‹ Les débris de la guerreChapitre 12 sur 42 · POUR SAUVER QUATRE VILLES · texte numérisé non relu

POUR SAUVER QUATRE VILLES

Bruges l'une des trois souveraines du monde occidental, l'un des foyers les plus ardents de l'industrie et de l'activité humaines et le berceau des grandes libertés. Telle qu'elle était hier, — hélas! je n'ose plus dire telle qu'elle est aujourd'hui, — cette place, avec la masse énorme mais indiciblement harmonieuse de ces halles à la fois puissantes et élégantes, sombres, farouches, fières et pourtant cordiales, demeurait l'un des plus parfaits» des plus merveilleux paysages urbains que l'on pût voir sur notre vieille terre. Dans un autre ordre, avec d'autres éléments et sous des cieux plus austères, elle méritait d'être aussi précieuse aux hommes, aussi sacrée et aussi intangible que la place Saint-Marc de Venise, la Seigneurie de Florence ou la place du Dôme de Pise. Elle formait un objet d'art unique, irréprochable, qui arrachait un cri d'admiration aux plus indifférents, un ornement qu'on espérait impérissable, une de ces

•choses de beauté qui, comme le dit le poète anglais, « so^t une joie pour toujours »...

Je ne puis croire qu'elle ne soit plus; et •cependant, dans cette horrible guerre, il faut tout croire, surtout le pire. Maintenant, fatalement, inévitablement, viendra le tour de Bruges, puis le flot des barbares repassera sur Oand, sur Anvers, sur Bruxelles; et du coup disparaîtra l'un des coins de ce monde où •s'étaient accumulés le plus de souvenirs, le plus de substance historique et le plus de beautés. Nous avons fait ce que nous avons pu pour le défendre, nous ne pouvons plus rien. Les armées les plus héroïques sont impuissantes à empêcher les bandits qu'elles refoulent de massacrer les femmes, et les enfants et de détruire méthodiquement et inutilement tout ce qu'ils trouvent

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