Cosmopolilan, New-York, février
diaire d'un objet, avec des choses et des gens inconnus et souvent fort éloignés d'elles ».
L'existence de cette faculté n'est plus sérieusement niée par quiconque s'est occupé quelque peu de métapsychique, et il est facile à qui veut s'en donner la peine, de la constater, car les sujets qui la possèdent, s'ils sont assez rares, ne sont pas inaccessibles. Elle a fait l'objet d'expériences déjà nombreuses et de quelques études, parmi lesquelles je citerai celle de M. Duchatel : Enquête sur des cas de psychométrie, et le récent livre du D^ Osty : Lucidité et Intuition, qui est le travail le plus complet et le plus pénétrant que, jusqu'ici, nous possédions sur la matière.
Voyons maintenant, à l'aide d'un exemple vivant, de quelle façon s'exerce cette fa*
culte, une des plus étranges de notre subconscience et dans laquelle il faudra sans doute chercher la clef de bien des manifestations qui semblent provenir d'un autre monde.
On donne à Mme X...*, l'un des meilleurs médiums de cette catégorie, un objet quelconque ayant appartenu ou ayant été touché et manié par la personne au sujet de laquelle on désire l'interroger. Mme X..., quand elle opère, est. en état d'hypnose; mais il est d'autres psychomètres notoires qui gardent toute leur conscience normale, de sorte que l'hypnose ou l'état somnambulique n'est, en général, nullement indispensable à l'éveil de cette lucidité extraordinaire.
Quand on a mis l'objet entre les main? du médium, — en pratique c'est le plus souvent une lettre, ~ on lui dit : « Mettez-vous en
i. Cette étude n'étant pas une « réclame », je ne donnerai le nom d'aucun médium et m'interdis d'avance de répondre à toute lettre qui me serî.it adressée à ce sujet.
communication avec la personne qui a écrit cette lettre ou à qui appartient cet objet ».
Aussitôt le médium voit non seulement la personne en question, son aspect physique, son caractère, ses habitudes, ses préoccupations, son état de santé; mais encore, dans une série de tableaux rapides et changeants qui se succèdent comme les images du cinématographe, aperçoit et décrit avec précision, les lieux qui avoisinent cette personne, le paysage qui l'entoure, l'appartement qu'elle occupe, les gens avec lesquels elle vit et qui lui veulent du bien ou du mal, la psychologie et les intentions les plus secrètes et les plus inattendues de tous les comparses de son existence. Si, par vos questions, vous le dirigez vers le passé, il remonte tout le cours de l'histoire du sujet. Si vous l'orientez vers l'avenir, il semble fréquemment le découvrir avec la même assurance. Mais ici, il faut faire des réserves. On entre dans les régions dé-
fendues, les erreurs sont presque constantes et le contrôle à peu près impossible. Il est donc préférable de ne pas se hasarder dans ces parages dangereux. En attendant que la , question soit mieux étudiée, on peut affirmer que la prédiction de l'avenir, quand elle prétend embrasser un certain espace de
temps, est presque toujours illusoire. Elle ne voit guère juste que lorsqu'il s'agit d'événements très prochains, déjà en formation ou en voie d'exécution et se confond alors avec les pressentiments qui, eux aussi, ne sont exacts qu'à très brève échéance. En résumé, dans l'état présent de notre expérience, on constate que ce que nous prédisent les psychomètres ou les voyants n'a une certaine valeur et quelque chance d'être vrai, qu'autant qu'ils traduisent nos propres pressentiments, pressentiments qui peuvent du reste nous être entièrement inconnus, et qu'ils vont découvrir au fond de notre sub-
conscience. Ils se bornent, quand ils sont réellement doués, à éclairer et à nous révéler notre intuition inconsciente et personnelle d'un événement qui pend sur nous. Mais <ïuand ils se hasardent à prédire un événement général, par exemple l'issue d'une guerre, une épidémie, un tremblement de terre, qui ne nous intéresse pas exclusivement, ou qui est trop lointain pour se trouver dans le champ assez limité de notre intuition, ils se trompent et nous trompent presque toujours.
Quant à la nature de cette intuition, il est fort difficile de la pénétrer. S'agit-il d'événements en cours ou déjà réalisés, mais encore latents et perçus avant que leur connaissance nous parvienne par les voies normales des sens ou de l'intelligence? Notre instinct de
conservation, toujours en éveil, remarque-t-il des causes ou des indices qui échappent à notre raison toujours inattentive et endormie? Faut-il croire à une sorte d'autosuggestion qui nous incite à réaliser les choses qu'on nous a prédites ou que nous pressentons? Ce n'est pas le lieu d'examiner ce problème trop complexe, qui touche à toutes les énigmes de la subconscience et de la préexistence de l'avenir.
Reste un autre point sur lequel il est bon d'appeler l'attention afin de prévenir les malentendus et les déconvenues. L'expérience montre que le médium voit nettement la personne au sujet de laquelle on l'interroge, dans son état présent et habituel, mais non pas nécessairement et exactement dans l'état accidentel du moment. Il vous dira, par exemple, j'aperçois la personne en question, légèrement souffrante et étendue sur une chaise longue, dans un jardin disposé de
telle façon, parmi telles fleurs et jouant avec un chien de telle taille et de telle race. Après enquête, on reconnaîtra que tous ces détails sont rigoureusement conformes à la vérité, à cela près qu'à cet instant précis, cette personne qui, d'ordinaire, se tient dans ce jardin, se trouvait dans la maison ou en visite chez un voisin. Il y a do,nc assez souvent erreur sur le temps et assez rarement simultanéité entre l'acte et la vision. En un mot, l'acte habituel masque fréquempient l'acte accidentel. C'est, j'y insiste, un point qu'il ne faut pas perdre de vue, afin de ne pas demander à la psychométrie ce qu'il est entendu qu'elle ne peut nous donner.
Cela" dit, dans les angoisses que sème de tous côtés l'épouvantable guerre, est-U
permis, sans profaner la douleur, de donner à ceux ou à celles qu'inquiète jusqu'à la mort le sort d'un être aimé, l'espoir qu'ils puissent trouver, parmi ces étranges phénomènes d'outre-moi, que tant de mensonges ont injustement ravalés, une lueur ou un réconfort qui ne soit pas dérisoire ou fallacieux? J'ose affirmer, — et je ne réponds pas à la légère, mais après avoir étudié le problème avec toute l'attention qu'il exige et avoir fait personnellement ou avoir fait faire sous mon contrôle maintes expériences, — j'ose affirmer, sans perdre un instant de vue le respect que nous devons aux larmes, qu'il y a là, dans les cas sans issue où toutes communications normales sont impossibles, une source bizarre mais réelle et sérieuse d'information et de consolation. Je pourrais citer un grand nombre d'épreuves qui eurent lieu pour ainsi dire sous mes yeux et parmi des proches ou des amis absolument sûrs. L'es-
pace m'étant mesuré, je n'en rapporterai (ju'une qui représente et résume suffisamment toutes les autres. Une mère avait trois fils sur le front. Elle recevait des deux aînés des nouvelles assez régulières; mais depuis plusieurs semaines, le plus jeune, qui se trouvait dans les tranchées, en Belgique, où de violents combats avaient eu lieu, ne donnait plus signe de vie. Affolée, elle le pleurait déjà, quand on lui conseilla de consulter Mme X... Le médium la rassura çlès les premiers mots: lui dit qu'elle voyait son fils blessé, mais nullement en danger, qu'il se trouvait dans une sorte de hangar transformé en ambulance et très bien soigné par des gens qui ne parlaient pas sa langue; que, pour l'instant, il lui était impossible d'écrire, ce qui le tourmentait énormément; mais que dans quelques jours elle recevrait une lettre de sa main. En effet, quelques jours plus tard, la mère eut une carte de ce
fils, un peu sèche, un peu brève et d'une écriture un peu tourmentée, disant que tout allait bien et qu'il était en bonne santé. Soulagée, elle n'en demanda pas davantage, se dit simplement que la voyante, comme toutes les voyantes, s'était naturellement trompée et n'y pensa plus. Mais deux ou troi» petits mots qui suivirent le premier, toujours aussi' secs, aussi guindés, comme des mots qui cachent quelque chose, finirent par l'inquiéter, si bien que, n'y tenant plus, elle pria instamment son fils de lui dire toute la vérité, quelle qu'elle fût. Il lui avoua alors qu'il était blessé, mais non grièvement, qu'il se trouvait dans une sorte de hangar transformé en ambulance et fort bien soigné par des médecins et des infirmiers anglais; tel, en ua mot, que l'avait vu le médium.
Je le répète, ce fait n'a rien d'extraordinaire dans l'expérience médiumnique, et serait sans valeur s'il était isolé, car de sim-
pies coïncidences pourraient fort bien l'expliquer. Mais il fait partie d'une série très normale; et j'en pourrais citer plusieurs autres dont j'ai eu personnellement connaissance. Ils ne feraient d'ailleurs que répéter, avec des variantes sans intérêt, les traits essentiels de celui-ci, et ne se trouveraient à leur place que dans une étude technique.
La réussite est donc à peu près certaine? Oui, si surprenante et téméraire que paraisse l'assertion, les mécomptes sont en somme assez rares, à condition que le médium soit bien choisi et que l'objet qui sert d'intermédiaire n'ait pas passé par un trop grand nombre de mains; car il recèlera et révélera autant de personnalités distinctes qu'il aura subi de contacts. Il stra donc nécessaire d'éli-
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miner d'abord et successivement toutes ces personnalités accessoires, pour n'arrêter l'attention du médium que sur le sujet de la consultation. Il faudra, d'autre part, se gardei d'exiger des précisions que la nature de sa vision ne lui permet pas de donner. S'il s'agit, par exemple, d'un soldat prisonnier en Allemagne, le médium verra très nettement le soldat en question, son état de santé, son état d'esprit, la mranière dont il est traité, ses compagnons, les baraquements ou la la forteresse où il est interné, l'aspect du camp, de la ville, du pays d'alentour; mais il lui sera presque toujours impossible de dire le nom de ce camp, de cette ville ou de ce pays. En efîet, il ne'peut décrire que ce qu'il aperçoit, et à moins que cette ville ou ce camp ne soit surmonté d'un écriteau qui porte son nom, il n'y trouvera rien qui lui permette de l'identifier avec une rigueur suffisante. Ajoutons enfin, qu'avec les médiums
en état d'hypnose, comme ils n*ont pas conscience de ce qu'ils disent, on s'expose à des coups terribles. S'ils voient la mort, ils l'annoncent brutalement, sans se douter qu'ils ont devant eux une mère, une femme, une sœur foudroyée; si bien, qu'en ce qui concerne Mme X..., notamment, pour prévenir de tels coups, on a dû prendre certaines précautions.
Quelle est donc la nature de cette faculté bizarre €t incroyable? Dans l'étude dont j'ai parlé au début de cet article, j'ai tenté d'examiner les diverses hypothèses qui se présentent. Il est malheureusement impossible de reproduire ici, même en la résumant impitoyablement, cette discussion infiniment trop longue. Je n'en donnerai que les conclusions abrégées, ou plutôt, les essais de conclusions, car l'énigme, comme la plupart
des énigmes que nous offre ce monde, est probablement sans fond. Après avoir écarté la théorie spirite qui exige l'intervention des morts ou des désincarnés et n'est pas aussi ridicule que le pense le profane, mais que rien jusqu'ici n'est venu confirmer de façon suffisante, il y a lieu de se demander tout d'abord si cette faculté se trouve en nous ou dans le médium. Déchiffre-t-il simplement, comme il fait probablement quand il s'agit de l'avenir, les notions, les connaissances ou les certitudes latentes que nous portons en nous; ou bien est-ce lui seul, par lui-même et indépendamment de nous, qui aperçoit ce qu'il nous révèle? L'expérience semble prouver qu'il faut adopter la dernière hypothèse, car la vision se produit avec une égale netteté quand l'objet révélateur est apporté par un tiers qui ignore tout et n'a jamais entendu parler de la personne à qui l'objet avait appartenu. Il paraît dès lors à peu près cer-
taiçL que l'étrange vertu se trouve réellement dans l'objet en quelque sorte galvanisé par une vertu complémentaire du médium. Il faudrait donc supposer que cet objet, ayant absorbé comme une éponge, une partie de l'âme de celui qui le toucha, reste en communication constante avec celle-ci; ou, plus vraisemblablement, qu'il sert à dépister parmi la foule prodigieuse des êtres, celui qui l'imprégna de son fluide, à peu près comme le chien policier (du moins on l'affirme), à qui on a fait flairer un vêtement, peut démêler, parmi d'innombrables pistes qui s'entrecroisent, celle de l'homme qui porta ce vêtement. Il semble de plus en plus certain qu'étant les cellules d'un immense organisme, nous sommes reliés à tout ce qui existe par un inextricable roseau d'ondes, de vibrations, d'influences, de courants, de fluides sans nom, sans nombre et ininterrompus. Presque toujours, chez presque tous les hommes, 1
tout ce qu'apportent ces fils invisibles tombe dans les ténèbres de l'inconscience et passe inaperçu, ce qui ne veut pas dire qu'il y demeure inactif. Mais, parfois, une circonstance exceptionnelle, comme dans le cas présent la merveilleuse sensibilité d'un médium de premier ordre, nous révèle brusquement, par les vibrations et l'action irrécusable d'un de ses fils, l'existence du réseau vivant et infini. Tout cela, j'en conviens, est assez incroyable, mais au fond, ne l'est guère davantage que les phénomènes de la radio-activité, des ondes hertziennes, de la photographie, de Télectricité, de l'hypnotisme, du sens de Torientation chez certains animaux, de la génération qui condense en une particule infinitésimale tout le passé et l'avenir, physique, moral et intellectuel de milliers d'êtres. Notre vie se réduirait à bien peu de chose si nous en écartions de parti pris tout ce que aotre intelligence ne peut pas embrasser»
A la fin d'une étude sur La Connaissance de l'avenir, qui fait également partie du volume dont je viens de parler, et où j'examine un certain nombre de phénomènes relatifs à la perception anticipée des événements: pressentiments, prémonitions, précognitions, prédictions, etc., je conclus à peu près en ces termes : « En résumé, s'il nous est difficile de
)ncevoir que l'avenir préexiste, peut-être
)us est-il tout aussi difficile de comprendre [u'il ne préexiste point; outre que certains
its tendent à prouver qu'il est aussi réel, liussi définitif, qu'il a, dans le temps ou l'éternité, autant de fixité, autant de relief que I3