‹ Les débauches d'un confesseurChapitre 46 sur 68 · SE · texte numérisé non relu

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Miles plus que favorables à la fille. El qu'ils devaient être abattus, voyant contre eux tout à la !'<>!> et la redoutable Société, . la Cour, le cardinal-ministre,

enfin les salons d'Aix ! Seraient-ils plus vaillants que le chef de la justice, le chancelier

i qui avail tellement molli? Le procureur général n'hésita pas, lui; c d'accuser Girard, il se déclara son ami, lui donna ses conseils pour répondre à l'accusation! Chacun d'un côté, le président et lui soutenaient le jésuite.

Il ne s'agissait que d'une chose, de savoir par quelle réparation, quelle expiation

solennelle, quel châtiment exemplaire, la plaignante devenue accusée, satisferait à

d, à la Compagnie de Jésus. Les jésuites, quelle que fût leur déhonnaireté,

[ue, dans l'intérêt de la religion, un exemple serait utile pour avertir un peu

et les convulsionnaires jansénistes et les écrivailieurs philosophes qui commençaient à

pulluler.

Par deux points on pouvait accrocher la Cadière, lui jeter le harpon :

1° Elle avait calomnié. .Mais nulle loi, par malheur, ne punit la calomnie de mort. Pour aller jusque-là, il fallait chercher un peu loin, dire : « Le vieux texte romain prononce la mort contre ceux qui ont fait des libelles injurieux aux empereurs ou à la religion de l'empire. Les jésuites sont la religion : donc, un mémoire contre un jésuite mérite le dernier supplice... C'est un peu tiré. Mais bah! en est-on à cela près"?

2° On avait une prise meilleure encore. — Au début du procès, le juge épiscopal, le prudent Larmedieu, lui avait demandé si elle n'avait pas deviné les secrets de plusieurs personnes... et elle avait dit oui. Donc, on pouvait lui imputer la qualité mentionnée au formulaire des procès de sorcellerie, devineresse et abuseresse. Cela seul méritait le feu, en tout droit ecclésiastique.

Ou pouvait même très bien la qualifier sorcière, d'après l'aveu des dames d'Ollioules : que, la nuit, à la même heure, elle était dans plusieurs cellules à la fois, qu'elle pesait doucement sur elles, etc.. Leur engouement, leur tendresse subite, si surprenante, principalement chez l'abbesse, qui s'en était défendue longtemps, avaient bien l'air d'un ensorcellement. Qui empêcherait de la brûler? On brûle encore partout au xvme siècle. L'Espagne, sous un seul règne, celui de Philippe V, brûle 1,000 personnes, et elle brûle encore une sorcière en 1782! L'Allemagne une en 1751; la Suisse une aussi en 1781. Quant â Rome, elle brûle toujours, il est vrai sournoisement, dans les fours et les caves de l'Inquisition.

Mais la France, du moins, sans doute est plus humaine? — Elle est inconséquente. En 1718, on brûle un sorcier à Bordeaux. En 1724 et 1726, on allume le bûcher en Grève pour des délits qui, à Versailles, passaient pour des jeux d'écoliers. Les gardiens de l'enfant royal, M. le duc, Fleury, indulgents à la cour, sont terribles à la ville. Un ânier et un noble, — de nos connaissances, — un monsieur des Chauffeurs sont brûlés vifs. L'avènement du cardinal-ministre ne peut être mieux c que par une réforme des mœurs, par l'exemple sévère qu'on fait des corrupteurs publics. Rien de plus à propos que d'en faire un terrible et solennel sur cette fille qui a tellement attenté à l'innocence de Girard.

Voilà ce qu'il fallait pour bien laver ce Père. Il fallait établir que, — même eût-il méfait, eût-il imité des Chauffours, ' le jouet d'un en

Les actes n'étaient que trop clairs. Aux termes du droit canonique, et d'après ces arrêts récents, quelqu'un devait être brûlé.

'il* - Qui?

i^t Des cinq magistrats du parquet devant qui était posée cette question redoutable, ^S,

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deux, qui songeaient peut-être à la postérité, auraient brûlé Girard. Deux étaient contre la Cadière. Le cinquième était le président, M. Lebret.

Seul il fut un instant l'arbitre suprême; mais le malheureux se sentait regardé par Girard; il ne songea qu'à sa femme. 11 fit pencher la balance en ajoutant sa voix à celle des ennemis de Catherine. L'innocente était condamnée par trois voix sur cinq !

Seulement on composa. Les trois qui avaient la majorité n'exigèrent pas la flamme, épargnèrent le spectacle long et terrible du bûcher, se contentèrent de la mort simple.

Le 13 septembre 1731 , — après tant de mois de lutte, — au nom des cinq il fut conclu et proposé au Parlement :

« Que :

« Le Père Girard, sur tous les chefs d'accusation, fût mis hors de cause;

« Messieurs Chaudon, avocat, et Aubin, procureur, fussent décrétés de prise de corps, et qu'il fût informé contre ceux qui avaieot communiqué la procédure;

« Pour ensuite faire droit à l'égard des deux frères de Catherine et du Père Nicolas ;

« La Cadière fût déclarée atteinte et convaincue de fausse et calomnieuse accusation, d'avoir abusé de la religion et profané ses mystères, d'avoir faussement contrefait la sainte et la possédée tour à tour;

« Pour réparation de quoi elle serait condamnée à 100 livres d'amende envers le Roi; en outre, préalablement appliquée à la question ordinaire et extraordinaire, pour tirer plus ample vérité sur les complices de ses crimes, elle serait livrée aux mains de l'exécuteur de la haute justice pour faire amende honorable, pieds nus, en chemise, un cierge de six livres à la main, devant la porte de l'église métropolitaine, et de là, menée vers la potence de la place des Prêcheurs pour y être pendue et étranglée jusqu'à ce que mort s'en suive. »

La lecture de l'arrêt s'était faite devant une salle bondée de curieux, au milieu de la stupeur. Il se fit un silence de mort que seul troubla un bruit sourd. C'était Catherine qui, battant l'air de ses bras, tombait en arrière de toute sa hauteur. François était livide :

— Misérables lâches! grondait-il.

— Enfin! murmurait Voltaire.

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