Nuck. Opérationes et expérimenta
3. Covillard. Le chirurgien opérateur , Lyon, 1640, p. 105 et suiv.
est « un docte et curieux médecin » qui a voulu faire preuve d’originalité en édifiant une théorie sur un heureux hasard : car, assurément, le grand appareil est la manière la « moins dangereuse de laquelle on se doit servir ».
Covillard représente bien les idées qui dominaient à cette époque ; le grand appareil avait atteint toute sa perfection et toute sa renommée entre les mains de François Colot, le lithotomiste le plus célèbre du xvii® siècle; néanmoins, la thèse de Piètre et les discussions qu’elle avait soulevées inquiètent Colot : il sent qu’il faut agir, et écraser la nouvelle méthode encore hésitante à pénétrer dans la pratique ; les médecins eux-mêmes sont ébranlés dans leur foi en la tradition, et ils sont curieux de savoir s’il n’y a pas là une ressource précieuse pour leur art. Aussi M. de Lamoignon, désireux de les satisfaire, chargea-t-il Colot, qui lui paraissait le mieux désigné pour cette mission, de faire des expériences sur le cadavre et de déposer des conclusions. Il est facile de deviner ce qu’elles furent, et quelle mauvaise foi y éclate; il rencontre pour appliquer la méthode de Franco des « obstacles invincibles » il ne peut, dit-il, « y penser sans horreur »(1).
« La conclusion fut de rejetter et d’abandonner le « dessein qu’on pourroit avoir à l’avenir de mettre en « usage la méthode de Franco pour tailler les malades « qui ont la pierre, l’opération est d’autant plus dange-
1. / rai té de V opération delà taille avec des observations sur la formation de la pierre et les suppressions d’urine , par F. Colot, 1727.
« reuse qu’il n’y va pas moins de la vie. La délibéra- « tion qui fut faite en conséquence par monsieur le « Président et par messieurs les administrateurs de « l’Hôtel Dieu de Paris, le conseil de feu monsieur « Brayer et d’autres médecins de la faculté de Paris « justifie l’abandon de cette méthode » (1).
La taille de Franco est donc maintenant condamnée
par les médecins les plus célèbres de l’époque : le grand appareil peut triompher sans contestation.
Thévenin (1658) fait une courte allusion à la taille hypogastrique ; néanmoins d’après lui, certains chirurgiens ne craindraient pas de la pratiquer.
« D’autres emplissent la vessie de ptisane par injec- « tion, et ayant lié la verge, crainte qu’elle ne se vuide, « ils font incision au fonds de la vessie à costé de la « ligne blanche et en mesme temps que l’urine se vuide « ils introduisent un conducteur dans la vessie le long « duquel ils glissent un dilatatoire et la dilatation faite, « ils chargent la pierre avec une tenette comme on fait « au grand appareil ; après ils pansent la playe comme « celles qui se font au périnée horsmis que l’on n’y « met point de canule ».
Devons nous conclure de ce qui précède que Thévenin a vu opérer de cette façon ? Ne serait-il pas plus simple d’y voir une allusion un peu ambiguë aux travaux de Rousset? Il a commencé en effet son paragraphe par cette phrase : « le Haut Appareil... n’est point « en usage à présent à cause de l’incision qu’il oblige