F1G. 28.— ÉVOLUTION DE LA REPRÉSENTATION DE L'ALLIGATOR DANS L'ANCIEN
ART COLOMBIEN. D’après Holmes.
l'homme. Le rythme consiste en la répétition régulière d'une unité quelconque : d’un son, d’un mouvement ou, comme dans le cas présent, d'une figure » !.
Et, si nous cherchons à nous rendre compte de l’origine de ce goût du rythme chez les primitifs, Grosse nous en explique nette-
! GRO3SE, Loc. cit., P. 113.
ment la genèse : « Si nous attribuons à cet ordre rythmique, si fréquent dans l’art décoratif des peuples chasseurs, une importance esthétique, nous ne prétendons par là nullement que son origine soit du même ordre. Nous sommes, au contraire, convaincus que l'artiste primitif n’a pas inventé le principe régulier, mais qu'il l’a trouvé, et qu'il l’a trouvé dans l’art du vannier qui est obligé d’arranger ses matériaux d’une façon régulière. Il est probable que c’est par habitude et non par plaisir esthétique qu'on a d’abord imité les dessins textiles ; ce n’est que peu à peu qu’on s’est aperçu de leur valeur esthétique et qu’on a commencé à combiner et enrichir les séries régulières. Il serait naturellement difficile de dire où limitation mécanique cesse et où commence le travail esthétique. En tout cas, on a tout aussi bien le droit de prétendre que c'est l’arrangement régulier qui a procuré le plaisir qu'on éprouve à observer la régularité que de prétendre que c’est ce plaisir qui a provoqué l’arrangement régulier » |.
En d’autres termes, les motifs inspirés par les objets fabriqués (skeiomorphes) ont imposé leurs procédés également aux motifs inspirés par des choses naturelles. Cela deviendra plus clair dans un instant.
Ainsi dans notre exemple il y a d’abord copie de l’alligatorque l'on réduit ensuite à ses traits les plus caractéristiques, et bientôt, du moment que ces traits fondamentaux, ces lignes générales peuvent se reconnaître, on combine symétriquement les représentations de l'animal en les adaptant à l’espace à décorer, en carré, en bandes, en cercles. Le principe de l’ordre rythmique amène ici la répétition successive des mêmes figures, de façon à orner tout l’objet de la même façon et, sous l'influence de ces deux facteurs principaux, les motifs géométriques les plus divers naissent d’une seule et même représentation de l’alligator.
Un autre exemple, emprunté à l’art polynésien (fig. 29), montre clairement la déformation de la figure humaine, suivant Îes mêmes principes ?.
Les idoles en pierre des îles de la mer Égée en offrent une preuve
1 dem, pp. 114-115.
? HADDON, Evolution in Art, fig. 124, 125, 127, 128, pp. 271 et 273. Voir un autre exemple dans COLLIER, Premiers Principes des beaux arts. Paris, Alcan (Bibliothèque utile), fig. 5. Série de pagaies, p. 19 (actuellement dans la Pitt- Rivers Collection, University Museum, à Oxford).
encore. À côté des figurines où la représentation humaine est assez parfaite, on rencontre les idoles « en forme de violon » !.
Pour les transformations successives d’un motif floral, il suffira
de citer le cas du lotus, étudié admirablement par Goodyear ?, pour
qu’il ne soit pas nécessaire d’insister davantage sur ce point. Quant aux motifs inspirés par les objets fabriqués, les deux caté- Motifs nés de
gories les plus importantes à mentionner sont les suivantes : la technique. Motifs nés du lien qui primitivement sert à unir deux objets et
motifs nés de limitation des procédés de la vannerie. Tous deux
LA 4 jp d