Addition à l'histoire de Louys XI , par Gabriel N au dé
MDCXX. Pag. 102-105.
« plus grande que le calcul... s’il est petit il peut être « poussé par une main et retiré par l’autre ; s’il est gros « on place à sa partie supérieure un crochet pour cet « usage ». (1).
Dans leurs ouvrages Guy de Chauliac, Brunus, Lanfranc, Guillaume de Salicet, Théodoric nous permettent de relever des passages qui démontrent que cette méthode est pour eux la seule usitée.
D’autre part nous ne connaissons pas le chirurgien qui opéra si brillamment l’archer de Bagnolet, car Devaux est seul à prétendre que c’est Germain Collot qui « sup- « plia le roi Louis XI d’accorder au condamné à mort « vie-sauve s’il se laissait opérer. Le roi accorda cette « permission et l’archer supporta admirablement cette « opération » (2).
Mais François Collot dans son ouvrage sur la taille ne mentionne pas cet exploit fameux comme ayant été accompli par son ancêtre.
Aussi nous admettrons que la curiosité dont bénéficia l’archer de Meudon ne fut pas provoquée par la présence d’une pierre dans la vessie, mais très probablement dans le rein.
La première taille hypogastrique dont nous ayons une relation certaine et indiscutable, fut exécutée en 1556 par Franco, chirurgien de Lausanne, qui au cours
1. A Cornelii Celsi de medicina lihri octo. Daremberg 1859. Pag 307 et s. Traduction originale.
2. Jean Devaux. Index [nnereus chiriirgorum parisiensium ah anno 1315, ad annnm 1714, page 18.
de son Traité des hernies nous conte l’« histoire » suivante :
« Il m’est advenu, dit-il, une fois que je vouloy tirer « la pierre à un enfant de dix ans ou environ, mais pour « tous mes efforts jamais ne peu la mener bas. Voyant « cela et que le patient estoit fort pressé, davantage « que les parents desirans qu’il mourus t plustost que « vivre en tel travail, aussi que je ne vouloy pas qu’il « me fu si reproché de ne l’avoir peu tirer, combien que « c’estoit à moi folie, je déliberay de couper la vessie « sur le penil un peu à costé. Ce que je fis en la coup- « pant sur la pierre en levant la pierre avec mes doigts « que j’avois mis par le fondement et en la tenant « subiecte avec les mains d’un serviteur qui comprimoit « le petit ventre et par ce moyen je la tiray. Ladicte « pierre estoit de la grosseur d’un œuf. Et néanmoins « la plaie se consolida et fut guari. Combien que je « ne conseille d’ainsi faire : ains plus tost d’user du « moyen par nous inventé duquel nous avons parlé icy « devant » (1).
Franco fait donc son opération en désespoir de cause pour qu’on ne lui reproche pas de n’avoir « peu tirer » la pierre ; mais il ne fit pas au préalable d’incision périnéale, comme le croient certains auteurs, il dit simplement qu’il lui fut impossible de « mener bas » la pierre
1. Petit Traité contenant une des parties principales de chirurgie, laquelle les chirurgiens hernières exercent... fait par Pierre Franco, chirurgien de Lausanne. M. D. LV1, à Lyon, page 9’2 et s.
c’est-à-dire de l’amener, selon la méthode de Celse au col de la vessie.
Enfin sa conclusion est particulièrement intéressante : Franco déconseille d’une façon absolue sa manière de faire, et ne la donne même pas comme ressource suprême à ses successeurs ; il vante « le moyen par nous inventé « duquel nous avons parlé icy devant », c’est-à-dire une « façon de tirer la pierre meilleure sans comparai- « son que nulle autre, d’autant qu’elle est sans péril « et grand douleur », cette méthode est la taille périnéale en deux temps : incision sur la sonde introduite dans l’urèthre et « quelque jour après quand on cognois- « tra le patient estre en bonne disposition et sans fièvre « il faut tirer la pierre ».
Nous avons insisté sur ce point parce qu’on a voulu démontrer que Franco recommandait la taille hypogastrique, alors que toutes ses préférences vont à la taille en deux temps.
Ses conclusions ont, dans l’histoire de la taille, une très grande importance, et nous verrons que beaucoup d’auteurs s’appuieront sur son autorité pour rejeter la taille hypogastrique ; aussi les xvie et xvne siècles se passèrent sans qu’aucun chirurgien osât renouveler sa tentative.
Cependant la discussion n’était pas close et cette question fut très étudiée au point de vue théorique, des expériences nombreuses furent faites sur le cadavre, et leurs auteurs conclurent que la taille hypogastrique était facile et très favorable aux malades.
C’est Rousset ou Rosset qui le premier dans un de
ses ouvrages propose comme méthode supérieure au petit appareil, el plus pratique la taille hypogastrique ou taille au haut appareil.
Aussi exposerons-nous longuement ses idées, et montrerons-nous avec quel esprit scientifique et quelle précision remarquable il crée de toutes pièces la technique si simple de sa nouvelle taille.
Rousset publie en français, son Traité nouveau de l' hysténotomotokie (1) puis neuf ans plus tard (1590) cet ouvrage complété paraît en latin, dont plusieurs fragments furent traduits par les lithotomistes qui s’occupèrent de la taille de Franco.
Rousset est un des défenseurs les plus ardents de l’opération césarienne, et voyant cette opération facile à faire, il pense que la vessie peut être atteinte sans danger par la voix abdominale.
De sa comparaison entre « la matrice incisée » et « la sec- « tion de la vescie des calculeux » il déduit d’abord les inconvénients de l'incision parle périnée : « En la com- « mune section de la vescie parle périnœeon ne procède « qu’à tâtons, soit à la coupper, soit à trouver le calcul, « un ou plusieurs et encor’plus à les tirer: de mode que « souvent les plus habiles opérateurs sçavent bien eux- « mêmes qu’ils ont (sans mal y penser) esté souvent « contraincts de laisser l’œuvre imparfait ou de happer, « arracher et amener avec leurs ferremens une bonne « partie de la vescie avec le calcul... Pourquoy donc
1. Traité nouveau de V hytérotomotokie ou enfantement eœsaréen , par François Rousset, médecin, 1581.
« alors se soumetiroit-on à ce danger d’incision sans « besoing comme de gaÿeté decueur trop gras, à laquelle « on ne se renge communément qu’en son corps défen- « dant et contraint à coup de pierre ? »
D’autre part « il y a au périnœe plusieurs notables « venes, artères, libres, muscles, nerfs, sphincters, voy- « sinages de vaisseaux spermatiques, tendons et 1 iga — « ments dangereux à offenser en cerchant, incisant, cl i 1 a - « tant ou plutost cruellement dilacérant avec plusieurs « faSc lieux ferre mens la vescie par le dit périnœe: et « rien de tout cela ne se présente par l’épigastre, en « l’incision matricale ; qui pour tant de raisons la fait « estre moins dangereuse que la vésicale de laquelle « toutefois on eschappe bien ».
Enfin « presque toujours une infinité d’accidens res- « tent inévitables de l’incision vésicale, qui la rendent « plus à craindre : et entre les autres un incurable « dégoust d’urine par la playe ne se pouvant bien sou- « vent rejoindre ; qui est (outre les douleurs et les « puanteurs ordinaires) une subjection ennuyeuse d’es- « Ire pour ceste cause banny de toute société, conver- « sation, entreprinse et maniment d’afaires à pied et à « cheval, couché, assis ou debout, mais (qui plus est)
« bien souvent le mort s’en suit. »
Et plus loin il dit avoir étudié longuement le moyen nouveau qu’il conseille : « ce que nous proposons icy « l’ayant de longtemps auparavant diligemment consi - « déré avant que d’en avoir rien ouy, ny veu, ne leu, me « semble de nouveau estre plus raisonnable à proposer « comme chose fort utile qu’il ne fut onc ; d’autant
« qu’il se trouve exemple de telle opération heureuse- « ment exécutée après avoir en vain tenté tous autres « moiëns, quoy que ce l'ust possible la première de ce « nom et f'aicte à la désespéracle, moitié par hazard,
« moitié par artifice par Franco mesme F un des pre- « miers opérateurs de notre temps, en un jeune enfant,
« à l’instante prière du père, comme il escrit luy-même « défendant toutefois (de quoy je m’esbahis) dy beson- « gner ainsi. Peut-estre qu’il croignaitd’ofenser lacon- « frairie ou d’estre atteint de témérité par les commu- « nés objections cy après ensuivantes, si pour quelque « raison telle ou autre, aucun mal fust survenu à son « patient en acte si nouveau et non accoustumé. »
Rousset a donc bien l'intention de créer une méthode nouvelle, fondée non pas sur le cas heureux de Franco, mais sur ses connaissances de la section de la paroi de l’abdomen et les avantages théoriques de cette voie.
Plus loin, en effet, parlant de l’opération subie par l’archer de Meudon, il proscrit, malgré sa réussite, cette opération hardie; pour lui c’est une exception heureuse mars qui doit rester isolée : « car comme une « arrondelle seule n’assure pas du printemps, ny un « beau jour l’esté, aussi une expérience n’est pas suffi- « santé de résouldre telles difficultés ».
Après avoir donné les raisons qui rengagent à défendre la taille hypogastrique, Rousset établit la technique dans son second ouvrage en latin.
Nous donnerons in extenso une traduction originale de la partie essentielle de son ouvrage.
« Il nous faut parler maintenant des parties à section-
« lier et des instruments nécessaires ; le lieu de l’inci- « sion est double : externe et interne. Le premier com- « prend la peau et la graisse sous-jacente comprise dans « la région du pubis. L’autre est cachée au milieu de « la même région entre les deux muscles droits dans « leur partie profonde ou plutôt entre les deux muscles « courts qui leur sont auxiliaires, et sous lesquels est « cachée la membrane venant du pubis et allant au fond « de la vessie à laquelle elle adhère (1).
« Sur les muscles est la graisse et au-dessus la peau « qui doit être attaquée à l’aide du bistouri par une « incision longue d’environ 3 à 4 travers de doigt, « ensuite la graisse qui est insensible, enfin la région « intermédiaire entre les muscles pyramidaux, cela pru- « déminent.
« Le dernier endroit (qui est interne) doit être incisé « très habilement avec la pointe d’un bistouri courbe « dirigé près de l’os pubis (nous donnons, dit l’auteur, « plus loin la forme de ce bistouri) le bistouri dirigé « non pas perpendiculairement au plan de l’abdomen « (ce coup est appelé en France coup cle droit estoc ) « mais un peu plus bas, plutôt dirigé vers la partie « supérieure du col de la vessie qui n’est pas loin « de là en le laissant néanmoins intact comme l’os « voisin ; cette ouverture extrêmement étroite (pour « que le liquide de la vessie ne s’échappe pas), mais « suffisamment large pour pouvoir introduire un autre « bistouri lenticulaire, courbe et tranchant comme le