‹ Les débuts de la Révolution à Bordeaux: d'après les Tablettes manuscrites de Pierre BernadauChapitre 10 sur 47 · INTRODUCTION XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXI

ment continue de résister à Libourne. De Libourne, les nouvelles affluent à Bordeaux; les Bordelais les colportent et Bernadau est aux écoutes. Prudemment, il ne prétend pas narrer les délibérations des magistrats exilés; il reproduit seulement leurs remontrances dont on distribue des copies; il relate les démarches faites auprès d'eux par les autorités bordelaises, les témoignages de sympathie que prodiguent au Parlement, en plus de la Cour des Aïdes, le Sénéchal, le Corps des avocats, loutes les justices du ressort et même celles qui n'en sont pas.

Après avoir élé menacé de suppression, le Parlement rentre en triomphe. Sur son passage, Bernadau n'a pas été des derniers à accourir. Aussi charge-t-il de détails superflus le récit de la fête. Il est aussi allentif à n'ometlre aucune circonstance, quand le Parlement recommence à siéger. Aucune des menées des magisrats ne nous échappe. EL nous pouvons nous expliquer ainsi comment, avant de disparaître de la vie politique, les Cours souveraines, et en parliculier celle de Bordeaux, ont mis en branle en déchainant l'opposition, toute la crise révolutionnaire.

Quand notre chapitre Il commence, Bernadau qui se borne souvent à refléter dans ses Tablettes l'opinion du jour, se détourne du monde judiciaire et s'oriente, avec toute la France, vers la préparalion des États SÉNÉTAUX.

Aux Élats généraux, la Noblesse de Guienne voudrait une préface : ce seraient les États provinciaux. Comme il s’agit d’une institution locale non pas à créer, mais à rélablir, Bernadau, très épris de sa petite patrie, très épris aussi du passé el de l'histoire, très respectueux de la Noblesse, se montre favorable à l'entreprise, bien que lous les dirigeants n’y soient pas de ses amis.

La Noblesse est sur le point de rallier autour d'elle bon nombre de Compagnies, de Communautés et de Corporations, quand les négociants représentant l'élite du Tiers-Ordre, s'émeuvent de voir le mouvement se développer sans eux. Ils vont vouloir en susciter un autre. On parle, notamment à la Chambre de commerce, d'un projet à mettre en avant, d’une requête à présenter au roi, pour que le Tiers soit assuré aux Élats généraux d’une représentation proportionnelle au nombre de ses membres et aux charges qui lui incombent. Marchands et artisans abandonnent alors la Noblesse, dont l'entreprise fait faillite, Pour soutenir sa requête,

le Tiers envoie des députés en Cour. Bernadau, qui est mal disposé pour le haut commerce, blâme son intervention, mais il ne manque pas de nous tenir au courant des démarches faites par les représentants du Tiers-Ordre de Bordeaux. Il souligne seulement que ces démarches coùteront bien cher sans produire aucun résultat. Dira-t-on que l’annaliste se montre injuste? En fait, comme le. Gouvernement avait arrêté ses disposilions d'avance, l'entreprise des négociants bordelais n’aboutit pas mieux que l'entreprise de la Noblesse et les marchands et arlisans, un peu dupes, en furent pour leurs frais.

Entre temps, l'hiver fait senlir toutes ses rigueurs, la crise économique s'aggrave et l’effervescence grandit. C'est alors que parviennent à Bordeaux, vers le milieu de février, «les règles et règlements pour la convocation des États généraux du Royaume.»

Bernadau a-t-il suivi de très près, tout d'abord, les délibérations relatives à l'élection des dépulés et à la rédaction des cahiers ? Nous ne le croyons pas. Il ÿ vient au moment où naissent Îles conflits entre le haut et le bas clergé, entre les nobles tradilionalistes et les nobles libéraux, entre le Tiers de la ville et celui des campagnes, sans compter toutes les compétitions de personnes, où champion de Cicé, le comte de Marcellus, Lafon de Ladebat, les Garat et tant d’autres se trouvent engagés. Pour nous indisposer contre son archevêque, Bernadau nous fait assister à l’Assemblée générale des trois Ordres, qui a lieu à la cathédrale, lors de la vérification des pouvoirs des électeurs. Il nous fait connaître les erreurs commises par Dupérier de Larsan, le grand sénéchal, dans l'interprétation des instructions ministérielles, relatives à l'élection des députés. Il nous promène des séances du Tiers à celles du Clergé et à celles de la Noblesse. Mais il se plaît autant dans la coulisse et il se fait un singulier plaisir de nous dire, comme à l'oreille, Lous les secrets des intrigants.

Les cahiers des trois Ordres s’élaborent péniblement. Leur rédaction esl bien loin de répondre à l'attente générale. Les députés sont élus, eux aussi, avec peine, et leur choix est bien loin de rallier tous les suffrages. Nous comptons Bernadau parmi les mécontents. Quand leurs représentants sont partis, les Bordelais ne s'en soucient plus guère. Après le 25 juin, quand les États

généraux s érigent en Assemblée nationale constituante, les négo-

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