‹ Les débuts de la Révolution à Bordeaux: d'après les Tablettes manuscrites de Pierre BernadauChapitre 9 sur 47 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

Les débuts de la Révolution, d’après les Tablettes.

Comment Bernadau a-t-il vu les débuts de la Révotution à Bordeaux ?

Son témoignage peut êlre contrôlé, sinon avec Îles registres secrels du Parlement qui nous manquent pour celle époque, du moins avec les documents recueillis par Bernadau lui-même dans son Spicilège, avec les registres de Jurade, de l'ensemble desquels se délachent celui des Cent-Trente et celui des 90 Electeurs, avec les registres des corporalions, avec les papiers de l’intendance et même avec certaine relation manuscrite qui nous a été communiquée, pour la circonstance, par larrière-pelit-fils d’un dépulé de Bordeaux à l'Assemblée Constituante !.

Après contrôle, nous croyons pouvoir affirmer que Bernadau n'a pas déformé la vérité hislorique, sans parvenir d’ailleurs à la dégager loult à fait, dans l'ensemble un peu incohérent de ses observalions lrop décousues. Nous lui faisons un mérite d’avoir su, assez souvent, interpréter le sens des faits, en marquant, dans leur enchaînement, les directives dominantes. C'est ainsi que nous avons pu, lranscrivant le tome [ des Tablettes, distinguer trois chapitres, comme trois élapes, pour la commodité du lecteur celui de l'Opposition du Parlement, celui de la Préparalion des Elals généraux, el celui des Conséquences du 14 juillet. De l’un à l'autre de ces chapitres, les querelles municipales s’apaisent, mais la crise économique s'aggrave, l'esprit public se développe, et la Révolution se fait

L'annaliste bordelais nous à expliqué, dans la préface de ses Tablettes, la raison pour laquelle il a pris la plume en 1787, quand il élait à peine sur ses 25 ans. Il avait comme le sentiment d’être au seuil d'une ère nouvelle qui s’annonçail fertile en événements extraordinaires. « Le présent est gros de l'avenir, écrit-1]... Cet avenir s'annonce d'une manière étrange. Le progrès des arts et de la raison publique est tel qu’il se prépare, si j'en crois mes pres-

1. Ii s'agit de M. Henry Nairac. Nous l'en remercions ici bien vivement.

ro LES DÉBUTS DE LA RÉVOLUTION À BORDEAUX

sentiments, un ordre de choses qui va apporter beaucoup de changements en France, et, par suite, dans l'Europe qui nous imite. Les petites querelles de nos parlements avec la Cour réveillent l’idée des plus grandes questions politiques. Cela doit se terminer par quelques coups d'État imprévus: et si c’est le peuple français qui se mêle de le frapper, il sera violent, terrible et de nature à retentir au loin... Ce qui vient de se passer dans Îles États-Unis d'Amérique est un terrible exemple pour les nations, comme pour ceux qui les gouvernent mal !. »

Ayant ainsi défini, avec un sens historique averti, les points de départ de la grande crise qui va suivre, Bernadau observe pendant des mois la querelle du Parlement de Bordeaux avec le Pouvoir central. Il l'observe en jeune avocat qui est en train de prendre ses grades, qui a l'amour du métier, et qui entoure d’un respect absolu les magistrats de la Cour souveraine. Bernadau se montre très fier de la place que Bordeaux et son Parlement tiennent en France. Paris n'éclipse pas encore toutes les cités du royaume; la province a ses capitales qui réservent leur personnalité. Emporté par son ardent patriotisme local, Bernadau exagérait pour un peu le rôle des magistrats bordelais, en leur attribuant l'honneur d’avoir été les premiers à réclamer la convocation des États généraux et de s'être montrés les plus acharnés dans l’opposition, quand il s’est agi de combattre l'institution des Assemblées provinciales.

Nous aurions mauvaise grâce à reprocher par trop à l’annaliste l'intérêt qu'il porte aux magistrats, parce que nous devons à son zèle d'être bien renseigné sur leur politique, au moment même où cette politique méritait d’être suivie de près.

Tant que le Parlement reste à Bordeaux, Bernadau, qui a son entrée au Palais, nous fait assister aux séances. Quand la Cour est exilée à Libourne, pour n'avoir pas voulu enregistrer les édits, Bernadau est de ceux qui lui font escorte, jusqu'au delà des portes de Bordeaux. Le départ des magistrats le laisse seul, ainsi qu’une âme en peine. Faute de mieux, il se retourne vers la Cour des Aides, dont il note très bien le rôle plein d'intérêt. La Cour des Aides persévère dans l'opposition à Bordeaux, tandis que le Parle-

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