FIG. 20 ÉVOLUTION DE LA REPRÉSENTATION HUMAINE DANS L'ART POLYNÉSIEN
D’après Haddon.
sont également fréquents et peu de mots en expliqueront le procédé originaire. Lorsqu'on unit deux objets par des liens, par exemple une lame à un manche, les liens forment par leur entrelacement une véritable décoration géométrique de l’objet. Si ce dernier est copié en une autre matière de façon à être constitué d’une seule pièce, l'idée viendra naturellement à l'esprit du primitif de reproduire ces traits entrelacés, et c’est ce qu'il fait toujours.
! BLINKENBERG, CHR., Antiquités prémycéniennes, dans les Mémoires de la Société royale des antiquaires du Nord, nouvelle série, 1896, PP. 13-14. 2? GoopyEAR, W. H., ke Grammar of the Lotus, 1891.
Transformation d’un
objet usuel enornement.
But de Ia
décoration.
De même, je rappellerai l'exemple bien connu de l'architecture ligneuse communiquant ses formes à l'architecture en pierre. Un exemple bien typique encore a été constaté également sur les poteries de presque tous les pays. Je veux parler de cette décoration en forme de corde qui entoure le vase, le plus souvent à sa partie la plus large, et qui n’est autre que la trace laissée par la corde en fibres grossièrement tressées qui tient les vases séparés les uns des autres pendant qu’on les fait sécher au soleil avant de les cuire |.
L'industrie du vannier joue un grand rôle dans la vie des primitifs et elle apparaît presque toujours avant la céramique. Il semble que souvent la poterie naisse du « moulage d'après un moule extérieur ou intérieur, ordinairement un panier ou un autre objet de vannerie qui brüle ensuite à la cuisson » *.
On comprend que, dans ce cas, les combinaisons de lignes régulières du panier tressé aient laissé leur trace sur l'argile fraîche et aient constitué sur la poterie cuite une véritable décoration géométrique que l’on continuera à reproduire lorsqu'on façonnera les poteries par un autre procédé.
J'ai dit, en commençant ce chapitre,que souvent un objet se transforme en ornement et devient impropre à l'usage auquel il avait été primitivement destiné. Nous aurons bientôt l'occasion d'en rencontrer des exemples curieux. Cependant, pour faire bien comprendre dès à présent ce point, je citerai le cas vraiment intéressant des ornements en écaille de tortue du détroit de Torres où, en partant de la copie d’un simple hameçon, on arrive, par des modifications successives et par développement symétrique ”, à des formes ornementales qui ne rappellent plus que de très loin le modèle primitif * (Hg, 30).
Donnons rapidement quelques exemples des différents motifs pour lesquels on décore un objet.
1 PETRIE, Ægyptian decorative art, D. 92.
? DENIKER, op cit., p. 184. — SCHWEINFURTH, Ornamentik der ältesten Cultur-Epoche Aegyptens, dans les Verhandlungen der b. Gesellsch. für Anthropologie, Ethnologie und Urgeschichte, 1897, pp. 377-378.
3 Pour l’origine de ce goût des ornements symétriques, V. SCHWEINFURTH, Ornamentik der ältesten Cultur-Epoche Aegyptens, dans les Verhandlungen der 6. Gesellsch. für Anthropologie, Ethnologie und Urgeschichte, 1897, p. 398.
4 HADDON, Ævo/ution in Art, fig. 44, p. 77.
On orne d’abord un objet dans un but purement artistique et cela ne demande aucune explication complémentaire.
On met également des ornements sur un objet dans un but d'information, soit que celui qui le fabrique y grave une marque qui constituera une véritable signature, soit que le propriétaire y mette lui-même une marque de propriété, par exemple une marque de tribu. L'exemple le plus typique est celui des sauvages qui mar-
F1G. 30. — ORNEMENTS EN ÉCAILLE DE TORTUE DU DÉTROIT DE TORRES, IMITANT L'HAMEÇON (A).
D'après Haddon.
quent leurs flèches d’un signe distinct, afin de pouvoir déterminer le droit de chacun sur les animaux tués à la chasse. Ce point est assez important, car il a joué un rôle considérable dans l'histoire de l'écriture dans les stades les plus primitifs de son développement.
C'est le désir de paraître qui a donné naissance à des objets extrémement décorés, notamment à des armes d’apparat, devenues rapidement aussi des indices de pouvoir ; c’est le désir du luxe qui a créé ces objets qui sont devenus absolument inutiles, mais dont la possession assure à leur propriétaire une réelle réputation dans la tribu. Parallèlement se développent les objets votifs dont on cherche à
Art,
Information,
Luxe et pouvoir.
Religion et magie.
Couteaux.
augmenter la valeur soit par l'emploi d'une matière plus précieuse, soit encore par une ornementation plus compliquée et plus soignée.
Enfin, une des raisons les plus fréquentes pour lesquelles on décore les objets est la religion ou la magie, et les peignes magiques d'une tribu de Malacca nous en fournissent un excellent exemple. Les femmes y portent dans la chevelure des peignes décorés de divers ornements qui ont pour but de les préserver de certaines maladies déterminées. On en possède environ vingt ou trente pour les différentes maladies et on les enterre avec leur possesseur pour écarter de lui les maladies dans l’autre monde. À chacune des ma-