Figaro, I" avril
passé. Or dès qu'il préexiste, il n'est pas surprenant que nous le puissions connaître; il e^t même étonnant, étant donné qu'il pend sur nous de toutes parts, que nous ne le découvrions pas plus souvent et plus facilement. »
Il est surtout étonnant et à peu près inconcevable que cette guerre universelle, la plus énorme catastrophe qui ait bouleversé l'hu- • manité depuis ses origines, tandis qu'elle approchait en portant dans ses flancs d'innombrables malheurs qui allaient nous atteindre presque sans exceptions, n'ait pas projeté plus nettement sur nous, du fond des jours où elle se préparait, son ombre menaçante. Il semble qu'elle aurait dû encombrer, tout l'horizon de l'avenir comme elle encom- ', brera tout l'horizon du passé. Un secret d'un tel poids, en suspens dans le temps, aurait dû peser sur toutes les existences et faire sourdre de toutes paris des pressentiments
OU des révélations. Il n'en- fut rien. Nous allions et venions sans inquiétude sous le désastre qui, d'année en année, de jour en jour, et bientôt d'heure en heure, descendait sur le monde; et nous ne l'aperçûmes qiie lorsqu'il toucha notre tête. Il était, il est vrai, plus ou moins prévu par la raison, mais elle n'y croyait guère; et, du reste, je ne parle pas en ce moment des inductions de l'intelligence, toujours incertaines et résignées d'avance aux démentis que leur donnent chaque jour l s caprices des faits.
^K M^is je le répète, à côté ou au-dessus de ces "^ inductions de la logique habituelle, dans le domaine moins connu des intuitions anormales; delà divination, de la prédiction ou de la prophétie proprement dite, on ne trouve
rien qui avertisse de l'immense péril. Ce n'est pas à dire que les prédictions ou prophéties recueillies après coup fassent défaut; on en compte, paraît-il, jusqu'à quatre-vingt trois, mais aucune, excepté celles du curé d'Ars et de Sonrel, que nous examinerons dans un instant, ne mérite une discussion sérieuse. Je ne citerai donc pour mémoire que les plus connues d'entre elles; et d'abord la fameuse prophétie de Mayence ou Strasbourg, prétendument découverte par un certain Jecker dans un vieux couvent fondé près deMayencc ;par Sainte Hildegarde, dont on n'a pu retrouver le texte original et dont, jusqu'en ces derniers temps, on n'avait jamais entendu parler. Vient ensuite une autre prophétie de Mayence ou de Fiensberg, publiée par la Neue Métaphysische Rundschau, de Berlin, en février 1912, où la fin de l'empire allemand est annoncée pour l'année 1913. Ensuite, diverses prédictions de Mme de Thèbes, de
Dom Bosco, du bienheureux André Bobola, du moine polonais Korzenicki, du moine russe Thosmas, de Tolstoï, du frère Hermann, etc., qui ont encore moins d'intérêt; et enfin la prophétie du frère Johannès, publiée par M. Joséphin Peladan, dans le Figaro du 10 septembre 1914, qui, n'apportant aucune preuve d'authenticité, ne peut être tenue, en attendant, que pour une ingénieuse fantaisie littéraire.
Tout cela, à l'examen, ne laisse qu'un résidu sans valeur. Mais les prédictions du curé d'Ars et de Sonrel sont plus curieuses et dignes de fixer un instant l'attention.
Le curé d'Ars, Jean-Baptiste Vianney, comme chacun sait, était un très saint prêtre qui paraît avoir été doué de facultés médiumniques extraordinaires. La prophétie en question fut connue en 1862, trois ans après la mort du thaumaturge et confirmée par une lettre de Mgr Perriot, adressée, le 24 fé-
vrier 1908, au R. P. Dom Gréa. Elle a d'ailleurs été consignée, dès 1872, dans un recueil intitulé : Voix prophétiques ou signes, apparitions et prédictions modernes. Elle a donc date certain3. Je passe ce qui concerne la guerre de 1870, qui n'offre pas les mêmes garanties; mais voici ce qui se rapporte à la guerre actuelle; je cite le texte de 1872 :
« Les ennemis ne s'en iront pas tout à fait; ils reviendront encore et ils détruiront tout sur leur passage, on ne leur résistera pas, mais on les laissera s'avancer, et après cela on leur coupera les vivres et on leur fera éprouver de grandes pertes; ils se retireront vers leur pays, on les accompagnera, et il n'y en aura guère qui rentreront; alors on leur reprendra tout ce qu'ils auront enlevé et même beaucoup plus^. »
1. Les termes de la prophétie confirmée par la lettre, de Mgr Perriot, datée du 24 février 1908, diffèrent quelque peu; mais le seas est le zûême. La voici : «t PIqs
Quant à la date de Tévénement, elle est précisée de façon assez ftappante par ces mots : « On voudra me canoniser, mais on n'en aura pas le temps». Or, les préliminaires de la canonisation du curé d'Ars furent commencés en juillet 1914, et abandonnés à cause de la guerre.
Voici maintenant la prédiction a Sonrel ». Je la résumerai aussi brièvement que possible d'après l'excellente étude que lui a consacrée M. de Vesmes, dans les Annales des Sciences psychiques'^.
Le 15 juin 1914, — remarquez la date, — le Professeur Charles Richet remettait à
tard, il y aura une autre guerre avec l'Allemagne. Elle sera mieux conduite que la première. Oh! les petits Français, comme ils se battent bien ! On laissera les Allemands pénétrer en France. Mais on se réunira derrière eux ; ils seront battus et de loos ceux qui seront entrés en France, il en rentrera très peu dans leur pays. Alors la France recouvrera ce qu'elle avait perdu et quelque chose de plus. »