‹ Les débuts de la Révolution à Bordeaux: d'après les Tablettes manuscrites de Pierre BernadauChapitre 19 sur 47 · n-fiocchi, c'est-à-dire en grande tenue · texte numérisé non relu

n-fiocchi, c'est-à-dire en grande tenue

3. Voir à ce propos la lettre adressée au roi par la Jurade, en date du 6 noven bre 1787. A. C., Bordeaux, D 83, Registre de Jurade.

L'OPFOSITION DU PARLEMENT 9

l'exil du Parlement, et que le vice-roi la leur refusa, comme ils S'y attendaient, sans cependant en avoir le droit, parce que la Ville se gouverne par ses propres membres. C'est cette défense qui servait d'excuse à l’invigilance des jurals, Mais le premier président n'en fut pas la dupe. Il répondit sèchement aux harangueurs municipaux : « Inlerrogez de nouveau cette conscience; et quand l'examen sera fait, vous viendrez me trouver »; et les congédia sur-le-champ.

[A l'occasion du premier janvier, démarches des Corps el Ordres auprès du Parlement exilé,!

135 janvier 1788. — On rabat beaucoup de l'idée qu'on avait du palriotisme de-notre commandant, depuis que l’on sait qu'il s’est fait inquisileur de la Librairie de Bordeaux.

21 janvier. — Pendant loute la semaine passée, il y a eu diverses assemblées à la Cour des Aïdes, où ont été appelés deux députés des différentes compagnies de la ville, à cette fin d’aviser aux moyens de convoquer la commune pour demander au roi le rappel du Parlement dont tous les Ordres sentent l'absence de mille manières. Comme les jurals, vendus aux ministres, se sont refusés à remplir le devoir de leur charge, qui consiste à assembler les Cent-Trente dans les occasions extraordinaires, nos magistrals des Aides, en qualité de Cour supérieure, ont cru devoir suppléer aux officiers municipaux, et au défaut de leur non-patriotisme, remettre en vigueur des privilèges chers aux Bordelais. D'après la disposition des esprits iei et à Versailles, on augure que ces efforts ne manifesteront que notre faiblesse et se réduiront à zéro.

24 janvier. — [Les avocats demandent, après la Cour des Aïdes, la convocation des Cent-Trente.}

27 janvier. — M. de Fumel a mandé hier les jurats pour leur rappeler l’ordre qu'ils ont reçu. d'empêcher la convocation de la commune à l'effet de demander au roi la cessalion de l'exil du Parlement !. On pense que le commandant est autorisé à faire marcher des troupes pour dissoudre l'assemblée, au cas que la Cour des Aiïdes prît sur elle de les convoquer. Ainsi, il est évident qu’elle ne saurait avoir lieu. Le gouvernement a fait trop

1. Cf. délibération de Jurade du %%6 janvier 1788. A. C., Bordeaux, D 83. M. de Fumel interdit même la convocation de l’assemblée des Notables, Le 27 janvier, M, de Breteuil écrivait aux jurats dans le même sens,

de bévues et d'injustices pour qu'il souffre patiemment qu'on lui en fasse connailre la source et les suites funestes.

29 janvier. — On peut juger des progrès de la philosophie et de la sociabilité dans cette ville, par les usages qui s’y introduisent journellement. Autrefois on faisait de bonnes actions en silence, on ne cilait point à lout propos son respect pour les mœurs, on était vertueux et décent sans affiche. Maintenant, on parle morale et charilé sans même en pratiquer les devoirs. L'esprit philanthropique a produit de si heureuses révolutions, qu'on annonce dans les papiers publics ses moindres actes de bienfaisance ou d'équité !.

30 janvier. — [Délibération du Chapitre de Saint-André pour demander la convocalion des Cent-Trente.]

Un événement unique et imprévu occupe en ce moment toule la ville. Les syndics des avocats ont reçu hier soir, par le capitaine du guet, une lettre de cachet qui les exile, l'un (Plassant) à Mezin, l’autre (de Buhan fils) ? au Mont-de-Marsan.

1e" février 1788. — [Supplication adressée au roi par les trésoriers de France pour demander le rappel du Parlement.|

3 février. — [Délibération de Jurade du 24 janvier 1788. Les jurats annoneent la convocation prochaine des Cent-Trente.| ?

6 février. — Il paraît une brochure intitulée Lettres d’un habitant de la Guyenne sur les Adminislrations provinciales 4, où le patriotisme triomphe de tous les sophismes dont les royalistes ont voulu faire usage pour le combattre. L'auteur anonyme défend vigoureusement le Parlement de toutes les inculpations vagues dont on l'a chargé, et finit par désirer que l’on substitue les États provinciaux au régime politique imaginé par la Cour. Il y a de la chaleur, de la raison et de l’ordre dans cet écrit.

14 février. — On avait adopté en Cour le projet d'établir une commission composée de conseillers d'État et de maîtres des requêtes, pour distribuer la justice, sur le refus du Parlement de

1. Allusion à la Société philanthropique dont Nairac était président.

2. Joseph Buhan (1755-1830), élu syndic eu 1787, zélé défenseur du Parlement. Cf. son éioge par Darrieux, Acles de l’Académie de Bordeaux, 1830, p. 99.

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