Tolet. Traité de la lithotomie, 1682, page
2. Deschamps. Traité historique et dogmatique de la taille , 1797, page 191.
tard en relief le rôle considérable qu’a joué Dionis, plagiaire éhonté de Rousset.
Voici la technique qu’il recommande : la vessie est remplie d’eau tiède, la verge liée : « le malade assis « dans une chaise presque à son séant on lui feroit une « incision longitudinale avec le scalpel entre les deux «têtes des muscles droits et les deux pyramidaux; « après quoy appuyant du doigt sur le fond de la vessie, « on sentiroit la fluctuation de l’eau dont elle seroit « gonflée et pour lors on feroit avec une grosse lancette « une ponction à cet organe dans ce même endroit. On « connoitroit exactement quand la vessie seroit ouverte « par l’eau qui en sortiroit et aussitôt avec le crochet « l’on pourroit faire sortir la pierre ou bien on plonge- « roit une tenette longue et étroite dans l’ouverture par « laquelle l’eau s’écouleroit et ayant trouvé la pierre « dans la vessie, il seroit pour lors facile de la cliar- « ger et de la tirer par cette ouverture La playe se gué- « riroit sans peine parce que tenant le malade en une « situation presque droite en son lit, l’urine qui se porte « continuellement dans la vessie ne pourroit point « monter jusques à la playe pour en empêcher la réu- « nioncomme elle fait aux deux autres manières d’opé- « rer et de plus l’urine trouveroit toujours son chemin « ordinaire pour s’écouler. Si la playe faite au ventre « paraissoit trop grande et que l’on crût ne pouvoir la « réunir avec facilité l’on pourroit y faire un point avec « cette aiguille courbe enfilée d’un fil ciré et mettre sur « la playe ce plumaceau, la compresse par dessus et le « bandage circulaire fait avec une serviette pour finir
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« par le scapulaire qui assurera tout l’appareil » (1).
Gomme l’avait fait avant lui Piètre, Dionis trouve à cette méthode de grands avantages ; elle est peu dangereuse et facile à faire.
« Je ne trouve point cette opération si périlleuse que « Ton pourroit s’imaginer ; je la crois au contraire moins « dangereuse que le petit et le grand appareil, d’autant « plus que... la vessie est placée hors du péritoine, de « sorte que l’on peut ouvrir sans toucher à cette mem- « brane, ny sans ouvrir la capacité du bas ventre ».
Après ces éloges du Haut Appareil nous pouvions espérer voir l’auteur conclure d’une façon ferme qu’on devait pratiquer cette opération, sans crainte d’accidents ; mais Dionis qui, sous sa personnalité ne craint pas d’exposer une méthode renouvelée de Rousset, est infiniment plus prudent quand il faut passer des paroles aux actes; car non seulement il n’ose pas appliquer sa méthode, mais il ne veut même pas la conseiller ; il pense qu’il vaut mieux attendre qu’un condamné à mort ait la pierre pour opérer : « Cette manière paroit « la meilleure ; mais avant que de lui donner la préfé- « rence il faut qu’elle soit confirmée par plusieurs « expériences dont la première se pourroit tenter sur « quelque criminel condamné à mort et qui auroit la « pierre. Je ne suis pas le seul qui approuve cette opé- « ration ; c’est le sentiment de plusieurs médecins e t « chirurgiens et surtout celui de monsieur Fagon pre-
1. Dionis. Cours d' opérations de chirurgie démontrées au jardin royal , Paris, 1707, pages 193 et suiv.
« mier médecin du rov dont l’approbation l’emporte par « ses connaissances spéciales qu’il a dans la nature ».
Ce fut aussi « le sentiment » de Rousset dont Dionis se garde d’évoquer le souvenir.
11 a voulu ajouter à ses leçons du Jardin Royal un entretien brillant, et d’apparence originale sans pour cela être obligé moralement de tenter l’opération dont il parle en termes si enthousiastes.
. Ajoutons que cette leçon fut suivie d’une déclaration assez brutale et en opposition avec la thèse qu’il vient de soutenir ; pour lui le Grand Appareil: « est celui que « l’on pratique le plus souvent et qui jusqu’à présent a « été jugé le meilleur ».
Nous croyons pouvoir conclure avec Douglass que : « monsieur Dionis... s’accorde si peu avec lui-même « dans le sentiment où il est au sujet de cette opération « qu’il est très difficile de dire s’il l’aprouve ou s’il la « désaprouve » et qu’il « n’avoit ni la capacité ni le « courage de la faire ».
Il est vraisemblable que Dionis après s’être approprié la méthode de Rousset attendit un lithotomiste assez audacieux pour pratiquer la taille au Haut Appareil. Il sauvegarda ainsi sa réputation et ses intérêts
En somme, Rousset, en 1590, attend un condamné à mort pierreux pour l’opérer ; en 1710 Dionis, premier chirurgien de feue madame la Dauphine, n’hésite pas un instant à poser bravement la même conclusion : le pierreux ne se présenta ni pour fauteur de génie, ni pour le plagiaire.
L’ouvrage de ce dernier a cependant une influence
indéniable: il eut l’habileté de faire lire aux chirurgiens
d’alors, comme une méthode originale et d’actualité, une théorie qui date de plus d’un siècle.
Si Dionis emprunte ses idées à ses prédécesseurs, au moins a-t-il le courage et le bonheur de remonter à la source pour puiser ses renseignements. Fehr, de Bâle, moins érudit et moins scrupuleux, parle du Haut Appareil d’après Fabrice de Hilden : la chance le sert mal ; aussi répète-t-il gravement les ridicules contre-sens du chirurgien d’Amsterdam, et il ne craint pas de rejeter cette opération « qui se pratique à l’aîne, in inguine » : « Je la déconseille moi-même tant à cause des lésions « dangereuses des muscles abdominaux que pour la « plaie de la vessie après l’incision sans oublier les « difficultés d’extraction du calcul ; et ensuite la réunion « de la plaie de la vessie est presque impossible, ou on « ne peut presque jamais obtenir la cicatrisation » (1).
Avec Garengeot le ton est bien différent ; s’il reste dans le domaine de la théorie, du moins n’accepte-t-il pas aveuglément les traditions anciennes ; il paraît ignorer les travaux de Rousset, ou en tout cas ne nous les réédite pas sous forme de dissertation personnelle ; l’opération de Franco lui paraît légitime puisque les plaies de vessie, même d’après les anciens se peuvent cicatriser, et il entrevoit l’époque où le Haut Appareil sera remis en honneur.
« Si j’ai passé, écrit-il, sous silence cette méthode
1. Dissertatio... de calculo vesicæ ejusdem per sectionem auferendimethodo . Basilæ 1716. J oh. Henricus Fehr , page 23.
« d'opérer, c’est que je ne l’ai jamais veüe pratiquer et « qu’elle est aujourd’hui entièrement rejetée. Cepen- « dant si l’on fait réflexion aux expériences que j’ai « rapportées pour prouver que les plaies de la vessie « ne sont pas mortelles que dans les endroits où l’urine « séjourne on pourra conclure qu’une plaie faite avec « un instrument tranchant, dans son fond, pourroit se « se guérir aussi facilement qu’à son cou. De plus nous « en avons des exemples dans les Anciens, c’est pour- « quoi je ne désespère pas que cette opération ne se « renouvelle quelque jour et que les sçavans chirur- « giens de Paris qui s’appliquent à découvrir les moïens « les plus simples, les plus surset les plus prompts pour « opérer ne nous en donnent dans la suite des exemples ; « de même que pour les incisions de certaines parties « de bas ventre qu’ils ont aujourd’hui en horreur mais « que j’ai veiies pratiquer à feu mon père avec tout le « succès possible » (1).
Ainsi se termine la première période de l’histoire de la taille, que nous pouvons caractériser en quelques mots : Franco fait son opération et Rousset en établit la théorie qui demeure entière et sans application jusqu’à Douglass.
1. Traité des opérations de chirurgie , par René Jacques Garengeot. Paris 1720, tome II, page 358.