Fig.iro, 7 mai
et nous n'avons qu'à attendre patiemment, l'arme à la main, les derniers soubresauts qui précèdent la fin. L'événement historique, le plus grand, sans nul doute, depuis que l'homme a une histoire, est donc accompli; et, chose étrange, il semble bien qu'il se soit accompli en dépit de l'histoire, Contre ses lois et au rebours de ses volontés. Il est. je le sais, assez téméraire déparier de ces choses et il convient de se montrer très circonspect dans ces spéculations qui dépassent ce que l'entendement humain peut embrasser; mais à considérer ce que nous' ont appris les annales de cette terre, il paraissait écrit, là où s'écrivent les destinées des mondes, que l'Allemagne devait vaincre. Ce n'est pas seulement, comme on le croit trop volontiers, au premier abord, la mégalomanie d'un autocrate qu'enivrait une vanité grossière d'histrion dénué d'intelligence; ce n'est pas les caprices belliqueux, l'infatuation et l'égoïsme
aveugles d'une caste féodale; ce n'est même pas l'envie et l'avidité impatientes et systématiquement attisées d'une race trop prolifique, à l'étroit sur un territoire attristant et ingrat, qui déchaînèrent l'abominable guerre. Tout cela, causes fortuites ou adventices, ne détermina que l'heure de la décision ; mais la décision même était prise et écrite, probablement depuis des siècles, en d'autres sphères que n'atteignent point les volontés conscientes de l'homme et où régnent, sur des temps et des masses sans limites, d'énormes lois obscures. Toute la ligne, toute l'immense courbe de l'histoire, pour quiconque a essayé de lire ses hiéroglyphes terribles et sacrés, montrait que le jour d'un événement nouveau, redoutable et inéluctable, était proche. Les théories échafaudées sur ce point depuis une soixantaine d'annés par les savants allemands, notamment par Giesebrecht, l'historien des Othon et' des
Hcfaenstaufen, et par Treitschke, l'historien des Hohenzollern, n'emportent pas nécessairement conviction, mais sont impressionnantes; et l'œuvre de ces deux écrivains, que nous ne connaissons pas assez, eut en Allemagne, surtout celle de Treitschke, une influence qui pénétra jusqu'au fond de toutes les consciences et dépasse de beaucoup celle de Nietzsche que nous croyions prépondérante. Mais gardons pour l'instant le silence surtout ce qui appartient à un passé trop lointain dont l'étude exigerait un espace dont nous ne disposons pas. N'interrogeons pas l'Empire des Othon, des Hchenstaufen, des Habsbourg, où l'Allemagne, du moins en tant que nation et que race, ne joua qu'un rôle secondaire et ne prit pas conscience d'elle-même. Voyons ce qui se passe plus près de nous et pour ainsi dire^ sous nos yeux.
Il y a une centaine d'années, avec Napoléon, la France eut son heure d'bégémonie qu'elle ne put prolonger parce que cette hégémonie était plutôt l'œuvre d'un génie prodigieux mais accidentel, que le fruit d'une puissance intrinsèque et réelle. Ensuite vint le tour de l'Angleterre qui possède aujourd'hui le plus vaste empire que le globe ait connu depuis Rome, c'est-à-dire plus du cinquième de la terre habitable. Mais cet immense empire, non plus que celui de Napoléon, ne repose sur une force incontestable, puisqu'il n'était défendu jusqu'à ce jour que par une armée moins nombreuse et moins bien équipée que celle d'un petit peuple, appelant ainsi, presque inévitablement, une guerre, comme le faisait remarquer l'an dernier J.-H. Cramb, dans un livre prophétique :
Germany and England, qui vient d'avoir, en Angleterre, un grand retentissement et qui mériterait l'honneur d'une traduction française.
Il semblait donc qu'entre ces deux puissances plus illusoires que réelles, en attendant l'arrivée de la Russie dont l'heure n'était pas sonnée, dans cet hiatus de l'histoire, entre une nation sur son déclin, ou qui du moins paraissait incapable de se défendre; et une nation trop jeune, encore* incapable d'attaquer, le Destin offrait une place magnifique à qui voulait la prendre. C'est ce que sentit l'Allemagne, instinctivement d'abord et poussée par toutes les forces mal débrouillées qui mènent l'humanité; puis, dans ces dernières années, avec une conscience de plus en plus lucide et acharnée. Elle comprit que son tour était venu de régner sur la terre, qu'il lui fallait courir sa chance et saisir l'occasion qui ne se présente qu'une fois. Elle
se mit en mesure de répondre à l'appel du Destin; et soutenue par les aides mystérieuses qu'il prête à ceux qu'il convoque, elle y répondit, il faut le reconnaître, de façon étonnante et formidable. Il s'en fallut de rien qu'elle ne réussît. Une résistance un peu moins longue et un peu moins courageuse de la Belgique, un mouvement suspect de l'Italie, une fausse manœuvre sur les bords de la Marne, et Paris succombait; la France, submergée, se débattait héroïquement jusqu'à son dernier souffle; la Russie, accablée mais lassant la victoire, finissait par s'entendre avec un vainqueur impuissant; bon gré, mal gré, les neutres se joignaient au plus fort; l'Angleterre, isolée, cédait ses colonies pour panser les blessures de son île envahiei des paix séparées et honteuses rom^paient le faisceau de la justice, et l'Allemagne féroce, monstrueuse, implacable, se dressait enfin seule sur les décombres de l'Europe.
Or il semble que nous ayons ployé l'inflexible décret. Il semble que nous ayons arrêté le destin qui allait s'accomplir. Il pesait sur nous de tout le poids des siècles, de tout le poids de toutes les volontés informes mais irrésistibles du passé et peut-être de l'avenir. Sous l'effort le plus grand que l'humanité ait jamais opposé aux dieux ignorés qui la mènent, on peut croire qu'il rebrousse chemin et que nous l'avons refoulé dans l'antre maléfique où jamais force , humaine ne l'avait obligé de cacher sa fl| défaite.
Je dis : « il semble », « on peut croire ». C'est que l'épreuve n'est pas finie. Même le jour où la guerre se trouvera terminée et la victoire dans nos mains, le destin ne sera paa
vaincu. Il est arrivé, — rarement, il est vrai, — mais enfin il est arrivé deux ou trois fois qu'un peuple ait comme nous fait dévier ou reculer le cours de la fatajité. Il s'en félicitait, comme déjà nous croyons avoir le droit de nous féliciter à notre tour. Mais l'événement ne tarda pas à lui apprendre qu'il s'était félicité trop tôt. La fatalité, c'est-à-dire l'énorme amas de causes et d'effets que nous ne comprenons point, n'était pas maîtrisée; elle n'était qu'en suspens. Elle attendait sa revanche et son jour, ou du moins ce qu'on appelle son jour, qui peut s'étendre à cent années quand il s'agit des peuples, car la fatalité ne compute pas à la façon des hommes, mais comme le font les grands mouvements de la nature. Il importe à présent de savoir s'il nous appartiendra d'éviter cette revanche et ce jour. Si les hommes et les peuples n'obéissaient qu'à la raison, si après avoir été tant de fois maîtres absolus de leur
bonheur et de leur avenir, ils n'avaient tant de fois anéanti ce qu'ils venaient de conquérir, on pourrait, on devrait dire que cela ne dépend que de nous. En effet, les trois quarts de la chance sont courus, le dernier quart est en notre pouvoir; nous n'avons qu'à l'y retenir. Presque tout ce qui appartenait aux hasards des combats nous appartient enfin, et la guerre terminée, notre sagesse et notre volonté se trouveront seules en face d'un destin qui désormais ne pourra plus agir que s'il parvient à les aveugler ou les pervertir. Voilà l'heure ou tout ce qui se cache sous ce mot mystérieux nous attend pour savoir qui de nous ou de lui l'emportera. C'est après la victoire qu'il faudra vraiment vaincre; c'est à l'heure de la paix que commencera la véritable guerre contre un adve^ saire invisible, cent fois plus dangereux qt celui que nous avons trop vu. Si, à ceti heure-là, nous ne profitons pas de tous ne
I avantages, si nous ne détruisons pas à tout I jamais, jusqu'en ses dernières racines, la I puissance militaire d'un ennemi qui est l'ami I secret des mauvaises volontés de la terre, si [|i dès à présent, par un pacte irrévocable, nous (ï ne nous premuni,-:sons point contre notre H pitié, notre générosité, notre faiblesse, nos I imprudences, nos discordes et nos rivalités I futures, si nous laissons à la bête aux abois ^1 une seule issue, si nous lui accordons par È; négligence un seul espoir, une seule occasion \ de remonter à la surface et de reprendre haleine, la fatalité attentive qui n'a qu'une idée fixe, redressera sa route et poursuivra sa marche en entraînant l'histoire et en se moquant, pir-desjas son épaule, de l'homme une foi3 de plus joué et déconfit. Tout ce que nous avons fait et souffert; nos ruines, nos sacrifices, nos tortures sans nom comme nos morts sans nombre, n'auront de rien servi et seront perdus sans retour. Tout ne sera pas à
recommencer, car rien ne recommence et les hasards heureux ne passent pas deux fois, mais tout, sauf notre malheur et toutes ses conséquences, sera comme s'il n'avait jamais ^té.
Il s'agira donc de tenir tête à l'ennemi ■qu'on ne voit pas et di le maîtriser jusqu'à ce que le tour ou la chance de la race maudite soit passé. Combien de temps? — Nous n'en savons rien; mais dans l'histoire d'aujourd'hui qui se précipite, il est probable que cette attente et cette lutte seront beaucoup moins longues qu'elles ne l'eussent autrefois été. Est-il possible que la fatalité, c'est-à-dire ce qui fut peut-être un instant l'inavouable désir de la planète, ne reprenne pas le dessus? — Au point où en est l'homme, je l'espère, je le crois. Il ne l'avait pas encore vaincue
jusqu'ici; mais il ne s'était pas encore élevé à la hauteur où il se trouve en ce moment. Il n'y a pas de raison pour que ce qui n'était pas arrivé n'arrive pas un jour; et tout semble nous dire que l'homme touche à ce jour où saisissant la plus magnifique occasion qui se soit offerte depuis qu'il aconscicnce, il apprendra' enfin qu'il peut, quand il le veut, tenir entre ses mains tout son sort en ce monde.^
Quelques jours" avant que l'Italie eût pris sa grande résolution, on pouvait lire dans l'un des principaux organes pangermanistes d'outre-Rhin, les lignes que voici :
« Nous avons déjà dit qu'il ne fallait pas être trop optimiste au sujet de la décision de l'Italie; de fait, la situation est très grave. Si des considérations modérées gouvernaient seulement les intentions, la voie qu'elle choisirait serait peu douteuse, mais nous savons à quelle hauteur le flot germanophobe a atteint ce pays; une marque significative de ce sentiment populaire est la déclaration faite
i. Préface du livre de M. Jules Destrée : En IlalU.
par les socialistes italiens qu'ils sont impuissants à s'opposer à la guerre. Le danger vient également de ce que le gouvernement ne se sent plus maître du courant populaire. »
Ces lignes résument tout le drame de l'intervention italienne et l'expliquent mieux que ne le sauraient faire les plus longs et les plus savants commentaires.
Le gouvernement italien, retenu par une sagesse et une prudence politiques, peut-être excessives mais très défendables, ne voulait pas la guerre. Jusqu'aux dernières limites de la patience et de ce que put supporter sa dignité et le sentiment de sa propre sécurité, il fit tout pour épargner à son peuple le plus grand des fléaux qui puisse s'abattre sur un coin de terre. Il résista jusqu'au moment où il fut littéralement submergé et emporté par le flot germanophobe dont parle l'entrefilet que je viens de citer. J'ai vu monter ce flot. Lorsque je vins à Milan, vers la fin de no-
EN ITALIE lOÎ
vembre de l'année dernière, pour y prononcer quelques phrases dans une fête de charité organisée au profit des réfugiés belges, la haine de l'Allemand s'accumulait déjà dans les cœurs, mais ne se répandait pas encore à la surface. Elle éclatait par endroits, mais craintive, circonspecte, incertaine; on sentait qu'elle couvait et sévissait au plus profond des âmes, mais elle semblait se tâter, se compter et prenait péniblement conscience. Quand je revins en Italie, dans le courant du mois de mars, je fus émerveillé de voir à quelle hauteur inespérée avait rapidement monté le flot envahisseur. La haine saine, la haine nécessaire, qui n'est ici que l'envers d'un magnifique amour de la justice et de l'humanité, avait tout inondé. Elle s'étalait au grand soleil, elle frissonnait, elle frémis sait au moindre appel, heureuse et fière de s'affirmer, de se manifester avec la belle efc tumultueuse ostentation méridionale; et
c'était à présent le « neutraliste » qui se cachait comme un insecte inavouable. L'espèce en avait à peu près disparu, anéantie par le grand souffle qui s'élevait de toutes parts. Les Allemands se terraient, on ne sait où; et dès lors il devenait certain que la guerre était inévitable et imminente.
En l'espace de trois mois, s'était fait un immense travail. Il est, pour l'instant, impossible de peser et d'évaluer la part de chacun de ■ceux qui l'accomplirent. Mais, dès à présent, on peut dire que dans ce pays que gouverne avant tout l'opinion et qui plus que nul autre a dans le sang les traditions et les habitudes •du Forum et des vieilles républiques, c'est surtout la parole qui transforma les cœurs et -décida l'action.
A ce point de vue, l'admirable campagne d'agitation et de propagande qu'y menèrent deux députés belges, Jules Destrée, et Georges Lorand, eut une importance et des
conséquences qu'on ne saurait comparer à rien de ce qui s'y fit avant l'arrivée de d'Annunzio et dont il est difficile de se rendre compte si l'on n'a pas assisté à l'une ou l'autre de ces conférences où, durant plus de six mois, infatigablement, de ville en ville, depuis les plus petites jusqu'aux plus populeuses, ils poussèrent le cri de détresse de la Belgique martyrisée, dévoilant les mensonges, la félonie, les monstruosités et les dévastations de la horde barbare, et faisant retentir avec une éloquence souveraine, la grande voix de la justice méconnue et du droit bafoué, v
J'ai entendu plus d'une foisJulesDestréeet j'ai pu juger par moi-même de l'action prestigieuse, — le mot n'est pas trop fort. — qu'il exerçait sur les foules italiennes. C'étaient de beaux spectacles que je n'oublierai pas et où j'ai entrevu tout ce qu'il y a de mystérieux, d'incantatoire et de surnaturel dans la véritable éloquence.
Il s'avançait, l'air las, accablé, affaissé. La foule, comme toutes les foules en attendant leur maître, se tassait à ses pîeds, silencieusement bruissante, indécise, amorphe, ne sachant pas encore ce qu'elle allait vouloir. Il commençait d'une voix éteinte, lente, presque hésitante, paraissant chercher péniblement ses idées et ses expressions, mais tâtant en réalité les points sensibles, les points magnétiques de l'être énorme et inconnu dont il fallait atteindre l'âme. Au début, il était évident qu'il ne savait pas au juste ce qu'il allait dire. Il promenait ses mots sur l'assemblée, comme des antennes. Ils lui revenaient chargés de fluides, de sympathies, de forces et de renseignements précis. Alors le débit s'accélérait, le corps se redressait, grandissait et s'élargissait. La voix s'amplifiait, énorme, prenante ou sarcastique, bouleversant comme un orage toutes les pensées des auditeurs, s' écrasant aux parois des édifices les plus
vastes, débordant par les fenêtres et les portes et allant attiser jusqu'au bout des rues houleuses, les ardeurs et les haines dont frémissait la salle. Le masque fauve, brutal, ravagé, tout creusé d'ombre et tout balafré de lumière, d'une magnifique et puissante laideur, devenait le masque même et le visible symbole des passions furieuses et généreuses de la foule. En ces moments il méritait vraiment le nom que j'entendais murmurer autour de moi et que les Italiens lui donnaient avec une sorte de crainte et de jioie désarmées devant une force irrésistible : il était « l'Orateur formidable »
Mais toute cette puissance qui semblait aveuglément déchaînée était, au fond, très avisée, très subtile et merveilleusement disciplinée. Il fallait en effet une extrême prudence dans le maniement de ces ioules exaltées mais ombrageuses; et tel orateur français, dont je ne veux pas citer le nom, qui
tenta la même aventure, l'apprit à ses dépens. L'Italien est généreux, courtois, hospitalier, exubérant, enthousiaste, mais fier et susceptible. Il n'admet pas facilement qu'on vienne lui dicter sa conduite, lui faire des reproches, lui donner des conseils. Il a conscience de sa valeur, il sait qu'il est l'aîné de notj^e civilisation et que nul n'a le droit de le prendre en tutelle. Il faut donc, sous les dehors de l'éloquence la plus fougueuse et la plus débridée, une parfaite maîtrise de soi, une circonspection et un tact infinis. Il faut souvent se faire entendre à demi-mot, se plier aux circonstances les plus diverses, les plus inattendues et en tirer parti. Je me rappelle, entre autres, une séance à Naples singulièrement épineuse. Le Napolitain, qui n'est guère belliqueux, tenait néanmoins à ne pas se montrer indifférent aux mouvements généreux qui agitaient le reste de l'Italie. Au dernier moment, on nous avait prévenus qu'il
nous était permis de parler de la Belgique et de ses malheurs, mais que toute allusion trop vive à la guerre, toute attaque trop violente contre les bandits d'outre-Rhin, soulèverait des protestations qui pourraient nuire à notre cause. N'étant pas orateur, je n'avais, moi, que mon pauvre discours écrit, qui, nécessairement immuable, devenait dangereux. Il fallait préparer le terrain. Destrée monte à la tribune; et, dans une magistrale improvisation, commence par établir un long, un patient, un savant parallèle entre Tart flamand et l'art italien, entre^les grands peintres de Florence et de Venise et ceux des Flandres ot du Brabant; de là, par une pente insensible, il glisse peu à peu à la détresse actuelle de la Belgique, aux atrocités, aux infamies de ceux qui l'oppriment, à toute l'histoire, à toutes les injustices, à toutes les menaces de cette guerre sans nom. Il est acclamré; les barrières étaient rompues.
110 LES DÉBPdS DE LA GUERRE
A ce qu'il avaifc dity il était inutile d'ajouter quelque chose, mais il était peFmis de tout dire.
Il faut du reste reGonrtôître qu'un magnifique élan, de pitié et d'admiration pour la Belgique soutenait l'orateur et donnait d'avance à tous les mots une portée^ une puis^ sance qu'ils n'avaicni jamais eues. Cette sympathie spontanée et unanime prenait parfois les formes le& plus touchantes, les plus inattendues. Toutes- le& difficulté^ s'aplanissaient magiquement devant noiis; les interdictions les- plus sévères étaient ingénieusement tournées ou hénévolemeni levées. Des villes où nous devions passer, les hôteliers nous télégraphiaient pour solliciter la faveur de nous héberger,, et à l'heure dw* règlement de comptes, il était impossible de faire accepter la moindre rémunérations et tout le personnel., depuia U poFtier majestueux juac qu'aux plus humhles faehini, refusait héroï-
-quemeïat les 'pourboires. Si nous entrions dans «n restaurant et qu'on nous reconnût, les clients se le\-aient, se concertaient, coramandaient wne bouteille <ie qnielque vin fameux; puis l'un d'eux s'avançait et nous demandait gentiment et respectueusement de leur faire l'honneur de vider avec eux une coup 3 à la délivrance de la terre martyre. Une sorte de ferveur discrète et émouvante se lisait dans tous les regards au souvenir de ce que notre patrie avait souffert pour le salut du monde et l'on peut dire que nulle part le sublime sacrifice de la Belgique ne fut plus noblement, plus affectueusement admiré et compris; comme on reconnaîtra quelque jour, quand le temps aura fait son œuvre, que si d'autres motifs préparèrent l'Italie à prendre sur ses épaules le poids terrible d'une~guerre qui n'était pas inévitable, les seules qui réellement et dans le fond des âmes, déchaînèrent sa résolution, furent l'admiration, l'indi-
in
LES DÉBRIS DE LA GUEIiHE
gnation et l'héroïque pitié que lui inspira le spectacle sans cesse ravivé de nos malheurs immérités. Vous ne trouverez pas dans l'histoire plus noble sacrifice pour une plus noble cause.
C'est surtout aux moments où se fait l'histoire, en ces jours où se gravent de grandespages encore inachevées, devant lesquelles pâliront toutes celles qu'on avait écrites, qu'il est salutaire de se tourner vers le passé afin d'y chercher des leçons, des encouragements et des avertissements. A cet égard, l'infatigable et l'implacable guerre qu'Athènessoutint durant vingt-sept ans contre Lacédémone, et dont l'enjeu était l'hégémonie de la Grèce, offre avec celle que nous menons nous-mêmes, plus d'une analogie et des enseignements qui devraient nous faire