‹ Les débuts de l'anatomieChapitre 9 sur 18 · Ici un passage cjue nous n’avons pu traduire · texte numérisé non relu

Ici un passage cjue nous n’avons pu traduire

« premier, mais en forme de lentille, à pointe mousse « mais coupant sur sa tranche ; on l’introduira bientôt « avec habileté dans la paroi de la vessie pour y faire « rapidement une incision. De là, le tranchant vient un « peu au milieu et est conduit vers la partie supé- « rieure de l’incision, divise par le milieu les muscles « droits dont il a été question en ayant soin que « rien ne soit blessé pendant la pénétration de l’instru- <( ment.

« Pour cela il faut avoir prêts trois bistouris : l’un « pareil à un rasoir à barbe qui servira à couper la peau « et la graisse, l’autre courbe etnon dichotome(ne cou- « pant pas des deux côtés) mais mousse à la partie « arrondie du dos, que Ton maintiendra en haut, « pour diviser ainsi certainement les membranes rnédia- « nés vésicales et la vessie, mais l’on ne doit pas « remonter trop haut ; alors seulement on tiendra prêt « le troisième bistouri nécessaire à la dernière incision.

« Ce bistouri sera en forme de faux, mais à extrémité « mousse pour ne pas piquer à l’intérieur de la vessie, « ni atteindre si peu que se soit l’intestin; pour cela il « sera lenticulé, analogue aux couteaux des femmes, « employés au nettoyage des intestins dans la prépara- « tion des tripes ; on a soin qu’il soit un peu large « mais mousse et sans pointe, coupant néanmoins très « bien sur sa tranche.

« Alors des pubis vers le haut faites une incision de « 2 ou 3 travers de doigt (plutôt moins) de longueur : « le liquide s’étant écoulé, un doigt de l’autre main « introduit dans l’anus du patient poussera le calcul

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« vers l’ouverture de la plaie et les deux doigts de l’au- « tre main le saisiront ; on peut s’aider de pinces à cet « usage pour le retirer. Si alors d’autres petites pierres « sont restées, on les retirera à l’aide d’une cuiller spé- « ciale ; si les pinces sont un peu trop grandes, on « emploiera une pince courbe, très commode.

« Toutes les parties incisées peuvent en effet être « dilatées aussi largement que l’on veut et beaucoup « plus facilement et plus amplement que la région du « périnée qu’on a l’habitude d’élargir avec un dilata- « toire, instrument qui fait frémir, tandis que dans « la méthode précédente on ne doit pas craindre de « déchirer les parties en faisant l’extraction de la « pierre. »

Roussel expose d’une façon magistrale et étendue son manuel opératoire; néanmoins, ceci ne lui suffît pas ; il cherche des détails nouveaux et toutes les améliorations possibles à introduire dans son procédé, c’est ainsi qu’il indique une autre mode d’incision de la vessie, duquel nous ne dirons qu’un mot : après avoir injecté un liquide tiède dans la vessie, on y introduit par l’urèthre un stylet sur lequel on sectionne les parties molles et la vessie. Enfin si l’injection préalable est trop douloureuse par suite de la distension brusque de la vessie il conseille de lier la verge deux ou trois jours avant l’opération.

Nous ne ferons pas lacritiquede la méthode de Rousset parce que sa simplicité est extrême et qu’elle fut peu modifiée par les chirurgiens qui plus tard pratiquèrent la taille hypogastrique. Mais il reste un pro-

blême à résoudre : pourquoi cette technique exposée d’une façon aussi complète, prônée par son auteur comme supérieure à toutes les autres, ne fut-elle pas mise en pratique par Roussel, lui-même et pourquoi ses successeurs n’y eurent-ils pas davantage recours?

Rousset nous donne lui-même les raisons de son abstention ; par scrupule il ne veut pas tenter son opération sur un malade ordinaire : «J’ai expérimenté cela « sur les cadavres, j’ai voulu le proposer à la bonne foi « du lecteur et je voulais avoir des exemples d’une « telle opération sur les vivants ». Et il cherche à obtenir du roi Henri lit la permission d’opérer des condamnés à mort souffrant d’un calcul vésical : « Il « m’avait proposé quatre malades, ou plus, et leur « accordait la vie sauve s’ils étaient guéris par notre « opération. »

Malheureusement le roi mourut sur ces entrefaites ; aussi Rousset ne peut affirmer que les incisions de sa taille ne sont pas mortelles.

L’histoire de la médecine et celle de la taille en particulier nous expliquent pourquoi les lithotomistes abandonnèrent ces idées pendant si longtemps.

Nous devons dire quelques mots sur les doctrines qui régissent, à cette époque, la médecine et la chirurgie, les traditions générales qui pèsent sur les esprits et enchaînent l’essor des idées nouvelles.

Hippocrate et Galien, mais surtout le premier, ont une autorité telle qu’il est d’une audace inouïe de s’élever contre leurs idées, et le chirurgien assez osé pour le faire, risque de voir sa réputation s’effondrer

sous les ironies, les sarcasmes et les injures de tous ses confrères. Contre un aphorisme d’Hippocrate rien ne peut prévaloir, ni expérience, ni démonstration ; les faits eux-mêmes ne parviennent pas à entamer le prestige du père de la médecine; et il faut que, peu à peu, au cours du xvne siècle les chirurgiens se débarrassent des anciennes théories, deviennent assez énergiques pour réagir contre la tradition : alors seulement ils tenteront de mettre en pratique les idées de Roussel.

Même à cette époque nous verrons que leur audace est surtout apparente, qu’ils ont une crainte intime, une secrète répugnance à recourir à cette méthode ; et nous assisterons à ce spectacle curieux de chirurgiens ayant pratiqué heureusement la taille hypogastrique, accepter avec empressement et faire exclusivement la taille périnéale si compliquée et si douloureuse.

Les anciens, en effet, défendent d’inciser le corps de la vessie; « cui vesica persecta... lethale » et confiants en leur science et leur expérience les lithotomistes pratiquent la taille de Celse ; ils attaquent la pierre par le périnée, et c’est là pour eux le lieu d’élection des incisions de la vessie ; ils admettront volontiers des modifications au petit appareil, mais la taille au-dessus du pubis leur inspire une terreur telle qu’elle paralyse les efforts des hommes qui veulent se dégager des idées reçues et cherchent à imposer une méthode ration, nelle.

A ce motif d’ordre général, viennent s’ajouter des raisons d’ordre particulier et concernant spécialement la taille.

En effet en 15S1 quand Rousset propose la taille hypogastrique, nous constatons que la méthode de Celse est réservée aux enfants, ou aux cas faciles. Une méthode nouvelle l’a remplacée, c’est la taille au grand appareil dont il convient de dire ici quelques mots pour montrer l’état de la question à cette époque.

Elle futinventée en 1525 par Jean des Romains, médecin de Crémone, et introduite en France par Laurent Colot, qui enseigne son art à son fils Philippe.

Voici rapidement exposée la technique de ce grand appareil d’après François Colot dont l’ouvrage posthume ne fut publié par Sénac qu’en 1727: On pratique une incision profonde, presque parallèle au raphé, aboutissant près de l’anus « en sorte qu’il n’y ait que « la partie basse de l’urèthe incisée, sans que le col ni « le corps de la vessie soient touchez )> ; de bas en haut on fait pénétrer un conducteur et un bistouri dans la vessie, puis on met un dilatatoire, enfin la tenette introduite dans la plaie entre deux conducteurs saisit et extrait la pierre.

Ce grand nombre d’instruments, ces manœuvres multiples rendent l’opération laborieuse pour le chirurgien, douloureuse pour le malade: «Je ne pense pas « qu’il y ait des hommes si barbares ni des cœurs si « glacez que ce spectacle ne les faist fondre en lar- « mes » ; (1) le malade est « tout pantelant et baigné de « sueur, la plus grande partie des assistans tout pasle,

1. Discours des accidents arrivés à M. F. conseiller du roy , par G. de Vouldy, 1614.

x l’autre la larme à l’œil, l’autre le cœur failly ; mais « il est impossible de crayonner le malade, le visage « noyé de larmes, le corps de sueur et de sang, les yeux « demy mourans, avec la langue noire. »

Malgré ces difficultés de toutes sortes, les morts fréquentes, le grand appareil avait cependant en France été accepté de tous les chirurgiens. Laurent Golot a une réputation considérable ; mais il refuse d’ailleurs d’opérer devant les chirurgiens, se réservant de transmettre à ses descendants sa science, comme un véritable patrimoine ; en effet le secret est bien gardé jusqu’au jour où François Golot est surpris pendant son travail par des concurrents déloyaux. Aussi les Golot défendent-ils avec énergie et conviction la supériorité du grand appareil, et leur situation prépondérante donne un grand poids à leurs paroles.

Ainsi Rousset subit un échec complet: il ne put tailler sur le vivant, et d’autre part il se heurta à des obstacles quasi- invincibles ; la tradition hippocratique, et la faveur officielle dont jouissait le grand appareil défendu par Golot lithotomiste du roi.

En 1628, cependant, paraît à Bâle un ouvrage intitulé Litholomia vesicœ où l’auteur, Fabrice de Hilden, parle assez longuement de l’opération de Franco « qui se décida à extraire le calcul dans faîne à la par- « tie supérieure des os pubis ». Gette erreur grossière est reproduite à propos de Rousset dont, d’ailleurs, il n’accepte pas les conclusions. Il ne faut pas, dit-il, tenter cette opération chez tous les adultes « parce que « la longueur de tes doigts n’est pas suffisante pour

« amener le calcul jusqu’à ce qu il sorte aux aines, et «je puis te montrer, bénévole lecteur, tout cela clans « mon musée » ; néanmoins il accepterait l’opération de Franco « si le calcul est d’une grande taille,.... « je préfère cette taille inguinale à celle qui se fait au « col de la vessie, en effet le calcul est amené dans « l aine avec moins de douleur et de danger que par « l’extraction au col de la vessie; j’en suis absolument « persuadé surtout chez les hommes. »

L’auteur gravement expose son manuel opératoire pour amener le calcul à l’aine et l’extraire.

Ainsi non seulement Rousset ne peut malgré ses efforts mettre à exécution ses théories, mais il se trouve un auteur pour dénaturer ses idées de telle sortequ’elles deviennent contraires à toutes les connaissances anatomiques.

Fabrice de Hilden, d’ailleurs, émet ses affirmations avec un beau sang-froid, parle de son musée avec satisfaction et donne une conclusion qui semble basée sur ses connaissances et son expérience : « Cependant, « écrit-il, la plaie du fond de la vessie peut se cicatri- « ser comme on peut l’observer ; au contraire la plaie « considérable du col de la vessie se cicatrice difficile- « ment et cela est facile à comprendre puisque les ure- « tères arrivant à cet endroit, humectent continuelle-*- « ment la plaie, empêchent la cicatrisation et il en « résulte un perpétuel dégoût d’urine (1). »

1. Guilhelmi Fahricii Hildani Lilhotomia t>e.siçæ,1628, pages 1 14 et sq.

Nous ne nous attarderons pas davantage sur les errements de Fabrice de Hilden.

Nicolas Piètre (1635) comprend très bien les idées du maître, il les expose avec méthode et clarté en une thèse de quelques pages ; cependant nous lui ferons, avec Heister, le grave reproche de ne nommer aucun de ses prédécesseurs et nous avons peine à croire qu’il soit conforme, comme on Fa prétendu, à la tradition de cette époque ; il n’est pour nous qu’un commentateur avisé mais de loyauté douteuse ; il a néanmoins le mérite d’avoir lutté de front avec les idées régnantes et d’avoir soutenu énergiquement sa thèse.

Reprenant la méthode de Rousset avec moins de détails, et sans apporter aucun fait nouveau, il commence par prouver que la vessie n’est pas recouverte entièrement, par le péritoine : « la vessie étant vide est « au-dessous des os pubis ; mais quand elle est pleine, « elle s’élève au-dessus de ces mêmes os de près de « trois pouces. La partie qui se présente et qui est « l’antérieure n’est point du tout recouverte du péri- « toine. »

Puis il indique la marche à suivre pour opérer : « il « n’est donc pas difficile d’ouvrir la vessieauxos pubis, « et il ne l’est pas non plus de retirer la pierre par cette « voie.

« Le malade couché sur le dos dans une situation « parallèle à l’horizon les cuisses écartées et assujetties « avec des liens, le chirurgien introduit dans la vessie « une sonde, avec l’extrémité de laquelle il élève et « amène antérieurement la vessie ; il prend ensuite son

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« scalpel et fait une large ouverture qui va jusqu’au fond « de la vessie ; alors il retire la sonde et il insinue ses « doigts mêmes dans la vessie ; il en examine toute « l’étendue et en tire sans peine et avec promptitude la « pierre...

« Cette méthode de tirer la pierre est non seulement « plus facile pour l’opérateur et moins douloureuse pour « le patient mais ses suites sont moins désagréables ; « la plaie se guérit d’elle-même et sans pansement. On « traite la plaie des tégumens selon l’art et selon l’in— « dication qu’elle présente » et il termine « nous « croyons pouvoir conclure qu’on doit ouvrir la vessie « au-dessus des os pubis pour faire l’extraction de la « pierre. » (1)

Nous reconnaissons très bien dans ce qui précède les indications de Rousset, et il est probable que Piètre se borna à exprimer cette opinion sans oser mettre en pratique la théorie dont il parait si fermement convaincu. En tout cas dans les traités de chirurgie de l’époque nous ne trouvons aucune trace de ses opérations; et cependant sa thèse eut un certain retentissement dont nous retrouvons l’écho dans une lettre de Guy Patin, adressée à Bertholier en 1649 c’est à-dire quatorze ans après la soutenance de cette thèse : « Pour « la section franconienne, je pense qu’elle peut se faire « aussi bien sur les hommes que sur les femmes, mais

1. Collection des thèses médico-chirurgicales recueillies et publiées par le Baron Haller, traduites en français, tome II, Paris, 1759, pages 253 et suiv.

« plus utiles pour elles. Feu Monsieur Nicolas Piètre « l’avoit bien à la tête et en a fait une thèse où je me « souviens d’avoir disputé. Monsieur Piètre déffendit fort « bien cette thèse contre deux de nos docteurs qui luy « vouloient mal, savoir Merlet et Gervais. Lepremier est « un dangereux Normand fin et rusé, le second un grand « ivrogne valet d’apothicaire, rousseau de vache fait « commede juif errant qui se rendit encore plus ridicule « en attaquant M. Piètre qui a fait faire cette sec- « tion en cette ville sur les hommes et sur les femmes « et laquelle a réussi. » (1)

Cette lettre est un document précieux ; nous regrettons qu’elle ne contienne qu’une affirmation formelle sans autre preuve; nous avons peine à accepter l’exactitude des faits cités par Guy Patin puisque nous n’avons pu retrouver aucune allusion à ces importantes opérations dans les ouvrages de cette époque.

Nück (1636) ne dit que quelques mots de la méthode de Franco (2).

Covillard (1640) la commente en ces termes : « Il est « fort véritable qu’il ne faut fonder les arts sur les « rares évènemens et cest heureux succez est plustost « deu à la vigueur de la faculté naturelle et à la bonne « constitution de ce jeune corps qu’à la dextérité de l’ou- « vrierou subtilité de l'invention » (3). Pour lui Rousset

1. Lettres choisies de feu Monsieur Guy Patin, Cologne. 1692. Tome I, lettre 20.

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