponse...
— Ou vous a fait du ma?...
— Ah ! le misérable!...
— Qui! Est-ce cet homme?
Il désignait l'idiot.
— Oh ! non, le pauvre garçon, c'est mon frère...
— Qux»i?...
Alors, se remettant par degrés, elle raconta à Voltaire qui, pour la distraire de
sou deuil, la tenait exprès sur ce sujet, comme elle était restée orpheline à dix ans, chargée de nourrir et de surveiller le malheureux... Elle y arrivait ; elle n'avait pas trop à se plaindre, ne regrettant pas sa peine : si fruste, si incomplet, tenant plus de la brute que de l'homme, Gaudry, — c'était son nom, — l'aimait, riant quand il la voyait heureuse, croyant la consoler avec une chanson quand elle pleurait comme aujourd'hui que la houte l'avait prise et qu'elle ne pouvait plus même se remettre aux mains de Dieu .. Délicatemeut. en homme qui pressent une épreuve terrible, Voltaire poussa ses questions, moins par curiosité qu'avec l'assurance que lui tirer l'aveu de sa peine, c'était la soulager... Liette finit par lui tout dire, l'influence qu'avait prise sur elle un prêtre à l'insu même de ce prêtre : la veille au soir elle en avait fait, par hasard, la rencontre tout près d'ici, vers le carrefour du Roi ; son émotion l'avait trahie, le jésuite, — c'en était un, — allumé par la pénétration de ce secret, avait voulu profiter de l'empire que cette âme innocente lui reconnaissait... Celle-ci s'était laissée prendre à ses paroles dorées : tout le jargon mystique dont la genteensoulanée joue si bien avait été mis en usage : la pauvre fille aûolée, innocente de cœur comme de corps, avait livré sa bouche aux baisers du satyre... Fuis, quand elle s'était vue au bord de l'abîme, elle avait résisté, désespérément, linieusemeut... Mais trop tard... L'homme noir la tenait ; brutal, sans pitié, il l'avait souillée...
Et lorsque, se sentant perdue, elle lui avait demandé en grâce de ne pas l'aban- jjrv
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donner, il avait, disait-elle, refusé de l'entendre, comme exaspéré de ses prières, en homme que quelque chose intéresse nou loin de là...
— Oui, ajoutait Liette, j'avais entendu dans la nuit, du saule où il m'avait entraînée, comme un travail de fossoyeurs... Un moment même, il m'avait semblé qu'uue étincelle, jaillissant d'un caillou heurté, éclairait uu groupe d'hommes occupés à creuser un trou...
— Où cela?
— Du côté du carrefour...
— Quand"?
— Vers le minuit...
— Ah!
— Mais je ne peux répondre de rien... j'étais tellement affolée...
— Et il vous sembla qu'il avait remarqué cela?
— Oui... et qu'il ne tenait pas à ce que je le remarquasse moi-même... Ça m'était bien égal d'ailleurs... Tant il y a que, comme j'insistais, il m'ordonna de me taire, et finalement de partir, ajoutant qu'il me tuerait si je n'obéissais pas...
— Le misérable !...
— 11 n'avait pas besoin de me faire celte menace : il savait bien que je ne su i vivrais pas à ma honte...
— Allons, ne dites pas de folies, ma pauvre enfant... 11 n'y a ici qu'un coupable, c'esl lui... Vivez, ne fût-ce que pour m'aider à le punir...
11 lui demanda le nom de ce prêtre ; Liette ne voulait pas le donner, l'iunocente ne voulait pas qu'où lui fit de mal.
— Vous lui en voulez, disait-elle, il ne faut pas...
— Mais non, je ne tiens à le connaître que pour lâcher d'obtenir de lui une réparation...
Bref, il insista tellement qu'il arriva à lui faire avouer qu'il s'appelait Jeau- Bapliste Girard, il lui demanda quel il était d'allure et de physionomie, elle lui le lui décrivit minutieusement. L'idiot écoulait tout ce dialogue avec une attention profonde... Quand sa sœur eut fini de parler, et tandis qu'elle se livrait de nouveau à ses larmes, il se mit à répéter le signalement de Girard avec une insistance qui frappa Voltaire...
— L'homme noir... murmurait-il, et le mur blanc...
— Que veut-il dire? demanda le poète... Liette ne le savait pas : elle ne l'avait remarqué auprès d'elle que depuis
quelques heures... peut-être le malin ou dans la nuit, car il dormait peu et vaquait sans cesse, avait-il eu l'occasion de remarquer Girard.
— Faites-moi le plaisir de l'interroger un peu, insista Voltaire qui, il n'eût su dire pourquoi, prenait à cette mystérieuse affaire uu intérêt qu'excitaient encore ces demi-révélations.
H avait taché en vain de tirer de l'idiot autre chose que :
— L'homme noir... Le mur blanc...
Liette, plus accoutumée à lire dans les limbes de cette intelligence, à déchiffrer
sa confuse pantomime, tâcha d'en tirer davantage ; l'effort fut long, bien obscur le résultat. Voltaire examinait la jeune lille avec attention, comme avide de pénétrer ce moyen de conversation.
— 11 me semble, conclut enlin la victime du jésuite, qu'il l'a vu bâtir un mur cette nuit...
"^ Bâtir un mur? «\
Robert et le jardinier se disputent un enfant de naissance. A quelques pas, me grande ombre noire se détacbe sur le mur : Girard!..,
(Chap. XXXII.)
— Oui, cela est bien étrange ; mais tel est pourtant bien le sens de ce qu'il veut dire...
— Ah! ça, que signifie? se demandait Voltaire de plus en plus intrigué...
Il allait renouveler ses questions quand la cloche qui sonnait pour son ami Bouret lui rappela que sa présence était nécessaire à la maison mortuaire. II recommanda le courage à la pauvre fille.
— Inutile, monsieur, répondit-elle, je n'ai plus à souffrir longtemps... Voltaire la gronda, lui promit de la revenir voir dès le lendemain et tous les
jours, essaya, — en vain, à ce qu'il lui parut, — de faire comprendre à l'idiot qu'ils avaient encore à causer ensemble, puis il partit, non sans regrets d'être obligé de
51e LIVRAISON.
(librairie anti-cléricale.)
quitter ainsi cette désespérée. Ces regrets étaient un pressentiment, quand le lendemain l'ami de Bouret revint dans la forêt, accompagné du chien du mort, il fut surpris d'entendre encore, en approchant du ruisseau, l'idiot qui de sa voix traînante psalmodiait :
Dol do! l'enfant do!
L'enfant dormira tantôt.
11 hâta le pas, le cœur serré d'une involontaire angoisse. Custos s'était mis à aboyer lamentablement, de la même façon dont il avait aboyé Pavant-veille auprès de la chambre où son maître venait d'être assassiné...
— Paix, là ! Custos! ordonna en vain le poète... Et il accourait du côté du saule, d'où montait la chanson plaintive... Tout à coup
il s'arrêta saisi d'un frisson... A la maîtresse branche du vieil arbre, pendait le corps ' de Lielte : la malheureuse s'était passé au cou un ruban de soie ; d'une pierre énorme elle s'était fait un escabeau du haut duquel elle s'était lancée dans l'espace... A l'endroit même où Girard avait commis son crime, l'inn venue l'expier...
La mort avait dû venir vite, car sa douce figure n'était pas grimacée par la souffrance... Sa bouche seule restait entr'ouverte comme arrêtée dans un cri suprême bras pendaient, allongés de toute leur longueur...
Assis sur la [lierre, l'idiot continuait sa plainte rhythmée, regardant couler le ruisseau de ses yeux hagards ; de ses mains il serrait coutre sa poitrine les pieds de la morte...
— Moite ! répétait Voltaire, les larmes dans les yeux... Et il songeait que c'était la semaine aux morts tragi
— Hier, un ami assassiné, aujourd'hui, celte innocente, encore assassinée, autant dire...
11 cherchait obstinément, gêné par une tentation de rapprocher ces deux faits, dans lesquels il s'entêtait à reconnaître la même main...
— Je retrouverai ce Girard! s'était-il promis. Quelques v< >t et lui furenl les seuls à suivre le corps de la pauvre lil1 ;
jusque dans le coin du cimetière où la dépouill iidés était re ôté des
charognes d'animaux. Chose étrai énigme redoutable qu'est une fosse
ouverte, de ce trou noir dont une nuit épaisse moi I
hommes, l'idiot sembla pour que!-, xiraordinaire lui i :
La douleur avait amolli sans doute ce crâne réfractaire... tant il y a que Voltaire sndit murmurer quelques mots moins confus, à travers lesquels il crut reco
.,- une notion plus claire : une lueur de haine brillait même da eux eu même temps que son poing fermé semblait
menacer le men, le* Vite, le poêle avait profité de cette is : avant
que cette légère flamme se fût éteinte, il avait, fatiguant l'idiot de la même qti
m de lui qu'il le conduisît à ce fameux mur auquel il associait obstinément l'homme noir... A lébres qui obscurcissaient sa pensée, Gaudrj
qu'il n'avai! plus d'ami sur terre que cet homme qui avait été l'ami de sa sœur : il aeltailà lui, lui abandonnant pour ainsi dire le soin d'une existence à laquelle il n'était pas en mesuré Voltaire de son mieux lui fil entendre qu'il se
chargeait de lui en effet, qu'il l'adoptait : l'autre parut le comprendre. -v Cependant, ils marcl tait; Custos, qui maintenant ne quittait
"V^ plus Voltaire allait et venait, repris d'u l e... Enfin, à un
du chemin, la pauvre bête se reprit à hurler furieusement : elle se mit à suivre une piste enfin retrouvée, et le nez à terre, fila en avant d'une belle allure... Voltaire et l'idiot marchaient sur ses traces...
Brusquement Gaudry mit la main sur le bras de son compagnon; il allait ajouter un mot, Voltaire l'arrêta. Il avait compris : le mur était en vue; mais il voulait voir ce que ferait le chien. Celui-ci ne démentit pas l'idée que son maître avait de son flair; tout droit il alla au mur, un mur de clôture que Bouret faisait bâtir autour de son parc, et dont sa mort avait interrompu la construction.
La maçonnerie arrivait à peu près à hauteur d'un homme de petite taille; le chien tourna et retourna plusieurs fois sur lui-même. Enfin , se dressant sur les pattes de derrière, il tendit le nez à un coude de la muraille, grattant des griffes comme s'il eut voulu chercher là quelque chose d'enfoui sous le mortier.
— Là! murmurait l'idiot. ..
Et il ajoutait :
— L'homme noir...
— Voilà qui est étrange! se répétait Voltaire. Il nota la place en observant des indices faciles à observer, fit, non sans peine,
taire Custos qui aboyait toujours en faisant frétiller sa queue, puis revint sur ses pas avec l'idiot qui semblait ne rien comprendre à cette manœuvre. Deux heures après, il faisait nuit noire. — Voltaire, qui avait laissé son chien dans une maison des environs, revenait au mur de clôture par un chemin différent : il introduisait Gaudy par un vieux petit" pavillon de chasse distant de quelques toises à peine de l'endroit observé.
— Tu es chez toi, lui fit-il comprendre ; tu vivras là, et n'y manqueras de rien...
L'autre fit signe que cela lui allait. Après quoi le poète retourna seul au coude du mur inachevé; après s'être assuré par une ronde minutieuse qu'il n'était pas observé, il attaqua le mur à la place désignée avec des outils apportés sous son habit. Mais il n'eut pas besoin de chercher longtemps : après quelques minutes d'efforts, il descellait la dernière pierre posée, et dans une cavité creusée en plein mortier découvrait une épaisse liasse de bons sur la Ferme-Générale constituant vraisemblablement plus d'un million, ceux-là môme dont la disparition avait suivi la mort de Bouret. Le chien avait reconnu à l'odeur un portefeuille de cuir que son maître quittait rarement.
— Voilà!
Telle avait été la seule conclusion échappée à Voltaire. Un frisson le secouait,
qu'on eût dit de joie; il remit le portefeuille en place après en avoir retiré les billets qu'il fourra dans sa poche ; avec une truellée de mortier boucha la fente ouverte, et s'en revint dans le pavillon trouver son protégé avec lequel il resta enfermé plusieurs heures. Pendant ce temps, ce qu'il lui dit, c'est que, ce pavillon, ayant été réclamé par lui Voltaire comme très propice à son travail, lui avait été abandonné en toute propriété, qu'il l'en constituait gardien, libre de tout travail, assuré de soins, avec la seule mission d'observer incessamment le point connu de la muraille, avec ordre de s'emparer vivant de l'homme qui, fût-ce dans dix ans, viendrait donner un coup de levier dans ce mur. Ce rôle une fois compris, bien compris, — et ce ne fut pas sans peine, — Voltaire partit.
Le lendemain on se remettait sous les yeux de l'idiot à la confection du mur de clôture, qui fut vite achevée, sans que personne que lui en soupçonnât le secret...
C'est cette histoire que Voltaire achevait de conter pour l'édification de la marquise du Cnàtelet, ajoutant que c'était elle qu'il chargeait d'établir dans le pavillon une £v
autre sentinelle, au cas où viendrait à mourir l'idiot chargé de prendre à cette souricière le misérable qui avait poussé sa sœur du déshonneur à la mort.
< A vous, chère marquise, de conclure, terminait-il... Girard a-t-il tué Bourel? Je ne le crois pas, et vous serez sans doute de mon avis, tout en reconnaissant qu'il en est très capable... Est-il complice des assassins? Je ne le pense pas davantage; qu'il ait surpris le secret de leur cachette, voilà ce qui me semble la vérité. Il a déplacé le magot pour être le seul à le retrouver, cela ne fait pas de doute. Avouez que ce serait une joyeuse vengeance que de prendre ce misérable les mains dans ce mur, et lui faire expier, en même temps que ce vol commis au préjudice de voleurs, le suicide de Liette, sans compter ses autres infamies... »
Il en était là, et, à l'idée de ce dénoùment, un sourire lui retroussait les lèvres. Il avait complètement oublié sa prison ; le regard qu'il jeta sur les murs de sa chambre, en retrempant sa plume dans l'encrier, le rappela au sentiment de la réalité douloureuse.
— Hélas! fit-il, à quoi bon tout cela? Quand j'achèverais ce dossier, — et si ça continue on m'en laissera tout le temps, — quand j'y réunirais contre ce gredin, et les autres, les preuves les plus irréfutables, à quoi bon? Ce réquisitoire verra-l-il jamais le jour que ne doit plus revoir son auteur? Arrivera-t-il à son adresse?...
De nouveau découragé, il se laissait aller à des idées amères.
— Si ça, avait été Pauline pourtant! reprit-il, tant il avait de peine à renoncer à l'espoir.
Puis, secouant la tète :
— Mais non; elle m'oublie comme tout le monde, comme mon bon Dubois, comme Yolande, celte Yolande tant adorée pourtant, comme ce Rameau qui me paraissait si dévoué et qui n'a pas fait sa commission, je parie...
Longtemps il s'attarda dans le souvenir de ses amours; il revoyait derrière Saint- Gervais la petite maison mystérieuse où Babette lui ouvrait la porte, où Yolande lui ouvrait les bras. Quelles heures heureuses! Que de paix et de passion tout ensemble! Non, jamais il n'avait aimé comme auprès d'elle, jamais comme auprès d'elle il ne revivrait ces délicieux moments où le cœur éclate oppressé de bonheur. Sept heures sonnèrent.
— Ah! ça, fit-il s'interrompant de sa rêverie, j'ai très faim, moi, et mon geôlier aussi m'oublie, l'ivrogne.
De fait il se leva, tout étourdi de besoin, la tête vide. Il allait sonner furieusement quand la porte du corridor s'ouvrit, et sous sa large casquette de castor, la face avinée du pied-bot parut.
— Monsieur aurait-il besoin de quelque chose? demanda l'homme d'une voix avinée.
— Eh! oui, maraud, j'ai besoin de mon dîner. Le geôlier refermait derrière lui la porte :
— Ne referme pas cette porte donc, et cours me chercher de quoi me mettre sous la dent.
— .Mais...
— Va, te dis-je, je meurs de faim !
— Attendez !
— Allons bon ! le voilà encore mis... Rouvre cette porte encore un coup! Et Voltaire, se fâchant tout rouge, repoussait L'infirme, et se préparait à rouvrir
pour le jeter dehors, quand l'homme lui mit sa main sur le bras.
— Monsieur! lil-il...
La voix ne semblait plus avinée, le timbre même en était différent, si bien que Voltaire leva la tête très surpris, et regarda l'homme. Le rouge du nez, la couleur des cheveux le déroutaient. Il lui semblait pourtant... Alors l'homme releva sa toque.
— Rameau ! fit à mi-voix le prisonnier. Et la joie avait fait trembler ce cri... Mais un autre tremblement le prit vite quand
il vit la physionomie grave, l'air troublé de Rameau, — car c'était bien lui.
— Vous l'avez vue? demanda-t-il tout de suite...
— Oui, répondit le valet de chambre du Roi. Il parut au poète qu'il mettait de la précaution dans sa réponse.
— Vous êtes un messager de mauvaises nouvelles? ajouta-t-il. Puis, comme le faux geôlier ne répondait pas, il continua éperdu :
— Elle ne m'aime plus?
— Ce n'est pas cela... balbutia le musicien très ému.
— Alors quoi? C'est que son enfant est malade...
— Non...
— Il n'est pas mort au moins?...
— Courage, monsieur, ne put que répondre Rameau en lui tendant la main.
— Courage! répétait-il machinalement.
Le pauvre poète chancelait, le cœur gonflé de sanglots qui lui montaient à ia
gorge.
— Pleurez, conseilla son ami doucement, pleurez!., vous en avez le droit.
— Que dites-vous?
Voltaire le regarda en face : Rameau, oppressé, détourna le regard. Alors le
malheureux eut un cri éperdu ; d'une intuition terrible il comprit le coup qui le frappait.
— Elle est morte! fit-il...
Ses yeux agrandis par l'angoisse se fixaient sur le pauvre messager... Celui-ci ne
trouva rien à répondre.
— Morte! répéta Voltaire dans un murmure. Et il tomba comme une masse sur le plancher.