Arrèté mis pour arrêt. Il s’agit de celui du 18 août
défense vigoureuse. Il semble n'avoir en vue que de mettre Île peuple dans ses intérêts, en lui expliquant les motifs de son arrêl de cassation du dernier édit du Conseil. Communiquer avec le public, le faire juge de sa conduite, se disculper humblement des imputations calomnieuses dont les partisans du pouvoir arbitraire l’ont chargé, n'est-ce pas exhorter ses concitoyens à supporter courageusement les adversilés passagères, n'est-ce pas lui dire d'une manière positive, quoiqu'indirecte : nous vous secourrons de tout notre pouvoir, si vous rappelez enfin que vous avez autrefois fait trembler des maîtres tyranniques? Enfin, cet arrêté apprend qu'en empêchant l'exécution de l’édit d'administration provinciale, le Parlement n’a fait que maintenir les franchises des peuples et écouter la prudence qui veut qu’on n’admette une chose qu'après qu’on connaît ce qu’elle a d’utile. Il est très disposé à enregistrer l'établissement qu'il a lui-même proposé aux notables, pourvu que le seigneur roi lui fasse connaître le régime, l’organisation et la forme des travaux qui doivent être soumis à ces assemblées 1; une approbation vague et indéfinie lui paraît avoir des conséquences funestes à la Nation, dont le bonheur l’occupera sans cesse. Tandis qu’on se refusera à soumettre à son examen les principes sur, lesquels doivent se produire ces administrations, il croira toujours voir dans ces démarches mystérieuses des intenions hostiles, aussi contraires au bien public qu'à la bonté paternelle de Sa Majesté. Des hommes avides ou aveuglés par des méchants peuvent empoisonner les meilleurs dons, et faire servir l'extension illimitée du pouvoir qu'on aurait laissé aux administrations provinciales à hâter la ruine de la Patrie.
Dans tout cet arrêté, on voit que la Cour a grand besoin de ne faire aucune mention d'impôt territorial ni de timbre, mais de tourner uniquement l'attention sur l'arrêt du 8 et sur les motifs. Cela est très adroit. I] ne faut pas mener deux affaires épineuses de front, de peur de se charger d'une défense au-dessus de ses forces. D'ailleurs, comme il n’est encore question ni de subvenlion, ni de timbre, pourquoi aller brouiller les cartes ? C'est assez, et mème c'est trop de redouter un malheureux événement, sans s'en plaindre, lorsqu'il n’afflige pas encore par sa réalité.
1. Le Parlement fait porter le débat sur l’article 6 de l'édit relatif aux Assemblées provinciales.
31 août. — Le commandant est parti après midi pour Libourne, et en est revenu le soir à dix heures. On ignore quels ordres il a apportés au Parlement !, mais ce ne peuvent être que des paroles dures, puisqu'elles partent du trône du despotisme, et sont une suite du pouvoir arbitraire qui fait trop sentir ses effets en France.
2 septembre 1787. — L’archevêque est allé à Libourne, soit pour y faire sa cour au Parlement avec lequel il est en froideur, soit pour tâcher de découvrir les sentiments de ces Messieurs et donner à ce sujel quelques renseignements utiles aux ministres, ses partisans, soit pour se plaindre de l’affront que lui a fait le procureur du roi du sénéchal, en lui faisant déclarer par un notaire que, paraissant de noloriété publique qu'il se disposait à présider l’Assemblée provinciale, il eût à cet égard, à se conformer aux arrêtés du Parlement dont il lui signifiait copie ; bref, le rusé prélat se rendit à Libourne, où il fit visite à M. le premier président, et vraisemblablement au Corps. Il fut reçu partout assez mal ?.
[Le Parlement élant assemblé et le premier président ayant demandé son avis à l'archevêque, celui-ci ne sut que prêcher la paix].
14 septembre. — Le commandant de la province est allé trois fois à Libourne, et sa visite a toujours été suivie d’un bon. arrêté du Parlement protestant de l'illégitimité des lettres de cachet ou autres ordres à eux portés.
Notre Cour des Aïdes vient de publier la lettre qu'elle adresse au roi, pour le prier de rappeler le Parlement de Bordeaux *.
22 septembre. — [Le commandant de la province est parti pour aller recevoir le portefeuille de Secrétaire d’Elat au département de la Marine |.
24 septembre. — [Le roi a retiré ses édits du timbre et de la subvention
territoriale, devant la résistance des parlements. En échange, celui de Paris a consenti à enregistrer la prorogation du second vingtième].
27 octobre 1787. — Le Parlement, qui sait trouver du temps
1. Le comte de Brienne avait à porter les ordres de la Cour, en l'absence du gouverneur.
2. Le premier président et une dame de distinction lui auraient refusé leur table. Au curé qui eut à l'héberger, aucune bonne âme n'aurait voulu faire Ja charité de quelques bouteilles de vin vieux. Bernadau exagère, sans doute.
8. D’après Boscheron Desportes, la lettre était du 7 septembre,
pour tout, vient d'écrire à celui de Paris une lettre vigoureuse pour lui reprocher sa pusillanimité à enregistrer l’édil de prorogation rigoureuse du second vinglième el lui remontrer combien il était coupable envers les Français d'autoriser la perception à la rigueur d’un impôt qui aurait les suites les plus alarmantes pour les propriétaires du royaume. Une telle démarche annonce l'esprit qui anime les sentiments des magistrals bordelais et doit faire songer aux courtisans quelles entraves ou veul mettre à leur
cupidité.
4 novembre 1787. — [Arrivée solennelle du comle de Fumel, nouveau commandant de la province 1].
6 novembre. — [Nouvelles remontrances du Parlement de Bordeaux
contre la création des assemblées provinciales et contre l'excès des charges financières].
11 novembre. - - Réception enthousiaste de M. de Fumel au théâtre].
19 novembre. — [Démarche de la Cour des Aides de Bordeaux, en vue d'obtenir le rappel du Parlement].
15 décembre 1787. — On rapporte que le roi, sablant l’autre jour une bonne bouteille, s’enquit d’où en était le vin, et que sur ce qu'on lui dit qu'il était de Borceaux, il répartit :’ « Mais à propos, que faisons-nous de ce f... Parlement de cette ville ? » C’est à ce propos, qui n’a rien d’ailleurs que de vraisemblable, qu’on rapporte l'idée de la réponse que le garde des sceaux vient de faire, au nom du roi, aux dernières remontrances du Parlement. Le ministre, ci-devant zélé parlementaire, dit, avec toute la hauteur d'un vizir, que nos magistrats se servent du prétexte de la forme ignorée des administrations pour en rejetter le fond ; qu'il ne leur appartient pas de parler finance où ils n'entendent rien, que c’est donc par leur faute s’ils sont transférés à Libourne, et si la province est privée de leurs lumières. On leur promet que leur rappel dépend de leur obéissance. — Timeo Danaos et dona ferentes. — S'ils ne connaissent pas l’état des finances, ils ont néanmoins le droit d'y regarder, comme citoyens et comme représentants du peuple. À la Cour, les connaît-on bien ? S'ils ont refusé d’enregistrer l'établissement des assemblées provinciales, que les autres parlements ont admis, l'expérience du passé et les réclamations actuelles des Cours trop obéissantes prouvent qu'ils ont eu raison.
1. Le Comte de Fumel (1720-1793) avait été précédemment gouverneur du Chäteau-Trompette,
16 décembre. — [Prochain départ du comte de Fumel pour Libourne, où le Parlement est encore exilé|.
24 décembre. — Libourne devient tous les jours le pelit théâtre des plus grandes scènes. M, de Fumel, qui s'y était rendu pour faire exécuter les ordres du rol, n'a pu parvenir à concilier les divers intérêts, Après l'enregistrement des assemblées provinciales fait par lettres de jussion, le Parlement a protesté contre le résullat de celle séance forcée. La réclamation n'a cependant point passé à l'unanimité. Il y a eu 16 voix en faveur de l’obéissance aux volontés du ministre. Ces opposants ont sans doute été gagnés, effrayés ou alléchés par la Cour, ou aveuglés par les sophismes anüpatriotiques du vieux procureur général, lequel s'est montré royaliste décidé dans un discours qui fit frémir d'indignation ses confrères.
M. le premier président a déployé dans cette occasion toute la fermeté et le patriotisme qu'on lui connaît. Il disait, en pleurant la honteuse défection de ses frères, qu’il n’'embrassait jamais uu parti sans l’avoir bien médité, et que l'exil nila mort ne lui feraient sacrifier les intérêts du peuple et de la vérité. Son fils a aussi donné des preuves de zèle et de courage en châtiant l’insolence de quelques officiers qui avaient tenu des propos indiscrels et offensants sur le compte de son Corps. Il a blessé dangereusement le lieutenant-colonel de Franche-Comté-cavalerie. Pour empêcher les suites de ce duel, le commandant a cru devoir mettre l'état-major aux arrêts, en attendant que le ministre de Ja Guerre ait ordonné de ce régiment.
Nos sénateurs, voulant faire diversion à leurs chagrins, multiplient les plaisirs dans leur prison. Les bals parés et masqués succèdent à la comédie. On y danse, on y joue, on y fait bonne chère.
27 décembre. — On a envoyé sous enveloppe à divers particuliers un imprimé de 50 pages intitulé, Entretien d'un simple Ciloyen et d’un Militaire sur les Remontrances du Parlement de Bordeaux du 31 octobre dernier, 50 p. d'impression.
29 décembre. — [Remontrances de la Cour des Aides de Bordeaux et du Parlement de Pau, pour obtenir le rappel du Parlement de Bordeaux].
31 décembre. — Les dernières remontrances du Parlement de Bordeaux, en date du 21 du courant, n'ont pas paru indignes de
celles qui les ont précédées, quoique évidemment sorties d’une autre plume. Elles embrassent l’universalité des malheureuses affaires dont les suites alarment Lout bon Français. Le lon en est ferme et respectueux, et les idées neuves et grandes. On a remarqué que, de tous les écrits publiés depuis six mois par les Cours souveraines du royaume, ceux du Parlement de Bofdeaux étaient faits pour produire la plus grande impression sur le roi, supposé qu'ils pussent lui parvenir. On se souviendra longtemps en Cour des magistrats gascons ! et de leur noble résistance au pouvoir arbitraire, dont ils ont les premiers fait sentir le danger, et auquel ils ont pour ainsi dire forcé tous leurs confrères de s'opposer avec courage. Pour cette fois, la province a éclairé la capitale, et nous jouissons de cet honneur.
3 janvier 1788. — MM. les jurats Vilotte et Acquart accompagnés du clerc-secrétaire, d'un officier du guel et de 12 soldats tous in-fiocchi ?, ont élé dignement reçus par M. le premier président qui léur a fait sentir son mécontentement, lorqu'ils sont allés à Libourne lui faire la visite d’étiquette. L'avocat citoyen portant la parole a dit: «M. le premier président, voici les députés de l'hôtel de ville de Bordeaux qui viennent pour avoir l'honneur... » — «de me faire part, a interrompu le magistrat, du résultat des grandes opérations et des efforts patriotiques que toute la province attendait de la municipalité dans les cireonstances actuelles », voulant dire que l’Assemblée des Cent-Trente aurait dû être convoquée pour représenter au roi les privilèges que Bordeaux a obtenus d’avoir dans ses murs le siège du Parlement. « Nous avons fait tout ce que nous avons dû, a réparti l'orateur ; et si les efforts de notre zèle n’ont pas été accueillis, notre conscience eslcependant en sûreté *. » Pour entendre cette réponse il faut savoir que les jurats actuels, ne voulant pas s'aliéner l'autorité à laquelle ils sont vendus, et désirant sauver les apparences, demandèrent au commandant de Brienne la permission d’assembler les notables, pour aviser aux démarches qu'il fallait faire lors de
1. Leur réputation datait du temps d'Henri [V qui regardait comme le pire des parlements sa Cour souveraine de Bordeaux.