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pelons, à ce sujet, que les divinités égyptiennes étaient fréquemment représentées dans des barques et que les barques sacrées jouent un grand rôle dans la religion égyptienne ‘. Il est permis de supposer que, dans certaines circonstances, les tribus se rendaient à des endroits réservés au culte, de même que les Australiens célèbrent l'intichiuma en certaines localités, toujours les mêmes É Les auteurs grecs nous racontent encore que des barques nombreuses, chargées de populations entières, allaient à Bubaste pour célébrer les fêtes de la déesse *.
Les idées de tous les peuples primitifs sur la mort permettent aisément de comprendre pourquoi on gravait sur les parois des tombeaux, des scènes analogues ou identiques à celles que l’on trouve sur les rochers et dont le but tient de la magie. Si les vivants multiplient les peintures ou les sculptures d'animaux
M. Salomon Reinach cite une barque en ivoire de l’époque préhistorique, appartenant à une collection privée de Munich, et dans laquelle, au lieu d'hommes assis, il ya des oiseaux. Il ajoute : « Je me suis souvent demandé si sur les vases à barques, publiés par M. de Morgan, où M. Cecil Torr a voulu reconnaître des parcs à autruche, il ne s'agirait pas dé barques funéraires où les grands oiseaux représenteraient les morts. Le rôle joué par l’œuf d'autruche dans les anciennes religions de l'Orient serait en faveur de mon hypothèse ; j'ajoute que, sur les vases en question, les personnages humains peuvent être interprétés comme des pleureurs ou des pleureuses. Je dois dire, toutefois, que les autruches ne paraissent pas dans les bateaux, mais ax dessus, ce qui ne se comprend guère, d’ailleurs, quelque explication que l’on adopte de ces sujets ». Compte rendu de WEICHER, der Seelenvogel in der alten Litteratur und Kunst. Leipzig, 1902, dans la Revue archéologique, 1903, Il, pp. 378-379.
Je rappellerai que la barque du dieu Sokaris, dont il a été question précédemment, a la proue ornée de figures d'oiseaux. Je pense que, si l’on voit les autruches et les gazelles au dessus comme au dessous des barques, c’est parce que l’artiste a distribué les figures dans l’espace resté vide après le dessin des figures principales.
Au sujet du rôle joué par l'œuf d’autruche, j'ajouterai à ce que j'ai dit dans le chapitre sur la parure la remarque de Wilkinson : «. Wilkinson infers that they (the ostrich eggs) were suspended in the temples of the Egyptians, as they still are in the churches of the Copts ». MARSHALL, JAMES, Some Points of ressemblance between ancient nations of the East and West, dans les Proceedings of the Society of Biblical Archæology, XIV, 1891-1892, p. 6.
1 Voir, par exemple, LEFÉBURE, Æites égypliens. Construction et protection des édifices, pp. 86 ets.
: SPENCER et GILLEN, loc. cit., fig. 24, p. 171etfig. 33, P. 195.
3 Hérodote, II, 60. — Voir WIEDEMANN, {/erodots zweites Buch mit sachlichen Evrläuterungen. Leipzig, 1890, pp. 253 et S.
utiles et représentent des barques, dans un but utilitaire, le mort qui vit, lui, dans la tombe, d’une vie à peine différente de celle des vivants, désire également bénéficier du résultat de ces représentations.
Les tombes primitives en Égypte étaient extrêmement petites et pouvaient à peine contenir le cadavre accroupi. Les parois n’auraiént donc pu suffire à la représentation des scènes nécessaires au mort. Aussi les dessinait-on sur les flancs des poteries qui renferment les provisions du mort, et c’est pourquoi tant de vases sont décorés de peintures de barques et d'animaux. Les plantes qu'on y voit également et dont nous avons déjà fait mention, sont l’aloës, qui est cultivé en pot et a conservé, jusqu'aujourd’hui, en Égypte, Sa propriété d'écarter le mauvais œil. Quant aux scènes de danses que nous avons cru reconnaître, elles s'expliquent par le rôle funéraire et magique des danses primitives. Nous en parlerons dans un chapitre spécial.
Certaines figures de la tombe peinte de Hiéraconpolis confirmeraient davantage le caractère religieux de ces représentations Si, comme nous le croyons, elles reproduisaient des cérémonies du culte!
Lorsque l'Égypte pharaonique nous apparaît dans les peintures et les sculptures des tombeaux de l'Ancien Empire, il semble que peu de chose soit changé. Ce sont toujours des figures d'animaux qui se répètent, ainsi que des scènes de navigation. Ici, plus de doute possible, nous sommes certains de la raison d’être de ces représentations. Elles ont uniquement pour but de procurer au défunt la réalisation des objets gravés sur les murs de la tombe. Les formules religieuses qui accompagnent les scènes nous montrent l'Égyptien des temps historiques employant, pour s'assurer après la mort une existence paisible et heureuse, des moyens magiques qui ne sont, en réalité, que le développement des procédés mis en œuvre par les primitifs.
L'explication des nombreuses sculptures primitives est identique.
Nous avons mentionné des modèles de barques ainsi que des figurines d'animaux. On pourrait trouver, à cet égard, une objec-
l Au sujet du culte du pilier Ï » je suis frappé du rôle fréquent du pieu dans
les cérémonies des Australiens. — Voir SPENCER et GILLEN, loc. cit., passim. Index s. v. Pole.
tion assez grave à la théorie de M. Salomon Reinach. En Égypte, il n'y a pas seulement des animaux désirables ; on trouve également, nous l'avons vu, des figures de wndesirable animals. Rappelons l’hippopotame, le crocodile, le scorpion, la grenouille, le lion, le chacal, le singe et même le griffon à corps de félin et à tête d'oiseau.
La réponse qu’il convient de donner à cette objection nous semble assez simple. Les primitifs égyptiens nous apparaissent à un degré de civilisation déjà suffisamment avancé pour que nous puissions supposer, à côté des formules magiques destinées à procurer la nourriture, des croyances religieuses plus développées, telles, par exemple, que le culte des animaux. Les monuments de l'Ancien Empire nous prouvent suffisamment l'existence de tels cultes au début de l’histoire de l'Égypte pour que nous puissions déjà reconnaître dans l’hippopotame, la déesse Thouéris !; dans le crocodile, le dieu Sebek ; dans le scorpion, la déesse Selkit; dans la grenouille, la déesse Hekit ; dans le lion, la déesse Sekhmet ou le dieu Atum ‘; dans le chacal, le dieu Anubis ; dans le singe”, le dieu Thot ; dans le griffon, le dieu Mentou, etc. Le culte de ces divinités n'existait vraisemblablement pas encore à cette époque avec tout son développement ultérieur ; mais je vois, dans le fait que les divinités égyptiennes de l’époque historique étaient représentées par ces animaux, la preuve qu'ils étaient déjà l’objet d'un culte dès les temps primitifs. Si je pouvais entrer ici dans le détail des théories relatives au fétichisme tel que le pratiquent les nègres de la côte de Guinée, ou au totémisme, on comprendrait aisément comment il peut se faire que ces animaux, dont peuvent dépendre le bienêtre et l'existence de la tribu tout entière, fussent véritablement
1 Les figurines d’hippopotame étaient destinées peut-être aussi à permettre au défunt de se livrer au plaisir de la chasse à l’hippopotame. — Voir PRISSE D'AVENNES, /Zistoire de l'art égyptien, atlas II, pl. x. — Il existe, au British Museum, une statue en brèche de la déesse T'houéris en forme d’hippopotame, attribuée d’abord à l’époque saïte, puis à l’époque archaïque ; mais, comme des doutes ont été soulevés au sujet de son authenticité, je n’ai pas osé en faire état. — Voir BunGe, Æistory of Egypt, I, Egypt under the Great Pyramid Builders, fig. p. 5. British Museum, n° 35700.
2 Sur le rôle des lions et des singes voir aussi LEFÉBURE, Æifes égyptiens. Construction et protection des édifices, pp. 52 ets.
3 Les figurines de singes étaient destinées peut-être aussi à procurer au mort des animaux familiers. — Voir LEPsiUs, Denkmäler, I, 13.
désirables. La théorie proposée par M. Salomon Reinach trouve donc, dans les documents égyptiens primitifs, une éclatante confirmation.
Les modèles de barques sont fréquents dans les tombes égyptiennes pharaoniques, où l’on a rencontré également des modèles de maisons.
Les tombes primitives ont donné aussi des représentations de serviteurs, de femmes, de nains, dont la présence s'explique de façon identique. Les serviteurs sont donnés au mort pour qu'ils l'accompagnent dans l’autre vie, et les nombreuses statues de serviteurs trouvées dans les mastabas de l'Ancien Empire nous attestent la persistance de cet usage. Les femmes accompagnent leur mari, et une statuette trouvée à Négadah, avec un modèle de lit !, rappelle les représentations semblables de l'époque pharaonique. Les nains et les personnages difformes servaient à divertir le mort, comme les bouffons le faisaient pour les vivants et, encore une fois, les représentations des tombes de l'Ancien Empire confirment cette manière de voir. Des textes religieux indiquent l’importance de ces naïns dans l’autre monde ?.
Les figurines de captifs que nous avons signalées plus haut seraient plus difficiles à expliquer, si les rites de fondation des tombeaux, des temples ou des maisons chez les primitifs ne venaient nous indiquer, immédiatement, le motif de leur présence #. Ce sont les victimes sacrifiées comme gardiens du monument, et la civilisation égyptienne n’a pas réussi à faire disparaître entièrement cet usage. Les représentations d’une tombe thébaine du Nouvel Empire nous en fournissent une preuve indubitable #.
On pourrait s'étonner que les temples primitifs d'Hiéraconpolis et d'Abydos fournissent tant d'objets identiques à ceux que l’on
? PETRIE, Nagada, pl. xxxvI, 83 et p.47.
2 MASPERO, sur une Formule du Livre des Pyramides, dans les Études de mythologie et d'archéologie égyptiennes, 11, PP. 429-443.
3 M[onseur|, E., Compte rendu de SÉBILLOT, les Travaux publics et les mines dans les traditions et les superstitions de tous les Pays. Paris, 1894, dans le Bulletin de Folklore, t. Il, fasc. 111 et 1v, 1803, P. 177, où l’on trouvera des indications bibliographiques relatives à ce point. Les mêmes croyances primitives peuvent expliquer également certaines figurines d'animaux : « Le but de ces sacrifices est de procurer à la construction un génie protecteur ».
4 MASPERO, le Tombeau de Mentouhikhopshouf, dans les Mémoires Dubliés par les membres de la Mission archéologique française au Caire, V;-fasc: 3, Pp. 435-408.
découvre dans les tombes. Cela tient à la conception des Égyptiens — pour ne pas dire de tous les peuples primitifs — sur la maison, le temple et la tombe, entre lesquels 1l semble qu'il n’y ait point de différence essentielle. La tombe est la maison du mort; le temple est, probablement, la tombe du dieu mort. Nous ne pouvons, malheureusement, qu'indiquer brièvement ces points, sans entrer dans des développements qui ne se rattachent qu'indirectement à notre sujet.
De tout ce qui précède il résulte qu’il n’y a guère de différences radicales entre la destination des sculptures et des peintures chez les primitifs égyptiens et chez les Égyptiens pharaoniques.
Le chapitre suivant, consacré aux premiers monuments pharaoniques, va nous montrer que, si le style des monuments se transforme, cette transformation se produit d'une manière assez lente pour que nous puissions la suivre pas à pas. Des éléments nouveaux s'ajoutent, mais l’art des primitifs n’en est altéré qu’à la manière dont une race s’altère par de nombreux croisements.
1 Graffiti représentant un temple, d’après GREEN, Prehistoric Drawings at El Kab, dans les Proceedings of the Society of Biblical Archæology, XXVN, 1903, p. 371. Cliché prêté par la Société d'archéologie biblique de Londres.
Statues
atchaïques de Coptos.