FIG. 5. — STATUEITE DE FEMME ORNÉE DE PEINTURES SUR TOUT LE CORPS
Terre grisâtre, peintures noires.
d’abord des figures d'animaux, chèvres ou antilopes, absolument identiques, comme le remarque Petrie, à celles des poteries rouges avec décoration blanchâtre. Notons ensuite les ornements en zigzag et enfin des motifs empruntés à la flore. Tous ces ornements se retrouvent sur des poteries contemporaines des débuts de la période préhistorique entre les dates de succession 31 et 32. Cela indique, pour la statuette qui nous occupe, une antiquité véritablement extrême et nous permet de la considérer comme une des plus anciennes représentations féminines que l'on puisse citer, abstrac-
tion faite des ivoires découverts dans les cavernes du sud de la France ! (fon).
M. de Morgan reproduisant la même figurine remarque qu’ «il serait facile de trouver un grand nombre de comparaisons chez les tribus de l'Afrique centrale, de l'Amérique ou de l'Océanie » ?.
La comparaison la plus intéressante à faire à ce point de vue est certainement celle indiquée par Petrie remarquant combien ces dessins peints, à même le corps, rappelaient les tatouages des populations occidentales de l'Égypte, ces Zimihou, Libyens, qui présentent avec les primitifs égyptiens tant d’analogies, comme nous aurons mainte fois l’occasion de le remarquer.
Nous nous en occuperons dans un instant à propos des tatouages.
Deux statuettes de femmes, en terre, de la collection Petrie, à l’'University College de Londres, ainsi qu'un fragment similaire à l'Ashmolean Museum à Oxford nous montrent également des peintures analogues à celles de la statuette de Toukh (fig. 6).
On le voit, les documents relatifs à la peinture du corps entier sont peu nombreux et ils nous permettent d'affirmer seulement que les femmes avaient l'habitude de s’'orner le corps de motifs divers. Et encore n'est-il pas absolument certain qu'il ne s'agisse pas, dans les documents cités, de tatouages. Seule, la découverte dans les tombeaux de matières colorantes permet de croire qu'il s'agit plutôt de peintures *.
Mais à côté de ces documents vagues nous possédons heureusement des indications beaucoup plus précises au sujet de la peinture des yeux. On employait à cet effet de la malachite broyée et mêlée vraisemblablement à un corps gras. Au moyen de cette couleur on se faisait autour de l'œil une ligne assez large qui avait, à côté de son rôle décoratif, un rôle utilitaire.
1 PETRIE, MVagada, pl. 1ix, n° 6 (Ashmolean Museum, à Oxford). — Les poteries citées par Petrie comme termes de comparaison avec les peintures sont les suivantes : pl. XxXvVIN, 34, 48; XxIX, 77, 854, 91-05.
2 pe MORGAN, Loc. cit., IL, p. 56 et fig. 1o1.
3 Voir pour les peintures corporelles et le tatouage dans la Grèce prémycénienne : BLINKENBERG, Antiquités prémycéniennes. Étude sur la plus ancienne civilisation de la Grèce, dans les Mémoires de la Société royale des antiquaires du Nord. Nouvelle série, 1896, pp. 46-50.
Comme le rappelle Petrie, Livingstone raconte que dans le: centre de l'Afrique il constata que le meilleur remède contre les.
Fig. 6. — STATUETTES DE FEMMES A L'UNIVERSITY COLLEGE DE LONDRES.
Sur le spécimen de gauche la peinture s’est écaillée, et on ne distingue plus, que quelques lignes sur le torse.
Terre grisâtre, peintures verdâtres.
ulcérations était la malachite en poudre que les indigènes lui préparaient. Le même auteur compare également cette couche de couleur qui préservait l'œil de la lumière éclatante du désert à la coutume des Esquimaux qui se noircissent la peau autour des yeux pour les garantir de l'éclat de la neige !.
Cet usage est constaté pour la période primitive grâce aux faits suivants :
On a découvert dans les tombes des coquillages dans lesquels se trouvaient encore des résidus de couleur verte *.
Des traces de couleur identique ont été relevées sur des cailloux d'ordinaire extrêmement polis et qui se trouvent toujours en rapport avec des palettes en schiste ardoiseux ?.
Ces palettes, dont nous aurons à parler plusieurs fois au cours de cette étude, servaient à broyer la malachite que l’on écrasait à leur surface au moyen des cailloux que je viens de mentionner. Le fait est démontré d’une manière indéniable par les traces de peinture verte qu'on y relève aussi bien que par la cavité résultant à la longue de l'opération du broyage ‘ (fig. 7).
Ces palettes ont eu une brillante destinée ; nous les retrouverons plus tard devenues de véritables objets d’art, de proportions énormes, et employées vraisemblablement dans les cérémonies.
Petrie a découvert parfois également sur les palettes des traces d'hématite.
Signalons, enfin, pour l’époque primitive la coutume de peindre les ossements des morts en rouge. Chez les Australiens on se peint pour la première fois en rouge lors de l'initiation, au moment où l'adolescent fait partie de la communauté des hommes. « La peinture rouge, caractéristique de l'entrée dans la vie, est employée aussi pour la mort » ÿ.
1 PETRIE, Diospolis parva, p. 20.
? PETRIE, Vagada, p. 6 : tombe 522 Ballas ; p. 15 : tombe 23 Ballas; p. 16 : tombe 87 Ballas.
Le même usage de coquilles a été constaté également à la IVe dynastie.
Voir PETRIE, Medum. Londres, 1892, pl. xxXIX, 17, et p. 34, «the shell contains powdered blue carbonate of copper as paint ».
3 PETRIX, Vagada, p. 10 et p. 19 : tombe 5 Naqada.
Un beau spécimen de palette avec traces de peinture à Oxford, provenant de Gebelein.
# PETRIE, /Vagada, p. 43.
5 Grosse, les Débuts de l'Art, pp. 41-42.
Il faudrait avoir plus de documents qu'on n'en possède pour pouvoir déterminer jusqu'à quel point cette coutume était générale chez les primitifs égyptiens. Je n’en ai rencontré qu'un exemple cité par Petrie ,
FiG. Ta PALETTES EN SCHISTE SERVANT A BROYER LE FARD.
” L'habitude de se peindre le corps et plus spécialement de dessiner autour de l’œil une ligne verte s’est-elle conservée dans l'Égypte historique ?
Dès les plus anciennes époques, la peau des hommes sur les monuments est généralement représentée comme étant d’une couleur brun-rouge assez foncée ; la peau des femmes est jaune. M. Maspero, dans son /éstoire ancienne des peuples de l'Orient classique?, s'exprime à ce sujet comme suit : « Les hommes sont généralement enluminés de rouge dans les tableaux : en fait, on aurait observé parmi eux toutes les nuances qu'on remarque chez la popu-
1 Nagada, p. 25 : tombe 234.