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CHAPITRE L TOUJOURS TROP TARD

Janvier s'ouvrit par un grand froid et qui alla croissant. Les nouveaux droits d'entrée firent les denrées très chères. On vendait ses meubles pour vivre. Des veuves affamées vendaient leurs filles au Parc-aux-Cerfs (Hausset, 109). Tout l'hiver, on levait des troupes, et l'on allait fournir cent mille hommes à Marie-Thérèse, à notre pire ennemie : voilà où Adélaïde menait son père ! Tout le monde sentit dès lors, la chose se faisant malgré les ministres, que le traître, c'était le Roi, seulement occupé des intérêts de sa famille.

Désormais c'est à lui que remonte la haine, et sa tête dès lors est en jeu. Ce n'était plus seulement le clergé qu'on redoutait maintenant : en même temps que lui, le Roi mécontentait, bernait le Parlement, arrivait k fermer le palais. La question n'était plus seulement religieuse; elle était patriotique et sociale.

Un réveil de la nouvelle noblesse était donc à craindre, et surtout du peuple, indigné à la fin. On a beau ressusciter l'ordonnance gothique « qu'on n'approcherait plus le Roi sans prouver qu'on est noble depuis 1400 », le Roi a beau éviter Fontainebleau comme il évite Paris : malgré cela, à cause de cela plutôt, aux pas perdus, aux cafés, aux coins des rues, sur chaque borne commence le grand procès du Roi. Deux légendes terribles, mêlées de faux, de vrai, entraient dans ce procès, menaient droit à 93, à cette révolution dont d'Argenson avait dit le nom, que Voltaire prédisait en écrivant : « Nos fils verront de belles choses. » La première était : le pacte de lamine. Ce n'était plus un mystère pour personne que le Roi, pour se gagner de l'argent, faisait le commerce de blés, accaparait, gardait ses achats et les vendait d'autant pjus cher que son peuple avait plus faim. La seconde était le Parc aux Cerfs. L'institution en elle-même plaisait assez à Louis XV : c'était une grande simplification. Seulement comme, depuis quelque temps surtout, il aimait assez peu les rues désertes, c'était aux nuits qu'il se faisait amener les recrues.

En février, on lui mena jusque dans sa chambre à coucher une petite vierge de £vj seize ans. Amenée brusquement sans qu'on eût pris la peine de la corrompre et de s\ «fil l'endoctriner, la pauvre enfant eut peur, horreur, se défendit. Le Roi avait quarante- ^L

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sept ans. Ses excès devin, de mangeaille lui avaient fait un teint de plomb. La bouche crapuleuse dénonçait maintenant plus que le vice, le goûl du vil, l'argot des petites canailles, qu'il aimait à parler. Il le portail chez ses filles, si fiéres, leur donnant en cette langue des sobriquets étranges, Loque, Chiffe et Graille.

Quelle chute depuis les doux propos d'amour avec la pauvre Pauline!

On peut juger par là des égards qu'il avait pour des enfants vendues. Il n'était pas cruel, mais mortellement sec, hautain, impertinent : on l'a vu à propos de Maurepas. Et il eût cassé ses jouets. C'était uu personnage funèbre qui maintenant parlait volontiers enterrements, et, si on lui disait : « Un tel a la jambe cassée », se mettait à rire. Sa face était d'un croque-mort. Dans ses portraits d'alors, l'œil gris, terne, vitreux, fait peur. C'est d'un animal à sang froid. Méchant? Non, mais impitoyable. C'est le Déant, le vide, un vide insatiable, et par là très sauvage.

Devant ce monsieur blême, l'enfant eut peur, se sentit une proie. Il n'eut nulle bonté, nulle douceur, s'acharna en chasseur à ce pauvre gibier humain. Cela dura longtemps, et tant qu'il s'enrhuma (Argenson, IV, 266). Tout fut entendu et public. La cour tâcha de rire : Paris fut indigné, et les mères cachaient leurs eufants. B eaucoup en Europe et en France disaient : — On le tuera.

Dans la cour du palais, quand il revint, les poissardes disaient et redirent : — Il y aura une saignée. — Et d'autres : — Il faut une saignée en France.

D'autres, allant plus loin, disaient :

— H faut une révolution comme celle qui se fit il y a cent cinquante ans... (Lu Ligue. Mais où était le duc de Guise?) Seulement plus radicale, avec la complète extinction de la maison de Bourbon.

Cela se dit jusque dans les couvents. Les jansénistes, depuis l'inceste des quatre Nesles, celui des deux Murphy, surtout celui des deux princesses, croyaient voir tomber sur Versailles le feu du ciel. Dans la communauté janséniste de Saint-Joseph, l'avant-veille des Rois, une enfant de douze ans, sans doute répétant ce qu'on disait entre religieuses, dit aussi :

— 11 sera lue.

Par qui ? C'était la question. Dans ces jours-là, Damiens, qui était resté à Paris.

et qui servait alors chez M. Bèze de Lys, uu parlementaire, vaillaut homme de bien, comme tel emprisonné déjà par le Roi à Pierre-en-Cise, entendit dire ceci : son maître recevait un autre ancien maître à lui, l'héroïque La Bourdonnais, le gouverneur de l'Iude, qui, trahi par le Roi, mourut du chagrin de voir sa conquête retourner aux Anglais. On parlait du Roi et des menaces faites contre sa vie.

— Ce n'est pas moi qui jouerai au Brutus, disait M. Bèze; mais, à mon avis, c'est bien le Roi qui est aujourd'hui le danger. M. de Voltaire lui fera expulser les jésuites demain; les jésuites reviendront la semaine prochaine; il n'y a plus aucun compte à faire sur sa volonté; sa conscience est morte avec Pauline de Nesles... Quant à ce qui arriverait après sa mort, on est assez las en France des jésuites pour ne pas accepter le dauphin.

— Mon avis est aussi le vôtre, conclut La Bourdonnais. Damiens resta songeur. Depuis ce jour-là, on le vit plus souvent dans la rue, surf

les quais, au Pont-Neuf, se mêlant aux groupes où on lisait tout haut la Gazette de France.

Il est nuit. Des nuages courent, masquant la lune. Vitry dort. Là-bas, le long d'une haie qui borde un jardin, derrière une des premières maisons à droite, une ombre file, ^ Nrji se hâtant... C'est une femme. Kl»

Damiens lut brûlé, tenaillé, rompu, tiré et démembré à quatre chevaux.

(Chap. LU).

Elle regarde autour d'elle... Personne; elle peut continuer à avancer; elle n'a pas l'ait de bruit... Elle se retourne, et, de la main, va faire signe à un groupe dissimulé là-bas, derrière une palissade en haut de laquelle on aperçoit seulement une échelle qui dépasse...

— Psst! commence-t-elle à mi-voix...

Mais elle n'a pas le temps d'achever... Un bâillon est noué sur sa bouche... une solide étreinte lui serre les mains... Elle essaie de se débattre...

— Oui, va, remue! murmure l'homme : je te tiens !

. Il a dit cela d'une voix âpre et se penche pour le lui redire les yeux dans les

(librairie anti-cléricale.)

§ 626 LES DÉBAUCHAS D'UN CONFESSEUR fV

— Tu ne m'as pas échappé pour longtemps, commence-t-il... Loi non plus n'achève pas...

— Toi! fait-il...

Et il desserre le bâillon...

— Jean-Baptiste! fait la femme... Comment! c'était toi qui arrêtais ainsi ta pauvre Guiol...

— Comme tu vois? Qu'est-ce que tu fais aussi a Vitry, à pareille heure?

— Eh bien! et toi?

— Est-ce que tu savais que la fille de Catherine était là...

— Quelle tille de Catherine? Qu'est-ce que tu chantes!

— La fille de Catherine Cadière, pardieu !

— Vrai? La tienne alors?...

— Oui...

— Ah! fameux! Et moi qui viens l'enlever...

— Pourquoi faire?

— Tour la fournir à Sa Majesté 1

— Pas possible?

— Si fait bien!

— '• h ! mais...

— Est-ce que ça te contrarie .

— Du tout... au contraire...

— A la bonue heure ! Je pensais que tu aurais peut-être mieux aimé que je l'enlevasse iujur ton compte, gredin.

— ;,i:i fille?

— Bah ! puisque c'est la mode à présent.

— Ah ■ non» par exemple; j'aime mieux que le Roi l'ait, et qu'il la garde.

— '.;i te fera une siluation a la cour comme au père Nesles jadis. istemanl ! c'est toi qui as eu cette idée?

— Jja m'en vante!

— Donne que je t'embrasse: ça vaut bien ça!

— Tout de même... Ah! non, tu sais, pas de bêtises ce soir... Je n'ai pas le temps... Nui ! vrai !

— Tu as raison; la mère peut venir d'un instant à l'autre.

— La mère? Qu'est-ce que tu dis?

— La vérité.

— Elle s'est donc échappée de là-bas? Quelle taupe 1

— C'esi une vraie fatalilé! Je te raconterai ça. Agissons vite en attendant. Je te le répète : elle va arriver; j'étais ici aux aguets, sûre qu'elle y viendrait.

— Ali! comme tu connais bien le cœur des mères!

— N'est-ce pas? Doucereux et quelques amis sont de l'autre côté de la maison.

— Alors nous sommes sûrs de ne pas être dérangés. Tu vas me donner un ooup demain, n'est-ce pas?

— Bien sûr! deux plutôt qu'un. Comment comptes-tu procéder?

— Oh! c'esj très simple. Mmo Allemand, — tu sais qu'elle loge chez elle; je ne l'avais pas reconnue d'abord.

— Je sais...

— M'"0 Allemand couche en bas... là...

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— La petite en question, — une perle! je t'eaifais mon compliment sincère, — fait dodo là-haut...

— Tu as une échelle?

— La voilà.

— Et tout ce qui s'ensuit?

— Tout.

— Tu es une femme de précaution...

Dix minutes après, l'échelle appliquée, une vitre délicatement enlevée, — ouvrir les volets n'était qu'un jeu, — Girard et la Guiol pénétraient dans la chambre où dormait la jeune fille. Ils avaient d'abord pris soin d'entrer chez Mme Allemand, — ce qui était simple comme bonjour, — de la bâillonner et de la lier à son lit. La petite reposait, la bouche souriante, éclairée par la lune.

— De fait, murmurait Girard, je n'ai pas mal travaillé.

— Un morceau de roi! comme disait la mère Poisson... Et, maintenant, le bâillon! et une bonne couverture, car il ne faut pas qu'elle s'enrhume., cette chère petite du bon Dieu!

La jeune fille eut à peine le temps d'ouvrir les yeux... et ce fut pour se sentir bâillonnée et maintenue... Un frisson terrible l'avait prise : impuissante à se débattre comme à crier, elle ne protestait que par deux grosses larmes qui, sur ses joues, roulaient de ses yeux effarés...

Thérèse n'était pas seule pour emporter Catherine quand l'explosion de grisou ouvrit son in-pace. En dépit de la nécessité et de son courage, la pauvre femme n'y eût pas suffi; la certitude que son mari était mort à l'œuvre l'anéantissait. Assommée de ce malheur soudain qui traversait leur succès, elle n'eût réussi qu'à se faire prendre avec sa belle-sœur, guère moins forte qu'elle au sortir de tant d'émotions, sans le secours inespéré d'Etienne. Le prêtre avait en effet suivi Girard à son départ de Paris : sûr que sa sœur devait vivre, en effet, et que ses menaces à lui pouvaient empirer sa situation, il avait compris qu'où irait le jésuite, là il devait être. Il s'était donc installé à Roanne; et, sans autre renseignement encore que la présence de Girard au couvent, il s'était dit :

— Elle est là.

Sur quoi, à tout hasard, il avait acheté des chevaux. Il les ramenait à son auberge quand, passant près du couvent, il reconnut dans l'ombre, — avec quelle stupeur, on peut le penser! — sa belle-sœur en sentinelle... En deux mots, ils se mettaient au courant l'un l'autre quand l'explosion formidable arriva qui les entoura de débris... Vite ils comprirent ce qui s'était passé, accoururent pour recevoir le dernier regard de François. Un instant plus tard, ils lançaient leurs chevaux au galop, Etienne portant en croupe Catherine moitié folle de saisissement. Ils coururent ainsi sans presque se donner de trêve jusqu'à Paris : tous trois sentaient que le danger était maintenant sur celle qui avait eu le premier mot de Catherine : — Et ma fille?

Cette idée donnait des forces à la recluse, lui faisait oublier sa longue agonie, ses tortures, l'épouvante du dernier supplice si miraculeusement interrompu. On lui avait vite trouvé une robe, et, serrée dans un manteau, elle se tenait à sou frère, jamais lasse, ne trouvant jamais que les chevaux allaient assez vite, n'ayant jamais faim ni sommeil... Elle allait revuir sa fille!... Quant à la pauvre Thérèse, que mil espoir ne

enait plus, et qui ne les avait suivis que par un doalooreUx eff i volonté, :s à Paris, elle déclara qu'elle n'irait pas plus loin d'un pas...

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— Laissez-moi, vous, dit-elle, et allez! .Mais elle claquait la fièvre : à peine installée dans une auberge, le délire la prit;

elle appelait son mari... Une fièvre chaude était à craindre; on ne pouvait la laisser ainsi. En conséquence, pendant que Catherine restait auprès de Thérèse, Etienne courut avertir Robert de ce qui se passait, lui recommandant de se rendre à Vitry au plus vite; puis il revint prendre la place de sa sœur, qui y partit de son côté. Le malheur fut que, vu la difficulté de trouver une autre monture à cette heure, et pour ne pas perdre de temps, Etienne laissa à Robert, pour faire la route, le même cheval avec lequel il fournit le dernier relai ventre à terre.

La pauvre bête était fourbue et butait à chaque pas. Damiens, en la poussant de la voix et de l'éperon, la conduisit une lieue après Paris... Mais, là, elle tomba si malheureusement qu'elle se cassa la jambe. Force était de faire le reste du chemin à pied : Damiens courut de toutes ses forces.,. Il eut beau s'essouffler; il n'arriva pas à temps.

... La Guio! et Girard descendaient la jeune fille par l'échelle.

— Vite! vint dire Doucereux à mi-voix. Un cavalier courant à bride abattue est signalé sur la route!

— Eh! nous ne pouvons pas la casser non plus... Arrêtez le cavalier.

— Soit: mais vous savez que nous ne devons pas faire de bruit.

— Diable d'homme, avec ses précautions! Eh! nous filons!... Girard s'interrompit... Son regard devint fixe: des yeux, plus que du doigt, il

montra Catherine qui, sautée de cheval à quelques pas, venait d'arriver bondissant comme une lionne... Use fit un silence : on attendait quelque chose de tragique. Catherine n'avançait plus... Elle regardait d'un oeil vitreux sa fille toute blanche sous la lune, et qu'on descendait comme une morte. Elle la vit dans les mains de cet homme et de cette femme: elle crut à un crime; elle ouvrit la bouche pour un cri terrible... Aucun son n'en sortit. Livide, elle chancela... Elle allait tomber : Doucereux la soutint.

— Achevez-la ! ordonna Girard en passant. Un instant après, le roulement d'une voiture sur la route annonçait le départ,

pour Versailles, des ravisseurs et de leur proie.

— Le cheval me sera très commode pour retourner, songeait Doucereux. En même temps, il tirait de sa poche un lourd couteau de paysan. L" ex-directeur

du Lazaret était déguisé en maraîcher. 11 avait poussé l'exactitude jusqu'à remplacer le poignard par un couteau. 11 l'ouvrit donc et s'assura que personne ne pouvait le voir, — c'était un homme prudent que l'ex-directeur du Lazaret, — sur quoi, il se disposait à le lui plonger dans le cœur d'un coup brusque, quand, en la regardant, il eut un mouvemeut de stupeur... Catherine était restée la bouche béante, les yeux tout grands ouverts, fixes et vitreux; tout son corps était raide, glacé...

— Ah!çà, songea-t-il, est-ce que cette dernière émotion, survenant après tant d'autres?... Il n'y aurait rien là d'extraordinaire... Pour ma part, je préférerais de beaucoup cette solution ; j'ai horreur du sang... Ah! le sang! Pouah!...

Eu même temps, il se penchait et lui mettait l'oreille sur le cœur... Le cœur avait cesse de battre.

— Elle est morte! lit-il tout haut.

— Ah! misérable) dit une voix derrière lui; c'est vous qui l'avez tuée!

— Moil L'homme qui venait de parler était Damiens. Doucereux, qui l'avait vu autrefois

au Lazaret, qui l'avait revu depuis, le reconnut du coup : du même regard il constata plusieurs choses, d'abord que Damiens, lui, ne le reconnaissait pas sous ce déguisement, tourné qu'il était dans l'ombre; puis, et surtout que le protégé de Girard sem- ^v

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blait pris, en face du cadavre de Catherine, d'une émotion pas ordinaire. En effet, Robert était horriblement troublé : sa voix avait vibré de plus de douleur encore que de colère. Il était écrasé à la lettre et regardait la recluse, si maigre, si changée, de l'œil dont un amant couverait sa .maîtresse morte.

— Tiens! tiens! se dit tout bas Doucereux. Et il ajouta tout haut, sans cesser de l'examiner :

— Moi? mais, mon pauvre ami, j'en suis suffoqué tout comme vous.

— Comment? murmura Damiens. surpris, à travers son désespoir, de cet accent campagnard.

— Dame! j'venons d'sorti d'cheu nous, là dret à côté, au bruit... J'ons vu parti des gens qui couraient, qui couraient, emportant une petite qui m'a fait l'effet de la gamine de là...

— Et?...

— Et... au moment où j'songeais ; qu'est-ce que c'est encore que ça? Vla-t'y pas que c'te femme me tombe raide pâmée dans les bras!...

Robert se tut; puis, au bout d'un instant, il murmura :

— Catherine! ma pauvre Catherine!...

Et des larmes coulaient sur ses joues.

— Ah! çà, reprit le paysan, vous allez dire que je suis ben curieux... Est-ce que j'aurais fait une bêtise? Nous ne connaissions point ici les père et mère de l'enfant? Ça serait-y c'te femme-là, la mère?

— Oui ! fit Robert d'un signe de tète.

— Et vous le père, peut-être ben?

— Non...

— Ah! excusez-moi... Eh ben! la pauvre femme, il vaut mieux pour elle d'être morte comme la vlà que non pas de savoir sa fille entre les mains du Roi...

Robert releva la tête.

— Vous dites?

— Je dis : « Entre les mains du Roi... »

— Qui vous fait croire?

— C'est que ce qui m'a tiré de mon lit, c'est une bousculade, entre la mère et les exempts sans doute, comme ça se voit quotidiennement. Et eux criaient : Service du Roi!...

— Le Roi ! murmura Damiens.

— Eh! oui, pardi! qui va faire de c'te jeunesse... ce que vous savez...

— Non!

— Plaît-il? Vous dites?

— Je dis : Non !

Et, mettant un long baiser sur la main de la morte, Robert s'élança hors du

jardin et se mit à courir comme un fou du côté de Paris.

— Allons! se disait Doucereux, j'aurai fait d'une pierre deux coups! Sur quoi, ayant remis dans sa poche le couteau inutile qu'il tenait plié dans sa

main, il appuya le cadavre contre la haie, vérifia une fois de plus que les maisons voisines n'avaient rien surpris de cette tragédie, et filant le long d'une palissade, disparut à travers les champs, tour à tour clairs ou sombres sous la lune.

SIXÈME PARTIE

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