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F1G. 103. — TABLEAU DES SIGNES ALPHABÉTIFORMES. D’après Petrie.
subit peu de modifications au cours des âges. On a pu même en rapprocher avec quelque vraisemblance les signes libyens et #/inagh, qui sont encore employés dans l'écriture actuelle des Touareg. La conclusion qu'on peut tirer de ces recherches a déjà été entrevue naguère par M. Berger dans son /Zistotre de l'écriture dans l'antiquité ? : il aurait existé dans tout le bassin de la Méditerranée dès les temps préhistoriques un système d'écriture ou tout au moins de marques en usage partout. Quel en serait le
1 Les sources de ce tableau sont les suivantes, d’après des renseignements donnés aimablement par M. Petrie :
PETRIE, Vagada ; Royal tombs, I; Kahun, Gurob and Hawara. Londres, 1890.
SAYCE, the Karian Language and Inscriptions, dans les Zransactions of the Society of Biblical Archaeology, IX, 1887, pp. 112-154.
BoupARD, P. A., Essai sur la numismatique ibérienne. Paris, 1859.
2 BERGER, ZZistoire de l'écriture dans l'antiquité. Paris, 1891, pp. 324 et 332.
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centre de dispersion, quel peuple en a été le propagateur ? Ce sont là des questions difficiles à résoudre et dont la solution ne sera probablement atteinte que dans un avenir lointain. Les rapports de ces marques avec les alphabets plus récents paraissent indéniables, et l’on se demandera avec Petrie ce qu'il reste alors de la légende phénicienne de l’origine de l'alphabet.
Voici la réponse de M. Petrie : « Les soi-disant lettres phéniciennes étaient certainement d’un usage familier longtemps avant les débuts de l'influence phénicienne. Ce qui est réellement dù aux Phéniciens semble avoir été le choix d’une courte série (la moitié environ des signes des alphabets qui subsistaient encore alors), et cela dans un but de numération comme À = 1, E = 5, = 10 N° ="50 PP —="100, D 00, etc. Cet usace rendit bientôt ces signes aussi invariables dans leur ordre que nos propres nombres, et en imposa l'emploi à toutes les contrées avec lesquelles les Phéniciens entretenaient des rapports de commerce. Les autres signes ne tardèrent pas à tomber en désuétude, excepté dans les pays, Asie Mineure et Espagne, dont les civilisations subirent moins de changements ». M. Weill, dans un récent travail de la Revue archéologique \, a contesté ces résultats, mais je dois déclarer que ses raisonnements ne m'ont nullement convaincu. Je ne pense pas que l’on puisse dire à la suite de sa démonstration, comme il le fait lui-même, que « des tableaux et des déductions de M. Petrie ilne subsiste ni un mot ni un fait ». Il me semble qu'il a perdu de vue un point d'une importance capitale : c'est la présence de ces signes alphabétiformes sur des poteries préhistoriques dès les débuts de la période primitive. S'il faut admettre, comme il le veut, que ces signes linéaires ne sont que la déformation de signes hiéroglyphiques, il faudrait donccroire que dès avant les plus anciens monuments connus onétait en possession d’un système hiéroglyphique ayant été si longtemps en usage que ses signes aient pu prendre une forme linéaire. On n'en aurait retenu qu'un tout petit nombre (33 dans le tableau de Petrie) qui se seraient propagés dans le monde méditerranéen d’une façon si bizarre que l’on peut, après plusieurs milliers d'années, les comparer avec des signes identiques (au nombre de 30) relevés sur
1 Weicr, R., /« Question de l'écriture linéaire dans la Méditerranée primitive, dans la Xevue archéologique, 1903, 1, pp. 213-232.
les monuments primitifs de l'Espagne. Jusqu'à présent, nous ne pouvons retrouver ces hiéroglyphes qui n’ont laissé que des traces très douteuses sur les monuments préhistoriques, et les critiques de M. Weill qui n’a pas envisagé, je pense, ce côté de la question ne me paraissent entamer en rien les tableaux et les déductions de Nl-"Pétrie:
Comment expliquer maintenant que ces signes alphabétiformes se retrouvent en Égypte à l'époque préhistorique, sous la Fe, la XII et la XVIII: dynasties ? Je pense que deux hypothèses seulement doivent être envisagées : l'Égypte aurait à ces diverses époques été en rapport avec le pays d'où le système serait originaire, ou bien les Égyptiens, dès les époques primitives, auraient conservé la connaissance de ce système à côté de leur écriture hiéroglyphique.
Nous avons déjà eu l’occasion de remarquer les analogies que présentent les primitifs Égyptiens avec les Libyens ; nous venons d'autre part de dire les ressemblances du système alphabétique primitif avec les alphabets libyens ; on a déjà plusieurs fois constaté les rapports du monde libyen avec le monde créto-égéen. Je pense qu'il n'y aurait pas de témérité à attribuer l’apparition de ces marques aux diverses époques de l'histoire de l'Égypte précisément à des contacts avec le monde égéen, soit directement, soit par l'intermédiaire des Libyens. Ces rapports sont indiqués en même temps par l'apparition de vases d’un type spécial : ce sont les poteries noires incisées avec enduit blanchâtre dans les incisions ; ces poteries dont on a trouvé des spécimens analogues en Espagne, en Bosnie, à Hissarlik, en Crète (à Cnossos) et en Sardaigne ! sont évidemment, lorsqu'on les rencontre en Égypte, des produits importés. Je crois également qu'il faut attribuer à ces mêmes rapports l’apparition en Égypte, à partir de la XII-XIII° dynastie, des figurines de femmes nues qui avaient disparu de l’art égyptien depuis les temps primitifs. On les retrouve de nouveau à l’époque de la XVIII: dynastie et le phénomène est intéressant à noter. On trouve facilement la preuve des rapports de l'Égypte avec le monde libyoégéen pendant la I dynastie dans les vases découverts par M. Petrie dans les tombes royales et dans le temple d'Osiris à Abydos; pendant la XIIe dynastie dans la présence à Cnossos
! Mac IvER and MACE, Z7 Amrah and Abydos, p. 43.
de monuments égyptiens de cette époque et peut-être dans l’apparition en Egypte des « tombes en cuvette » (pan graves) !.